C’était le soir du 9 novembre

En cet hiver 1989, constatant que le nouveau gouvernement soviétique renonçait pour la première fois à utiliser ses troupes contre les révoltes populaires (un aveu de faillite morale, s’il en est), des gens ordinaires, les mêmes qui auraient pourtant échoué au test de Milgram, les mêmes qui voteraient plus tard pour les politiciens socio-démocrates qui les amèneraient à la crise, à la faillite et à de nouveaux programmes de surveillance massive, des gens comme vous et moi (mais surtout comme vous, hein), s’en allaient démolir le mur qui avait coupé en deux leur pays et de trop nombreuses vies, de rage et de frustration accumulées pendant des décennies.

Nous avons été fous de croire que la chute du mur de Berlin et la démission pure et simple, au nom de la morale la plus élémentaire, du gouvernement de l’union soviétique ouvriraient automatiquement la voie à une ère de liberté retrouvée chez nous. L’autorité, ce principe fondateur de tout gouvernement, les pousse toujours dans la même direction, vers le même point de convergence, et ce qui était un mur de honte et un aveu d’échec, était aussi une digue contre des idées empoisonnées, mais surtout c’était un coin enfoncé entre les gouvernements de chaque côté: tant qu’il persistait à les séparer ni l’un ni l’autre ne pouvait se permettre de sembler se rapprocher idéologiquement de l’autre bord. Quand il a sauté, ont disparu avec lui les derniers freins qui retenaient les tendances latentes au socialisme autoritaire dans nos gouvernements. Du bref K.O. qui a suivi, et permis quelques avancées significatives (accords de libre-échange européens), cette volonté de contrôler, freiner, accaparer et asservir s’est relevée plus vive que jamais, dès lors détachée de ses crimes passés par la dissolution des régimes qui la représentaient le plus.

Syndrome de Stockholm à retardement ? 20 ans après la fin de la colonisation soviétique de l’Allemagne de l’Est, la peur et la résignation ont laissé place à une forme de nostalgie envers un régime transformé en fantasme… Avec la distance et le temps, il paraît que seuls les bons souvenirs persistent, et mêmes les femmes battues trouvent des excuses aux pires salopards… en leur absence.

Aujourd’hui l’économie de marché, c’est un gros mot. La liberté est vue comme « la loi de la jungle ». Le capitalisme, un coupable tout désigné pour chaque petit ou gros problème pourtant causé par ses adversaires. Le communisme reste en France « une bonne idée en principe » (l’esclavage de tous par tous, c’est chouette…). Même les restes de régime communiste sont parfois présentés comme encore trop capitalistes par des héritiers des pires atrocités jamais commises dans l’histoire humaine.

Vous souvenez-vous de ce que les Allemands de l’Est avaient le courage de faire, concrètement, pour résister à l’oppression ? Ils créaient des réseaux de trafics divers, des services d’émigration clandestine, des bars clandestins avec des alambics privés dans tous les sens du terme, inventaient des techniques d’évasion fiscale ad-hoc, organisaient des concerts sans demander la permission, éditaient et publiaient des textes interdits, faisaient marcher la corruption à leur profit individuel à tous les niveaux: ils violaient les lois débiles, immorales et injustes qu’on leur imposait, au nom de la liberté de chacun de poursuivre son but, de gagner sa vie et de vivre sans rien exiger ni attendre des autres que d’avoir la paix. Toutes sortes de choses qu’on a entre temps bien « éduqué » les citoyens de ce qui était pourtant « le monde libre » à considérer comme impensable, mauvais et dangereux.

Et savez-vous ce qui reste le plus pénible pour tous les amoureux de la liberté, dans tout ça ? C’est qu’aujourd’hui, ce sont ses ennemis les plus appliqués qui vont prétendre parler en son nom. Décidément, le socialisme est capable de transformer même les grandes victoires de l’humanité en échecs. Ça n’a même pas été difficile: il a suffi de dire que cette victoire était dûe au vote uniquement, puis de marteler que ceux qui ne votaient pas comme ils le voulaient étaient méchants.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

2 Responses to C’était le soir du 9 novembre

  1. BastOoN says:

    Jolie interview de Rouja Lazarova.

    En tout cas, après quelques menues recherches, je n’ai trouvé qu’éloges sur son roman, « Mausolée », paru en 2009 (son quatrième roman)…

  2. Bertrand Monvoisin says:

    Superbe. Le dernier point évoqué est sans doute le plus grave : l’absence de reconnaisance historique sur la réalité de ce qu’est le socialisme d’Etat.

    L’Allemagne de l’immédiate après guerre a connu la dénazification et le procès de Nuremberg, ces deux évènement majeurs ont permis de « fixer l’histoire » et de marquer la période nazie au fer rouge. Il n’y a rien eu de commun avec le communisme. Les assassins qui avec délectation tiraient dans le dos des Allemands qui tentaient de passer le mur sont aujourd’hui libres et n’ont jamais eu à répondre de leurs actes (Il ne faisaient qu’obéir aux ordres comme leurs aînés), ceux qui ont surveillé, menacé, réprimé, arrêté, torturé, assassiné au nom du socialisme sont libres et fiers de leur passé.

    Rouja Lazarova reconnait qu’en France particulièrement il existe un fort courant gaucho-retrograde qui refuse les faits et préfère la mystique révolutionnaire, c’est le résultat de l’histoire. Le jacobinisme révolutionnaire a imposé la première dictature contemporaine avec le Comité de Salut Public, la Tribunal Révolutionnaire, élimination systématique des opposants politiques (Feuillants, Girondins, Enragés), extermination de la Vendée (premier génocide contemporain qui a servi de propédeutique aux génocides suivants). Les colonnes infernales de Tureau préfiguraient les bataillons spéciaux de la Tcheka et les Einsatzgruppen.

    Un bonne partie de la population française refuse de regarder son propre passé, comment pourrait-elle regarder le passé des autres peuples. Les vérités sur la deuxième guerre mondiale sont particulièrement douloureuses. Iossif Djougachvili (alias Staline pour les cocos) était un allié inconditionnel d’Adolf Hitler, il lui a livré du carburant, des produits alimentaires, des métaux stratégiques. Sans cet apport l’invasion de l’Europe de l’ouest aurait été pour le troisième reich impossible. L’URSS n’a pas livré que des marchandises à l’Allemagne hitlérienne elle a aussi fourni des renseignements militaires. Le pacifique petit père des peuple a envahi la Pologne le 15 septembre 1940 (point que l’on préfère éluder) il a envahi et annexé les pays Baltes (avec déportation d’un quart de la population locale et colonisation russe). Le cher grand homme a eu moins de chance dans son invasion de la Finlande qui s’est soldée par une paix de compromis.

    De septembre 1939 à juin 1940 les communistes « français » luttaient contre la « guerre impérialiste » non seulement par la propagande et l’appel à la désertion (Maurice Thorez a donné l’exemple en foutant courageusement le camp à Moscou) mais aussi par le sabotage. Dès les premières heures de l’occupation les rapports entre l’occupant et le PCF furent des plus cordiaux, l' »humanité » fut le premier journal à reparaître avec l’aval des Allemands. Pendant un an, de juin 1940 à juin 1941, les communistes « français » ont appelés la population à soutenir les soldats Allemands (prolétaires en uniforme) contre les « impérialistes anglo-saxons ». L’URSS n’a jamais choisi de déclarer la guerre à l’Allemagne hitlérienne, elle a subi une attaque surprise, et dans les premiers mois de l’invasion Djougachvili a tenté d’obtenir un compromis (on est loin de la guerre totale contre le nazisme).

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