Pourquoi Martini n’ira pas voter, non plus:

A mon tour de proposer de bonnes raisons de ne pas s’emmerder à voter:

Dans un pays où l’écrasante majorité des gens croient, simplement parce qu’on leur a suffisamment souvent répété, que ce sont leurs chefs qui décident quels droits ils ont et peuvent leur imposer n’importe quel devoir, être administré par un élu est une forme de tutelle. Et les seuls à qui j’aie jamais accepté de volontairement confier ainsi mon destin, sans réserve, et encore seulement pour un temps, ce sont mes parents, il y a longtemps.

Pour me faire voter pour quelqu’un il faudrait donc réunir deux conditions: la première, que je sois en situation de dépendance. Avec un minimum de prévention et de chance, ça n’arrivera pas avant le siècle prochain. La seconde condition, c’est que le candidat à ma « tutelle citoyenne » ait les qualités qu’avaient, vis-à-vis de moi, mes propres parents.

Maintenant, jetez un œil à la brochette de guignols patentés qui se présente, élection après élection, à quelque niveau que ce soit – municipal, départemental, nationale, européen, etc. Je ne confierais un enfant en bas âge à aucun d’entre eux. Je ne pourrais pas croire une fraction de seconde qu’ils acceptent, et encore moins qu’il leur vienne spontanément l’envie, de torcher un vieux infirme. Ma certitude est absolue quand j’estime qu’aucun d’entre eux n’a le quart de l’once d’un milli-poil de l’ombre d’un soupçon de l’amour inconditionnel et de la bienveillance qu’avaient pour moi mes parents.

Voilà pour quoi j’irai prendre un peu l’air et le soleil plutôt qu’aller veauter.

À propos Martini
I'm a stuffed penguin, and I hate you.

8 Responses to Pourquoi Martini n’ira pas voter, non plus:

  1. John Connor dit :

    Sympa l’article !

  2. Baraglioul dit :

    « Pour me faire voter pour quelqu’un il faudrait donc réunir deux conditions: la première, que je sois en situation de dépendance ».

    Mais nous sommes en situation de dépendance.

    Enfin, moi en tout cas. Je ne sais pas pour vous — peut-être que vous vivez dans une résidence protégée par des murailles blindées, avec des vigiles munis des AK 47 et des chiens qui bavent, de sorte que les fonctionnaires n’osent pas entrer sans être invités.

    Dans cette hypothèse, oui, vous pourriez vous dire indépendant de l’Etat.

    (Il est vrai que ce n’était pas vraiment dans ce sens que employiez le mot « dépendance ».)

    Comme ce n’est pas mon cas, je me sens en situation de grande vulnérabilité à l’égard des fonctionnaires.

    Par conséquent, si les hommes d’Etat — parce qu’ils ont besoin d’organiser des élections et de les gagner pour en imposer aux bandes mafieuses rivales, ou par idéologie — me permettent d’influer sur la manière dont ils agiront sur ma dépendance, j’en profiterai.

    Bon, dans le cas présent, je ne considère pas que mon bulletin de vote puisse me permettre d’influer ma destinée (parce que mon pouvoir serait trop dilué dans la masse des votants, parce que les différences entre les candidats sont relativement minces…, etc), donc je resterai à jardiner chez moi le jour des élections.

    N’empêche que je ne fais pas de mon abstention un dogme.

    • jesrad dit :

      « Mais nous sommes en situation de dépendance. »

      Non. Dépendre c’est ne pas pouvoir s’en passer, et ce n’est clairement pas le cas ici. Une victime d’enlèvement n’est pas « dépendante » de ses ravisseurs, même si elle est en leur pouvoir.

      « je ne fais pas de mon abstention un dogme »

      Martini et moi non plus. On s’abstient parce qu’on a des principes, et pas le contraire.

      « peut-être que vous vivez dans une résidence protégée par des murailles blindées, avec des vigiles munis des AK 47 et des chiens qui bavent, de sorte que les fonctionnaires n’osent pas entrer sans être invités. »
      😀
      Les fonctionnaires sont des gens comme nous, si vous apprenez à les connaître et à gagner leur amitié ou au moins leur considération tout devient beaucoup plus facile.

      • Baraglioul dit :

        Autant j’avais conscience, dans mon com’ précédent, de donner à « dépendance » un sens différent de celui que lui conférait Martini dans son billet, autant, là, si vous me permettez, je trouve que c’est vous qui jouez sur les mots. Une des définitions de « dépendance » que me donne mon Petit Robert est « Le fait pour une personne de dépendre de qqn ou de qqch. V. asservissement, assujettissement, chaîne, esclavage, obédience, obéissance, servitude, soumission, subordination, sujétion, vassalité.«  Mais, qu’importe, si vous préférez, lisez « vulnérabilité » là où j’ai écrit « dépendance ».

