Sarkozy et la quadrature du cercle

Notre chef de l’état a décidé de gérer tout seul la Criiiiise. Quel défi a-t-il en face de lui, exactement ?

=> l’économie mondiale a perdu (jusqu’ici) environ 20 000 000 000 000$ de valeur subjective, estimée en $ des années 2000.

Cela veut dire qu’un grand nombre de gens qui croyaient détenir des trucs valant tant découvrent avec consternation que ces trucs n’en valent plus que tant – perte. Ça crée une crise de solvabilité, car tous ceux qui détenaient, disons, un logement à tant avec un crédit à rembourser en X années, ne peuvent plus justifier de rembourser pareil pour un logement qui vaut désormais moins que tant. Derrière ceux-là, il y a le banquier qui leur avait prêté tant, et qui ne reçoit plus assez pour assurer ses propres remboursements / engagements. Encore derrière celui-ci, il y a ceux qui avaient confié leurs sous en considérant qu’ils en tireraient tant par mois, et qui n’en reçoivent plus autant et sont donc bien embêtés pour continuer à faire ce qu’ils font d’ordinaire et qui nécessitait tant, qui fait que leurs affaires valent tout à coup moins que prévu. Et enfin, cette perte de valeur fait que les tout premiers de cette chaîne ne peuvent plus justifier leur calcul économique de départ – et la boucle est bouclée.

Quoi qu’il arrive dans l’avenir proche, la perte sera infligée. Elle est inévitable, puisque c’est une conséquence… de l’inconséquence passée des gouvernements et de la complicité des financiers: le mal est déjà fait, la richesse correspondant à la perte de valeur a déjà été perdue, nous avons simplement pris conscience (et compte) de cette perte il y a quelques mois, brutalement, en commençant enfin à l’incorporer dans l’estimation de valeur.

Donc, l’agité qui prétend « régler » cette crise tout seul fait face à une véritable quadrature du cercle. Voyons un peu les types de « solutions » qu’il peut envisager:

  • Ne rien faire. Dans ce cas seuls ceux qui ont participé à la destruction initiale de richesse seraient touchés par la perte de valeur correspondante, proportionnellement. Cette solution minimiserait la perte totale en l’arrêtant immédiatement. M. Sarkozy ne l’a pas choisie car l’état ferait partie des grands perdants, parce que sa fébrilité naturelle le pousse à l’action, et parce que des tas d’autres grands perdants lui soufflent à l’oreille qu’il y a d’autres « solutions » qui seraient meilleures (…pour eux).
  • Faire de l’inflation. Cette pratique déporterait la perte presque entièrement sur les créditeurs plutôt que la partager entre créditeurs et débiteurs, car rembourser avec de l’argent ayant moins de valeur revient à rembourser seulement une partie de ce qu’on doit, mais n’efface en rien la disparition de richesse. Cette « solution » n’a donc aucun effet sur la solvabilité de qui que ce soit et ne résout rien, tout en rajoutant par dessus la crise les distorsions (et donc pertes) douloureuses et bien connues qu’ont toutes les vastes variations de prix. C’est ce qu’a choisi de faire le gouvernement US, apparemment, et l’UE est en train de s’engager tout doucement sur la même voie. S’il suffisait que l’état débloque pour absorber les pertes, on n’aurait jamais de crise d’aucune sorte…
  • Prendre l’argent là où il est. Cette méthode ferait porter la perte presque exclusivement sur ceux qui ne l’ont pas commise, tout en dédouanant les coupables. Elle répartirait la perte sur un plus grand nombre, mais vu la taille de celle-ci il n’est pas sûr du tout que cela changerait quoi que ce soit à la solvabilité de l’ensemble ; et ce faisant elle entraînerait un accroissement très vaste de cette perte, qui fait qu’au final tout le monde souffrirait encore plus (les maisons saisies ne sont plus occupées donc plus entretenues, les avoirs gelés deviennent improductifs, les montants qui auraient sinon été dépensés de manière utile directement sont détournés vers des usages stériles, les sommes perçues sont transformées en malinvestissements supplémentaires par aléa moral ou distorsion économique, etc.) C’est en gros la solution que préconisent pas mal de collectivistes forcenés comme le PCF et la LCR. M. Sarkozy ne l’a pas choisie parce qu’il n’est pas un communiste pur et dur, mais sa décision pourrait changer…
  • Rééchelonner les crédits pourris. En permettant à l’accédant de rembourser son crédit hypothécaire à un taux moindre, et en permettant à son créditeur de faire de même avec ses propres créanciers, et de même tout le long de la chaîne, on diminue le rendement de ces malinvestissements de départ, ce qui solde la perte totale sur le dos de la croissance future. Cette solution nécessite de titriser plus encore les dettes pour éviter le retrait sauvage et précipité des créditeurs refroidis par la baisse de rentabilité. Elle aurait permis de conserver en l’état le maximum du système financier actuel au prix des morceaux les plus atteints, mais non seulement les financiers seraient horrifiés par cette méthode, mais en plus l’état lui-même n’y aurait pas survécu à cause de son propre endettement et de son inévitable productivité négative – c’est pourquoi M. Sarkozy ne peut pas la choisir.

