L’analyse « finance » du mois, bis:

Nouveau mois, nouvelle ‘nalyse, et c’est pas parce que je suis toujours une moule en finance que ça va m’empêcher de vous expliquer à quelle profondeur d’ennuis nous sommes enfoncés:

Si vous avez suivi les épisodes précédents, nous en étions restés aux menus constats suivants:

  • Deux tendances émergentes s’affrontent sur les marchés financiers: l’Hydre Inflation, et la Gorgone Déflation.
  • Les financiers apeurés se sont réfugiés dans les obligations d’état alors même que celles-ci ont perdu de leur solvabilité réelle d’être tant associées – ou mélangées – aux obligations pourries ou toxiques des banques rachetées ou soutenues par les états.
  • La solvabilité de l’ensemble (obligations d’état + obligations pourries), en plus de sa rentabilité désormais nulle (0% d’intérêts ou moins), ne justifie en rien cet engouement: cette bulle va crever, c’est une simple question de temps.

Aux USA, pour simplifier fortement, ceux qui avancent de l’argent au gouvernement fédéral (et aux états, mais passons) comptent sur la capacité de cet état à détrousser les citoyens en retour. La puissance militaire, policière et fiscale US n’étant pas en défaut (hélas), c’est la richesse potentiellement détroussée qui est mise en doute tandis que l’économie ralentit – ou plus exactement la quantité de dettes en circulation se réduit, et avec elles les opportunités d’intérêt, moteur de la finance. Maintenant que l’état s’est porté caution des établissements financiers soudain insolvables (en Amérique, mais aussi en France et un peu partout dans le monde) en échangeant avec eux ses propres dettes contre les leurs, c’est la solvabilité des états qui prend l’eau.

Aujourd’hui, je vois deux issues possibles:

1) Par quelque soutien international inattendu, la solvabilité de l’état fédéral US tient le coup et il ne connaît pas de cessation de paiement. Le pays puis le reste du monde connaîtra alors une nouvelle Grande Dépression, l’inflation l’emportera massivement sur la déflation, et vous serez grands gagnants (tout relatifs: gagnants en numéraire, mais peut-être perdants en capacité d’achat) si vous avez acheté de l’or. Dans son numéro 620, The Privateer soutient qu’il n’existe tout simplement pas assez d’épargne dans le monde pour assurer cette solvabilité, et que cette issue est donc impossible. Ce qui nous amène à…

2) Le soutien ne se matérialise pas, la bulle sur les obligations crève, les bons du Trésor (et pas uniquement les Treasuries américaines) sont férocement décotées comme le furent il y a peu les obligations dites toxiques ou pourries, et les états se retrouvent ensuite en cessation de paiement. L’épisode précédant cette situation ayant lessivé les FMI, BM, WTO et autres cochoncetés, ils ne peuvent rien faire. Bien trop peu, bien trop tard. La déflation l’emporte sur l’inflation, et je serai temporairement content d’avoir gardé du cash.

Si l’issue 2 se réalise, et pour peu que le président Obama se radicalise, les USA pourraient connaître de très graves troubles civils, entraînant d’autres troubles tout aussi graves un peu partout dans le monde, là où de fortes tensions existent sans (trop) s’exprimer par crainte d’une intervention de l’Oncle Sam.

Pourquoi est-ce que le Trésor américain ne peut pas simplement imprimer les billets qui lui manquent ?

Parce qu’il n’est pas concevable de livrer à une agence comme la FEMA ou la NOAA cinq cents mètres cube de papier-monnaie de toutes sortes de petites coupures en guise de budget fédéral, ni d’amener dix tonnes de gros billets au guichet d’une banque locale pour un dépôt sur les comptes des fonctionnaires ou fournisseurs du coin, ni même de trouver assez de pulpe de papier pour en imprimer dans les proportions nécessaires à l’échelle du pays entier, ni d’en finir l’impression avant l’année prochaine.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

12 Responses to L’analyse « finance » du mois, bis:

  1. Herbert West says:

    OK pour le dernier paragraphe, mais qu’est-ce qui empêche de rajouter un, voire plusieurs zéros sur les billets ?

