Que faire ?

Alors comme ça vous vous êtes évadé de la prison que vous aviez vous-même bâtie. Vous êtes fier de votre liberté toute fraîche. Et maintenant quoi ? Eh bien ?

1) Faites profil bas.

Vous vous souvenez de Yeshua ben Youssef ? Plus connu sous le nom de Jésus Christ ? En voilà un qui n’avait pas la langue dans sa poche. Résultat: cloué à une planche et planté là, bon qu’à pourrir, ses enseignements travestis et détournés.

Si les moutons peuvent vous voir, les bergers aussi. C’est le moment d’acheter une chemise Hugo Boss ou un t-shirt du Che si vous ne voulez pas attirer l’attention. Pas de marche, de manifestation, de congrès ou de convention. De toute façon ça ne change jamais rien. Planquez vos livres.

2) Parlez de la pluie et du beau temps

La plupart des gens n’écoutent pas. Ils perçoivent. C’est très différent, et cela dépend avant tout de la façon dont vous parlez plutôt que de ce que vous dites vraiment. Vous vous croyez original ou subversif ? Ils s’en foutent, ils ne vous aiment pas, ils sont conditionnés pour ignorer tout ça, leur servitude volontaire en dépend. Vous n’êtes rien qu’un clown de plus. De toutes façons le look « punk », « goth » ou « eco-warrior » n’est qu’un peu plus de conformisme stérile, et le jour où des tracts du Guns and Dope Party seront retrouvés dans la photocopieuse, qui croyez-vous qu’on accusera en premier pour circonscrire et neutraliser la subversion ? Si vous avez répondu autre chose que « le stagiaire avec les dreadlocks / les piercings partout » allez vous pendre.

3) Gardez les yeux ouverts

La nouvelle conscience de ce qui vous entoure vous apporte une nouvelle catégorie de pairs. Ils ne sont pas reconnaissables parce qu’ils ne sont pas assez stupides pour ne pas suivre les deux premiers conseils, parce qu’ils ne passent pas la moitié de leur temps à déblatérer des âneries sur le Grand Soir ou le Retour de Xenu ou quelque autre foutaise idéologique que proféraient par réflexe vos précédents camarades. Faites attention ! Ils sont autour de vous, et même s’ils sont impossibles à distinguer de tous ceux que vous aviez appris à mépriser et qui vous le rendaient bien, ils sèment du sable dans les rouages de la Machine, ils torpillent en douce le Système(c) depuis des années. Ils seront conscients de votre présence, tout comme vous serez conscient de la leur si vous ouvrez l’oeil. Soyez attentif aux signes: cette détermination dépassant l’ordinaire, cette douce tolérance enveloppant un jugement d’airain – celui qui jette un regard à un pamphlet discordien et sourit brièvement avant de le reposer discrètement, c’est avec lui que vous aurez des discussions intéressantes. Habituez-vous à la solitude, car c’est aussi ça d’être libre: il y a trop peu de vrais gens dans le monde.

Il n’y a pas de cartes de membres.
Il n’y a pas de numéro de téléphone.
Il n’y a pas de site web central.
Il n’y a pas de manuel d’instructions.
Il n’y a pas de serment à prononcer.
Il n’y a pas de réunions.

Juste la liberté toute nue.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

3 Responses to Que faire ?

  1. pan says:

    C’est assez joli, bien qu’un peu plus simple que cela, quand même. Sur le même sujet, il y a les trois figures libérales décrites par Claire Wollfe. Vous, vous ne parlez que des taupes.

    Mais les activistes fous furieux qui risquent leur carrière et leur réputation pour diffuser les idées ont beaucoup de mérite aussi.

    De même que ceux qui font le choix de vivre dans la marge la plus complète possible pour bénéficier d’une liberté de facto à défaut d’en espérer une de jure.

  2. jesrad says:

    C’est vrai, il y a toutes sortes de stratégies qui marchent. En fin de compte l’histoire de Yeshua a survécu jusqu’à nous, par exemple.

    Mais bon, il faut pas prendre tout ça trop au sérieux non plus, après tout il ne s’agit que de servitude de milliards de gens et de 246 millions de morts au siècle dernier.

    Note: ce texte est un extrait de Black Iron Prison, les Principia Discordia revisités et modernisés, c’est pas de moi.

  3. pan says:

    C’est intéressant et vrai, je ne dis pas le contraire. Mais pour compter au nombre de mes amis quelqu’un qui n’hésite pas à mettre en jeu sa réputation pour essayer de distribuer de l’antidote autour de lui (cherchez « libertariens suisses » sur daily motion : c’est mon ami), je trouve que cette attitude mérite aussi le respect.

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