Mais à quoi sert le RSA ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire de retour de vacances, penchons-nous sur le berceau de cette mesure bizarre qui fait tant grincer des dents en ce moment: le revenu de solidarité active !

Et d’abord, qu’est-ce que c’est qu’un « revenu de solidarité active » ? Existe-t-il des solidarités inactives ? Et quels sont leurs revenus ? Force est de constater que le nom de ce machin est totalement inepte et ne nous éclaire en rien.

Renseignons-nous directement auprès de la bête (sans trop s’approcher, ça mord ces animaux-là).

Le revenu de Solidarité active (rSa) est une allocation qui vise à la fois à remplacer des minima sociaux existants (comme le RMI et API), à se substituer à des dispositifs d’intéressement de retour à l’emploi (comme la prime de retour à l’emploi (PRE) et la prime pour l’emploi (PPE)) dont l’efficacité a été à plusieurs reprises contestée.

Le rSa c’est pour ceux qui ne travaillent pas un revenu minimum et pour ceux qui travaillent un complément de revenu. C’est donc un instrument « mixte », qui met fin aux cloisonnements entre dispositifs et qui supprime les trous dans le dispositif. Le rSa est à la fois un moyen de garantir que le retour au travail procure des revenus supplémentaires et un puissant instrument de lutte contre la pauvreté.

Bon, on y voit déjà plus clair. L’idée consiste, comme pour le RMI et quelques autres allocations du même genre, à filer votre pognon à quelqu’un qui n’en gagne pas, ou peu (tout en prenant au passage une commission, faut pas charrier – l’abnégation, c’est juste bon pour les victimes contribuables). La différence réside dans la quantité versée: celle-ci est supposée calculée de manière à ce que le revenu total de la personne aille croissant avec la quantité de travail totale qu’elle fournit.

Oui, oui, le revenu total. Mais si, vous savez, celui qui est déclaré aux Zautorités, et qui ne correspond à peu près à rien, et surtout pas au revenu total réel, étant donné la multitude de gens qui bossent au noir, ni au nombre d’heures réellement travaillées étant donné qu’ils sont aussi beaucoup à bosser bénévolement, en plus de toucher ces aides ? C’est donc déjà mal parti pour que le « rSa » (prononcer comme ça se lit, c’est-à-dire comme dans « tout ça pour ça« ) atteigne son objectif prétendu puisqu’il se calque sur des indicateurs inutilisables.

Mais bon, admettons. Imaginons que l’état soit extralucide, et appliquons l’analyse praxéologique, en regardant les motivations qui s’appliquent aux uns et aux autres.

On peut comprendre que l’idée de filer du blé à ceux qui ont le malheur de ne pas en gagner, parce qu’ils peuvent pas et que c’est pas leur faute, puisse séduire le mouton moyen, effrayé en ces temps difficiles et incertains à l’idée que peut-être bien qu’il risquerait, lui aussi, bientôt, à son tour, d’avoir besoin d’un tel doudou pour se rassurer et couvrir ses genoux si sa propre situation empire.

Sauf que ce n’est pas du tout de ça dont il est question en pratique.

Eh non, relisez bien, le rSa ne fait aucun cas de si c’est ou pas la faute du non-gagneur-de-revenu s’il n’a pas de quoi vivre, puisque c’est impossible à mesurer. Cela veut dire que, exactement comme pour toutes les autres formes d’allocations et revenus non mérités, les destinataires réels sont beaucoup plus nombreux en pratique que les destinataires supposés et prévus.

J’ezplike: le rSa est un revenu, il vient donc nécessairement faire concurrence à tous les autres revenus possibles, en particulier ceux qui sont mérités (c’est-à-dire qui ne sont pas arrachés à d’innocents contribuables sous la menace d’une saisie sur salaire par huissier interposé, accompagné ou non de gorilles armés en uniforme), et donc diminue l’attractivité de ces derniers. C’est inévitable. Et surtout, cette différence d’attractivité varie suivant les gens: il y a ceux qui aiment tellement peu bosser que même la perspective de gagner moitié moins les ravit si ça veut dire 100% de boulot en moins à faire, il y en a d’autres que ça fait fuire, d’autres qui y sont indifférents, plus une infinité d’autres positions intermédiaires ou pas.

Qui a le plus intérêt à préférer le rSa à tout autre revenu potentiel ? Réponse: les moins motivés pour mériter leur croûte, éh oui. Autrement dit le rSa, comme n’importe quelle autre forme de revenu non-mérité, est par nature incapable d’inciter les gens à vouloir bosser plus, mais uniquement le contraire – en plus de finir dans bien trop de cas dans la poche de quelqu’un qui ne méritait pas de le toucher au départ et qui s’est juste placé en position de l’obtenir par calcul. Non seulement le rSa crée de lui-même sa propre « demande » par sa seule existence, mais en plus cette multiplication des nécessiteux apparents masque et noie ceux qui auraient vraiment besoin de notre aide et rend beaucoup plus difficile de leur apporter le soutien qui leur manque. C’est dégueulasse.

Le choix entre « rSa » / « pas rSa » est présenté, dans la presse comme dans l’imaginaire enfiévré du socialiste de gauche ou de droite, comme un choix entre « donner de l’argent à ceux qui ne parviennent pas à en gagner » / « ne pas leur en donner et les laisser crever ». C’est ce que l’on appelle une « fausse dichotomie », une erreur de raisonnement (souvent voulue) par laquelle on prétend qu’il faut se résoudre à choisir entre deux conséquences, et pas une de plus (exemple: « Vous êtes de gauche ? » « Non. » « Ah, donc vous êtes de droite. » Non plus, banane.)

Ce faux choix constitue aussi une inversion de responsabilité quand on peut montrer que, dans le choix « rSa » les gens ne gagnent pas d’argent à cause du rSa, et qu’ils sauraient en gagner en son absence. En effet, il y a un second effet Kiss-Pas-Cool: l’argent qui est pris à la société civile (= les gens qui ne vivent pas d’argent racketté) vient forcément en déduction des revenus qui pourraient faire concurrence au rSa, et donc réduit leur attractivité. L’effet désincitatif au travail est dédoublé ! Et cet effet est multiplié d’autant que la redistribution est inefficace: plus il y a de salaires de fonctionnaires et de matériel à acheter et consommer, et de frais de fonctionnement pour faire la collecte, la tenue des comptes et la distribution, et plus la réduction des revenus ordinaires est grande par rapport au piètre lot de consolation final du rSa. Bref: les salaires mais aussi les dons et toutes autres sortes de possibilités d’aide qui pourraient aller aux plus pauvres sont absorbés, monopolisés par l’état et seule une petite partie en ressort sous forme de rSa.

J’en profite pour vous rappeler que l’on peut évaluer le nombre d’emplois potentiellement perdus par une mesure de l’état en divisant le coût de cette mesure par le revenu net moyen. Pour chaque équivalent-de-salaire-moyen-net dépensé pour faire marcher le rSa, il y a un chômeur en plus à qui il faut filer le rSa, ce qui augmente les dépenses du rSa, qui crée plus de chômeurs, etc… et c’est comme ça que les pauvres restent pauvres en France.

Cela ne s’arrête pas là, car il y a un dernier effet Kiss-Pas-Cool en cadeau-bonus: tous les revenus potentiels qui seraient inférieurs au SMIC sont interdits manu militari par l’appareil répressif de l’état, ce qui écrabouille toute possibilité de choix pour les pauvres visés par le rSa. L’objectif prétendu d’offrir une « continuité » entre le non-emploi et l’emploi est un trompe-l-oeil ! Je signale au passage que, de la même manière, le SMIC permet dans les faits aux non-chômeurs de gagner un peu plus sur le dos des chômeurs qui, si le SMIC n’existait pas, auraient eux aussi un boulot à un peu moins que le SMIC.

Un simple raisonnement nous démontre que la combinaison SMIC+RMI ou SMIC+RSA revient, au final, à faire vivre un paquet de fonctionnaires en purs parasites (= effet global nul ou négatif) sur le dos de ceux qui paient le fonctionnement du bazar, mais aussi de ceux qui étaient sensés être aidés et qui perdent des possibilités d’emplois et de revenus en plus d’être victimisés et rendus dépendants du pouvoir (car vous n’allez pas croire que ces gens-là, une fois qu’ils n’ont plus que le rSa ou le rMi pour survivre, vont aller voter pour quelqu’un qui les supprimera, éh: c’est la même logique de terreur du mouton cité plus haut, utilisée pour paralyser et coincer les plus vulnérables des citoyens dans le piège de l’assistanat monopolisé).

