STIC: 83% d’erreurs

L’erreur est humaine, mais pour vraiment foutre la merde il faut un ordinateur. — Paul Ehrlich

La CNIL, à défaut d’avoir fait faillite définitivement, s’est fendue d’un petit rapport sur la question de l’usage qui est fait des fichiers de données de police. Lorsqu’elle se penche sur le principe sous-tendant l’existence même de tels registres de fiches individuelles, d’ordinaire, la Commission râle également pour le principe – c’est-à-dire qu’en haut lieu, on se sent obligé de faire moultes promesses de vertu et d’impartialité au nom de la Police ou de la Justice avant de poursuivre sur la voie du flicage de tous par certains. Et c’est ainsi que les citoyens contribuables vaches sont bien gardées, chacun ayant eu son mot à dire et son petit moment devant les micros de fRanceInfo ou les caméras de fRanceTélévision.

Rien de tout ça ici, non, cette fois-ci la CNIL ne s’intéresse pas aux objectifs supposés, mais au concret, au tangible: quel contenu y a-t-il vraiment dans ces registres, comment est-il assemblé là, et comment est-il utilisé, avec quelles conséquences pour les veaux gens ordinaires (vous et moi – mais surtout vous, hein) ?

Le résultat de leur audit: 83% des entrées sur les personnes mises en cause sont erronées, et jusqu’à 1 million d’entre elles ont pu coûter au fiché son emploi ou activité, indûment. Ouille ! En plus, les accès aux fichiers sont gérés un peu n’importe comment, avec 100 000 fonctionnaires de Police (soit les deux tiers des effectifs) pouvant malmener le registre de toutes sortes de façons dans une certaine opacité, tandis que les mesures réglementaires promises pour clarifier ou prévenir des abus et erreurs sont largement ignorées dans la pratique.

Bien sûr, rien ne sera fait pour remédier à tout ça, même s’il en sera bruyamment question pour peu qu’il se trouve un écho médiatique au fameux rapport: comme d’habitude ces grandes structures nationales et passablement anonymes servent à distribuer l’irresponsabilité, où les en décharger toute entière en faisant sauter un fusible. Au mieux, je m’attends à une démission d’un type qui n’est pour rien dans le bourbier du STIC.

Bref, les faits rapportés par la CNIL nous rappellent que loin de juger des intentions évoquées servant à justifier les actions entreprises par l’état, c’est de ces actions bien réelles qu’il faut s’inquiéter. En politique, la seule règle qui se vérifie sans arrêt, est celle-ci: les moyens sont les vraies fins, car l’exécution au service du pouvoir finit inexorablement par dériver et devenir sa propre justification.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

One Response to STIC: 83% d’erreurs

  1. Bertrand Monvoisin dit :

    Le fichier STIC était censé être établi et géré par des fonctionnaires d’élite et la marge d’erreur devait être proche de zéro. Certains affirme que ce fichier n’est rien par rapport au fichier des casiers judiciaires, soit acceptons cette hiérarchisation des fichiers. Mais si des erreurs ont pu être commises dans la tenue du STIC admettons que d’autres erreurs ont pu également êtres commises dans la tenue du fichier des casiers judiciaires (fautes de frappes, erreurs de dates et de lieux, homonymies, pertes de documents originaux, manque de rigueur…). Imaginons un justiciable condamné en première instance et relaxé (ou acquitté selon qu’il s’agisse d’un crime ou d’un délit) par la suite, sa condamnation en première instance doit être effacée. Mais le fonctionnaire chargé de la tenue des fichiers impatient de partir en Week-end ou en vacances omet ce « détail ». Qui va rectifier l’erreur, si tant est qu’elle soit rectifiée ? On applique le principe bien connu : « responsable mais pas coupable ».

    Quels pourcentages d’erreurs existent dans les divers fichiers de l’administration et des organes para-publics (fisc, Assedic, fichiers de police, URSSAF, DDASS, inspection du travail, répression des fraudes, fichiers médicaux des hôpitaux…) ?

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