Souvenirs, encore

Je crois bien que j’avais 10 ans. Je dessinais au feutre effaçable sur le frigo des motifs géométriques, et l’un de ces motifs s’est trouvé être, je ne sais plus pourquoi ni où je l’avais vu aupravant, une croix gammée. Passant là, ma mère a sauté dessus pour l’effacer rageusement. Devant ma surprise, elle m’explique: « Certains symboles sont profondément associés au malheur pour beaucoup de gens, s’ils les voient cela peut les faire souffrir, alors il faut éviter de dessiner ce genre de chose ».

C’est comme ça que j’ai compris la vraie nature, et le fonctionnement secret, de la magie.

Souvenirs, suite

Pendant l’essentiel de ma jeune scolarité, j’ai entretenu une profonde fascination pour le fait que certains autres élèves, la plupart du temps des filles, venaient à l’école habillé(e)s de vêtements absolument dépourvus de bouloches, de traces résiduelles de tâches, avec pas un poil de chat, et surtout pas le moindre faux-pli, ainsi qu’une couleur parfaitement définie, intense. Je pouvais passer la journée, encore et encore, à admirer cet effet impeccable, cette netteté, en un mot cette perfection. Je me mettais à imaginer leurs parents rivaliser d’astuce et d’efforts pour obtenir un tel résultat (pour le pliage, pour empêcher le moindre poil ou cheveu de se poser dessus), j’imaginais que peut-être il existait des produits spéciaux, des machines à laver d’une catégorie supérieure, qui seules permettaient cela.

C’est seulement après plusieurs années que j’ai réalisé que c’était simplement ça, des vêtements neufs.

Souvenirs

Quand j’étais en CE1, notre institutrice a eu l’occasion de parler de Star Wars, qui selon elle, était fortement imbibé de mythologie arthurienne. « D’ailleurs, ‘Skywalker’ veut dire ‘qui traverse le ciel’, et ‘Perceval’ veut dire ‘qui traverse la vallée’, appuyait-elle fièrement. J’étais très impressionné par cette érudition, cette capacité que semblaient avoir certains adultes pour distinguer dans l’ordinaire les liens entre les choses, les motifs élégants, les règles fondamentales qui expliquaient en coulisses le fonctionnement de l’univers.

Quelques temps plus tard j’apprenais que le personnage joué par Mark Hamill devait, dans le script, s’appeler ‘Luke Starkiller’, mais qu’au premier jour du tournage, ce nom fut changé à la va-vite et avec embarras en ‘Skywalker’, moins ridicule.