Merci pour ce moment !

Adaptation libre du dernier livre de Valérie Trierweiler. Les passages en italiques sont authentiques et issus des alentours de la quinzième page…

 

Il est assis, mal à l’aise, un petit papier à la main. Il me lit le communiqué de rupture qu’il a prévu de livrer à l’AFP, dix-huit mots froids et orgueilleux, chacun est comme un coup de poignard. Je m’effondre devant la dureté de sa phrase, cette manière méprisante de « faire savoir » qu’il « met fin à la vie commune qu’il partageait avec Valérie Trierweiler »…
Je me lève et pars en hurlant :
– Vas-y, balance-le ton communiqué si c’est ça que tu veux. Il tente de me rattraper, de me prendre dans ses bras. 
– On ne peut pas se quitter comme ça. Embrasse-moi.  

 

Il force mes lèvres avec sa langue et nous échangeons un long baiser. Au début réticente, je lui rends ce baiser avec passion en souvenir de tous les bons moments passés avec lui. Notre histoire vaut bien un dernier baiser d’adieu ! Je ferme les yeux et le revois passer les troupes en revue la cravate de travers et les cheveux mouillés par la pluie et je vibre toujours autant. Dans ces moments là je ne pouvais m’empêcher de le dévorer des yeux comme une spectatrice regarderait George Clooney venter les bienfaits de Nespresso à la télévision. Je sens que le désir monte en moi, irrépressible, malgré le mal qu’il vient de me faire. C’est plus fort que moi, je suis droguée de lui.

 

Il sent que je suis à lui, que je ne peux pas partir, et il en profite. Ses mains courent le long de ma jupe qu’il relève jusqu’en haut de mes hanches, puis il arrache ma culotte avec une fougue que je lui connaissais plus. Je me laisse faire comme une poupée de chiffons, anesthésiée par les somnifères que j’ai pris pour atténuer l’enfer médiatique que je traverse. Il me traine vers le fauteuil louis XV de l’appartement privé et me penche dessus, tenant ma tête enfouie dans le coussin en soie sauvage. Il a déjà baissé son pantalon et je sens son andouille de viande* s’enfoncer en moi. A chacun de ses assauts son ventre pendant s’écrase contre ma croupe dans un bruit mouillé : il a repris du ventre depuis qu’il porte sur ses épaules le poids des responsabilités.

 

Je commence à espérer qu’il a renoncé à me quitter, il me propose même que nous passions une dernière nuit ensemble… je me retourne pour voir s’il est sincère avant de réaliser qu’il a dit « une dernière nuit ». Il est concentré, ses yeux sont fermés, il ne s’est pas encore aperçu qu’il n’est plus en moi, que je me suis retournée, et m’éjacule sur le visage sans prévenir, avec un petit râle suivit d’un « Julie » rauque.

 

Je me dégage avec force et rajuste ma jupe à la hâte. Je pars sans me retourner, le visage inondé de larmes et de sperme. Pourquoi tant d’inhumanité ? De violence ? Il a désormais les plus hautes responsabilités. S’il ne peut y avoir d’art, qu’il y ait au moins la manière.
Je dois rejoindre mes officiers de sécurité qui m’attendent à la voiture. Je pleure, comme rarement j’ai pleuré. J’essaie de me cacher derrière un arbre pour qu’ils ne me voient pas dans cet état. L’un des maîtres d’hôtel me glisse un paquet de mouchoirs. Mais c’est moi, le kleenex qui vient d’être jeté à l’instant.
 

*L’andouille de viande est une spécialité de Tulle

 

Retrouvez cette histoire et d’autres sur le site de l’auteur.

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Lu pour vous: Merci pour ce moment

« Merci Pour ce Moment » est loin d’être la phrase à laquelle on pense en refermant le livre de Valérie Trierweiler. Sur la forme le livre est mal écrit, le rythme est haché, la formulation boiteuse, ça ressemble un peu à une espèce de sous-Duras mais sans les scènes érotiques. Deux petites citations suffiront à vous en donner une idée :

L’un des maîtres d’hôtel me glisse un paquet de mouchoirs. Mais c’est moi, le kleenex qui vient d’être jeté à l’instant.