  2. jesrad says:

    Ah, parce que cinquante mètre cubes de papier, c’est mieux que cinq cents ? 😉 Au-delà de coupures de 100 dollars, ce n’est même pas la peine d’essayer: d’une part les salaires, frais, pensions et autres dépenses ne sont pas payables en grosses coupures (car inférieures ou presque à la dénomination de l’unité de paiement, oups), et parce que sur X milliards de gros billets, il en faut Y (> X) de plus petites dénominations pour faire le change.

    Mais admettons, imaginons que le tas est imprimé en coupures de 1000 dollars, à grand peine, et ventilé chez les agences fédérales en guise de budget annuel ou plutôt, pour l’occasion et force majeure, mensuel. Admettons aussi que les employés, fournisseurs, etc. acceptent de recevoir paiement sur place en cash. Et ensuite ? Imaginez la scène: douze fonctionnaires ou fournisseurs de l’état fédéral faisant la queue au supermarché, tous avec un seul billet de 1000 dollars et pas (suffisamment) de plus petite monnaie pour faire l’appoint. Ahem. Puis, multipliez par quelques millions cette scène dans tout le pays.

    Mais, mais, et s’ils déposaient simplement leur gros billet à la banque ? Bonjour l’engorgement des guichets, d’une part. Et ça ne fait que repousser légèrement le problème: quid des distributeurs de billets ? Choisis le montant de ton retrait, camarade: 1000, 2000, 3000, 4000, 5000 dollars ? Vous prendrez un ticket avec ça ? Cela vaut pour les déposants comme pour ceux qu’ils paieraient ensuite à travers la banque: eux aussi, une fois payés par les déponsants, auraient besoin de retirer et dépenser ces sous.

    Historiquement, ce type de situation s’est produit en Angleterre sur la période 1775-1850: la banque nationale ne produisait que de très grosses dénominations de papier monnaie, et pas ou très très peu de pièces de monnaie pour aller avec, par désintérêt. Le même genre de chose s’est produit aussi récemment en Argentine. En Angleterre la solution est venue du secteur privé: les fabricants de boutons se sont mis à produire les pièces de monnaie qui manquaient, frappées à leur nom, et tout le monde était content.

    Est-ce qu’on verrait les banques créer de toutes pièces les petites dénominations manquantes, des billets de banque (littéralement) privés, convertibles car adossés aux grosses coupures qu’ils auraient (en masse !) sur les bras ? C’est improbable, mais envisageable, et ça participerait à la démolition du monopole fiduciaire de l’état. Cela dit, ça n’explique pas comment résoudre les problèmes d’impression, de transport, de scandales devant ces bouleversements, ni les effets transitoires (on ne démultiplie pas ainsi la demande sans chambouler les prix), et surtout … la sécurité ! en faisant de tout bâtiment fédéral une énorme tire-lire, il est évident que le nombre de braquages exploserait.

  3. OldLion says:

    Il me semble aussi que l’apparition brutale de grosse coupures serait le signe tellement tangible d’une emission en masse de monnaie que le dollar s’effondrerait immédiatement dans une inflation à la zimbabwéenne.

    Sinon, au lieu d’imprimer physiquement des billets, qu’est ce qui empeche le trésor méricain de créer des sommes ex-nihilo et de les attribuer à des institutions (comme la FED) sans contrepartie. Ce serait également une création de dollar, mais pas physique.
    Serait il possible de faire passer ce genre de manipulations ?

    Bien sur, la FED est privée, mais on en est plus à un bricolage près.

  4. Herbert West says:

    Je viens enfin de comprendre ! Merci pour cette explication 😉

    En fait, je ne comprenais pas pourquoi tu te focalisais seulement sur l’argent liquide et sur les agences du gouvernement fédéral. Par naïveté et vieux réflexe pavlovien, je n’avais pas envisagé ça sous l’angle « l’Etat préserve son pouvoir d’achat et rien d’autre ».

