La criiiiise !

Le mot est sur toutes les lèvres, écrit dans tous les journaux, répété dans tous les studios. C’est la crise, ma bonne dame. L’apocalypse est sur nous, d’ailleurs rien qu’hier Olivier Besancenot racontait que, ça y est, le capitalisme était en train de s’auto-détruire pour de bon avec quelques 152 ans de retard sur la prédiction de Marx, et que les financiers (qu’il connaît tous certainement jusque dans leur intimité, hein) relisaient en ce moment le vieux tonton Karl pour se préparer à la nouvelle ère révolutionnaire qui vient et aux lendemains qui déchantent, vrai de vrai, juré, promis.

Revenons un peu dans le monde réel, juste un instant.

Les gens normaux, c’est-à-dire vous, moi, le type qui distribue les gratuits à la sortie de la gare le matin, etc., on ne fait pas de finance parce qu’on n’y comprend rien. Le truc, c’est que l’écrasante majorité de ceux qui font de la finance n’y comprennent souvent rien non plus, et la seule différence entre eux et nous, c’est que ça ne les arrête pas. Ils sont tout aussi irrationnels que vous et moi, par exemple il leur arrive de coter une société moins cher que le total de cash qu’elle possède, sur un coup de panique. Ou encore de coter à vingt fois sa valeur une autre société, sur un coup de tête. Ils semblent un peu bipolaires.

Et depuis des décennies, ce monde de la finance s’est retrouvé dans nos contrées sous la tutelle des états, servant de placards dorés pour tous les potes et proches des hommes de pouvoir, se faisant dorloter dans un monumental berceau de réglementation ad-hoc et d’absence de concurrence savamment entretenue par les structures de contrôle et autres autorités émanant de l’état, servant fidèlement ses maîtres pour financer toutes leurs lubies ; ce qui leur tombe dessus à présent est un dur mais indispensable retour de balancier.

La saga des subprimes continue de dérouler ses conséquences prévisibles, pendant que tous ceux qui ont plus de deux neurones en état de marche se contentent de hausser les sourcils (après avoir toutefois liquidé leurs actions et obligations depuis des mois pour ceux qui le peuvent). Quelques banques font faillite, quelques assureurs aboient, les cours boursiers s’effondrent et la caravane de l’économie mondiale passe avec 5% de croissance encore cette année, pendant qu’Apple et Google et des milliers et milliers d’autres entreprises dorment sereinement sur un épais matelas de cash.

C’est grave, docteur ?

En un mot: non, enfin pas encore. Si vous êtes une personne ordinaire avec moins de 50000 euros d’épargne à taux plus ou moins fixe, vous auriez même du mal à vous rendre compte qu’il y a une crise – à moins d’être employé chez l’un ou l’autre financier en déroute. Ce n’est pas grave non plus pour ceux qui investissent plein de fric à long terme. C’est grave seulement pour ceux qui ont besoin de cash en ce moment pour acheter quelque chose ou rembourser une dette arrivant à terme: par exemple, c’est très grave pour l’état français, qui cumule toutes les semaines le besoin de rembourser d’énormes dettes avec le besoin de trouver du cash à emprunter pour fonctionner.

Mais, pourquoi la crise ?

Pendant quelques décennies l’état fédéral américain a utilisé le Community Reinvestment Act pour forcer les banques américaines à gaver tout plein d’insolvables probables (tous propriétaires, hein ? Ne riez pas, Sarkozy est en train de faire pareil en voulant garantir par l’état les prêts aux irresponsables) de tas de crédits bancals pour qu’ils s’engraissent d’une plus grande maison qu’ils peuvent se permettre, ce qui a fait grossir les prix de l’immobilier US artificiellement. Après que ces banques, n’ayant aucune envie de payer tout ce lard de leur poche, aient refilé ces prêts-à-retardement à tous ceux qu’ils pouvaient, partout dans le monde, en les regroupant (comme si cinq mille prêts pourris valaient plus de cinq mille fois un seul prêt pourri), et après que les uns et les autres se soient enfournés mutuellement dans la gorge ces patates chaudes, le copieux soufflé est retombé en même temps que les taux sont remontés, et avec eux les mensualités de ces prêts, et donc aussi le nombre de faillites personnelles. Crise de foie monumentale. Sans plus personne pour acheter trop cher une trop grosse maison, le cours de l’immobilier s’est effondré aussi, c’est normal, et avec lui tous les produits financiers fondés sur la valeurs des logements: c’est logique, et c’est surtout nécessaire, parce que le malinvestissement doit sauter tôt ou tard pour mettre fin au cycle d’affaires.

Loi d’escalade éristique classique: plus profondément le marché est déformé par l’intervention de l’autorité, plus longtemps il met à retrouver la normale, et plus ça fait mal quand il le fait.

