Avis aux mécréants

« Vous et moi sommes aussi athées l’un que l’autre. Je crois simplement en une divinité de moins que vous. Lorsque vous saurez pourquoi vous rejetez toutes les autres divinités, vous saurez pourquoi je rejette la vôtre. »

Je déteste les gens qui trouvent cool de prendre des drogues – comme les agents des douanes.


Nombreux sont ceux qui méprisent la foi, ou se trompent tout bonnement de divinité. Ouais, je cause probablement de vous, là.

Pourquoi croire ? En fait, il y a des raisons impérieuses pour avoir la foi. L’existence de religions et de cultes justifie d’avoir une croyance propre, aussi tautologique que ça puisse paraître. J’ezplike:

Si on considère une croyance métaphysique (dans le sens où celle-ci n’est ni prouvable ni falsifiable) comme un parasite mental de type mémétique, qui encombre les schémas de pensée d’un individu et passe de l’un à l’autre par imitation intéressée, on peut se demander… pourquoi cet individu ne s’empresse pas de s’en débarrasser. Il y a bien une raison évidente: le parasite lui apporte quelque chose. Faisons une analogie: imaginons un genre de ver plat, comme le ver solitaire, qui administrerait des antidépresseurs régulièrement à son hôte. Nul doute que ce parasite serait extrêmement populaire chez les dépressifs. Il semblerait par exemple que l’être humain, ce primate fébrile, est conçu pour croire, dans le sens où sa capacité à manipuler des concepts improuvables « s’accroche », dans le fouillis des chemins reliant ses neurones, à d’autres de ses capacités cognitives comme celles des sensations de méditation, d’apaisement ou d’accomplissement, ou que sais-je encore. La foi serait, de ce point de vue, un artefact du développement de la conscience, un complément utile, pour des raisons héritées de notre évolution, à notre capacité à observer et comprendre le monde environnant. La croyance en Dieu ne serait qu’un genre de symbiote, ayant quelque utilité directe au croyant. C’est une bonne raison pour croire.

D’un autre côté, peut-être que l’utilité est seulement du côté du parasite, qu’il n’y a aucune utilité pratique à la croyance pour l’hôte, que le mème religieux prend simplement avantage de la structure du cerveau pour forcer le passage et modifier son comportement de façon à persister dans l’hôte (en déprimant le sens critique, cet instinct humain qui pousse à la recherche de vérité, par exemple) et à continuer de se répandre (par le prèche, la propagande ou l’effet de mode), exactement comme un parasite biologique ou le virus du SIDA feraient vis-à-vis des structures biologiques des cellules et du système immunitaire. Lorsque l’infection s’emballe, et quand le mème dérive de la souche de l’agression, les résultats peuvent être tout aussi meurtriers dans un cas comme dans l’autre – d’où l’intérêt de se prémunir des uns comme des autres par une bonne hygiène.

Ainsi, lavez-vous bien l’encéphale après tout contact avec des doctrines douteuses et des idées malsaines, comme vous vous laveriez les mains après avoir manipulé des trucs sales. N’oubliez pas de régulièrement laver votre conscience pour en retirer les scories et autres résidus toxiques de croyances essayant d’infecter votre esprit. Puis-je faire une suggestion supplémentaire ? Essayez donc la vaccination.

Je vous propose de revisiter un vieux classique: le Pari de Pascal. Il dit que celui qui ne croit pas n’a rien à gagner et tout à perdre, tandis que celui qui croit a peu à perdre et énormément à gagner, et en conclut qu’il vaut mieux croire.

Le problème, c’est que tout ce que vous pourriez gagner ne peut l’être que dans le monde réel et pendant votre vie. Donc, une religion qui ne vous apporte rien d’utile au cours de l’existence est juste toxique. C’est là qu’intervient le gain associé à la croyance en tant que vaccination: elle vous permet d’éviter bien des fâcheuses infections, et au passage d’assainir votre environnement. Mais il faut choisir avec soin une infection bénigne et surtout efficace dans ce but:

  • Il faut qu’elle ne contienne pas de vérités métaphysiques, sous peine d’affaiblir le sens critique, donc les seules « vrais » principes qu’elle véhicule (si elle en a) doivent être purement objectifs, tandis que tout le reste doit y être considéré comme faux d’emblée. Tout est faux, et même ce qui est vrai est faux. La réalité c’est ce qui reste quand on arrête d’y croire: la réalité est le Rorschach primordial.
  • Il faut qu’elle modifie le comportement de manière à étiqueter comme « sale » ou « contagieux » toute autre religion, en entretenant méfiance, critique voire moquerie à l’égard de toute croyance de nature différente. Une religion sans Déesse est à mi-chemin de l’athéisme. La Vérité Absolue est en vente dans toutes les bonnes librairies, ce qui prouve qu’il n’existe rien de tel. En avant, fiers soldats chrétiens, en avant, fruits de l’Islam, en avant, bouddhistes et juifs, combattez, combattez, jusqu’à être tous décédés. Le positivisme juridique, c’est cette superstition selon laquelle tu n’as pas le droit de respirer tant qu’un type avec un uniforme ne t’y a autorisé.
  • Il faut aussi qu’elle soit résistante aux modifications qui changeraient l’une ou l’autre de ces caractéristiques précédentes. C’est le point le plus critique, et paradoxalement ce n’est pas fait en fixant une fois pour toutes la croyance dans le marbre et en introduisant des mesures « d’hygiène » informationnelle contre les modifications intempestives, comme ce fut le cas avec le judaïsme dans l’antiquité, mais bien au contraire il faut pour cela interdire d’en fixer quelque élément que ce soit. L’antidogmatisme doit donc être le seul dogme admis. Un Discordien n’a pas le droit de croire ce qu’il lit. Tout Discordien est par définition un Apostat, un Hérétique, sinon ce n’est pas un vrai Discordien.
  • Et si possible, elle devrait fournir des pistes de réflexion sur le sujet même de la croyance, ce qui constitue un bon exercice pour le « système immunitaire » cognitif.
  • Ne cherchez pas plus loin, ce vaccin religieux c’est le Discordianisme.

    Et enfin, il y a « croire » et « croire ». Faire semblant de croire ne marche pas. Etre persuadé qu’il vaut mieux croire ne suffit pas non plus. Il n’y a qu’en étant intimement persuadé dans tout son être que ça fonctionne: la foi en Eris est un paradoxe, ou au mieux un koan. C’est un peu comme la différence entre vouloir être amoureux, et être amoureux. Encore un truc qu’avait loupé Pascal dans son pari.

    L’existence du libre-arbitre implique que nous pouvons vivre dans le monde que nous souhaitons. Il suffit de ne plus croire aux sornettes ordinaires pour qu’elles ne nous enchaînent plus. Alors, quand est-ce que vous vous y mettez ?

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    À propos jesrad
    Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

    6 Responses to Avis aux mécréants

    1. Ali Le Libre says:

      comment sait-on quand une personne fait semblant de croire ? celà ne peut s’expliquer rationnellement, quoi que le rationnel d’une religion est certainement de croire en l’irrationnel (de Dieu ou des hommes, ceci est une autre histoire…). Appelons celà une anomalie systémique de l’âme qui se perpetue dans les gênes comme les yeux rouges chez les albinos.

      Très connu, les hommes croient à ce qu’on leur dit de croire, c’est une sorte de position négative inconditionnelle. Je dis haut et fort que tous les prophètes sont venus apporter le même message de paix et d’amour, ce sont les hommes qui les ont montés historiquement les uns contre les autres…

      « Croire » mais que reprends les concepts de ce terme. En disant je crois, il y a un monde! Il y a du monde et un monde. Je le dis sans smiley, toutes les religions sont belles (une fois appliquées correctement…) Mais qu’est ce que le beau ? le sens changera d’une perosnne à l’autre…

      Avis aux croyants : respectez chacun d’entre vous, car si vous croyez en Dieu, c’est quand même par sa « main » que se fera justice, et non par vos paroles, vos jugements et vos missiles skeuds… quoi que… sacré cerveau humain

    2. jesrad says:

      Là où il y a perpétuation des gênes, y a pas de plaisir.

    3. Faré says:

      Je ne considère pas le mot « dieu » comme sacré et ne pense donc pas que les
      religions qui l’utilisent sont pires que celles qui s’en passent.