J’aurais pu récupérer « l’aile Madame ». Au lieu de ça, j’en ai désormais deux : deux ailes pour reprendre mon envol.

Le fond est encore plus pénible que la forme : il est de notoriété publique que Valérie est une femme trompée, humiliée et profondément blessée : comment donc savoir quelle est la part de vérité dans le portait qu’elle dresse de François Hollande, son « bourreau » ? Il est impossible pour le lecteur de se plonger complètement dans le récit sans se poser la question de la véracité de ses dires, et on en apprend finalement plus sur elle que sur le Président.

Valérie s’y décrit avec force exemples comme une altruiste qui aide les pauvres, les handicapés, les femmes incarcérées, etc.  C’est bien simple : pas une occasion dans son récit n’est perdue pour citer toutes les bonnes causes auxquelles elle a associé son nom et auxquelles elle continue de participer maintenant qu’elle a été chassée de l’Elysée, toutes ses associations n’ayant pas oublié le travail formidaaable qu’elle a fourni pour les aider durant ces vingts mois en tant que première dam dame, allant jusqu’à raconter comment elle a sauvé une femme du suicide ! Difficile de ne pas la trouver tout aussi narcissique que le François qu’elle dépeint !

En vingt mois passés à l’Élysée, mon meilleur souvenir reste d’ailleurs ma sortie à Cabourg avec… cinq mille enfants du Secours populaire.

Être aux côtés de ces petits Français ne m’empêche pas de voir au-delà de nos frontières, là où le drame et la violence s’ajoutent à la misère. Peu m’importe la nationalité d’un enfant qui souffre.

En même temps qu’elle décrit ses bonnes oeuvres, elle souligne, surligne, met en relief et fait remarquer avec insistance à quel point elle est fragile : ses deux seuls échappatoires semblent être de s’enfermer dans la première salle de bain venue ou de se gaver de somnifères ou d’anxiolytiques, c’est une telle récurrence dans son livre que c’en est risible. Elle se défend d’avoir aucune influence sur le président car « François n’est pas influençable » mais se contredit seulement quelque pages plus loin en notant qu’un simple article de presse peut lui faire changer d’avis.

La gifle est brutale : dès septembre 2012, François décroche dans les sondages. Il y voit une relation de cause à effet. Passant d’un extrême à l’autre, il décide de ne plus prendre de vacances, ni de week-end. Il est depuis des années sous perfusion médiatique et se laisse influencer par ce qui est écrit, dit, commenté.

François refuse de contrarier la presse même quand elle transforme des ragots en pseudo-scoops. Il voit les informations comme un fleuve qui charrie tout, le vrai et le faux, et qu’il ne sert à rien de vouloir endiguer. Il préfère sentir les courants et jouer avec eux.

Pour parvenir à ses fins évidentes de vengeance, Valérie a donc opté pour la technique classique de la femme généreuse et altruiste qui a été abusée : elle si pure et si douce, petite colombe sans défense, a été malmenée à outrance par François et son entourage ainsi que par les médias. Si ce qu’elle y raconte est vrai, on se demande pourquoi elle est restée si longtemps avec cet homme glacial et méchant.

L’ambiance le soir à l’Élysée est orageuse. J’ai droit à une nouvelle salve ininterrompue de critiques blessantes, jusque dans notre lit. Je n’en peux plus. Jamais de compliments, pas un mot d’encouragement, uniquement des reproches cruels. (…) En mai 2013, je décide de le quitter. Il est trop dur, je n’en peux plus de sa méchanceté. Je rentre rue Cauchy et lui interdis d’y revenir. Pendant trois semaines, nous ne nous voyons pas. Je pars les week-ends aux quatre coins de la France avec des amis. Mais je finis par revenir. Je suis droguée de lui.

Une femme âgée l’aborde dans la rue pour lui dire :
– Ne vous mariez pas avec Valérie, nous, on ne l’aime pas.
Ce n’est pas très délicat, mais c’est sa liberté. Sa flèche n’est rien à côté de l’éclat de rire de François…. Mon Dieu, comme je lui en ai voulu à cet instant ! Incapable, par lâcheté, de répondre par une phrase de soutien, un mot gentil d’esquive comme il sait si bien le faire.

Je me souviens d’un soir, au sortir d’un repas de Noël passé chez ma mère, à Angers, avec tous mes frères et sœurs, les conjoints, neveux et nièces, vingt-cinq personnes en tout. François se tourne vers moi, avec un petit rire de mépris et me jette :
– Elle n’est quand même pas jojo, la famille Massonneau…
Cette phrase est une gifle. Des mois plus tard, elle me brûle encore. Comment François peut-il dire cela de ma propre famille ?

La réponse est peut être aussi simple que cela : c’est une femme amoureuse, faible, « droguée de lui », incapable de préférer sa famille dont elle se dit si fière à cet homme qui la méprise – elle et les siens – ouvertement, une femme qui répond aux très nombreux SMS de son ex six mois après la rupture au lieu de leur opposer un silence assourdissant, et qui s’en ouvre dans son livre dans ce qu’on perçoit comme une tentative d’atteindre sa rivale, Julie Gayet. Cette femme n’a pas tourné la page, contrairement à ce qu’elle avance.

Je m’émerveille à chaque fois de le voir passer les troupes en revue au son des hymnes nationaux. Il peut bien avoir la cravate de travers, ça m’est égal, je mesure à chaque fois le chemin parcouru. Je le dévore des yeux. Je le vois comme dans un film, telle une spectatrice.

Nous venons de passer le pont Alexandre-III, quand je reçois un message de mon bourreau. Il vient d’actionner la guillotine et m’envoie un mot d’amour : « Je te demande pardon parce que je t’aime toujours. »

Aujourd’hui, je ne reconnais plus ce compagnon cassant dans l’homme qui me refait la cour comme au premier jour. (…) Le Président affairé, débordé et indifférent s’est métamorphosé en un Président attentionné, qui trouve le temps de lire ce qui me concerne, de m’écrire des dizaines de textos, y compris quand il conduit des réunions à l’Élysée. Quel paradoxe ! Je lui résiste, je retrouve une valeur marchande pour l’homme dont la conquête est le moteur.

Chaque jour, François me supplie de le voir, de tout recommencer comme avant. Chaque jour, il m’envoie des messages me disant qu’il m’aime, il propose que nous nous affichions ensemble. Je refuse toutes ses suggestions.

Mes journées s’écoulent lentement, rythmées par les SMS du Président, que je ne peux m’empêcher de lire. Un, trois, cinq. Et je finis par craquer. Je réponds à son dernier message. Il réagit aussitôt.

Au final, ce livre n’est qu’une longue plainte narcissique. Et elle est restée accrochée au statut, aux honneurs et aux largesses de la République jusqu’au bout malgré le mépris de son compagnon. On a envie de dire : assume, chérie !

Hollande en prend tout autant pour son grade. Elle fait de lui le portrait quotidien d’un sociopathe narcissique ordinaire et d’un gamin jaloux et impulsif.

Une fois de retour à l’Élysée, je dois insister plus de dix minutes auprès de lui pour qu’il accepte de changer de costume avant le déjeuner. Dire qu’il est trempé est un euphémisme. Il regimbe. Lorsque je lui dis que ce serait quand même dommage qu’il commence son quinquennat malade, il accepte enfin ma suggestion.

Une autre fois, alors qu’il trouve ma robe trop sexy, il m’ordonne : « Va te rhabiller, va te changer. » Je consens seulement à mettre une étole sur mes épaules dévoilées.

Pourtant, dès que la presse m’affuble d’un nouvel amant, ses messages sont d’une rare violence… Lorsqu’il me découvre en photo aux côtés d’un autre homme, il ose m’envoyer ce message : « Tout est fini entre nous. »

La décision durable n’existe pas chez lui.

Cette frénésie absorbe François et le perd. Il ne sait pas résister à un micro qui se tend, une caméra qui se pointe sur lui, en attente d’une formule ou d’un bon mot. Miroir, mon beau miroir… Combien de fois l’ai-je vu massacrer « une séquence politique » réussie parce qu’il répondait ensuite à des questions hors sujet, hors contexte, mal filmé, dans un coin sombre, au milieu d’une forêt de micros. Je me rappelle un jour d’une scène désolante à Moscou. Son équipe lui explique qu’il ne doit faire aucune déclaration avant sa rencontre avec Poutine. Il répond : « Évidemment non », avant de se précipiter dix minutes plus tard vers les caméras !

Cet homme qui ne veut pas partager la lumière

En filigrane on comprend que celui-ci n’a guère d’autre passion que celle de se sentir supérieurement admiré et adulé.

Un siècle de Friedman

Il y a 100 ans tout juste, le 31 juillet 1912, naissait Milton Friedman de parents juifs fraîchement émigrés d’un coin d’Ukraine (qui appartenait alors à l’Autriche-Hongrie) vers les USA. Pour l’occasion, Contrepoints propose une sélection d’articles de qualité sur ce grand homme.

Quant à moi je vous propose une brève revue de ses actions notables:

Premier de sa famille à avoir la possibilité de faire des études universitaires, il a mis à profit cette opportunité pour toujours promouvoir la vérité et la liberté en toute occasion, et ce dès sa thèse de doctorat dans laquelle il critiquait le corporatisme de ses futurs pairs, exercé au détriment des plus pauvres. Oui, il avait déjà de sacrées balloches. Ensuite il a perdu un de ses premiers emplois (à l’Université du Wisconsin) parce qu’il était le seul parmi ses collègues à vouloir l’intervention des USA contre les nazis, puis a démonté le keynésianisme tout au long de sa carrière d’enseignant-chercheur à l’Université de Chicago. Il recommande en 1968 au gouvernement US l’abandon de la conscription militaire (effective en 1973). En 1975 il exhorte, dans ses présentations publiques au Chili, le régime autoritaire de Pinochet à abandonner son interventionnisme économique de type volontariste pour adopter à la place des mesures libérales (ce qui ne sera finalement fait qu’en 1980 et 1981), pariant que la liberté économique entraînerait à terme la liberté politique et le retour de la démocratie (un pari gagné dans les années 90). Il s’est prononcé pour la décriminalisation des drogues, conter les subventions agricoles (appliqué avec brio par la Nouvelle-Zélande en 1984), pour l’indépendance de la presse, pour l’égalité de statut privé-public (là aussi appliqué en Nouvelle-Zélande ainsi qu’en Estonie), contre les barrières douanières, pour un modèle simple et équitable de taxation (la flat tax, adoptée avec succès par la quasi-intégralité de l’Europe de l’Est ainsi que la Russie et de nombreux pays en voie de développement comme l’île Maurice ou la Jamaïque) et surtout, sa proposition la plus significative à l’échelle globale, pour le chèque scolaire – adopté avec grand succès par la Suède en 1992, ainsi que partiellement par la Colombie, puis par la Norvège, la Finlande et le Danemark, là aussi avec succès. Son livre « Free to choose » de 1980, compilation de ses interviews libres lors de la série télévisée éponyme, a servi de manuel de dé-communisation à Mart Laar, instituteur d’une trentaine d’années propulsé premier ministre de l’Estonie lors de l’effondrement de l’union soviétique, faisant de ce petit pays balte un modèle à suivre pour le reste des ex-colonies soviétiques.

Respect.

Lu: Wheat Belly, du docteur William Davis

William Davis est un cardiologue qui travaille à la prévention des maladies cardiaques dans le Wisconsin, aux USA. Là où il vit et travaille, les gens ne sont pas juste un peu grassouillets… ils sont énormes, avec facilement 20, 30 ou même 80 kilos de trop. Comme il l’observe parmi ses patients depuis des années, l’obésité et les signes de diabète de type 2 touchent tout le monde sans distinction autour de lui: blancs, noirs, latinos, asiatiques, jeunes, vieux, enfants (et même nourrissons !), athlètes, apathiques, célibataires, pères et mères de famille, végétariens ou pas, buveurs d’alcool ou pas, fumeurs ou pas, ça ne fait aucune différence. En plus, c’est un phénomène récent car, sur les innombrables photos que lui ont laissé ses grand-parents, il peut constater la rareté extrême du surpoids, surtout chez les jeunes, dans les deux ou trois générations l’ayant précédé.