  5. bruno says:

    Moi qui apprécie beaucoup ce blog, là je pense que tu dérailles complètement : la Fed n’a nullement besoin d’imprimer du papier pour créer de la monnaie ! Le numéraire en circulation ne représente qu’une faible proportion de la monnaie totale (10% de M2 aux US)… La plus grande partie se trouve sous forme d’écritures comptables, et c’est uniquement cela qui est utilisé lorsque la Fed ou toute banque centrale effectue ses opérations de marché (Open market operations) afin de maintenir ses objectifs de taux… (achats et ventes de titres avec à la clé création ou destruction de monnaie suivant le sens de la transaction)
    Les émissions de billets ne se font que suivant la demande de numéraire de la part des clients des banques…
    Hormis quelques zéros de plus à afficher sur un écran ou à stocker sur des disques durs, il n’y a aucune limite physique à la création monétaire, ni aux transactions… La Fed peut parfaitement acheter des trillions de dollars d’obligations fédérales par simple écriture comptable au bénéfice du Trésor…
    http://en.wikipedia.org/wiki/Open_market_operations

  6. jesrad says:

    « Sinon, au lieu d’imprimer physiquement des billets, qu’est ce qui empeche le trésor méricain de créer des sommes ex-nihilo et de les attribuer à des institutions (comme la FED) sans contrepartie. »

    « La Fed peut parfaitement acheter des trillions de dollars d’obligations fédérales par simple écriture comptable au bénéfice du Trésor… »

    Eh bien, non, elle ne peut pas ! Cela la ruinerait instantanément en déséquilibrant totalement son bilan. Le contexte de l’exercice est celui d’une décote brutale des Treasuries.

  7. bruno says:

    Sauf que la Fed peut soutenir indéfiniment le prix de ces Treasuries puisque ses poches sont infiniment profondes…

    De toute façon, mon propos était simplement de dire que tout ce que la Fed ferait avec des billets de banque, elle peut le faire avec une écriture comptable… Le problème initial soulevé (cargaisons de billets impossibles à manipuler) me semble donc sans objet…

  8. jesrad says:

    La FED ne peut pas soutenir indéfiniment le prix des Treasuries, puisqu’il lui faut nécessairement les vendre sur le marché financier à un moment ou un autre: la valeur attribuée au billet vert dépend, inévitablement, de son acceptation contre quelque chose de valeur tangible (un actif). Le hic, dans un système à banque centrale, c’est que le moment où l’on a besoin de soutenir le prix des bons du trésor qui cautionnent la monnaie est aussi celui où ces bons deviennent trop risqués.

    Pour préciser la remarque précédente « non, elle ne le peut pas »: pour pouvoir faire gonfler le chiffre de son bilan et ainsi disposer de liquidités (en écriture – scriptural – ou physiquement – billets) il lui faut nécessairement équilibrer cet apport. C’est à ça que servent justement les « open market operations »: d’un côté la FED reçoit une dette (du Trésor: reconnaissance de dette prise par le gouvernement au nom des contribuables) ce qui lui permet de prêter à d’autres (la fameuse fiat money: une dette aussi, cette fois au bénéfice de la FED et au débit du porteur). L’état (et les contribuables) sont caution, la FED joue l’intermédiaire « vertueux » garantissant la non-décote de la monnaie.

    Sauf que, aujourd’hui, cette garantie « vertueuse » est en péril: pour peu que les Treasuries s’effondrent en valeur (décote) le bilan de la FED, principalement assis en bons du trésor (mais de moins en moins, puisqu’elle les a échangé contre des dettes pourries avec les banques, sur ordre du Trésor), va plonger et il sera impossible d’éviter… une décote massive et correspondante de l’autre dette: la monnaie. C’est à ce moment-là que les banques saines commenceront à vouloir refuser tout paiement de la FED à moins de décote sur la valeur faciale, tout comme ils refuseraient les billets tout neuf sans décompter un pourcentage sur la valeur faciale s’ils étaient imprimés à partir de rien du tout.

    Le système monétariste actuel s’appuie sur la valeur financière (la cote) des actifs entrants au bilan de la FED pour « garantir » la valeur du dollar. C’est pour ça que les critères de solvabilité sur ces actifs étaient si stricts: on ne joue pas à la roulette avec la santé du dollar. Mais même ces critères ont été largement assouplis récemment, dangereusement même. Et c’est par là que l’insolvabilité pourrait envahir ce dernier « bastion », à la manière de cette forteresse envahie par le trou des latrines au Moyen-Age.

    Et là nous connaîtront l’hyper-inflation.

    Quant à l’exercice sur les billets, il est surtout là pour amuser. Cependant l’impression directe de billets, fabriqués hors-bilan, serait la toute dernière cartouche à griller pour le Trésor fédéral américain. Une cartouche de trop, une maneuvre de dissimulation ultime, puisque signant la mort définitive du système (sitôt que le marché financier réalise que le bilan est truqué, la valeur s’ajuste à la baisse d’autant pour TOUT le reste des billets et bons: inflation, décote, etc.), mais s’il y a une chose que je sais c’est que les hommes de pouvoir tentent tout quand ils sont désespérés.

  9. bruno says:

    Jesrad, je pense que nous sommes largement d’accord, je voulais juste souligner le fait, comme tu le dis à la fin, que l’exercice sur les billets n’a pas vraiment beaucoup de sens… Même fabriqués « hors-bilan », ce serait de la fraude comptable pure et simple, tout comme le serait une simple écriture… Je ne suis donc pas convaincu que ce pourrait être une « dernière cartouche », car l’impression de billets n’aurait pas d’intérêt particulier (et surtout des inconvénients), par rapport à des jeux d’écriture…

    Pour ce qui est de soutenir les prix, effectivement il ne faut pas que la Fed ait besoin de revendre ses Treasuries, mais dans le cadre d’une création monétaire massive, ce n’est de toute façon pas nécessaire… A mon avis, le pouvoir de la Fed en la matière (manipulation des prix) reste quand même très important… Elle a déjà l’intention d’acheter massivement des Treasuries à long terme pour faire redescendre les taux (qui se sont pris quasiment 100 bps depuis fin décembre).

    Le seul truc qui peut la freiner est la publication des chiffres de la monnaie centrale, qui montrent déjà un saut énorme depuis 2008 : elle ne peut donc pas aller beaucoup plus loin, à moins de truquer les publications, mais c’est quand même risqué…

    Tiens, puisqu’on est dans le sujet, je suis à la recherche de ressources pertinentes sur le « free banking » : peut-être une idée de sujet prochain pour ton blog ?

  10. BastOoN says:

    Jesrad, je ne sais plus dans quel article ou commentaire récent tu estimes que l’Inde et la Chine sont dans une très mauvaise posture à l’instar des USA et de la vieille Europe, ce en quoi tu t’opposes à nombre de libéraux qui voient ces pays (surtout l’Inde) comme les pays où émigrer demain.

    Je voulais savoir ce qui t’orientais vers cet avis.

  11. BastOoN says:

    Tiens, en étant reconduit par toi-même par le jeu des liens hypertextes, je relis les commentaires et je m’aperçois que tu as laissé ma question finale en suspens.

    Alors, quel est ton avis sur cette question, actualisé pour le coup ?

  12. jesrad says:

    La Chine et l’Inde vont connaître de graves troubles civils, eu égard au ratio de Mesquida. Je parierais plutôt sur les pays d’Amerique centrale et d’Asie qui ont su adopter un cadre juridique proche de la Common Law britannique du passé, et les pays d’Europe de l’Est (à la condition que le capital investi chez eux ne fuie pas).

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