Si vous voyez une autre solution qui ne revient pas à l’une de ces quatre là, n’hésitez pas à la signaler. Et sinon, calez-vous dans votre fauteuil avec du pop-corn à portée de main, et admirez le spectacle tandis que Sarkozy papillonne entre l’une ou l’autre sans parvenir à enrayer l’effondrement de tout ce qui l’entoure. Pendant la criiiiise, le spectacle continue, car la criiiiise est devenue le spectacle.

Advertisements

À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

7 Responses to Sarkozy et la quadrature du cercle

  1. jesrad says:

    Pour simplifier encore plus et mettre l’actualité financière actuelle à la portée de tout le monde:

    La perte de richesse devra forcément correspondre à une perte de valeur représentant cette richesse. Cette perte de valeur peut se faire par une baisse massive et brutale des prix, comme on l’a vécu jusqu’ici, ou alors par une baisse massive et brutale de la valeur de l’argent qui sert à l’évaluer.

    Les états vont donc devoir choisir:
    – soit gonfler la masse monétaire pour maintenir l’illusion de valeurs surévaluées pour ramener les cours et la solvabilité des banques à leur niveau précédant la crise ou presque, jusqu’à ce que la récession ait fait encore plus de dégâts et force une nouvelle baisse massive des prix et des cours (avec en plus les dégâts causés par l’inflation entre temps)
    – soit ne pas gonfler la masse monétaire, laisser les cours au plus bas, les faillites se faire maintenant plutôt que plus tard (quelques semaines, quelques mois, au plus quelques années) et limiter ainsi la casse finale

    Mais comme les politiciens de maintenant ne seront pas forcément les mêmes que les politiciens dans quelques années, ils ont intérêt, à cause des termes de leurs mandats, à agir de manière irresponsable et à aggraver la situation du moment que cela donne une apparence de regain de santé tout de suite.

    Voilà donc la prédiction que nous permet de faire la praxéologie, par la détermination des intentions des acteurs économiques: USA comme Europe vont soutenir leurs banques, causant une hyperinflation qui entraînera, à court terme, une récession comme on n’en a jamais vue.

  2. Martini says:

    Oh, on peut même aller plus loin dans la prophétie: Sarkozy perdra les prochaines élections, la gauche d’union PS-NPA, avec Delanouille ou Démagolène comme Présidente et Mini-Krivine comme Premier Ministre, va nous refaire le coup du « programme commun » de 1981 en pire, avec planisme économique + dépenses publiques sans limites, et la France régressera jusqu’au niveau de vie du Mali.

    J’ai pas envie de vivre ça. Déménage loin de ce pays de cinglés et embarque-moi dans un des cartons.

  3. st says:

    Une autre solution, ou plutôt peut-être un complément de solution qui a l’air d’avoir été massivement employé et qui va l’être encore plus si l’on en croit les résultats du sommet de ce week end, c’est la méthode mise au point au début du siècle dernier par le pharmacien français Emile Coué.

    L’idée est de répéter sans cesse « le plus dur est derrière nous », « nos fondamentaux sont excellents », et lancer des messages de démonstration de l’omnipotence et omniscience absolue de l’Etat : « nous n’autoriserons aucune faillite », « tous les dépôts seront garantis sans limite », « personne ne perdra le moindre sou », « nous allons garantir les prêts immobilliers », « nous allons garantir les prêts interbancaires », « nous recapitaliserons ou nationaliserons toute entreprise en difficulté » etc etc … Le motif de ces gesticulations est de « rétablir la confiance ». Comme si la perte de confiance ne correspondait pas à des constats réels!