Mais son vrai problème, jusqu’à il y a quelques années, c’était que lui aussi, médecin censé conseiller ses patients en matière de régime alimentaire et d’exercice, était frappé par ce mal. 15 kilos de « bouée » et de double-menton, une fatigue et une somnolence récurrentes, un bilan lipidique sanguin déplorable, des reflux gastriques terribles et surtout une photo de lui à la plage, le montrant plus proche de l’éléphant de mer que du primate, lui ont fait prendre conscience quelque chose allait manifestement de travers.

En individu responsable et cohérent, il suivait les mêmes conseils qu’il prodiguait à ses patients. Il courait tous les jours au moins une heure, il limitait fortement les graisses, en particulier saturées, dans son alimentation et il privilégiait les céréales complètes… et pourtant sa santé se détériorait inexorablement, exactement comme pour tous ses patients. Il lui fallait découvrir pourquoi.
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Lu: Fat, pourquoi on grossit, de Gary Taubes

5 ans après son best-seller « Good calories, bad calories » (hélas toujours pas traduit en français), le journaliste Gary Taubes de Science et du New York Times, spécialiste de la vulgarisation scientifique et plusieurs fois distingué pour son travail d’investigation, revient dans son dernier livre « FAT: pourquoi on grossit » sur le parcours qui l’a mené à remettre en question le bien-fondé du « consensus officiel » en matière de nutrition, sur le divorce consommé entre la recherche actuelle, et sur les présupposés obsolètes et erronés auxquels s’accrochent encore de nombreux médecins, diététiciens et institutions de santé. Dix ans de travail sont condensés dans cet ouvrage, pour enfin comprendre: comment a-t-on pu autant et si longtemps se fourvoyer ? Comment fonctionnent vraiment les mécanismes de la prise de poids et de l’amaigrissement, et comment sont-ils liés aux nouvelles « épidémies » d’obésité et de diabète de type II ? Combien a-t-on subi de morts prématurées et de vies abîmées pour l’acharnement du secteur de la santé et de nos gouvernants à ne pas remettre en question le statu quo ?

Avec nos systèmes de santé publics écrasés par le poids du diabète (10% des dépenses de la sécu en France, et ça grimpe), des maladies cardiaques et de l’obésité, nous payons très cher aujourd’hui d’avoir laissé la classe politique et le monde médical tenter de régler notre problème d’alimentation à notre place, par l’autorité.
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Lu: Je gagne toujours à la fin

Parmi les vulgarités les plus affligeantes de la pensée commune, dominante, médiatique, il y a la confusion entre démocratie et état de droit. Ce n’est pas du tout la même chose. L’URSS des années Gorbatchev était un état de droit sans être une démocratie – sans que le peuple ne vote. Aujourd’hui, oui, il vote – allez donc faire un tour en Tchétchénie.
 
Pour vivre, j’ai besoin d’infiniment plus de liberté qu’un autre, comme un sportif consomme plus d’oxygène qu’un oisif, simplement.

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Tagué !

Me voilà tagué par Vincent Bénard, qu’il en soit remercié: d’une part pour avoir pensé à moi (simple anonyme de la toile) et d’autre part pour m’avoir donné un truc à écrire alors que je bulle pendant mes vacances.

Bon. 6 livres qui m’ont marqué…

  • La stratégie Ender / Ender’s game, d’Orson Scott Card. Un super-classique de la science-fiction, quelque-part entre bildungsroman, messianisme et chronique de vétérans de guerre.
  • Un monde d’azur / The blue world, de Jack Vance (le plus connu des auteurs méconnus. Ou l’inverse). Ce livre plutôt court parvient à concentrer tout ce qui fait l’humanité, du meilleur au pire, dans un cadre très original.
  • Quartier lointain, de Jirô Taniguchi. Un homme en pleine crise de la quasi-quarantaine réinterprète la plus grande partie de son histoire personnelle à la suite d’un étrange phénomène.
  • Prometheus rising, de Robert Anton Wilson. Des tas de petits détails du comportement humain deviennent lumineux après cette lecture.
  • Stopping power, de J. Neil Schulman. Avant de lire ce livre je pensais que le libre port d’armes à feu était une mauvaise idée.
  • Memory, épisode intermédiaire de la saga Vorkosigan par Loïs McMaster-Bujold. Comment un type qui n’avait que ce qu’il a jamais réussi à arracher à l’existence envers et contre tout perd tout, puis se sort de sa dépression pour sauver la vie d’un vieil ami et stopper une conspiration particulièrement sournoise alors qu’il est le premier suspect. Et se construit une nouvelle vie au passage.