      Sinon, il y a aussi cet argument (vu il y a quelques temps sur le blog d’aucun (vrai) économiste américain (Bryan Caplan peut-être?))
      selon lequel tous ces soi-disants « croyants »
      ne croient pas vraiment en Dieu,
      comme le démontre leur comportement,
      mais qu’ils croient croire pour leur propre avancement social.
      Le phénomène religieux n’est pas plus sincère qu’il n’est rationnel
      – c’est un piège mémétique dont les propagateurs sont les premières victimes.

    4. Mâh says:

      Tu es assez injuste avec ce pauvre Pascal, qui déjà est en train de disparaître de l’univers philosophique Français en n’étant pas abordé au programme de Terminale (unique « expérience » philosophique pour une sacrée partie de la population). Car à côté de ce que tu nous en dis, il me faut rappeler qu’il aborde le point essentiel de notre affaire de croyance en mettant le doigt sur l’élément caractéristique de l’Homme (dans toute sa grandeur): « le libre arbitre ».

      Et donc pour en arriver où je voulais en venir, la meilleure façon de savoir si la croyance qui vient vous draguer est là uniquement pour un coup d’un soir ou alors pour faire sa vie avec vous, demandez-vous juste si elle essaye de s’en prend à votre libre arbitre.

      Exemple concret : Je suis un culte créé par un (très mauvais) auteur de science fiction, mon prophète actuel est une super star, sexy, qui sent bon y tout y tout. (fort potentiel de drague)
      Mon principe repose sur l’existence au sein de votre organisme d’âmes d’extra-terrestres tués par un tyran inter galactique il y a des millénaires, à cause de ces âmes vous allez mal, mais ne vous inquiétez pas, c’est pas votre faute à vous, vous pouvez rien y faire, à part filer votre numéro de carte bancaire.
      Si l’on s’en tient à l’élément du libre arbitre, on n’a même pas besoin d’en arriver à la case « file ton code de carte bleue » pour se douter de l’atroce vérité : « tout ce qui l’intéresse, cette salope d’église, c’est mon cul… »
      Voilà, et n’oubliez pas que tout les évangélistes iront en enfer (surtout ceux qui ont le culot de me réveiller le samedi matin à 9h00, juste pour me parler de la résurrection du Christ, « c’est bon, Jésus, c’est mon pote, on s’est déjà mis minable hier soir alors là… »)

    5. jesrad says:

      Les croyants sont-ils tous des poseurs ? La foi sincère est-elle possible ou une illusion de la conscience ? Voilà une question métaphysique à laquelle il n’est pas possible de répondre 😉 On dirait bien que sur ce sujet tu as ta croyance, que j’ai la mienne, et qu’elles sont aussi fausses et irrationnelles l’une que l’autre en l’absence de début de réponse objective à cette question.

      D’autre part, peut-on croire dans le but de se prémunir des croyances elles-mêmes ?

      On peut observer une hygiène stricte au point de vivre en chambre stérile, et ne jamais tomber malade de sa vie. Ou bien on peut vivre en tombant malade et en guérissant, encore et encore, pour devenir plus résistant aux maladies à chaque fois. Ou alors on peut tomber gravement malade et en crever, ou survivre en étant chroniquement affecté. Chacun son truc.

      Je ne savais pas qu’ils avaient supprimé Pascal du programme de philo ! Les bâtards, c’était le seul auteur, avec Nietzsche, qui m’avait intéressé.

    6. jesrad says:

      Je constate aujourd’hui que j’ai fait une erreur grossière dans ce texte: l’esprit critique n’est PAS un instinct naturel de l’homme. Il n’existe pas de véritable pression évolutive vers l’esprit critique et la rationnalité mis à part les très récents progrès scientifiques et certains conforts qu’ils apportent à l’homme, en tout cas il n’a certainement existé rien de tel pendant la quasi-totalité de l’histoire évolutive de notre espèce. Pour le dire crûment, se comporter rationnellement est un comportement acquis, cela doit s’apprendre, toujours à l’encontre de nos instincts.

      Cela explique d’ailleurs assez bien l’état de délabrement cognitif dans lequel gît l’humanité aujourd’hui.

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