    Le mythe de « les marchés sont fous » : toute l’économie serait rock-solid mais les marchés aveuglés ne s’apercevraient pas de cette réalité indiscutable et perdraient confiance sans base rationnelle. L’Etat ominiscient lui, SAIT que tout va bien, et il le rappelle à ses ouailles dans sa grande bienveillance. Et apporte en support de ses affirmations sa garantie, sa caution personnelle (qui vaut pas grand chose au regard de sa santé financière, mais ça, chut, faut pas le dire). Et pour en revenir à ton analyse : en effet, les pertes ont déjà eu lieu. La chute brutale n’existe que parce qu’on ne s’en apercoit que maintenant. C’est comme si un commerçant achetait un stock de marchandise 100 000 €, puis le vendait pour 50 000 €, et après seulement, se demandait : « comment je fais pour limiter ma perte ». Réponse : il ne peut pas, il a déjà perdu ses 50 000 € et il n’existe AUCUNE solution pour ne pas les perdre (aucune solution n’impliquant pas une DeLorean DMC-12 lancée à 88 miles par heure, et modifiée avec un convecteur temporel alimenté par une source d’énergie de 2.21 gigawatt). Il peut toujours travailler mieux au futur pour combler ses pertes, mais il ne peut pas faire qu’elles n’aient pas existé. La seule chose réelle que peut faire un gouvernement, c’est user de la force publique pour attribuer les pertes à un tel plutôt qu’un tel (exercice dans lequel il est passé maître et qui est d’ailleurs sa fonction principale aujourd’hui). Mais, c’est là que ça devient marrant, c’est que le discours de l’Etat aujourd’hui, c’est « personne ne perdra un sou, je garantis tout », alors même qu’on vient de dire que l’argent a déja été perdu. C’est plus de la méthode coué. C’est la visite d’un paralytique à la grotte de Lourdes.

    Le revers de la médaille de cette solution ? Au-delà du fait qu’évidemment elle ne sert à rien et n’est d’aucune efficacité concrète, elle retarde les choix des acteurs économiques et financiers qui doivent faire peser dans leur équation rationelle la possibilité pour l’Etat de sauver ou pas tel ou tel, de nationaliser ou pas, etc … C’est un facteur probablement pour une large part de l’attentisme des marchés depuis 3 semaines. Et secundo, toute garantie d’Etat dénature l’analyse du risque pour les agents économiques et va conduire au mieux à détourner de l’argent des secteurs et entreprises les plus profitables et bien gérées vers celles non rentables et mal gérées, et au pire à de nouveaux errements de prise de risque inconsidéré au motif de la garantie d’Etat sur les investissements, soit exactement ce qui nous a conduit droit dans cette crise.

    Messieurs, chapeaux bas …

    ST.

  4. Martini says:

    Très bonne analyse, ST. Le plus tragique, c’est qu’on en vient à se demander s’ils croient vraiment leurs propres bobards.

  5. jesrad says:

    Il reste une solution que je n’avais pas envisagé: que les pays étrangers paient les pertes américaines (à travers leurs investissements massifs déjà existants, une seconde couche d’investissements, et des manipulations des taux) parce qu’ils jugent que l’existence de et l’accès à ce marché vaut plus que le total des pertes qu’ils auraient à se partager pour le sauver.

    Cependant, on parle d’un minimum de 2500 000 000 000$. Alors, est-ce que les marges sur les échanges justifieraient ce sauvetage ? Il faudrait regarder ce qu’ils auraient à gagner et à perdre dans chaque cas, et comparer à leurs autres formes d’investissements… Trop compliqué pour moi. Allez, au pif je dis 2 chances sur 3 que ça arrive.

    En revanche, il est certain que la France n’aura pas cette possibilité. Même si l’Europe sauve nos banques, l’état est foutu. Préparez-vous à un Grand Emprunt National, une hausse des impôts, ou les deux et plus encore.

  6. jesrad says:

    « elle retarde les choix des acteurs économiques et financiers qui doivent faire peser dans leur équation rationelle la possibilité pour l’Etat de sauver ou pas tel ou tel, de nationaliser ou pas, etc … C’est un facteur probablement pour une large part de l’attentisme des marchés depuis 3 semaines. »

    Je ne dirais pas « probablement », mais « assurément », à voir les réactions des marchés après chaque vote du Plan Paulson et des annonces du G7 / conseil européen, tout comme à chaque fois que telle ou telle banque / assureur a été renfloué ou pas.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :