Lu: Et si ça arrivait ? – La révolte des TPE

Ce livre de Thibault Guérin était présenté par l’auteur hier à la Fête de la Liberté. Et, oui, j’ai déjà fini d’en lire les 332 pages, parce qu’il se lit d’une seule traite.

Le récit est simple: raconter la révolution du Lümpen-patronat, terme détourné par l’auteur pour désigner les innombrables dirigeants-propriétaires de TPE et PME français, sacrifiés et laminés en permanence par une législation absolument inique, biaisée et totalitaire, qui leur fait porter tout entier le risque du travail et de l’initiative entrepreneuriale et fait d’eux rien de moins que la classe sociale exploitée par tout le reste du pays. Chaque exemple donné dans le livre, chaque situation effarante de dirigeant passé au presse-purée Prud’hommal, harcelé ou menacé par un employé malhonnête, suicidé sous la pression sociale, économique et juridique combinée, ou simplement épuisé, est tiré de cas réels qu’a pu connaître personnellement l’auteur dans sa propre expérience de petit patron et les rencontres qu’il a faites.

Lire la suite

Lu: Le droit naturel, ses amis et ses ennemis

Ce livre de Patrick Simon, préfacé par Philippe Némo, est un véritable trésor. Il commence par détailler l’histoire du droit naturel, avec ses deux sources (Athènes, à travers son legs à l’Empire Romain, et le Christ) qui se sont rencontrées et unies en Europe, et comment la société et la religion ont alors évolué en parallèle de la découverte progressive de ce droit, un peu comme le développement technologique interagit avec l’évolution sociale. Il contraste les concepts juridiques du droit naturel avec ceux des autres grandes tendances: le droit positif et le droit révélé (en particulier la Sharia).

Lire la suite

Le socialisme d’Hitler

On a déjà presque tout dit sur la politique internationale d’Hitler (conquête de l’espace vital) et sur l’aspect profondément raciste de sa politique interne. Mais on n’évoque que trop rarement le reste de sa politique nationale, qui est pourtant un aspect important de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Dans son livre « Comment Hitler a acheté les Allemands: Le IIIe Reich, une dictature au service du peuple » (Hitler’s Beneficiaries: Plunder, Racial War, and the Nazi Welfare State) l’historien Götz Aly propose une thèse particulièrement dérangeante: il entend démontrer que le peuple allemand a vendu son soutien au dictateur en échange des politiques socialistes et protectionnistes qu’ils désiraient.

Traduction de l’article de Reason Magazine au sujet de ce livre:
Lire la suite

Humberto Fontova et le vrai Che, 2

Traduction de l’interview d’Humberto Fontova par Michael Chapman de Cybercast News Service.

Humberto Fontova parle de son nouveau livre: Dénoncer le véritable Che Guevara et les idiots utiles qui l’idolâtrent.

Che Guevara, qui a aidé Fidel Castro dans son ascension vers le pouvoir à Cuba vers la fin des années 50 et le début des années 60, est aujourd’hui une icône de la culture socialiste mondiale. Sa photo se retrouve sur des produits innmobrables, des posters aux t-shirts en passant par les boîtes de CD et les bikinis.

Robert Redford a fait en 2004 un film sur Guevara, « The Motorcycle Diaries », qui a reçu l’acclamation des média et obtenu une Academy Award. Deux autres films sur Guevara sont prévus pour 2008.

Pourtant la gauche et Hollywood perpétuent des mythes, quand ce ne sont pas carrément des mensonges, au sujet de Guevara, si l’on en croit l’auteur Humberto Fontova dans son livre « Dénoncer le véritable Che Guevara et les idiots utiles qui l’idolâtrent ».

Fontova a discuté avec CNS de son nouveau livre et de ce qu’il décrit comme le véritable Che Guevara – l’homme qui a aidé Castro à mettre en place un régime communiste responsable d’au moins 102 000 morts et qui a fait passer 500 000 personnes dans son goulag.
Lire la suite

Humberto Fontova et le vrai Che, 1

Traduction de l’interview d’Humberto Fontova par Jamie Glazov pour Front Page Magazine.

L’invité de Front Page aujourd’hui est le cubain Humberto Fontova, qui a quitté Cuba en 1961 à l’âge de sept ans, a écrit pour plusieurs magazines conservateurs et est l’auteur de ‘Fidel: le tyran favori d’Hollywood’. Il a participé à de nombreuses émissions de radio et de télévision et il est actif dans la communauté cubaine-américaine. Il est l’auteur du nouveau livre « Dénoncer le véritable Che et les idiots utiles qui l’idôlatrent« .
Lire la suite

Sombre message d’un futur possible

Voici un extrait de « Time will run back » (qu’on peut traduire par « Conte à rebours ») de Henry Hazlitt. Dans cette histoire, qui se passe en l’an 2100, le monde tout entier est sous la domination d’un gouvernement communiste dirigé par Sa Suprématie le Dictateur Stalénine. Le fils du grand Dictateur, Piotr Uldanov, arrive pour la première fois à Moscou, la capitale mondiale, après avoir passé toute sa jeunesse isolé avec sa mère sur une île, sans aucune information sur le reste du monde. Dans cet extrait, Bolshekov, l’ambitieux et impitoyable numéro 2 du Politburo, lui raconte la version officielle et marxistement correcte de l’Histoire mondiale.
Lire la suite

Lu: La guêpe

Ce livre est un vieuuuux roman de science-fiction, écrit dans les années 50 par Eric Frank Russell. On retrouve bien le style de l’auteur, que j’avais déjà apprécié dans la Grande Explosion. Si je me souviens bien, il a écrit La Guêpe avant.

James Mowry est un esprit rebelle, indépendant, « prêt à tout à condition de n’avoir pas de meilleure alternative ». Il est enrôlé malgré lui dans la guerre entre la Terre et l’Empire Sirian, un peuple humanoïde (ils ont la peau pourpre et les oreilles collées au crâne), moins avancés techniquement et socialement mais douze fois plus nombreux et aussi douze fois mieux dotés en ressources naturelles. Comme « on ne gagne pas une guerre en ne faisant que repousser la défaite », la Terre a besoin d’employer ses moindres ressources disponibles au mieux. Dont James Mowry: il sera… une Guêpe.

Envoyé sur une des planètes siriannes, il se fond dans la population et commence à inventer de toutes pièces le Dirac Angestun Gesept: le Parti Sirian de la Liberté. Avec quelques affiches, quelques tracts, judicieusement placés dans la capitale locale, et surtout à l’aide d’une grande quantité de fausse monnaie et de son bagou, il sème un désordre insupportable dans la société lourdement administrée, hiérarchisée et surveillée des Sirians, et mobilise (ou plutôt, immobilise !) de plus en plus le Kaitempi – la police secrète sirianne – et même l’armée.

Et ce n’est que le début… Ce livre est un vrai petit guide d’activisme subversif, avec un plan en huit étapes (mais qui n’est jamais totalement expliqué car James doit en sauter plusieurs lorsque les choses s’emballent), et le style proprement abrasif d’Eric Russell rend cette épopée en terrain miné assez burlesque, mais aussi très intense par moments.

Traduction du Manifeste Néo-Libertarien en ligne

C’est par ici. Je ne suis pas à 100% d’accord avec ce texte, mais c’est celui qui s’approche le plus de mes propres idées.

Lu: Le jour où la France a fait faillite

Je viens de finir ce livre des deux Philippe (Jaffré et Riès) qui raconte comment, après un quinquennant désastreux de Ségolène et une crise majeure en 2009 qui manque de peu de sortir la France de l’Union Européenne, le petit Nicolas est élu Président en 2012, nomme Laurence Parisot Première Ministre, et se retrouve en plein mois de Juillet face à la plus grande catastrophe économique que la France ait jamais connue: la banqueroute totale de l’état français suite à la dégradation du rating des obligations du Trésor.