Et puis, tiens, je vais arrêter la chaîne ici. Puisqu’il faut nécessairement que celle-ci s’arrête, et donc que quelqu’un subisse toutes les calamités prévues à cette occasion, et puisque mon code d’éthique si étudié m’interdit d’infliger cela à qui que ce soit d’autre qui n’est pas disposé à le subir à ma place, je n’ai pas vraiment le choix 😛

Les pauvres du tiers-monde sont des riches aux mains liées

La lecture du livre « Le mystère du capital » du péruvien Hernando de Soto, fondateur de l’Institut Liberté et Démocratie, est absolument nécessaire à toute personne prétendant s’intéresser de près ou de loin à la pauvreté dans le monde et aux moyens de l’éradiquer. C’est un formidable complément à cet autre ouvrage sur le même thème. Ce livre est indispensable parce qu’il contient une description bien plus réaliste et claire de la réalité que vivent les pauvres du tiers-monde que tous les ouvrages déformés par le misérabilisme et la fausse culpabilité post-coloniale, biaisés par un agenda politique, ou aveuglés par la foi en des outils économétriques, que l’on pourrait trouver dans nos librairies par wagons entiers.

Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident, et échoue partout ailleurs ?
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Lu: 21 siècles d’économie

Ce petit livre d’histoire économique de Philippe Simonnot, docteur et enseignant en économie du droit à Paris X, n’a qu’un seul défaut: celui d’être un peu trop court. Chaque siècle est présenté à chaque chapitre, à peu près le même nombre de pages, pour « redonner au temps son épaisseur », ce qui est une idée brillante. On voyage comme cela dans l’Europe, l’Asie et l’Afrique en détaillant la situation économique des civilisations passées, avec les innovations et tabous qu’elles ont pu connaître – découvrant aussi au passage les conceptions erronées dont on en avait parfois jusqu’à très récemment.
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Toujours frais

Cela fait plus d’un siècle et demi, et pourtant les écrits de Bastiat sont toujours hautement d’actualité aujourd’hui…

Voilà pourquoi le gouvernement, trouvant toujours des facilités, a tant augmenté les dépenses. Quand s’est-il arrêté? Quand a-t-il dit: « Nous avons un excédant de recettes, nous allons dégréver »? Jamais il n’a fait cela. Quand on a de trop, on trouve à l’employer; c’est ainsi que le nombre des fonctionnaires est monté à un chiffre énorme.

On nous accuse d’être malthusiens, oui, je suis malthusien en ce qui concerne les fonctionnaires publics. Je sais bien qu’ils ont suivi parfaitement cette grande loi, que les populations se mettent au niveau des moyens de subsistance. Vous avez donné 800 millions, les fonctionnaires publics ont dévoré 800 millions; vous leur donneriez 2 milliards, il y aurait des fonctionnaires pour dévorer ces 2 milliards.

Un changement dans un système financier en entraîne nécessairement un correspondant dans le système politique car un pays ne peut pas suivre la même politique, lorsque la population lui donne 2 miliards, que lorsqu’elle ne lui donne que 200 ou 300 millions. Et ici, vous me trouverez peut-être profondément en désaccord avec un grand nombre de membres qui siégent de ce côté [la gauche]. La conséquence forcée, pour tout homme sérieux, de la théorie financière que je développe ici, est évidemment celle-ci que, puisqu’on ne veut pas donner beaucoup à l’État; il faut savoir ne pas lui demander beaucoup.

Il est évident que si vous vous mettez dans la tête, ce qui est une profonde illusion, que la société a deux facteurs d’un côté, les hommes qui la composent, et, de l’autre, un être fictif qu’on appelle l’État, le gouvernement, auquel vous supposez une moralité à toute épreuve, une religion, un crédit, la facilité de répandre des bienfaits, de faire de l’assistance; il est bien évident qu’alors vous vous placez dans la position ridicule d’hommes qui disent: Donnez-nous sans nous rien prendre, — ou qui disent: Restez dans le système funeste où nous sommes à présent engagés.