Enfin mal aux interessés, moi je m’en contrefous: que quelques banques aient fait faillite, que le cours des actions et autres promesses financières s’effondre, j’en ai rien à secouer. Si je prends la peine de parler de cette série de réajustements d’autant plus douloureuse pour le monde financier qu’elle arrive en retard, c’est vraiment parce que j’ai rien d’autre à dire aujourd’hui, et parce que j’en ai marre d’entendre tout ce que ce pays compte de bulots, moules et autres balanes incrustées dans le paysage médiatique franchouillard, tout juste bons à attraper les débris d’infos qui passent à la maigre portée de leurs petits tentacules pour les recracher pratiquement tels quels avec au mieux une vague pensée digestive en guise de traitement ; si j’en parle, donc, c’est uniquement parce que ces sous-résidus de médiocrité conformiste perclus d’igno-rance persistent à parler de « crise économique ».

NON, c’est pas une crise économique, c’est une crise financière.

L’économie s’en cogne pas mal, que Bear Stearns, Lehmann Frères, Merryl Lynch et autres se cassent la gueule d’avoir trop pompé les hommes de pouvoir. De toute façon aucune entreprise ne vit éternellement, il en disparaît régulièrement, ça vaut aussi pour les établissements financiers aussi gros soient-ils. Rien que pour la zone euro, il y a autour de 16 mille milliards de dollars d’échanges chaque année, presque autant rien qu’aux USA, et 24 mille milliards dans le reste du monde. Et ce ne sont que les échanges, je ne compte pas l’épargne ! Malgré ça Krivine Junior voudrait faire croire que l’auto-destruction globale est imminente simplement parce qu’une poignée de banques et d’assureurs paniquent parce que quelques milliards de créances font défaut et que quelques dizaines d’autres milliards de liquidités ne sont pas disponibles à temps ? Faut vraiment marcher sur la tête pour croire à une telle ânerie, ou alors avoir une raison perfide et dissimulée d’y faire croire.

Cette crise est la preuve que l’économie fonctionne et qu’elle peut botter le cul de ceux qui essaient de la mettre en coupe réglée à leur profit par financiers interposés, et pas le contraire. C’est un signe de regain de santé, un grand trait barrant les sur-évaluations accumulées, un coup de vomi pour soulager l’indigestion causée par tous ceux qui veulent gaver l’économie avec du papier pour la faire grossir plus vite.

Mais restons vigilant: les gaveurs sont obstinés et pourraient bien, comme en 1929, prolonger la crise pendant des années à force d’essayer de guérir le malade en l’intoxiquant encore plus.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

11 Responses to La criiiiise !

  1. Martini says:

    En conclusion, la situation est grave car toutes les circonstances sont réunies pour que les gouvernements déclenchent une véritable dépression durable en essayant de s’agiter contre le sens du vent.

  2. David C. says:

    Il est vraiment très drole votre blog, je ne sais pas si vous êtes naïf, cynique ou peut-être vous être le fils de George Soros, Un desplus grand profiteur de ce systéme libéral injuste.

    Enfin voila ce queje pense:

     C’est bien plus qu’une crise qui est entrain de frapper les bourses aujourd’hui… C’est même bien plus grave qu’une simple crise systémique, c’est une vrai crise existentielle. C’est la question de vie ou de mort de l’avenir de notre civilisation. Nous vivons une vrai tragédie : Changer ou ne pas changer les régles du jeu du système financier international!!! Serons nous à la hauteur pour faire face à notre passé et à notre avenir !!! Attention aux nombreux piéges ! Aux pièges posés par les personnes qui ont profité de ce système depuis 40 ans. Par exemple, on entend parler de plus en plus de faire de nouveaux accords de mettre en place un nouveau bretton woods organisé par la mafia financière elle-même comme les banques centrale ou autre organe supra national comme le FMI qui ont organiser ce KO sans nom. Il faut mettre fin au système libéral et a toute sorte de spéculations. Mais non, il ne faut pas se laisser faire par ces idées, il faut que ce soit les gouvernements qui doivent décider de mettre en faillite le système libéral actuel et ce sont aussi les gouvernement dans le même esprit de Roosevelt (et non Keynes) de faire un New deal mondial, d’organiser une architecture financier juste, un Vrai nouveau Bretton Wood. Vous pouvez participer à cette bataille et montez sur la scène de la tragédie en cliquant ici

  3. Martini says:

    Voyons voyons:

    « on entend parler de plus en plus de faire de nouveaux accords de mettre en place un nouveau bretton woods organisé par la mafia financière elle-même comme les banques centrale ou autre organe supra national comme le FMI qui ont organiser ce KO sans nom. Il faut mettre fin au système libéral »

    PARDON ? Les organismes de contrôle et de régulation que vous venez de citer, tous créés par des gouvernements pour empêcher « l’anarchie » de marché, c’est libéral ?! Les gouvernements du monde occidental ont causé et entretenu la crise actuelle, donc il faudrait leur donner encore plus de pouvoir ? Vous marchez sur la tête. Vous vivez DEJA dans le monde qui applique les idées de Roosevelt, un mode où les gouvernements essaient de contrôler à leur profit la finance et ne réussissent qu’à se mettre en faillite.

    Nous devons précisément, le plus vite possible, EVITER un « New Deal » comme il y en eût en 1929 et qui prolongèrent durablement la crise tout en l’aggravant. En prêchant pour un « Bretton-Woods » et un « New Deal » vous ne faites qu’étaler votre totale ignorance des événements de ces années.

  4. jesrad says:

    M. Cabas, je doute que vous ayez lu même le quart des liens donnés dans cet article. Je suis d’accord avec Martini: il faut remédier à votre totale ignorance des phénomènes économiques de la période 1929-1946. Je vais de ce pas rédiger un nouvel article sur le sujet.

    Edit: C’est chose faite.
    Et pour comprendre plus en détail et sans se prendre la tête d’où vient cette crise c’est par ici.

    Note: les fédéraux continuent d’engraisser la vache morte, ils ont refilé 87 milliards pour Lehmann, et AIG suit de près. Il semblerait bien qu’ils fassent tout ce qu’il faut pour que le krach se change en crise profonde et durable…

  5. Nicolas says:

    La Fed et le gouvernement US donnent un super signal aux banques qui ont perdu la notion de risque, en renflouant les mauvais gestionnaires. On sait ce qui se passe quand les agents économiques ne prennent pas leur responsabilité, on sait ce qui se passe lorsqu’on essaie de barrer la route au principe de destruction créatrice…

    Soit Ben Bernanke est moins con qu’il n’en a l’air, et il va s’arrêter de renflouer tout le monde, soit il va continuer et on part effectivement pour quelques années de vaches maigres, plus tard le retour à l’équilibre va se manifester, plus le risque que la crise financière se progage un peu au tissu économique est grand.

    Merci en tout cas pour cette salvatrice mise au point. Et ayons de la compassion pour les personnes qui ne maîtrisent pas la macro-économie et qui veulent manipuler, taxer, (ré)organiser, contrôler, réglementer, emprisonner, torturer etc… L’enfer est pavé des bonnes intentions de l’interventionnisme… et ca profite aux révolutionnaires. j’ai presque de la peine pour eux, ce ne sera pas encore pour aujourd’hui le grand soir…

  6. jesrad says:

    Ayons aussi de la compassion pour tout ceux qui ont mis les doigts dans la finance chacun à leur manière: actionnaires, épargnants de base, employés de banques en faillite, retraités. Ils passent un mauvais moment.

  7. Naufrage says:

    Ce n’est même pas la peine de discuter avec ces fachos de solidarité et progrès. J’ai essayé en live, y a rien à en tirer, le gars a fini par craquer et me dire en substance « de toute façon je m’en fous de ce que tu penses, j’essaierais de t’imposer ce que moi je pense parce que c’est juste ». Le masque est vite tombé.

  8. jesrad says:

    Dans ce cas, il faut peut-être simplement se contenter de leur signifier qu’on résistera toujours par tous les moyens à ce qu’ils essaient de nous imposer. Rien de plus drôle qu’un facho qui fulmine en bavant quand on lui dit que de toute façon, quoi qu’il fasse on continuera à pratiquer ce qu’on prêche, et qu’il ne peut pas nous en empêcher.

  9. jesrad says:

    Tiens, j’en profite pour signaler que, si le gouvernement US a décidé de renflouer Fannie et Freddie, c’est très simplement parce que la Chine a plus de 300 milliards de dollars investis dedans.

    Si la crise effaçait autant d’avoirs chinois, ils feraient gravement la gueule et liquideraient leurs autres avoirs en dollars, ce qui finirait d’achever les finances US et mettrait le gouvernement fédéral en faillite immédiate.

    Manque de bol, les pertes ne peuvent qu’être retardées…

  10. jesrad says:

    Tiens, j’ai vu aussi que des imbéciles liquident leurs actions… pour acheter à la place des bons du trésor ! Quand on sait que ce cash va ensuite renflouer AIG, Fannie, Freddie et autres dépôts de malinvestissements, c’est à pleurer de rire. Jaune.

  11. jesrad says:

    Bon, ben la prédiction de Martini s’est réalisée… Nous sommes en plein « Newer Deal » qui allonge et aggrave la crise. Sans intervention, elle se serait terminée il y a quelques jours avec une « casse » d’environ 11,4 mille milliards de $, et grâce à nos chers gouvernements la facture a grimpé à 25 000 milliards et continue de gonfler.

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