Les cartes de crédit ne fonctionnent plus, les touristes français à l’étranger sont coincés loins de chez eux et arrêtés pour insolvabilité, les supermarchés sont pillés, les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraite publiques ne sont versées qu’à moitié, les fournisseurs de l’état font faillite, les caisses d’épargne et les livrets A sont lessivés, la Banque Postale dépose le bilan, et – cerise sur le gâteau – l’Airbus présidentiel est saisi en plein aéroport de New-York, avec Sarkozy à bord 😀

L’état français se retrouve obligé de mendier sa survie au FMI et au reste de l’Europe… et c’est là que la suffisance permanente et la distribution continue de leçons morales, politiques et économiques perpétrées pendant trois décennies par les prétendus maître du pays leur sautent à la figure: en fait de coup de main, c’est un grand coup de pied au derrière qu’ils reçoivent.

C’est un livre amusant à lire, où chaque personnage sonne vrai, où l’on apprend en passant comment fonctionne exactement le financement du grand bazar étatique, qui est concerné directement, et pourquoi tous les autres le sont indirectement, etc… Le style est vif, malgré les nombreux discours des uns et des autres, on a droit à une vision d’ensemble, au sommet de l’état tout comme dans la famille française moyenne, à l’étranger comme dans le pays, ponctué de brefs « flash infos » du JT. Bref, une lecture facile, instructive et édifiante, conseillée aux amateurs d’humour noir.

Saint Anselme Bellegarrigue explique comment réussir la cuisson et le démoulage d’une Révolution

Extrait de L’Anarchie – Journal de l’Ordre, numéro 2 – Automne 1849

La Révolution est l’émancipation de l’individu où elle n’est rien ; elle est le terme de la tutelle politique et sociale ou elle n’a pas de sens. En cela, je dois être et je suis, en effet, d’accord avec tous les hommes, même avec ceux que l’on est convenu d’appeler réactionnaires et qui ne sont, après tout, que des mineurs promis à la tutelle des soi-disant démocrates, comme ceux-ci sont aujourd’hui des mineurs acquis à la tutelle des prétendus réactionnaires. En thèse nationale, la dénomination des partis importe peu ; je ne connais ici que des hommes, lesquels veulent s’emparer les uns des autres, précisément pour s’affranchir les uns des autres. Le moyen est brutal et d’une inefficacité démontrée par l’expérience ; mais un fait certain, c’est que le désir de s’émanciper est partout : la Révolution est donc universelle, et c’est pour cela, c’est parce qu’elle ne veut pas être localisée, qu’elle est la Révolution.

La Révolution étant le terme de la tutelle, quelle doit être la logique révolutionnaire ?
Sera-ce l’opposition politique ?
Sera-ce l’opposition insurrectionnelle ?

Ni la politique, ni l’insurrection, répondrai-je, et je prouve : Lire la suite

Quand Saint Anselme Bellegarrigue décrit le passé, il décrit notre avenir

Extrait de L’Anarchie – Journal de l’Ordre, numéro 2 – Automne 1849

Dans les dernières années du règne de Louis-Philippe, la Révolution, – et par ce mot j’entends le développement des intérêts, – avait tellement miné le gouvernement, qu’il craquait de toutes parts, et que, par ses nombreuses fissures, mal radoubées à l’aide des lois d’urgence, s’introduisait à jets continus le flot libre qui devait l’emporter.

L’enseignement se sentait gêné dans la réglementation universitaire.
Le culte regimbait sous le joug de l’Etat.
La justice avait honte de ses accointances avec la politique.
Le commerce et l’industrie, fatigués de la tutelle gouvernementale, cherchaient déjà les moyens de s’affranchir de la routine des règlements et du monopole financier.
Les arts et les lettres criaient contre une protection tyrannique qui accordait des primes à la faveur et à l’incapacité, tout en empêchant le vrai mérite de se produire.
Et, concurremment avec tous ces éléments de l’existence publique, l’agriculture, mère commune, réclamait un dégrèvement qui ne pouvait s’obtenir que par la suppression des sections diverses du protectorat et des budgets alloués à ce protectorat.

La manifestation des besoins publics avait rendu les abus de la tutelle tellement saillants, le remous social occasionné par les digues administratives s’était fait si lourde, les existences flottantes que les entraves réglementaires avaient créé formaient une phalange si formidable, que M. Guizot, pour éviter le débordement, avait été forcé d’acheter, non pas seulement le lit parlementaire, mais encore et surtout la source de ce fleuve Politique qui portait la nef gouvernementale ; le ministre de Louis-Philippe avait acheté l’électeur lui-même : La France officielle était sienne, du censitaire au législateur, de la base au sommet.

Parvenu à ce point suprême d’appropriation politique, le gouvernement se trouva acculé ; la Révolution devait nécessairement lui faire rendre gorge, je veux dire que le flot des intérêts devait le submerger ; il n’y avait plus d’issues pour lui dans des empiétements nouveaux : tout était pris, tout excepté le pays social, la France réelle, l’ascendance industrielle, l’appétit du confort. la Révolution, pour tout dire en un mot.

Or cet adversaire inexpugnable et inconquérable en la présence duquel se trouvait enfin le gouvernement; cet ennemi naturel qui le pressait de toutes parts, la Révolution, – il faut bien comprendre ceci. – n’a jamais eu, ne peut jamais avoir un nom d’homme.

On l’a appelée Mirabeau, elle protesta.
On l’a appelée Danton, elle s’indigna.
On l’a appelée Marat, elle trembla.
On l’a appelée Robespierre, elle rugit.
De nos jours, on lui a donné les noms de Ledru-Rollin, de Louis Blanc, de Raspail ; voyez ce qu’elle en a fait.

Malheur à l’homme qui se fait Révolution ; car la Révolution c’est le peuple, et quiconque a l’audace de personnifier le peuple commet le plus grand attentat dont l’histoire ait jamais témoigné !

La Révolution c’est le flux des intérêts : nul ne peut représenter les intérêts, ils sont représentés par eux-mêmes. La force d’intensité de leur persévérante et calme manifestation est la seule force révolutionnaire raisonnable et possible. Rien n’est plus affligeant, rien n’est plus ruineux que de voir dans les assemblées, dans le journalisme ou dans la rue quelques individus se vanter de représenter les intérêts du peuple, et localiser ainsi la Révolution dans un rayon de quelques pieds carrés. L’intérêt est une notion qui ressort du besoin, du goût et de l’aptitude de chacun ; c’est donc un fait purement personnel qui répugne à toute délégation ; nul ne peut être apte à réaliser un autre intérêt que son intérêt propre. Quand un homme se présente qui dît à un autre homme : Je vais faire vos affaires, il est clair qu’en thèse politique ou de non-garantie, l’homme d’affaires fera ses affaires propres de celles du mandant.

L’intérêt étant un fait purement personnel et individuellement réalisable, son objet révolutionnaire est d’aboutir à la liberté d’action. Or, cette liberté nécessaire à la réalisation de l’intérêt, peut-elle être personnifiée à titre public dans un ou plusieurs délégués ? Non, on n’est pas plus le représentant de la liberté que de l’intérêt d’autrui. La liberté n’est pas un principe politique, elle est un fait individuel : l’homme est libre dans la dépendance de ce qu’il aime ; il sacrifie journellement sa liberté à son intérêt, et il n’est véritablement libre qu’autant qu’il lui est facultatif de ne l’être pas.

De cette sorte, nul ne peut se poser comme représentant de la liberté ou des intérêts d’autrui sans devenir au même instant une autorité et sans être, par conséquent, en flagrant délit de gouvernement.

En localisant donc dans une assemblée, ou dans un club, ou dans un journal, ou sur la place publique, ou derrière une barricade l’intérêt et la liberté qui appartiennent essentiellement au domaine public, on a localisé la Révolution, comme je l’ai déjà dit, n’est autre chose que le flux des intérêts et de la liberté, et en localisant la Révolution, on l’a châtrée, on l’a neutralisée.

J’ai donc raison de dire qu’il n’est pires contre-révolutionnaires que les révolutionnaires ; car il n’est pires citoyens que les envieux.

Les gouvernementalistes de la monarchie et de la République se sont admirablement entendus pour persuader au peuple que sa fortune était dans les mains de l’autorité ; c’est exactement le contraire qui est vrai. Le pouvoir ne possède que ce qu’il prend au peuple, et pour que les citoyens en soient venus à croire qu’ils devaient commencer par donner ce qu’ils possèdent pour arriver au bien-être, il faut que leur bon sens ait subi une profonde perturbation.

Il est vrai que la combinaison présentée a pour résultat infaillible d’aveugler les populations en réveillant les instincts grossiers et en agitant les passions basses.

Il y a quelque chose à faire, disent les monarchistes, le peuple est dans le malaise : nous songerons à lui. Voilà déjà les monarchistes se posant comme la Providence des masses dénuées et provoquant naturellement dans ces masses un ferment d’envie.
Les riches ne s’occupent pas de vous s’écrient, les républicains en s’adressant à la population infériorisée, nous allons les forcer à vous donner une partie de ce qu’ils ont ! Voici maintenant les révolutionnaires qui abondent dans le sens des monarchistes et qui les proclament la Providence des masses.

Ainsi, les républicains et les monarchistes constatent d’un commun accord que la richesse doit rester immobilisée dans une certaine classe de citoyens et que tout le reste de la population doit vivre d’aumônes ; erreur honteuse et dégradante qui a engendré le droit au travail et à l’assistance, dont la contrepartie est inévitablement le monopole des capitaux ; car il est impossible que j’aie à demander à quelqu’un le droit de travailler. Si je n’ai préalablement reconnu à ce quelqu’un le droit de posséder, à titre immuable, ce avec quoi et sur quoi je travaille il ne faut pas avoir beaucoup de pénétration pour comprendre cela : le simple bon sens peut y suffire.

C’est de cette erreur, qui a divisé la nation française en privilégiés et en mendiant, qu’est issue l’idée de localiser la Révolution et d’en faire l’apanage d’une secte de doctrinaires. En niant à l’initiative individuelle la faculté de déplacer et de généraliser la richesse par la multiplication, en tournant dans le cercle étroit des capitaux existants sans se préoccuper de ceux à créer, en faisant de la question sociale une question de jalousie au lieu d’en faire une question d’émulation et de courage, on a fait croire à l’efficacité de l’initiative gouvernementale sur la répartition du bien-être ; d’où la nécessité du gouvernement. Mais plus les révolutionnaires veulent du gouvernement pour répartir, autrement dit pour monopoliser, plus aussi les monarchistes veulent du gouvernement pour monopoliser, autrement dit pour répartir. On ne peut pas être maître de répartir la richesse sans s’être fait préalablement maître de la richesse ; la répartition c’est donc tout d’abord le monopole ; d’où il suit que le citoyen Barbés [=de gauche !] et M. Léon Faucher [=de droite !] professent exactement la même doctrine. De cette sorte, la consolidation du gouvernement est due à la double action des royalistes et des révolutionnaires. Or, il faut qu’on sache bien que le gouvernement est, dans les mains de qui que ce soit, le néant de la Révolution, par une raison bien simple : c’est que le gouvernement est le monopole forcé. Le plus grand énergumène de la répartition arriverait au gouvernement, que je le défie de répartir. Voyez plutôt.

Nul ne peut gouverner sans s’appuyer sur la richesse ; la richesse est au gouvernement ce que les colonnes sont à l’édifice, ce que les jambes sont à l’individu. Aussitôt donc que, sous prétexte de faire le bien des pauvres, un individu est poussé au gouvernement, cet individu a, pour garder l’équilibre, besoin de s’appuyer sur les riches. Or, comment songerait-il désormais à dépouiller les riches au profit des pauvres, puisque sa propre conservation est dans le maintien intégral sinon du personnel, du moins du monopole financier ?

On le voit donc, dès que la Révolution a été réduite aux minces et misérables proportions d’un déplacement d’individus, d’une mutation de noms propres, elle a fait fausse route ; elle est tombée dans un abîme ; le pire des abîmes, celui de l’envie, de la paresse et de la mendicité.