Il faut savoir renoncer à ces idées; il faut savoir être hommes, et se dire: Nous avons la responsabilité de notre existence, et nous la supporterons.
[…]
Je dis, qu’il y a incompatibilité radicale entre un impôt exagéré et la liberté.

Le maximum de l’impôt, c’est la servitude; car l’esclave est l’homme à qui l’on prend tout, même la liberté de ses bras et de ses facultés.

Eh bien, est-ce que si l’État ne payait pas à nos dépens un culte, par exemple, nous n’aurions pas la liberté des cultes? Est-ce que si l’État ne payait pas à nos dépens l’université, nous n’aurions pas la liberté de l’instruction publique? Est-ce que si l’État ne payait pas à nos dépens une bureaucratie très-nombreuse, nous n’aurions pas la liberté communale et départementale? Est-ce que si l’État ne payait pas à nos dépens des douaniers, nous n’aurions pas la liberté du commerce?

Car qu’est-ce qui manque le plus aux hommes de ce pays-ci? Un peu de confiance en eux-mêmes, le sentiment de leur responsabilité. Il n’est pas bien étonnant qu’ils l’aient perdu, on les a habitués à le perdre à force de les gouverner. Ce pays est trop gouverné, voilà le mal.

Le remède est qu’il apprenne à se gouverner lui-même, qu’il apprenne à faire la distinction entre les attributions essentielles de l’État et celles qu’il a usurpées, à nos frais, sur l’activité privée.

Tout le problème est là.

Heinlein et la politique

La Lune, colonie pénitentiaire transformée en terre d’exil forcé, vient d’être libérée après un coup de force bien préparé mais déclenché hâtivement. Les Lunatiques sont libres et indépendants… et forment leur propre assemblée constituante.

