Banqueroute de l’état: c’est pour bientôt

D’abord le déni pur et simple, puis la minimisation du problème

Au fait, pourquoi l’état, déjà techniquement en banqueroute depuis plus de deux ans, prêterait des sous aux collectivités ? Parce que les banques ne peuvent plus et qu’elles aussi ont fini par être ruinées.

Bien sûr, ces prêts, il faudra bien que les collectivités les remboursent à l’état national, donc les impôts locaux vont exploser.

Mais évidemment, plus d’impôts de manière aussi brutale et inopportune ne peuvent que réduire, et non augmenter, les revenus fiscaux attendus. Les collectivités seront donc dans l’impossibilité de rembourser en 2009, et l’état qui s’est engagé à leur place sera lui aussi incapable de faire face à ses propres exigences de trésorerie.

A force d’avoir « pris le pognon là où il était », il n’y a plus de pognon du tout, nulle part. Ni dans les banques, ni chez les assureurs, ni chez les collectivités. Même les créditeurs habituels (dont pas mal de pays asiatiques) tirent aujourd’hui la langue, donc il est impossible pour le gouvernement de se tourner vers eux, même en offrant des taux d’intérêt plus élevés. Par conséquent même le maintien (frauduleux!) de la note de crédit (rating) de l’état français ne pourra pas lui éviter la cessation de paiement.

Il ne reste plus aujourd’hui à l’état qu’à ratisser l’épargne populaire (livrets A et assurances-vie) à coups d’emprunts obligatoires. Et après ça, il ne restera vraiment plus du tout de pognon dans le pays, les critères de Maastricht auront été totalement pulvérisés, la France finira exclue de l’UE, et on pourra définitivement changer le nom du pays en « République Populaire Démocratique et Bananière Fromagère du Frankistan ».

Et n’allez pas vous imaginer que le phénomène sera limité à la France: il a déjà commencé en Californie et au Massachusets, et touchera l’Allemagne (via la Deutsche Bank), la Belgique (Dexia+Fortis) et l’Italie, ainsi probablement que d’autres.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

22 Responses to Banqueroute de l’état: c’est pour bientôt

  1. Geoffrey says:

    Merci pour ce nouveau point. La machine s’emballe vraiment cette fois-ci.

    Il y a quelque chose que je n’ai pas compris, c’est quand tu parles du rating maintenu frauduleusement. Qu’est ce qui force ou incite les S&P et autres à maintenir un AAA abusif ?
    Et y a-t-il d’autres agences de rating plus indépendantes qui existent ? (type ONG, thinktank, ou petite agence de rating plus officieuse qui produit juste des études privées)

  2. Bretzelman says:

    C’est classe comme nom la république démocratique du frankistan.

  3. Martini says:

    « Qu’est ce qui force ou incite les S&P et autres à maintenir un AAA abusif ? »

    Bonne question ! S&P, Moody’s & Finch and Co. bénéficient d’un oligopole légal maintenu par la SEC, le régulateur gouvernemental des marchés financiers américains – le chef du cartel, quoi. Ils ont un statut réglementaire « NRSRO » défini par la loi – ce statut existe depuis 1975 à l’initiative de la SEC. Leurs notations font office de critère réglementaire pour l’accès à certains investisseurs (je pense aux retraites par exemple): la loi interdit aux banquiers et assurances de prendre trop de risques, donc ils ne peuvent investir leur manne que dans les placements suffisamment bien notés… et il y a donc d’énormes conflits d’intérêt qui se produisent dans ces agences pour avoir accès à cet argent, c’est une des causes du scandale Enron.

    C’est donc la SEC, autrement dit l’état fédéral américain, qui garantit les notations à travers les licences spéciales accordées aux agences de notation: revoilà notre Super-Zéro AléaMoral ! Les financiers prennent les risques tous ensemble, coordonnés par les notations des agences, et c’est le contribuable qui s’assure que les risques ne se réalisent pas – voilà l’essence même du plan Paulson: une intervention directe de l’état pour remédier à la réalisation d’un risque financier.

    Concrètement, une agence de notation n’a pas intérêt à dégrader la note d’un état car cet état est le garant final (par la force !) des institutions financières et monétaires de son territoire: pour dire les choses crûment, l’agence de notation n’a pas envie que le chef qui a nommé le type qui lui donne la licence juteuse dont elle vit ait des ennuis financiers. Il y a toutes sortes de pressions politiques et judiciaires qui peuvent s’exercer sur ces agences grâce à la réglementation financière, surtout récente (le cas Enron, encore une fois, et le Sarbanes-Oxley Act en particulier).

    La note donnée à une entité détermine le taux d’intérêt auquel elle peut emprunter, et dans une moindre mesure qui peut lui prêter de l’argent: ça fait deux bonnes raisons pour les états d’avoir une note maximale même en dépit de sa solvabilité réelle.

    De chaque côté, donc, on voit un intérêt à maintenir une note abusivement élevée aux états ainsi qu’à leurs principaux bailleurs de fonds. D’où le AAA permanent. Et aussi en partie la crise du crédit d’aujourd’hui…

  4. jesrad says:

    « Il y a quelque chose que je n’ai pas compris, c’est quand tu parles du rating maintenu frauduleusement. Qu’est ce qui force ou incite les S&P et autres à maintenir un AAA abusif ?
    Et y a-t-il d’autres agences de rating plus indépendantes qui existent ? (type ONG, thinktank, ou petite agence de rating plus officieuse qui produit juste des études privées) »

    Les gouvernements doivent à tout prix maintenir un rating de AAA sinon les taux d’intérêt quand ils empruntent augmentent immédiatement, ce qui accroît le poids des intérêts de la dette publique, ce qui les oblige à emprunter plus, ce qui dégrade leur note encore, ce qui augmente les intérêts, etc… On appelle cela « l’effet ciseaux » et c’est ce qui a abattu l’état argentin à la fin des années 90.

    Pour éviter cela les gouvernements font pression sur les agences de notation et maintiennent un contrôle très strict de celles-ci, c’est particulièrement visible aux USA. C’est simple: soit une agence indépendante fait des notations pour son compte, et ces notations n’ont aucune valeur légale officielle, soit c’est une agence sous contrôle qui émet les avis de notation qui conviennent à l’état. Comment se maintient cet état de fait ? C’est simple: l’état sélectionne les notations qui lui conviennent et leur accorde une valeur spéciale du seul fait de choisir celles-ci plutôt que d’autres, par exemple en utilisant ces notes plutôt que d’autres pour investir ou réglementer. Cela crée un double standard qui marginalise toutes les notations différentes de celles qu’il a sélectionnées, poussant finalement les « indépendants » à s’aligner sur les notations « choisies », donc à s’aligner sur la volonté de l’état. C’est un effet émergent, le produit du simple fait de l’existence d’un état possédant le système monétaire et le pouvoir législatif, et qui s’applique même inconsciemment.

    Evidemment, ce qui arrange l’état est d’autant plus éloigné de la réalité que les politiciens font preuve de démagogie… Et comme le marché financier tout entier est emporté de force et de fait dans cette dérive, le Grand Patatras touche tout le monde.

  5. Martini says:

    Eh, Bretzelman, ça fait quoi de vivre dans un « paradis fiscal qui mérite des coups de bâton » ? 😀

  6. jesrad says:

    « Mais dans le cas de S&P (US), quel intérêt pour une agence US de maintenir le AAA de la France ? Y a-t-il ici aussi de fortes collusions d’intérêts ? »

    Les économies sont fortement liées entre elles (mondialisation oblige ^^), donc l’effondrement d’un état ferait peser des doutes sur la solvabilité des autres. D’autre part, il y a des états dont les budgets sont excédentaires (surtout ceux qui ont du pétrole) et qui investissent ces sous en bons du trésor d’autres états.

    Mais en dehors de ça, l’effet émergent de coordination de tous les noteurs joue, du simple fait que les états en sélectionnent certains, comme vu plus haut.

    « Autre chose, c’est tout-de-même assez manifeste que ces agences de rating sont pipeau (Enron et autres scandales aidant). Qu’est ce qui fait qu’elles restent crédibles (hormis le fait qu’elles soit les seules disponibles, car seules légales) ? »

    Je dirais que leur crédibilité est du même type que celle de l’Empereur et ses habits neufs: chacun part du principe que les autres leur accordent de la crédibilité et va investir en suivant leurs indications, donc il va lui aussi suivre ces indications. Et donc personne n’a intérêt à « passer pour un imbécile » en les contredisant ouvertement.

    « Pourquoi est-ce que des préteurs consentent encore à prêter à des taux AAA à la France alors que manifestement le AAA est usurpé ? »

    D’un côté, ceux qui gèrent les fonds qui achètent les bons du trésor sont généralement obligés réglementairement à respecter les notations, ce qui ne leur laisse pas le choix d’où ils investissent (il n’y a eu qu’une seule banque privée à avoir une notation AAA, à ma connaissance), et d’un autre côté ils peuvent aussi se foutre pas mal de la solvabilité à terme des états, en prenant des obligations à court terme (3 mois, 6 mois…), sachant qu’ils seront bien payés d’ici là même si le cadavre commence à sentir fort.

    « Et y a-t-il d’autres agences de rating plus indépendantes qui existent ? »

    Oui: tous les gestionnaires de patrimoine, analystes d’investissement et directeurs de banques d’affaires ! N’importe quel financier doit faire ses propres évaluations de solvabilité pour investir. Le problème c’est qu’ils ont souvent tendance à s’appuyer bêtement sur les notations existantes, ou à réutiliser les modèles mathématiques de solvabilité que les agences licenciées de la SEC utilisent, par paresse. C’est ce que l’on appelle du « crowding out »: l’existence d’une alternative publique subventionnée par l’état décourage la production privée, de la même manière que les investisseurs du business spatial préfèrent acheter des lancements aux grandes agences spatiales subventionnées par l’état parce que pour 100 miyions ils « obtiennent » 500 miyions de travail sur le dos des contribuables (même si dans les faits, ces 500 miyions de matos ne valent pas vraiment ce prix).

  7. Geoffrey B says:

    Merci à vous deux pour ces éléments de réponse. C’est ce que je pensais intuitivement.
    Mais dans le cas de S&P (US), quel intérêt pour une agence US de maintenir le AAA de la France ? Y a-t-il ici aussi de fortes collusions d’intérêts ?

    Autre chose, c’est tout-de-même assez manifeste que ces agences de rating sont pipeau (Enron et autres scandales aidant). Qu’est ce qui fait qu’elles restent crédibles (hormis le fait qu’elles soit les seules disponibles, car seules légales) ?
    D’ailleurs le sont-elles toujours aux yeux d’un investisseur privé? (j’imagine que non)

    Tout ça pour m’amener à cette dernière question ? Pourquoi est-ce que des préteurs consentent encore à prêter à des taux AAA à la France alors que manifestement le AAA est usurpé ?(le contexte législatif?)

    Et quid de ma précédente seconde question ?

    J’ai l’impression de passer pour béotien avec mes questions ^^ merci beaucoup pour les réponses

  8. Ping : La Page Libérale » Plus ça change

  9. Bertrand Monvoisin says:

    Bretzelman le symbole de la République démocratique du Frankistan est le régime de banane pour bien montrer que le régime est une république bananière.

  10. jesrad says:

    L’Essonne serait aussi dans la panade, me dit-on dans l’oreillette.

  11. Bertrand Monvoisin says:

    Recherche collaborteurs et associés pour crée une entreprise fondée sur un concept nouveau : une agence de notation des agences de notation !

  12. Ce qui permet aux agences de rotation de faire des rating faussés, ce sont justement toutes les « brèches » organisées de la « rationnalité » de Basel-II et sa possibilité de « choisir » ses modes d’analyses et de calculs des ratios pour évaluer son propre taux de solvabilité et de couverture risque.

  13. Adrian says:

    La France a déjà éviter le nuage de Tchernobyl la récession en 2008 peut-elle éviter la banqueroute ? C’est sur ou pas ?

  14. jesrad says:

    Ben… la situation financière actuelle fait que soit les états trop endettés révisent drastiquement et rapidement leurs dépenses tout en rééchelonnant leur dette, soit ils arrivent à faire les poches de tous les autres (par l’inflation ou les impôts) mais dans ce cas la banqueroute n’est que retardée.

    Non, la cessation de paiement généralisée n’est pas inéluctable. Elle est seulement très très probable vu comment aucun gouvernement français depuis des décennies n’a été capable même de commencer à vaguement aller dans la direction d’une baisse des dépenses publiques.

  15. jesrad says:

    Hmm, je ne pense pas. Le taux du livret A s’adaptera à la situation d’alors (inflation, taux de la BCE, taux interbancaire, etc), mais s’il y a une indication à tirer, il faudrait plutôt l’obtenir en analysant l’inflation, le taux de la BCE, la solvabilité perçue des banques, etc. directement.

  16. jesrad says:

    Et voilà, nous y sommes: l’emprunt forcé arrive.

  17. jesrad says:

    Et hop, la note de crédit de la France officiellement menacée de dégradation.

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