La Grande Désillusion

Il y a un truc qui se passe en ce moment, très intéressant tout en étant aussi un peu inquiétant, c’est le constat d’échec de tout l’establishment politico-économico-financier ordinaire.

Comme le dit Arnold Kling:

Ma vision de la crise est que chaque secteur de l’establishment a été discrédité. Les financiers mainstream ont été discrédités. Les régulateurs et réglementateurs politiques ont été discrédités. Et l’économisme académique a été discrédité. Le fait que nous voyons ces trois-là tous d’accord sur ce qu’il convient de faire à présent n’est pas du tout rassurant.

Chaque jour qui passe met un peu plus à mal la crédibilité de nos dirigeants, des « experts » de la finance et des économètres qui gèrent les agences de rating, les banques d’affaires ou les fonds d’investissement et les organismes de contrôle et de régulation.

Tout ce que la planète compte d’économistes, qui ont fait leurs classes en suivant religieusement les préceptes des écoles monétaristes, néo-classiques ou encore néo-keynésiennes (il en existe encore en France !) voient tout ce en quoi ils croient s’effondrer sous leurs yeux. J’ai encore à l’oreille les paroles confiantes d’un néo-classique, gestionnaire de patrimoine, qui m’assurait que « le CAC ne descendrait pas en dessous de 3500 points » et qu’il était donc temps de réinvestir… il y a deux semaines. C’est le même qui m’avait déconseillé d’investir dans l’or l’année dernière, un peu avant que le métal jaune double de prix en quelques mois…

Le grand gagnant de cette désillusion… éh bien c’est l’école autrichienne d’économie, celle qui a toujours dénoncé l’illusion de la « tentation mathématique » des modèles économétriques faisant des prédictions numériques sur les prix et la production, au nom du chaos inhérent des systèmes complexes, et qui leur préfère des prédictions qualitatives qui tombent justes depuis presque un siècle.

Ainsi, le grand déballonnement des prêts « subprime » avait été anticipé dès Juillet 2002 par le Dr Ron Paul, pourtant simple gynécologue mais qui s’est formé à l’économie auprès des économistes de l’école autrichienne:

Ironiquement, en transférant le risque d’une faillite des crédits hypothécaires généralisée, le gouvernement augmente la probabilité d’un crash douloureux dans le marché des logements. C’est parce que les privilèges spéciaux de Fannie, Freddie et la HLBB ont déformé le marché du logement en leur permettant d’attirer le capital qu’elles n’auraient pas pu attirer dans les conditions d’un marché libre. Comme résultat, le capital est détourné de ses usages les plus productifs vers le logement. Cela réduit l’efficacité du marché tout entier et donc réduit le niveau de vie de tous les américains.

Cependant, malgré les dégâts à long terme infligés par l’intervention du gouvernement dans le marché du logement, les politiques du gouvernement consistant à détourner le capital de ses autres usages engendrent une bulle à court terme dans l’immobilier. Comme toutes les bulles artificiellement créées, cette bulle des prix de l’immobilier ne peut pas continuer éternellement. Quand les prix des logements baissent, les propriétaires font face à des difficultés tandis que leur investissement est liquidé. De plus, ceux qui détiennent la dette hypothécaire subissent eux aussi une perte. Ces pertes seront bien plus grandes qu’elles auraient été si la politique gouvernementale n’avait pas activement encouragé le sur-investissement immobilier.

Il a décrit avec 6 ans d’avance l’exact mécanisme de la crise des subprimes: il omet juste de rappeler que ce sur-investissement se met en marche dès que le coût du crédit baisse, car c’était déjà le cas depuis 2001.

Alors, OK, les théories de l’école autrichienne ne permettent pas (et même réfutent la possibilité sauf à très court terme) de faire des prédictions précises sur les prix et les volumes (prédictions quantitatives), mais elles ne se sont à ma connaissance jamais trompées sur les tendances du marché (prédictions qualitatives), même à très long terme. Et ça commence à se savoir.

Les américains à court de chiffres pour compter leur dette

Communiqué de l’Agence Fausse Presse:
L’administration fédérale américaine a dû faire intervenir en urgence un petit panel de scientifiques la semaine dernière pour adapter les systèmes informatiques de leur comptabilité, à court de capacité pour chiffrer la dette publique du pays: un informaticien, un mathématicien… et un astronome, qui s’est dit dépassé par la taille du nombre: « en astronomie nous avons des nombres pour compter les étoiles qu’il y a dans les galaxies, mais ils sont deux ordres de grandeur trop petits. Alors quand même ces chiffres astronomiques ne suffisent plus, ça dépasse mes compétences. » L’équipe a prévu large par précaution: la dette pourra désormais dépasser le quadrillion sans souci.

Crise: Strauss-Kahn et le FMI cèdent à l’hystérie

Communiqué de l’Agence Fausse Presse:
Le Fonds Monétaire International, à travers son président Dominique Strauss-Kahn, cédait tôt ce matin à la panique sur-optimiste en annonçant que « le pic de la crise devrait être derrière nous ». La nouvelle a achevé la plupart des investisseurs qui avaient jusqu’ici gardé leur calme, provoquant une bousculade sur la Bourse de Paris avec un mouvement brutal supérieur à +7%.

Le conseil « finance » du jour, octies:

Je suis toujours nullissime en finance, mais vu que je suis dans une bonne moyenne malgré cela, je ne vais pas me gêner et continuer à donner des conseils pour tous ceux qui sont prêts à me croire:

  • Vous avez investi dans France Telecom ou Deutsche Telekom ? Il est peut-être encore temps pour vous d’en sortir.