Quelqu’un voulait créer un comité chargé de définir avec exactitude la nature du langage lunaire, afin de coller une amende à tous ceux qui parlaient l’anglais terrestre ou quelque autre langue d’en bas. Ah ! Mon pauvre peuple !
J’ai lu les propositions d’impôts dans le Quotidien Lunatique, une taxe de volume qui pénaliserait tous ceux qui voulaient augmenter la taille de leurs tunnels, une taxe per capita (égale pour tous), un impôt sur le revenu (essayez donc de demander des renseignements à Mamie pour définir les revenus de la famille Davis !) et enfin une nouvelle taxe sur l’air, qui se fondait sur un mode de calcul inédit.
Je n’avais pas vraiment imaginé que « Luna Libre » allait introduire des impôts. Il n’y en avait encore jamais eu et ça marchait plutôt pas mal ainsi. On payait pour ce que l’on avait. Tanstaafl ! Comment faire autrement ?
Une autre fois un pompeux jeunot a proposé que la mauvaise haleine et les odeurs corporelles constituent un motif d’exécution ; là, je ne pouvais que le comprendre, car il m’était arrivé, en capsule, de vraiment souffir des puanteurs environnantes. Bon, ça n’arrive pas si souvent et on peut y remédier ; et les coupables chroniques, ou les malheureux qui n’ont pas la possibilité de se corriger, n’ont de toute façon pas de grandes chances de se reproduire.
Une femme (les suggestions venaient pour la plupart des hommes, mais celles de la gente féminine n’étaient pas moins stupides) a présenté une longue liste de « lois permanentes » qu’elle désirait voir appliquer à des affaires d’ordre purement privé. Il ne devait plus y avoir de mariage pluriel d’aucune sorte ; pas de divorces ; pas de « fornication » (j’ai dû vérifier le sens du mot !) ; pas de boisson plus forte que la bière à 4° ; des services religieux le samedi avec arrêt de toute activité ce jour-là (et les mécanismes assurant la distribution de l’air, de la chaleur et de la pression, chère madame ? Et le téléphone, les capsules ?). Il y avait une longue liste de médicaments à interdire et une autre, plus courte, de ceux que seul un médecin diplômé pouvait délivrer (qu’est-ce qu’un médecin diplômé ? Mon guérisseur a sur sa porte une plaque où l’on peut lire « artisan docteur » ; officieusement, il exerce aussi le métier de bookmaker, c’est d’ailleurs pour ça que je vais chez lui. Pensez-y madame, il n’y a pas de faculté de médecine sur Luna ! – à cette époque du moins) Elle voulait même rendre le jeu illégal. Si un Lunatique ne pouvait pas jouer aux dés, il irait ailleurs, même si on devait lui proposer des dés pipés.
Ce n’était pas la liste de tout ce qu’elle haïssait qui m’a irrité le plus, car à l’évidence elle était aussi bête qu’un cyborg, mais bien le fait qu’elle trouvait quelqu’un pour approuver ses suggestions. Ce doit être un penchant bien ancré dans le cœur humain que d’empêcher les autres de faire ce qu’ils veulent. Des règles, des lois qui sont toujours pour les autres. Une obscure facette de nous-mêmes, quelque chose d’inné, avant même que nous ne soyons descendus des arbres, et dont nous n’avons pas su nous défaire quand nous avons pris la position verticale. Parce que personne, non, personne n’a dit : « Je vous en prie, votez ça pour m’empêcher de faire quelque chose de mal. » Niet, tovaritchs, il y avait toujours quelque chose qu’ils haïssaient voir leur voisin faire. Il fallait les contraindre « pour leur propre bien »… pas parce que l’orateur prétendait que cela le gênait.
En assistant à cette séance, j’ai presque regretté que nous nous soyons débarrassés de Morti la Peste. Lui, au moins, restait dans son coin avec ses femmes et ne nous disait jamais comment mener nos propres affaires.
Mais Prof ne s’énervait pas, il continuait de sourire.
– Manuel, croyez-vous réellement que ce ramassis de gamins attardés soit capable d’adopter la moindre loi ?
– C’est vous qui leur avez dit de le faire. Vous les avez même priés.
– Mon cher Manuel, je me suis contenté de mettre tous les dingos dans le même panier. Je les connais bien, pour les avoir entendus pendant des années. J’ai pris beaucoup de soin en composant leurs comités: ils sont tous atteints de confusion congénitale. Ils ne vont pas cesser de se quereller. Le président que je leur ai imposé tout en leur permettant de l’élire est un attentiste incapable de détortiller un bout de ficelle, il croit que tous les sujets ont besoin « d’être étudiés plus longuement ». Au fond, je n’aurais presque pas eu à m’en mêler : plus de six personnes ne peuvent jamais tomber d’accord sur rien, trois sont préférables – et une seule reste parfaite pour accomplir les tâches à exécuter… seul. C’est d’ailleurs pourquoi, au cours de l’Histoire, tous les parlements du monde n’ont été capables d’accomplir des choses que grâce à un petit nombre d’hommes forts qui dominaient les autres. Pas de panique, fiston, ce Congrès ad hoc ne fera rien… et même s’il adopte la moindre loi par pure lassitude, elle sera tellement grévée de contradictions qu’il faudra bien s’en débarrasser. Et pendant ce temps, ces gens ne se mettent pas dans nos jambes.

Extrait de « The Moon is a harsh mistress ».

Lu: La liberté et le droit

Ce livre de Bruno Léoni, juriste italien, explique avec une rigueur exemplaire les conditions qui s’appliquent à l’élaboration du droit et des règles législatives, universellement. Il décrit les systèmes juridiques de l’Empire Romain, de la Grande-Bretagne, et des pays européens continentaux, pour en déduire les conséquences de certaines idées sur la liberté du peuple et la sûreté juridique (certitude légale).

Impossible d’échapper à ses conclusions: la législation, ce processus d’élaboration du droit, est fondamentalement incompatible avec la liberté et la sûreté, et ce quelque soit le système politique qui met en oeuvre cette législation, même la démocratie la plus directe qui soit. Le droit ne peut pas, à long terme, être appliqué de manière autoritaire et centralisé, la justice ne peut pas être conduite ainsi, sans emporter le peuple tout entier droit vers la dictature, même lentement.

Au passage il montre comment la démocratie politique, au sens généralement compris en Occident, ne parvient au mieux qu’à modérément garantir une partie de la liberté et de la sûreté juridique comparé à la « démocratie économique » du libre marché, ce qui surprend de la part d’un juriste. Il montre aussi que la séparation des pouvoirs est une fausse piste, ou au mieux une solution partielle qui ne garantit pas le contrôle des pouvoirs, mais seulement leur équilibre.