La parabole du gong

Il y avait un jour une jeune Discordienne du nom de Barre Dor. Son Illumination encore toute fraîche, elle se demandait dans quelle saison du Chaos son pays se trouvait alors.

Peut-être la saison de la Discorde, à la veille de celle de la Bureaucratie. L’Ordre s’intensifiait certainement à des niveaux insupportables.

Ou peut-être était-ce déjà la saison de la Bureaucratie, à la veille de celle de l’Epilogue. Le Désordre s’intensifiait certainement à des niveaux insupportables.

Donc dans sa Quête pour Une Réponse, Barre Dor alla quérir le moine discordien Culnu. Culnu vivait dans une cave car il eût été obscène qu’il se promenasse dehors. Barre Dor retira ses collants et descendit dans la cave, et trouva Culnu assit dans une position du lotus vulgaire, sur un coussin.

« Mon sage ami Culnu, je suis venue te poser une question » dit Barre Dor, « Qu’est-ce que la Bureaucratie ? »

« En Inde » dit Culnu, « ils attachent les éléphants à des arbres avec des ficelles. Un éléphant pourrait facilement briser ces ficelles, pourtant ils restent ligotés sur place. Saurais-tu pourquoi ? »

Barre Dor se gratta et haussa les épaules.

« Quand les éléphants sont jeunes, ils sont trop faibles pour briser la ficelle. Ils essaient, mais échouent et finissent par renoncer. Quand les éléphants ont grandi, ils n’essaient plus d’échapper à leur faible entrave parce qu’ils croient qu’ils échoueront. »

« Donc la ficelle n’est pas ce qui retient les éléphants à leur place » dit Barre Dor. Elle fronça les yeux vers Culnu et dit « Tout cela est fort intéressant, mais qu’est-ce que ça a à voir avec la Bureaucratie ? »

« La Bureaucratie » répondit Culnu, « c’est d’attendre que le feu passe au vert au milieu de la nuit quand la route est déserte. »

A travers le temps et l’espace, un gong retentit.

Barre Dor sortit de la cave et retourna au monde réel emplie de confusion. Sur la route du retour elle grilla cinq feux rouges, et son exultation décupla à chaque fois. Au bout de son voyage elle ricanait bêtement sous l’effet de cette liberté nouvelle.

Les années passèrent et Barre Dor continua de conduire vers l’Epilogue. Elle ignora des paneaux Stop, grilla des feux rouges, et replia la capote malgré le danger de chute de pierres.

« Bordel de cul de nouilles ! » criait son infortuné compagnon de route Bung-Fu en s’agrippant au tableau de bord. « Tu vas nous tuer tous les deux ! »

« Foutaise ! Je me suis auto-émancipée de ces lois de la route. » caqueta Barre Dor, « Je suis devenue un hérault de l’Epilogue ! »

« Tu conduis toujours comme ça ? » dit Bung-Fu en bouclant sa ceinture.

Barre Dor opina: « Toujours. »

Pendant ce temps le moine Culnu faisait rouler son gong à travers la rue vers sa cave. Il attendit patiemment que le feu passe au rouge, et poussa l’imposant instrument de percussion du trottoir.

La collision fit exactement le bruit de l’illumination.

À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

2 Responses to La parabole du gong

  1. laurett dit :

    Heum, je sens que tu entres dans une phase mystique…
    Me trompe-je ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :