Qu’est-ce qu’une agence de notation ?

Pour certains, mais depuis peu seulement, c’est le Diable en personne(s), une sorte de tribu de démons, suppôts du Grrraâand Khâpitaâl, qui « imposent leur loi » aux états et les poussent à la vilaine austérité qui fait mal aux gentils gens généreux.

La réalité est quelque peu différente, voyons ça de plus près…

Une agence pour noter quoi ?

Disons que, si votre beau-frère essaie de vous emprunter de l’argent, vous allez vous demander tout naturellement quelle est la probabilité de revoir un jour cet argent, non ? Pour évaluer cette probabilité, vous pouvez, entre autres choses, vous demander:
– comment il va dépenser cet argent
– s’il a par le passé remboursé ses dettes en temps et en heure
– s’il gagne sa vie
– s’il vit au-dessus de ses moyens
etc.

L’évaluation que vous faites ainsi va vous pousser plutôt vers le oui ou plutôt vers le non, suivant que le remboursement paraisse plus ou moins probable: inconsciemment, vous attribuez une note de crédit (credit rating) à cet emprunteur.

Couverture et assurance

Le risque zéro n’existant pas, la probabilité de prêter à perte n’est jamais zéro non plus. Pour se prémunir de ce risque de défaut de l’emprunteur, si petit soit-il, on peut… s’assurer. Une assurance, c’est un genre de crédit permanent qu’on vous fait et que vous dépensez dans certaines circonstances, et que vous remboursez petit à petit avec vos primes d’assurance. Par exemple, imaginons que vous vous faites voler votre iPhone 4S tout neuf, assuré contre le vol: l’assurance vous fait crédit du prix d’un autre iPhone de remplacement, et vous payez des primes d’assurance qui sont en fait des genres de traites de crédit revolving.

Donc s’assurer, cela consiste simplement à payer une somme qui, pour vous, vaut la probabilité de perte multipliée par le montant prêté (plus une rallonge pour la valeur particulière de cet arrangement pour vous), en échange de la disparition du risque. S’il y a une chance sur deux que votre beau-frère claque l’argent en bières, ça fait donc 50% de la somme prêtée… C’est clair: le coût de l’assurance est proportionné au risque de défaut.

Notez bien que le coût de l’assurance est une dépense supplémentaire: comme le risque zéro n’existe pas, de toute façon il va y avoir des pertes par défaut, malgré toute la bonne volonté du monde et toutes les précautions et tous les grands discours des menteurs professionnels, de votre beau-frère au chef d’état. C’est seulement que, plus elles sont improbables, et plus elles font mal quand elles se produisent.

Quoiqu’il arrive, quelqu’un doit payer ce coût d’assurance. C’est normalement l’emprunteur qui le paie, et c’est pour ça qu’on intègre cette dépense dans le coût total d’un crédit. Pour illustrer, l’assurance sur un crédit immobilier souscrit il y a quelques années devrait tourner autour de 0,1 à 0,5% du montant total. Il est important que ce coût soit payé… car les pertes se réaliseront forcément, j’insiste là-dessus sciemment.

Savoir combien coûte cette couverture contre les défauts c’est important pour quelqu’un qui gagne sa vie en prêtant de l’argent (comme, par exemple complètement pris au hasard: une banque), puisque ça rentre dans le calcul « est-ce que je vais gagner ou perdre de l’argent si je fais ça ? ». Et donc il se trouve des gens pour faire leur métier de ces évaluations: ce sont les agences de notation. Ils sont payés par les gens qui prêtent beaucoup d’argent, afin de leur permettre d’éviter d’en perdre beaucoup.

