De la vacuité moderne

Ne faites pas qu’affirmer votre droit à l’erreur – exercez-le !
 
Pendant que vous jouiez les poseurs, de vrais discordiens se sont engagés dans la Police pour pouvoir rouler à 160 partout où ils vont, pour mener eux-même l’enquête sur leurs propres graffitis subversifs et pour causer toutes sortes de confusion.
 
Et pourtant tout le monde veut respirer, et personne ne le peut. Alors beaucoup disent « Nous respirerons plus tard ». Et la plupart d’entre eux ne meurent pas, parce qu’ils étaient déjà morts.


Un beau jour, un homme blanc entre deux âges, portant costume-cravate, débarqua en pleine Amazonie. Avisant un autochtone vêtu d’un simple pagne et occupé à pêcher dans un rio passablement boueux, les pieds dans l’eau, il s’approcha, retira ses chaussures et chaussettes, releva le bas de son pantalon et s’assit, pieds dans l’eau lui aussi, auprès de lui.

Après un moment assis ainsi, le pêcheur remarqua:
– Nous ne recevons pas souvent la visite des blancs.
– Je ne suis pas en visite, je viens m’installer, vivre ici parmi vous à votre façon, si vous me le permettez.
– Pourquoi donc abandonneriez-vous votre vie d’avant pour venir vivre comme l’un d’entre nous ?
Le Blanc se tourna vers l’indigène, le regard pensif mais un léger sourire aux lèvres:
– C’est que ma vie d’avant n’avait aucun sens, je ne savais plus où j’en étais ni pourquoi j’existais. Je me sentais si vide ! Alors j’ai décidé de laisser derrière moi tous ces soucis, d’abandonner toutes ces choses inutiles qui encombraient mon existence et qui ne faisaient que m’empêcher d’avancer spirituellement: ma grosse voiture, mon grand appartement, mon travail de directeur de projet dans une agence de recherche spatiale, mon compte en banque, et toutes les futilités de la vie d’occidental favorisé. Non, tout ça, c’est derrière moi, je veux trouver de vraies raisons de vivre au lieu d’être sans cesse détourné de cette voie par tous les gadgets, toutes les facilités, tout ce foisonnement effréné et absurde qui me détournait de la vraie vie.
Le pêcheur acquiesça, se leva, et mena l’étranger à son village, où celui-ci fut accueilli et reconnu membre à part entière de la tribu.

Les jours passèrent, et l’homme blanc s’adapta à sa nouvelle existence si simple et si proche de la nature. Le matin, il partait chasser avec les autres hommes, le soir il participait aux innombrables tâches que tous se partageaient spontanément, en toute simplicité: cuisine, réfection, construction, préparation des poisons ou potions, entretien du feu et des outils, etc. Les soucis de sa vie passée s’envolèrent, il se sentait plus vivant que jamais, la simple camaraderie de la tribu le satisfaisait pleinement, et enfin il ressentait clairement le sens de son existence. Cette nouvelle vie était limpide, chacun savait ce qu’il convenait de faire à chaque instant, il n’y avait plus de questions, plus de doutes, plus de montagnes de choix et de décisions à prendre à chaque instant, plus d’angoisses ; il n’y avait plus de quête fébrile de l’homme moderne piégé dans la course en avant de la civilisation occidentale. Il ne restait que la satisfaction répétée des seuls besoins naturels, auxquels la forêt subvenait si on se donnait la peine de l’explorer avec la prudence teintée de respect qu’elle commandait à ses fils.

Un mois passa ainsi, puis le pêcheur invita l’étranger à retourner pêcher au rio où ils s’étaient rencontrés, ce qu’il accepta avec joie. Assis les pieds dans l’eau, vêtus d’un simple pagne dans la chaleur moite de la forêt vierge, ils parlèrent à nouveau:
– Et maintenant, mon frère blanc, dis-moi, as-tu trouvé ce que tu étais venu chercher ?
– Oh oui, aujourd’hui je me sens de nouveau vivant, plus que je ne l’ai jamais été ! Je sais enfin ce que je veux faire de l’existence. Je veux continuer sur cette voie, affronter chaque jour les défis tout simples de la vie, je veux apporter ma contribution à la vie de toute la tribu.
– Et c’est tout ? Vivre comme l’un de nous, puis mourir ?
L’étranger baissa la tête, son sourire se fit un peu aigre, et d’une voix plus basse et plus humble que jamais, il admit:
– Eh bien… En fait, je crois que je veux plus que ça. Beaucoup plus. Maintenant que tout est redevenu simple, maintenant que n’importe quel bouleversement me semble envisageable, je le réalise… Les jours finissent par se ressembler et j’en viens à me demander quelle trace je laisserai dans ce monde…
Sa voix se fit plus animée, l’enthousiasme et la certitude pointaient dans son regard:
– En fait, je crois… Non, je sais, que je veux pouvoir laisser à ceux que j’aime tout le confort que je peux leur apporter, faire du temps qu’il me reste une grande oeuvre dédiée à l’humanité toute entière, toucher du doigt l’infini, dévoiler à tous les derniers secrets de l’Univers qui nous entoure, atteindre les étoiles !
L’autre rit brièvement, compréhensif, et dit:
– N’était-ce pas là ce que tu faisais dans ta vie précédente ?


Oh!

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

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