Qu’est-ce que l’inflation ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons nous pencher sur les mécanismes de… l’inflation !

L’inflation est généralement comprise comme une augmentation générale des prix. Le phénomène inverse de baisse générale des prix s’appelle déflation.

Inflation et déflation sont liées au rapport qu’il y a entre la quantité de monnaie et la quantité de richesses échangées. Il y a inflation quand ce rapport augmente (lorsqu’il y a plus de monnaie pour la même quantité de richesses, ou moins de richesses pour la même quantité de monnaie, ou une combinaison des deux) et déflation quand il diminue (lorsqu’il y a moins de monnaie pour la même quantité de richesses, ou plus de richesses pour la même quantité de monnaie):

Inflation

Déflation

Notez que les salaires sont inclus dans les prix puisqu’ils représentent le prix du travail: du moment qu’ils évoluent avec le reste des prix, l’inflation comme la déflation n’affectent pas (statiquement) le pouvoir d’achat. Par contre ces phénomènes affectent bien le PIB, donc la croissance, tout deux mesurés par rapport aux prix: pour obtenir un chiffre moins faux de la croissance, il est nécessaire de lui retrancher l’inflation ou lui ajouter la déflation (par exemple, 1% de croissance avec 4% d’inflation correspondent à une décroissance réelle de -3%).

Attention: les prix ne varient pas uniformément lors d’une inflation ou d’une déflation. Le « taux d’inflation » est donc un chiffre inutile, comme le PIB, la croissance et le pouvoir d’achat.

Dans nos états-nations actuels, les monnaies sont émises par des monopoles d’état appelés banques centrales. Ces monnaies n’ont aucune valeur sinon celles que les états forcent leurs citoyens à garantir (on parle dans ce cas de crédiles, mot-valise formé à partir de « crédit » et « crédule », car ces « fausses » monnaies n’ont en fait pas d’autre valeur que celle que l’on arrive à convaincre les autres qu’elles ont). Inflation et déflation sont donc des conséquences directes de la politique monétaire mais aussi de la réglementation des affaires: les états peuvent en effet provoquer inflation ou déflation en agissant sur la quantité de monnaie en circulation, ou en empêchant plus ou moins la production de richesses, ou les deux.

Les monopoles monétaires modernes des banques centrales régulent la quantité de monnaie à l’aide des taux d’intérêts qu’ils y appliquent, les baissant ou relevant pour faire varier la vitesse d’augmentation de la quantité. Comme un monopole ne peut percevoir aucune des informations normalement révélées par la concurrence libre, ces taux oscillent entre « trop bas » et « trop haut », provoquant des cycles d’affaires alternant périodes de « boom » et périodes de « contraction ». Cet effet est bien connu depuis presque un siècle.

Mais le monopole monétaire a une autre conséquence: en cas d’inflation l’augmentation de monnaie ne se fait pas uniformément (ou presque uniformément comme dans un système de banque libre), elle est concentrée en un seul point: la banque centrale. De là l’excédent de monnaie (car en trop par rapport à la quantité de richesses en circulation) est diffusé à travers tout le marché jusqu’à s’être réparti enfin uniformément. Cette diffusion s’accompagne d’une « aspiration » de richesses en sens inverse, à travers les taux d’intérêts en plus sur la monnaie en excès:

Cette distorsion en faveur du propriétaire de la banque centrale et/ou de son donneur d’ordres explique pourquoi les gouvernements appliquent quasi-exclusivement des politiques inflationnistes plutôt que le contraire: l’inflation les récompense tandis que la déflation les punit.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

8 Responses to Qu’est-ce que l’inflation ?

  1. viccho says:

    je ne saisis pas encore tout, mais est-ce que ce genre d’initiative  » http://www.openmoney.org/  » peut se creuser une place dans ce système?

  2. jesrad says:

    D’après ce que je peux en lire, OpenMoney n’est qu’un SEL, un système d’échange local. C’est une petite violation du monopole de la banque centrale, en quelque sorte. Mais son principe de fonctionnement n’est pas forcément adapté à tout le monde, et surtout l’état ne permettrait jamais sa généralisation.

    Personnellement je préfère le crédit en réseau social (Hawala), ou son équivalent moins distribué de banque libre.

  3. Piquesel says:

    Très instructif merci ! Ce que je n’arrive cependant pas à comprendre, c’est comment les banques centrales connaissent la quantité de monnaie qu’elles doivent mettre sur le marché ? On parle aussi parfois de « faire marcher la planche à billets ». Pouvez-vous expliquer plus précisément de quoi il s’agit ? Merci pour votre blog fort pertinent et instructif de surcroît.

  4. jesrad says:

    « comment les banques centrales connaissent la quantité de monnaie qu’elles doivent mettre sur le marché ? »

    Elles utilisent, il me semble, des outils économétriques et modèles macro-économiques compliqués que je ne connais pas assez pour en expliquer le fonctionnement (en plus, certains de ces outils sont… secrets). Tout cela, combiné, forme ce que l’on appelle la « politique monétaire ».

    Comprenez bien que mon approche de l’économie est purement humaine: je cherche les actes et décisions qui trahissent ou dévoilent les intentions, et de là j’essaie de comprendre comment ces intentions s’agencent pour produire tel ou tel résultat (en se heurtant parfois à la réalité). Quand des tas de Français se pressent pour investir dans l’immobilier, cela démontre une certaine intention, et quand ces mêmes prix de l’immobilier montent, cela montre aussi qu’un certain jugement de valeur des propriétaires de logements est en train de changer. Quand beaucoup plus de gens bradent leurs dollars US qu’il n’y a de gens pour les acheter, cela montre aussi qu’il se passe quelque chose dans la tête des gens, etc.

    Les formules mathématiques me passent largement au-dessus de la tête, à part celle très simple de Michel de Poncins sur le lien entre dépense publique et chômage. Je regarde directement les faits qui dévoilent la politique monétaire, plutôt que les chiffres et outils qui établissent cette politique: je constate que les banques centrales ne font guère plus, au final, que décider d’un taux d’intérêt trop bas lorsqu’elles trouvent l’économie trop stagnante (ou le taux de change de leur monnaie trop haut ?), restent dans cette situation pendant des années en fabriquant des billets (des euros pour la BCE, des dollars US pour la FED) à la demande, tant qu’il y a des emprunteurs à ce taux ; puis elles remontent le taux trop haut pour enrayer l’emballement de l’économie causé par les taux trop faibles lorsqu’elles détectent de l’inflation (ou un effondrement du taux de change de leur monnaie ?).

    « On parle aussi parfois de “faire marcher la planche à billets”. Pouvez-vous expliquer plus précisément de quoi il s’agit ? »

    Très concrètement, la banque centrale possède les outils d’impression des billets et de frappe des pièces. Avec du papier et des alliages de métaux, elle fabrique la monnaie. Elle en détruit aussi, principalement pour entretenir la monnaie: brûler les billets trop usés que lui retournent les banques, pour les remplacer par des neufs ; plus rarement fondre les pièces abîmées pour en faire de nouvelles.

    Il n’y a pas « un seul » endroit où la monnaie est ainsi fabriquée et entretenue, en fait les ex-banques centrales nationales, dont la Banque de France, se sont regroupées pour constituer « l’Eurosystème » qui s’en charge dans plusieurs pays à la fois. C’est pour cela qu’il y a une face « nationale » et une face « commune » sur les pièces d’euro: la face nationale indique laquelle des ex-banques nationales a frappé cette pièce. Les actions des membres de l’Eurosystème sont coordonnées par la BCE proprement dite.

    Quand une banque a besoin de cash, par exemple pour alimenter les distributeurs automatiques de billets ou assurer les retraits en liquide au comptoir ou que sais-je encore, elle peut « monnétiser » une de ses valeurs. Par exemple une participation dans une grande compagnie pétrolière peut lui servir de gage pour emprunter auprès de la banque centrale au taux établi par celle-ci: les billets sont ensuite livrés, et diffusés dans les agences de cette banque. S’il n’y a pas assez de billets en réserve la banque centrale peut en fabriquer.

    Mais l’expression « faire marcher la planche à billets » veut aussi dire essayer d’échapper à ses dettes en causant de l’inflation exprès: quand l’état emprunte 1000 000 000 euros et peine à rembourser, il a intérêt à encourager l’inflation monétaire car plus de billets en circulation et des prix plus élevés lui permettent de percevoir plus de monnaie en prélèvements obligatoires, à richesse réelle égale. Au final, la dette diminue en valeur réelle lorsque la monnaie dans laquelle cette dette est calculée baisse en valeur réelle. Les gouvernements européens les plus endettés font donc régulièrement pression sur la BCE pour qu’elle baisse ses taux et cause de l’inflation, alors que les statuts de la BCE, sa raison d’exister, est précisément de freiner l’inflation en la maintenant à moins de 2%: voilà pourquoi ça clashe en permanence, chez les politiciens, contre la BCE et l’Euro.

  5. jesrad says:

    Je note que pendant tout le mois de Septembre, la FED a enflé la masse monétaire des dollars de plus de 11%.

    L’effet de diffusion va aider à renflouer les banques et permettre la surévaluation des cours boursiers, puis lorsque la diffusion atteindra les entreprises et commerces les prix monteront (inflation proprement dite) puis seulement les salaires monteront quand la diffusion atteindra enfin tout le monde. Sauf si à ce moment-là, la récession s’installe (ralentissement de la consommation)…

    Et pendant tout ce temps le cours du dollar face à l’or et aux autres monnaies non-enflées baissera, et baissera encore.

  6. Nicolas says:

    « La planche a billet »
    Vous l’avez bien exprimé par le principe de création de monnaie papier.
    Mais les banques centrales ne sont pas les seules à créer de la monnaie.
    Les banques (toutes les banques) qui accordent des crédits créent de la monnaie également sous forme de d’écritures comptables.

    Une fois ce prêt accordé, elle le refinance auprès de la banque centrale ou d’une banque « concurrente ».

    Plus les taux sont faibles, plus elles prêtent et plus la masse monétaire grandie.
    C’est pourquoi le taux de refinancement de la BCE et le « taux directeur » et que le faire fluctuer influe sur la création monétaire.

    En bref, la banque centrale délègue la création monétaire depuis la fin des accords de Bretton-Woods et la désolidarisation des monnaies de l’étalon-or sauf pour l’impression proprement dite des billets et pièces de monnaie.

    Un exemple concret :

    http://www.guyane-education.org/eco-gest/ressources/creatmonnaie.htm

  7. jamel92 says:

    Merci Jesrad pour ce tuto très bien fait.
    Malgré tout, je me pose des questions sur ce qui fait la richesse d’un pays ??
    Puisque n’importe quelle banque centrale peut émettre de l’argent, ce qui importe c’est sur quel bien physique CONCRET est adossé le billet émis, accordant ainsi un crédit (une confiance) à la valeur de ce bout de papier. Initialement, à la création des premières banques (Banque d’Angleterre, Rothschild…) je crois que ce sont les réserves d’or qui ont déterminé la quantité de billets à émettre.
    Mais qu’en est-il actuellement ?
    1) Qu’est ce qui fait qu’on a plus confiance au Dollars ou euro qu’en une autre monnaie ?
    2) Quels sont les paramètres qui pilotent la valeur d’un billet en dehors de l’or ?

    Merci.

  8. jesrad says:

    Le papier monnaie était initialement une façon plus pratique de transporter sur soi de l’or et de l’argent, pour simplifier. (exemple concret: les lettres de change utilisées par les Rois pour faire de gros achats – comme acheter le poste d’Empereur du Saint Empire Germanique, ou commander des navires de guerre par centaines).

    Puis les banquiers et leurs plus gros clients (les états, perpétuellement en manque d’argent) se sont rendus compte qu’ils pouvaient tirer beaucoup plus de papier monnaie qu’ils n’avaient réellement d’or, du moment qu’ils adossaient cette monnaie à… une quantité d’or hypothétique que l’un ou l’autre serait supposé « capable de se procurer ». Ainsi ils se faisaient crédit à eux-mêmes (on retrouve le même mécanisme aujourd’hui dans la façon dont le gouvernement français fait déficit sur déficit en anticipant une croissance future positive qui « compensera »).

    Mais une banque risque son existence si ses propres créditeurs (tous ceux qui possèdent sa monnaie) la convertissent en or en trop grand nombre par rapport à ses vraies réserves d’or, donc pour éviter de se retrouver insolvable et disparaître, la banque a besoin de s’assurer que ses propres débiteurs seront bien obligés de fournir de l’or (ou à défaut, quelque chose ayant de la valeur) si jamais il y a une telle urgence. Et de l’autre côté, les gouvernements ont toujours besoin de plus d’argent – chaque politicien préfère dépenser maintenant et à son propre crédit de popularité l’argent qui devra être pris au peuple après son propre mandat de toute façon. Le besoin des banquiers de se couvrir en cas de défaut de paiement de leurs propres débiteurs (et ainsi réduire le risque d’insolvabilité) a rencontré le besoin des gouvernements de disposer d’un crédit théoriquement illimité au XIXème siècle, ces derniers garantissant ces premiers contre le défaut de paiement des débiteurs à travers le genre de privilège d’émission monopolistique de monnaie que vous évoquez, en échange d’un contrôle direct de l’état par ce qu’on appelle « politique monétaire ».

    Puis pendant le XXème siècle, la quantité d’or venant brutalement à manquer par rapport aux dépenses engagées (notamment dans la première guerre mondiale), il s’est trouvé trop de débiteurs ne pouvant payer que « en nature » au lieu d’en or (je pense par exemple au gouvernement allemand et aux réparations de guerre, mais aussi au gouvernement britannique avec la conversion en or de la livre sterling) donc il a fallu opérer un changement assez radical: au lieu d’évaluer la valeur d’une quantité de monnaie donnée par rapport à l’or, on l’évaluerait à la place de manière relative à d’autres monnaies. La boucle était bouclée (et, accessoirement, le Traité de Versailles a pavé le chemin menant à la crise de 1929).

    Aujourd’hui, la seule chose qui fait la valeur de la monnaie « fiat » c’est la promesse que l’état oblige avec succès tout le monde sous son joug à n’utiliser que cette monnaie pour les échanges: autrement dit la monnaie n’est pas adossée à un bien concret, mais à une quantité future et hypothétique de travail productif venant de n’importe où dans l’économie sous contrôle de l’état, en supposant que cette quantité restera à peu près stable (et donc, cela implique qu’inflation comme déflation seront convenablement maîtrisées… on voit le résultat aujourd’hui…). Un billet de 20 euros n’a comme valeur que ce que 20 euros me permettraient d’acheter ici et maintenant, en dehors de ça il fait un piètre papier toilette, il brûle mal pour se chauffer, et même comme post-it ou comme serviette de table c’est vraiment pas terrible. Cette valeur dépend donc d’abord de la bonne volonté et de la santé économique de ceux qui échangent sur le marché – bonne volonté que l’état force au besoin, vous en avez aujourd’hui un bon exemple avec les palabres qui entourent la création de nouvelles taxes par dizaines.

    Le dollar américain sert d’étalon dans ce système pour la simple raison… qu’il en faut bien un, pour les mêmes raisons qui ont fait émergé l’or comme monnaie de choix initialement (donc le dollar est un peu la monnaie des monnaies, on s’en sert pour acheter et vendre d’autres monnaies tout comme on utilisait l’or pour acheter et vendre des biens et services), et parce que les USA ont la plus grande puissance militaire du monde donc sont les plus à même de faire cracher les débiteurs indélicats. En or ou en nature. Tout simplement… (question subsidiaire: saviez-vous que l’Irak de 2000 avait essayé d’indexer ses réserves de pétrole en euro à la place du dollar américain?)

    Bref, ce qui détermine la valeur d’un billet d’une monnaie plutôt qu’une autre, c’est « l’état général » de l’économie qui est sous le contrôle de l’état sous la souveraineté duquel est émise cette monnaie: quelle quantité de biens et services sont à vendre pour quel prix – ce que mes 20 euros peuvent acheter détermine la valeur de mon billet. Si l’économie en question s’effondre (comme aujourd’hui) ou si les vendeurs de ces biens et services refusent cette monnaie au profit d’une autre (comme c’est le cas dans de nombreux pays du tiers-monde, à commencer par le Zimbabwe) la quantité de choses qu’on peut acheter avec décroît et donc la valeur de la monnaie aussi: la banque émettrice risque l’insolvabilité parce que tous les porteurs de cette monnaie vont vouloir s’en débarrasser en les convertissant en richesses réelles.

    Le cas de l’euro est particulier puisqu’au lieu d’un état et une économie, il y en a plusieurs. C’est un peu une « copropriété » des gouvernements européens, ce qui les oblige à s’engager les uns envers les autres pour ne pas abuser les uns des autres – ce que la France est précisément en train de faire: son déficit de 8,2% de son PIB signifie clairement qu’elle fait les poches des autres pays européens à coup d’inflation future, donc il lui faut s’attendre à des sanctions sévères de la part de l’Allemagne et des pays est-européens, selon toute vraisemblance. En tirant ainsi sur le « crédit illimité » que représente la banque centrale européenne aux dépens des autres pays qui ne tirent pas autant dessus, elle augmente le risque d’insolvabilité de tout le monde en Europe au lieu de se limiter à la France. Ça passe ou ça casse.

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