Personnellement, je ne blâme pas ces fonctionnaires, car ils n’ont pas conscience, pour un grand nombre d’entre eux, d’être des outils au service de la paupérisation et de l’instrumentalisation politique des plus vulnérables d’entre nous, et qu’en plus ils sont dans l’incapacité, du fait de leur statut et de la position monopolistique de l’état, de savoir s’ils sont bien ou mal payés pour le travail qu’ils fournissent. Mais je tiens juste à leur signaler qu’ils ne sont pas obligés de faire ce sale métier, ou qu’ils ont la possibilité (et même le devoir moral) de saboter cette vaste entreprise de mise en coupe réglée des résidents de ce pays.

D’ailleurs il y a une bonne raison pour qu’ils se mettent au sabotage: car qui a intérêt à fournir du travail à faire aux gens sous rSa ? Celui qui les paie, évidemment, en l’occurence gouvernemaman, et ce d’autant plus que ses poches sont vides, que les réductions de dépenses se font urgentes dans ce contexte de compression du crédit et de liquidités rares, que l’absentéisme commence à frapper parmi ses troupes et que les Français, poussés par les politiciens de tous partis, se pressent pour lui réclamer toujours plus de services. Toutes ces raisons font que le rSa, évolution logique du RMI, n’est qu’une étape intermédiaire aboutissant, à long terme, à la création d’une vaste sous-fonction publique au rabais.

Voilà. Vous trouverez les sacs à vomi sous vos sièges, comme l’année dernière.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

6 Responses to Mais à quoi sert le RSA ?

  1. Martini says:

    Magie des phénomènes de vases communicants: le rSa sera un progrès par rapport à tout ce qu’il remplace seulement s’il coûte moins cher au total, et pire encore s’il coûte plus cher. C’est aussi simple que ça.

    Et comme Naboléon a l’air décidé à racketter, lessiver et essorer un peu plus les Français qui ont encore un peu d’argent de côté, tout montre que ça va être beaucoup plus cher, donc bien pire.

  2. Mika says:

    Le RSA est, grosso modo, une subvention de l’emploi à temps partiel. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir le nombre de jobs à temps partiel exploser bientôt. Jobs qui seront bien souvent complêtés par un peu de travail au noir…
    Les énarques inventeurs du système sont malins : effet secondaire attendu : chaque temps partiel nouveau fait automatiquement sortir un chômeur des statistiques ANPE. On aura donc moins de chômeurs mais plein de nouveaux assistés…

  3. jesrad says:

    une subvention de l’emploi à temps partiel.

    Voilà, c’est bien ça, même si ça se limite aux emplois peu qualifiés. Les communistes voulaient instaurer les 32 heures, l’UMPS va faire mieux en promouvant le mi-temps, tiers-temps et quart-temps avec l’argent de tout le monde.

    Prenez dix personnes avec chacun 10 euros en poche. Prenez un euro à chacun et désignez aléatoirement une personne pour recevoir la moitié des 10 euros récoltés. Au bout de 10 tours, les gens n’ont plus que 5 euros en poche chacun en moyenne, et sont presque tous ravis de l’action politique de redistribution qui a été menée dans leur intérêt.

  4. garcia says:

    Je connais une personne qui ne travaille pas qui est propriétaire qui a des comptes blindés et qui touche le RSA c’est inadmissible, alors que des personnes qui sont pauvres ont leur donne pas le RSA

    • jesrad says:

      De toute façon, c’est inadmissible que « on » donne le RSA à qui que ce soit, quel que soit son patrimoine ou son revenu. Personne n’a le droit de vivre sur le dos des autres sans leur consentement.

      Au fait, notez bien que le critère d’attribution est calculé sur le revenu, et pas sur le patrimoine: on peut avoir plein de tunes mais ne pas gagner sa vie, et donc toucher le RSA, tandis qu’on peut aussi gagner peu sans avoir rien accumulé et gagner se retrouver quand même un peu au dessus de la limite).

  5. audrey says:

    Vous oubliez quelque chose: le bénéficiaire du RSA qui peut travailler a des obligations dont celui de chercher du travail. Ça ne plait pas a tout le monde de devoir dépendre de ce genre de choses. Ils ne sont pas tous des profiteurs, il faut pas charrier non plus.

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