        La seule question qui m’intéresse est : si mon ravisseur, pour une raison qui me dépasse, me donne une petite dose de contrôle sur la façon dont il se comportera à mon égard, faut-il que je refuse de tirer parti de cette petite dose, sous prétexte que je n’ai jamais accepté d’être ravi ? Est-ce qu’accepter d’en faire usage constituerait une sorte de « collaboration » honteuse ?

        Je suis le premier à critiquer le terme de « représentants » pour désigner les hommes politiques. On ne peut parler de « représentant » que quand le « représenté » pouvait refuser toute « représentation », c’est-à-dire quand il avait la possibilité, non seulement de désigner quel serait son représentant, mais encore de décider s’il serait représenté ou non.

        Dans le cas d’une « représentation » au sens strict du terme, donc, j’adopterais volontiers les critères de Martini (quoique je serais certainement plus souple : je n’ai pas besoin que mon banquier ait de l’amour et de la bienveillance à mon égard pour lui donner un mandat de représentation limité).

        Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit dans l’hypothèse d’une élection. Que l’on vote ou non, quelqu’un sera élu pour s’immiscer dans vos affaires. Si vous n’allez pas à la politique, c’est la politique qui ira à vous.

        Par conséquent, il serait vain de constater que les hommes politiques n’ont ni amour ni bienveillance pour les « administrés » (d’ailleurs le problème pourrait aussi bien consister en ce qu’ils aient pour nous trop d’amour et de bienveillance) ; ça aurait même quelque chose d’enfantin : ce serait, sous prétexte que tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, que les gens sont méchants, faire une grosse colère et taper des poings par terre, au lieu de faire en sorte de vivre le moins mal possible.

        Pour ce qui concerne le « dogme » : oui, en un sens, vous avez raison : Martini n’a jamais dit que son refus était dogmatique, puisque, au contraire, il a avancé des conditions sous lesquelles il accepterait de voter. Mais, comme il le dit lui-même, « Avec un minimum de prévention et de chance, ça n’arrivera pas avant le siècle prochain » ; ça revient donc à dire qu’il ne votera jamais, et, ce qui m’intéressait le plus, cela signifie implicitement qu’il considère que, dans ce monde où les gens sont méchants, le vote est en soi moralement répréhensible (qu’il me corrige si je tire de ses propos des conclusions erronées).

      • jesrad dit :

        Vous avez raison, c’est plus clair avec « vulnérabilité ».

        Pour ma part, je ne vois aucun moyen d’améliorer mes conditions par le vote, tout du moins cette année. Ils sont tous antilibéraux, constructivistes, relativistes en matière de morale et antipathiques au possible.

  3. Baraglioul dit :

    Alors dans ce cas-là nous sommes d’accord : l’abstentionnisme se justifie quand le vote n’est pas un moyen crédible d’améliorer notre condition.

  4. laurett dit :

    « La seule question qui m’intéresse est : si mon ravisseur, pour une raison qui me dépasse, me donne une petite dose de contrôle sur la façon dont il se comportera à mon égard, faut-il que je refuse de tirer parti de cette petite dose, sous prétexte que je n’ai jamais accepté d’être ravi ? Est-ce qu’accepter d’en faire usage constituerait une sorte de “collaboration” honteuse ? »

    Cette petite dose de contrôle que le ravisseur donne l’illusion à sa victime d’avoir lui permet de mieux contrôler ladite victime. C’est une technique connue de manipulation.

  5. washer dit :

    Moi je n’irai, de toute façon, pas voter pour les legislatives car j’en ai marre de cautionner des « représentatifs » pourris.
    Vous allez trouver que je trouve un pretexte, egoistement ,suite à un problème personnel avec un élu mais je ne supporte plus la duplicité de certains.
    Alors que Sarko est allé crier sur tous les toits (pour se faire ré-elire) qu’il fallait favoriser la construction de logements en simplifiant les règlements et en rabotant les tracasseries administratives , le député- maire UMP de ma ville, fait tout le contraire.
    Il a demandé à tous les élus du conseil municipal de voter contre la proposition de Sarko de majorer de 30% pendant 2 ans, les limites administratives à construction (hauteur et suface) .
    Ce genre de mecs clientélistes sont pires que les bureaucrates de l’ex-URSS.

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