Les grands états et les petits enfants

On a vu un cas « extrême » de risque de défaut avec le beau-frère alcoolique décrit plus haut (je ne vise personne, en fait mon beau-frère à moi est un type raisonnable qui sait ce qu’il veut et se donne les moyens d’y parvenir): une chance sur deux de ne jamais revoir l’argent qu’on lui prête, ça le range dans la catégories des « crédits pourris ». De l’autre côté il y a les emprunteurs qui sont tout le temps solvables, gagnent bien plus qu’ils ne dépensent et qui investissent toujours de façon avisée… toutes raisons qui font qu’ils n’ont jamais besoin d’emprunter quoi que ce soit, en fait ce sont eux qui prêtent, d’ordinaire. Mais bon, s’il leur faut de quoi se dépanner brièvement (pour une question de liquidités immédiates, par exemple), pour sûr que n’importe quel organisme de crédit accepterait de leur fournir: ce sont l’élite des emprunteurs, de classe A+ (voir plus encore).

Une agence de notation digne de ce nom, donc, tient à jour un espèce de grand registre de classement des emprunteurs, du meilleur au plus mauvais. C’est un genre de thermomètre: elle ne fait qu’essayer de présenter une image la plus fidèle possible de la réalité. Faire pression dessus pour changer sa note ne change pas les faits financiers qui déterminent cette note…

Dans les registres tenus par ces agences, les états tiennent une place étrange: une place encore un cran au-dessus des meilleurs emprunteurs privés… C’est surprenant à plus d’un titre, surtout si on prend l’exemple, au choix, de la Belgique, de l’Italie, de la Grèce ou même… de la France: en effet, ceux-ci ne sont pas solvables puisqu’ils ont des dettes monumentales et pratiquement pas de biens propres pour compenser (ou en montants ridicules et de liquidité douteuse), ils dépensent bien plus qu’ils ne gagnent depuis des décennies sans quasiment aucun espoir que ça change, ils investissent n’importe comment (ce qui leur fait perdre encore plus d’argent au final, au lieu d’en gagner…)… Un peu comme le pire beau-frère dépensier et irresponsable qu’on puisse imaginer, mais à la puissance dix milliards.

Et pourtant ils sont mieux classés que tout le monde ! C’est le monde à l’envers, non ? Pourquoi cette position avantageuse ? Cela tient au simple fait qu’ils ont les flingues: légalement, ils ont la possibilité d’aller racquetter leurs propres citoyens, à volonté. Et donc, ils peuvent théoriquement se défausser de leur propre coût d’assurance sur leurs citoyens. D’où le « AAA » permanent d’un état français pourtant déjà en banqueroute: c’est la note du « zéro risque de défaut » de celui qui ne sera pas celui qui paiera ses propres pots cassés… et cette note se maintiendra tant que les Français, pris globablement, pourront encaisser le défaut de leur état… en théorie. En fait de noter l’état, c’est le peuple, sa caution de gré ou de force (et surtout de force), qui est noté, puisque ce n’est pas l’état (les politiciens et leur armée de fonctionnaires) qui paie les dettes qu’il souscrit.

C’est là un ENORME aléa moral: Sarkozy et ses minustres + toute la clique de gauchistes au Parlement et au Sénat empruntent à volonté, et c’est vous qui payez, pas eux. C’est pour ça qu’il n’y a pas de frein à la gabegie, que les déficits s’empilent et que la dette explose: parce que c’est votre beau-frère alcoolique qui emprunte à volonté, et vous qui remboursez à sa place. Le système est vicié du fait même que l’état peut lever l’impôt: cette condition suffit à dérégler tout.

En plus… quand il s’agit de noter tout un peuple (en particulier de la taille de la France), ce n’est pas évident, et ça prend beaucoup de temps à réaliser une évaluation. Et donc, la note de crédit fournie par Moody’s et autres Finch-sans-rire, est en retard sur la réalité. Une réalité composée, par exemple, d’investisseurs danois qui refusent tout ce qui contient de la dette française… Ou d’assurances sur le défaut français qui coûtent 50% plus cher que l’assurance sur le défaut allemand: en clair, prêter à la France, c’est déjà 50% plus risqué que prêter à l’Allemagne. Ramené à la taille de la dette française… ça fait un coût monstrueux. J’insiste encore une fois: les coûts d’assurance se réalisent. Cette dépense monstrueuse se fera, tôt ou tard, et plus les indicateurs flanchent, plus les indignations montent, et plus l’échéance se rapproche.

Aussi vrai que des habitations brûlent ou sont cambriolées chaque année, aussi vrai que des téléphones portables sont volés ou cassés régulièrement, aussi vrai que l’on perd parfois son emploi et qu’on ne peut plus payer les mensualités d’un crédit immobilier… il faudra fatalement payer le surcoût que représente le risque de défaut des états. C’est dans vos poches, vos livrets d’épargne et vos assurance-vie que ça va se passer, inéluctablement.

À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

13 Responses to Qu’est-ce qu’une agence de notation ?

  1. Franck dit :

    Les quelques interventions que j’avais pu constater (entre autres sur le blog de Richard Nikoley) sur la toile montraient que vous étiez toujours plus ou moins actif, mais du mouvement sur Ne Cede Malis, ça fait plaisir!
    Depuis le temps que j’attendais un nouvel article didactique…

  2. raphy92 dit :

    Tres bonne explication, j’adore.

    Et ça fait plaisir de te lire à nouveau!

  3. POE dit :

    Une remarque, l’assurance d’un crédit immobilier ne couvre pas le risque de défaut de paiement, mais le risque décès-invalidité-arrêt de travail éventuellement, ce n’est pas la même chose.
    Le risque de défaut est normalement intégré dans le taux proposé par la banque.

    • jesrad dit :

      Effectivement, tous les risques entraînant un défaut ne sont pas forcément inclus… MAIS les risques pas explicitement couverts par l’assurance, le sont dans le taux d’intérêt proprement dit😉

  4. julito dit :

    Wouhou ! Jesrad est de retour !

    Super de te lire à nouveau ! Et merci pour ce petit article très didactique.

  5. h16 dit :

    Youpi, de retour🙂 !

    Bon, et sinon, on peut reprendre tes meilleurs billets sur Contrepoints ? Dis oh dis oh oui ?!

  6. Liberta dit :

    Hey! Quelle bonne surprise!

    Très heureux de pouvoir vous relire cher Jesrad. Je me réjouis à l’avance de pouvoir consulter de nouveaux articles traitant d’économie, de liberté, et d’alimentation (entre autres).

    PS: je me permets d’ajouter l’addendum suivant, que vous avez en tête vous qui avez lu Rothbard: il est tout à fait exact que les défauts de paiement sont inévitables en ce bas monde et qu’il ne faut donc pas les craindre. Ce qu’il faut craindre en revanche, ce sont de mauvaises « lois » des faillites… comme celles que l’on a actuellement.

    En effet, par un peu subtil mélange de chantage à l’emploi, de peur du vide, du noir, du changement, etc., les « managers » actuels (de nos États et de nos grandes entreprises) arrivent à se cramponner à leur siège comme des moules à leur rocher alors qu’il faudrait une transmission rapide et efficace aux créanciers qui pourront trouver des dirigeants plus compétents pour des actifs en aussi bon état que possible et que les dirigeants précédents trop sédentaires devraient finir par être (fermement) appelés en comblement de passif jusqu’au dernier cent.

    En plus d’être plus conforme à une certaine éthique, cela permettrait de réduire l’aléa moral et donc in fine de réduire le coût de l’assurance contre le risque de défaut, ce qui serait un gain net pour prêteurs et emprunteurs (honnêtes).

    • Méchant Libéral dit :

      Les défauts de paiement sont aussi inévitables que les lapins dans les relations amoureuses. Ils faut savoir « faire avec », le monde ne s’arrête pas pour une entrprise en cessation de paiement ou parce que la Madeleine du « Grand Jacques » ne vient pas au rencard.

      Comme le faisait remarquer Benjamin Franklin il n’y a deux choses certaines la mort et les impôts.

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