Pourquoi toute redistribution est futile

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons essayer de comprendre pourquoi, contrairement à toute attente, il est impossible d’aider quelqu’un en lui donnant l’argent d’un autre contre sa volonté !

Comme le savent tous les gens dotés d’un neurone en état de marche au moins, la redistribution des richesses par la force ne peut pas enrichir une société puisqu’elle ne fait que déplacer la richesse sans en créer. Comme le savent aussi les libéraux, le (pas si) simple acte de redistribuer coûte très cher (c’est ainsi, par exemple, que l’ISF coûte à peu près aussi cher à collecter que le montant collecté, ce qui signifie que les fonctionnaires chargés de sa perception vivent entièrement sur le dos de tout le monde en purs parasites) ; et ce coût est un gaspillage monumental qui explique pourquoi, dans le monde réel, la redistribution appauvrit encore plus les pauvres au lieu de les aider.

Néanmoins, il existe encore des gens, même jusque chez les libertariens, pour croire que dans un monde idéal et parfait où les politiciens et les fonctionnaires travailleraient tous gratuitement, en gentils bénévoles totalement altruistes, et en l’absence de la moindre fraude, le transfert forcé d’argent de la poche de A vers la poche de B pourrait aider B.

En fait il n’en est rien. Aussi paradoxal, contre-intuitif ou scandaleux que ça puisse paraître: piller les riches pour donner aux pauvres, en soi, ne peut pas aider les pauvres. C’est impossible, et c’est ce que je vais tenter d’expliquer ici.


Candide visita un jour le village d’Anametamisticalie. C’était un bien beau village, où les maisons étaient soigneusement entretenues, les façades décorées de fleurs, les chemins bien dégagés et aplanis, et qui d’ordinaire grouillait d’activité tranquille. Cependant ce jour là, tous les gens du village faisaient la queue sur la place du marché, en rang devant le passeur, l’homme bossu qui transportait marchandises et passagers à travers le fleuve qui bordait le village.

Candide s’approcha pour mieux voir: le bossu était assis sur un tabouret fort simple, et chaque villageois à son tour lui donnait une pièce d’or dans un sac qu’il tenait ouvert devant lui, avant de rejoindre les autres villageois qui étaient passés avant lui. Candide observa avec grand intérêt. Le bossu semblait gêné, mais pas les villageois, qui semblaient parfaitement indifférents à ce qu’ils faisaient. Puis, lorsque le dernier villageois eût versé son obole, le bossu prit son sac, et redonna une pièce d’or à chacun des villageois qui attendait, après quoi ces villageois retournaient à leurs occupations habituelles.

Candide était stupéfait par ce qu’il avait vu: les villageois avaient tous donné une pièce d’or, puis le bossu leur avait tout rendu. Perplexe, il aborda le bossu, qui semblait un peu triste.
– Je suis étranger de passage dans votre magnifique village, et ce que je viens de voir m’intrigue: qu’en est la raison ?
Le bossu soupira en levant les yeux au ciel, puis, les mains fermement plantées dans les poches, il dit doucement:
– Le Prince de ces terres, il y a plusieurs années, est venu chasser dans les environs. Et alors que je menais ma barque, son cheval, emballé par la charge d’une bête sauvage, l’a jeté dans le fleuve. Alourdi par son costume et ses armes, il allait se noyer, mais j’ai pu intervenir et le sauver. Il m’a alors dit qu’il me rendrait riche, et a décrété qu’à compter de ce jour, chaque année à cette date, chaque villageois devrait me donner une pièce d’or en récompense de mon haut fait.
Il ricana en haussant les épaules, ce qui le voûta un peu plus.
– Alors nous obéissons à son ordre, aussi inepte soit-il, car de temps en temps le Prince revient ici et me demande si son ordre est obéi, et que personne ici n’oserait lui mentir. Chaque année, chaque villageois me donne une pièce d’or à l’anniversaire du sauvetage du Prince. Et je n’en suis pas devenu riche pour autant.
– Mais… si vous ne vous enrichissez pas, c’est parce que vous rendez l’or aux villageois aussitôt ! Vous seriez l’homme le plus riche de la région si vous gardiez les pièces, ainsi qu’était, j’en suis sûr, l’intention véritable du Prince.
– Pensez-vous ! Mais que croyez-vous que j’ai fait la première année, dans ma bêtise ? J’ai pensé aussi sottement que notre jeune Prince, qu’il suffisait d’ordonner à l’or de passer d’une poche à l’autre pour enrichir ou appauvrir. Il ne m’a pas fallu longtemps pour en réaliser la futilité.
– Que s’est-il donc passé ? Je ne conçois pas un instant comment verser de l’or à quelqu’un ne puisse l’enrichir !

Le bossu se rassit sur son tabouret, il inspira longuement, puis expira d’un profond soupir qui semblait chargé à la fois de dépit et de moquerie. Candide s’abstint de tout commentaire et écouta patiemment le bossu lui raconter ce qui s’était passé.
– Voyez-vous, mon jeune et naïf étranger, notre village est prospère grâce à l’harmonie qui se maintient entre chacun d’entre nous. Le semeur sème et cultive le grain qui nous nourrit, le cordonnier nous chausse, les fileuses tissent nos vêtements, le chaudronnier fabrique et répare nos outils, le commerçant nous apporte les biens que nous ne savons pas fabriquer nous-même, le charpentier coupe le bois et meuble nos maisons. Ce sont là les vraies richesses, les seules qui comptent.
Il lança un long regard vers le fleuve, qu’on apercevait entre les maisons, en contrebas de la grande route qui traversait le village.
– Du jour où j’ai reçu les pièces d’or des autres villageois, j’ai résolu de n’en point dépenser sans réfléchir. Je n’avais ni envie de partir d’ici, ni de céder à quelque passion: même en grand nombre, chaque pièce d’or garde pour moi la même valeur que lorsqu’elle est toute seule. Bien m’en a pris: car à présent je réalise que si j’avais dilapidé tout l’or du village, en quelques années seulement nous aurions manqué de tout et ce village ne serait plus que ruines.
Il se frotta le menton, qu’il avait mal rasé.
– J’ai donc continué de vivre comme avant, achetant les mêmes choses qu’avant en mêmes quantités. Seulement, chaque artisan et chaque commerçant du village me fis simplement payer une pièce d’or de plus pour chaque chose que j’achetais, jusqu’à ce que les pièces d’or soient toutes revenues en possession de celui qui me l’avait donné par ordre du Prince: après tout, je pouvais fort bien payer plus cher, puisque j’avais toutes ces pièces d’or ! Je ne me suis donc pas enrichi le moins du monde. C’est pourquoi nous avons convenu dès l’année suivante que je rendrais directement les pièces sitôt les avoir reçues: ainsi nous perdons moins de temps et l’ordre du Prince est tout de même obéi.
– Mais, reprit Candide, si le Prince ordonnait que les commerçants et artisans du village pratiquent les mêmes prix qu’avant, cela ne suffirait-il pas à vous enrichir ?
– Certains d’entre eux pratiquent les mêmes prix, mais réduisent simplement les quantités d’autant qu’il faut. Si le Prince intervenait encore, les villageois feraient tous ainsi, tout simplement.
– Et s’il décrétait aussi que les portions ne doivent pas changer ?
– Alors je m’enrichirais, effectivement, non par le fait des pièces d’or mais par la main même du Prince qui saisirait tout ce que je pourrais désirer, d’autorité. S’il en était ainsi, nous pourrions simplement nous servir sans payer, et jeter les pièces d’or au fond du fleuve. Et je ne doute pas que les autres villageois les y suivraient bien vite, d’amertume et de désespoir devant une telle injustice.

Il baissa la tête pensivement. Candide ne savait pas quoi ajouter, alors il se leva, souhaita la bonne journée au bossu et reprit son chemin.

Voyons maintenant plus en profondeur les détails de ce qui se passe lorsque l’on prend de l’argent à quelqu’un pour le donner à un autre, contre sa volonté. Imaginons que des extraterrestres aux intentions mystérieuses arrivent sur terre, et annoncent que, chaque année à cette date, tout le monde donnerait, sous l’influence de leurs puissants rayons de contrôle de l’esprit humain, l’équivalent d’un dollar en monnaie ou en richesse à Jean Dugland, un type pris complètement au hasard. Ils font aussi savoir qu’ils désintégreront toute personne qui tenterait de lui reprendre de force cet argent. Dans cette situation, soit tout le monde est d’accord, soit certains sont d’accord et d’autres pas d’accord, soit personne du tout n’est d’accord.

Cas 1: tout le monde est d’accord car de toute façon tout le monde avait envie de lui donner un dollar chaque année. Dans ce cas l’intervention des extraterrestres est inutile car Jean Dugland n’avait besoin que de simplement demander de l’argent à n’importe qui sitôt qu’il en aurait besoin. On constate que l’intervention des aliens ne lui apporte rien du tout.

Cas 2: certains ne sont pas d’accord. Sitôt qu’ils prennent connaissance du transfert forcé de leur poche vers celle de Jean Dugland, ces gens vont compenser la perte en augmentant leurs prix jusqu’à ce qu’ils aient récupéré chacun leur dollar. Ils peuvent se permettre d’augmenter leurs prix, puisque Jean Dugland peut se permettre de dépenser tout cet argent qu’il n’a pas mérité. Entre lui et les dissidents, la distortion des prix se propage jusqu’à avoir rééquilibré leurs comptes. Jean Dugland n’y a rien gagné par rapport à avant: au final il a payé simplement plus de dollars pour la même quantité de richesses, à hauteur de la quantité d’argent « en trop » par rapport à la quantité que les gens acceptaient déjà de lui donner.

Cas 3: personne n’est d’accord. Dans ce cas, Jean Dugland se retrouve incapable de dépenser son argent auprès de qui que ce soit jusqu’à ce qu’il accepte de rendre les sous. Si une personne accepte de se laisser corrompre par Jean Dugland, cette personne sera confronté au même problème que dans le cas 2 de toute façon. Là encore, Jean Dugland n’y a rien gagné.

En fin de compte, on est obligé de constater que la générosité spontanée et la « générosité » forcée sont parfaitement interchangeables entre elles à hauteur de leur effet réel, la seconde ne peut pas être plus utile que la première: tout dépassement de la seconde sur la première est compensé par une distortion des prix en sens inverse qui l’annule parfaitement. Et au cas où vous douteriez encore voici une étude rigoureuse qui démontre que les faits observés disent exactement la même chose.

Pour faire un exemple encore plus frappant: si vous prenez 100 euros à chaque propriétaire immobilier pour chacun de ses appartements loués, et que vous donnez cet argent aux locataires, en l’absence d’un contrôle par la force des loyers (communisme autoritaire) vous ne faites qu’augmenter les loyers de 100 euros, et l’argent part de la poche du locataire pour y revenir. L’impact est nul.

Le seul effet qui peut se produire pour améliorer ou empirer la situation du « bénéficiaire » de la redistribution, c’est de manœuvrer à son avantage les échanges qu’il peut faire avec l’argent obtenu avant le rééquilibrage: c’est purement spéculatif. Et à notre époque d’échanges d’informations omniprésents et quasi-instantanés, et d’anticipation rationnelle courante de la part des agents du marché, ce genre de spéculation a tendance à avoir des résultats négatifs. En clair, une redistribution régulière au point d’être trivialement anticipable tend à desservir son « bénéficiaire » ; alors que lors d’un transfert forcé et imprévisible de richesse (dans le cas du crime) il peut y avoir enrichissement spéculatif – au moins tant qu’il échappe au « rééquilibrage » (par la sanction judiciaire dans ce cas précis).

Cela a des implications énormes. Non seulement la redistribution « réaliste », avec ses délais, ses erreurs, ses contrôles et sa pléthore d’efforts nécessaires qu’il faut acheter au passage, est un grand gaspillage ; mais même dans la plus utopique des situations, même « sans frottements » et sans avidité, la redistribution ne marche pas. C’est tout le concept même « d’état-providence » qui est totalement, absolument, définitivement illusoire.

L’autre implication énorme, c’est cette révélation incroyable sur la nature humaine, puisque tous les effets réels (ou résiduels) des transferts de richesse qui se produisent aujourd’hui sont précisément les effets qui sont voulus par les gens, et rien de plus. En clair: en dehors de tout contrôle des prix, les effets concrets de la charité spontanée et de la « solidarité » forcée sont comme des vases communicants, ce qui est ajouté à l’un est retiré à l’autre. Cela veut dire que l’homme est naturellement bon de manière proprement massive, bien plus que je n’étais prêt à le reconnaître. C’est là un formidable message d’espoir qu’il ne faut pas négliger.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

9 Responses to Pourquoi toute redistribution est futile

  1. Mateo says:

    Hum, Jesrad:

    – je ne pense pas que la distorsion des prix annule parfaitement la quantité de richesse prise par la force (étatique). J’aurais tendance à penser qu’elle est inférieure, les agents renonçant à une partie de leur pouvoir d’achat (mais ça ne veut pas dire que ces mêmes agent auraient donné autant, par charité, de façon spontanée sans contrainte).

    – en imaginant que ce soit tout de même le cas, cette distorsion des prix est en général la même pour tout le monde, la plupart des prix ne variant pas en fonction de la tête du client. Or, il se trouvera toujours des personnes qui ne seront pas assez malignes pour répercuter cette perte de pouvoir d’achat sur les autres. Par conséquent, les bénéficiaires de la redistribution s’enrichiront « sur le dos » de ces personnes-là.

    – imaginons monsieur Duglant (avec un « t »). Il ne travaille pas (*) et son salaire est donc exactement égal à 0,00€. La quantité de richesses qu’il peut acquérir est donc égale à 0. La moindre redistribution de richesse en sa faveur aura donc pour conséquence de multiplier son pouvoir d’achat par l’infini. Or, pour lui aucune augmentation des prix ne pourra être supérieure à son augmentation de pouvoir d’achat (en excluant le cas improbable où il n’existe aucun bien dont le prix est inférieur ou égal à la somme qui lui a été octroyé par redistribution).

    Qu’en penses-tu?

    (*) Oh, il a bien essayé de travailler, et plusieurs fois même. Mais en plus d’être simple d’esprit, il n’est malheureusement pas très doué de ses mains… Et à chaque fois que quelqu’un a essayé de l’embaucher, il a fait des bêtises qui ont coûté cher à l’entreprise, qui n’a donc pas voulu le garder. Et même avec un salaire très bas, rien que les coûts induits par le fait de devoir s’occuper de lui sont supérieurs aux gains qu’il apporte… Pour tout ça, il ne travaille plus aujourd’hui.

  2. jesrad says:

    Attention: on parle ici de redistribution « parfaite », où le coût de la redistribution est nul, et en l’absence de tout contrôle des prix. Effectivement, la compensation est en général inférieure… à hauteur de la quantité de richesse transférée volontairement, c’est le cœur de mon explication. La compensation s’ajuste seulement à ce qui dépasse la générosité acceptée.

    Monsieur Duglant bénéficie dans ton exemple d’une position de spéculateur avantageuse, puisqu’il peut jouer sans rien avoir à perdre. Néanmoins, si absolument personne n’accepte qu’il reçoive de l’argent, crois-moi, il n’arrivera à rien acheter qu’il ne lui faudra pas payer d’une façon ou d’une autre (je pense au cas 3). De toute façon je n’ai aucun doute que quelqu’un d’incapable de subvenir à ses propres besoins malgré sa bonne volonté n’aura absolument aucun mal à se faire entretenir volontairement, c’est le sens de la fin de mon texte.

  3. Mateo says:

    Attention: on parle ici de redistribution “parfaite”, où le coût de la redistribution est nul, et en l’absence de tout contrôle des prix.

    Oui, moi aussi je parle de redistribution parfaite.

    Effectivement, la compensation est en général inférieure… à hauteur de la quantité de richesse transférée volontairement, c’est le cœur de mon explication. La compensation s’ajuste seulement à ce qui dépasse de la générosité acceptée.

    C’est justement ce point que je soulevais: « mais ça ne veut pas dire que ces mêmes agent auraient donné autant, par charité, de façon spontanée sans contrainte ». Mais peut-être n’aurais-je pas dû le mettre entre parenthèse. 😉

    Ce que je voulais dire, c’est que justement, je pense qu’ils n’auraient pas donné autant d’argent par charité que la somme à laquelle ils renoncent.

    De toutes façons, en supposant que tu aies raison, reste mon point 2: pour moi, les bénéficiaires de la redistribution sont quand même gagnants nets, même avec l’augmentation des prix, mais pas au détriment de ceux que l’on croit (les « riches ») mais au détriment de ceux qui ne sont pas assez malins pour répercuter la perte de pouvoir d’achat due à l’augmentation des prix en augmentant eux-mêmes les prix (le salaire étant évidemment considéré comme un prix).

  4. jesrad says:

    Ce que je voulais dire, c’est que justement, je pense qu’ils n’auraient pas donné autant d’argent par charité que la somme à laquelle ils renoncent.

    C’est ce que je croyais aussi, mais les faits sont sans appel 😮

    De toutes façons, en supposant que tu aies raison, reste mon point 2: pour moi, les bénéficiaires de la redistribution sont quand même gagnants nets

    Oui, même avec une redistribution parfaite et gratuite, dans le monde réel ils bénéficient de l’aspect spéculatif. Mais cet aspect est faible par rapport à celui de la charité voulue, et je pense que tu confonds un peu les deux.

  5. Meuh² says:

    (Et bon anniversaire Jesrad!)

  6. Mateo says:

    Quels sont les faits « sans appel »? Tu parles de la publi que tu cites (que je n’ai pas encore lue)? As-tu d’autres stats?
    J’imagine que les études sont nombreuses sur le sujet. Convergent-elles en général vers la même conclusion?

    Je n’ai pas bien compris de ce que tu appelles « aspect spéculatif » ici. La hausse des prix?
    Quand je parlais de « gagnants nets »: non seulement gagnants malgré la hausse des prix mais également par rapport à ce qu’une charité volontaire leur aurait apporté je pense.

  7. Ankuetas says:

    Bon anniversaire! 😀

    (je savais pas, mais bon ^^)

  8. 4 ans plus tard… Excellent billet! 😉

    @volontariste

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