Si, durant la période du règne de Louis-Philippe, les révolutionnaires s’étaient attachés à exalter l’initiative industrielle des individus, au lieu de développer des thèses stupides de munificence d’Etat ; s’ils avaient appris aux individus à ne compter que sur eux-mêmes au lieu de leur enseigner à tout attendre de la Providence éclopée des gouvernements ; s’ils avaient cherché à faire des gagneurs d’argent au lieu de pousser le peuple à la stérilité de la controverse et à la honte de la mendicité, la liberté qui, quoi qu’en disent les sophistes, est une question d’écus ; le bonheur qui quoi qu’en disent les oisifs, est une question de moralité et de travail, se seraient établis en France à titre universel et le gouvernement, oublié dans son coin, nous occuperait peu. Un peuple qui fait ses affaires est un peuple qui se gouverne, et un peuple qui se gouverne abroge, par ce seul fait, et frappe de désuétude tout le fatras législatif dont l’agitation populaire avait, bien plus que le génie des hommes d’Etat, favorisé la conception.

Après avoir indiqué ce qui, dans ma conviction, est la vérité, c’est-à-dire : que l’institution gouvernementale usée, décrépite et corrompue en 1848, allait, poussée par la force des choses et le flux des intérêts, disparaître doucement et à jamais, si le mouvement inopportun de la population ne l’eût relevée et rajeunie, il me reste à démontrer comment ce mouvement, de gouvernemental qu’il fut, eût pu n’être que révolutionnaire, industriel ou anarchique, ce qui est tout un.

Lu: Tsunami sur l’élysée

Ca fait un moment que je l’ai lu, celui-là, mais il est en train de devenir incontournable, vu la tournure que prend la campagne présidentielle.

D’un ton moqueur et avec un style enlevé, avec de nombreux détails croustillants et des citations savoureuses, tous à peu près authentiques, les co-auteurs se sont faits plaisir. Tout d’abord, ils décrivent le déroulement des campagnes primaires, avec leurs tartufferies et leurs petits meurtres entre amis, dans lesquelles Ségolène passe la main, un peu forcée, pendant que Nicolas empoche les restes de l’UMP malgré les coups de canif de Galouzeau. Puis, l’explosion de petits candidats, et le coup de théâtre de la re-présentation de Chirac. Là dessus, Le Pen échoue dans sa quête des signatures et présente sa fille à sa place. C’est la grande pagaille, et la seule chose qui ait été vraiment mal anticipée jusque là (avec quasiment un an d’avance) c’est que ce n’est pas (aux dernières nouvelles) Olivier Besancenot qui représentera les rouges de toutes tendances, mais Marie-Georges Buffet. On verra si Ségolène passe, ou s’efface devant DSK (avec Fabius en candidat de la discorde).

Le décor est planté pour un « 21 avril au carré »: le premier tour décrit dans le livre voit Chirac gratifié de moins de 10% des voix, et la sélection de Besancenot et de Marine Le Pen pour le second tour.

Cris d’effrois, exode en Belgique, manifestations pour ou contre l’un ou l’autre, débats-monologues dos à dos, tentatives foireuses d’une « Gauche de la gauche de gauche » unificatrice, MAM à deux doigts d’envoyer les chars Leclerc à Paris, tout y passe ! Et arrive le second tour et son record de bulletins blancs, la victoire de justesse de Charybde sur Scylla, la tentative de présidence européenne tournant à la farce, les premières exactions du « gagnant » contre son adversaire, et finalement la panique générale. « Tsunami » est un peu faible, en fait, c’est plutôt la chute d’une comète en plein sur l’élysée, avec tremblement de terre et éruption volcanique finale. Comment la machinerie républicaine risque, de manière pourtant très plausible, de s’emballer jusqu’à l’incroyable.

Très bon divertissement, il peut être intéressant de le lire aussi pour comparer la situation anticipée à l’époque avec celle d’aujourd’hui. Fortement conseillé aux 40% de Français qui ne font plus confiance aux politiciens.