Si l’assurance habitations était gérée comme la sécu…

Imaginons un instant que l’assurance habitations prenne modèle sur l’assurance maladie telle qu’elle est gérée aujourd’hui en France…

Au lieu de simplement couvrir les vols, destructions et incendies, l’assurance habitations obligatoire couvrirait aussi des choses comme le coût des produits d’entretien (détergents pour le sol, lingettes nettoyantes) et matériel correspondant (remboursement d’un balai-brosse par mois). Elle compterait aussi des tas de trucs comme un extincteur (renouvelable tous les ans: SACLI se porterait exceptionnellement bien financièrement) et même une petite partie des frais si vous devez changer la peinture sur tous les murs ou de remplacer les portes.

Bien évidemment, passer l’aspirateur et faire la poussière serait, tout autant que la pose d’un escalier, le travail de professionnels bien payés, bien outillés et à la formation couvrant tout ce qu’il y a à savoir des habitations, de l’architecture à la maçonnerie en passant par la plomberie et l’électricité (9 à 15 ans d’études post-Bac, au bas mot). Il serait toutefois permis de faire réaliser certains actes par du personnel moins qualifié à condition d’avoir la formation correspondante. Une visite d’examen complet par an, réalisée par l’un de ces professionnels très qualifiés, serait comprise dans le prix et serait même nécessaire pour justifier du remboursement de la plupart des frais d’entretien (comme l’achat d’un nouvel aspirateur). Faire soi-même la réparation d’une fuite d’eau serait inconcevable, de toute façon le matériel nécessaire ne pourrait être acheté que sur ordonnance d’un architecte-plombier.

Toutes ce qui tient du simple entretien plutôt que de l’assurance serait bien évidemment compris d’emblée dans le régime d’assurance, donc le prix de l’assurance habitations, qui serait fournie par une branche supplémentaire de la sécu, atteindrait environ un tiers de votre salaire, voire plus si vous avez une profession libérale. Vous auriez la possibilité de payer encore plus pour une mutuelle qui couvrirait en quasi-totalité les travaux de réfection lourds (ravalement de façade, pose de double-vitrages, etc…).

L’industrie du bâtiment et de l’entretien domestique serait évidemment soumise à un contrôle très strict des prix qui ne satisferait jamais personne complètement et qui freinerait la recherche dans ce domaine ; une partie des magasins de bricolage seraient gérés par l’état et en permanence surchargés, et les pénuries de câble électrique ou d’autres fournitures ne seraient pas inconnues. Leur budget annuel, financé presque entièrement par l’annexe à la C.S.G et C.R.D.S ajouté par la création de la branche « habitations » de la sécu, atteindrait plusieurs centaines de milliards d’euros et le déficit accumulé augmenterait la dette de l’état d’une dizaine de milliards d’euros, chaque année.

On observerait un phénomène croissant de « tourisme d’entretien domestique » où des gens feraient venir dans leur maison des femmes de ménage étrangères sous couvert de leur faire découvrir notre beau pays. Les centres de réparation-réfection-entretien publics ne seraient pas en reste puisque, confrontés au manque de main d’œuvre pour assurer le nettoyage des sols il leur faudrait faire venir le personnel d’Afrique ou d’Europe de l’Est, massivement.

Lorsque l’argent viendrait à vraiment manquer, comme c’est le cas aujourd’hui, l’état se verrait obligé de dérembourser certains produits courants, comme par exemple l’huile pour parquet, les plumeaux antipoussière ou la peinture acrylique. Les contrôles seraient aussi plus stricts: il deviendrait possible de faire changer un robinet par un simple plombier à condition de suivre le parcours coordonné en faisant, au préalable, constater que ledit robinet fuit par un architecte conventionné que l’on aurait déclaré comme architecte traitant.

Bien sûr la branche habitations de la sécu serait perçue comme le fleuron de notre état social, grâce auquel les maisons et appartements de notre fier pays seraient plutôt bien tenues par rapport au reste du monde, quitte à voir notre pouvoir d’achat encore divisé par deux. Supprimer cette branche, ou pire la mettre en concurrence avec le secteur privé, ce serait vu comme une destruction effroyable du domicile français, un aller simple vers les toiles d’araignées, les taches sur les tapis, etc… Et cela créerait certainement un « domicile à deux vitesses » où seuls les riches seraient protégés en cas d’incendie de leur maison. Non, pas question, de confier au secteur privé l’assurance habitations et laisser le libre marché tuer les domiciles !

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

7 Responses to Si l’assurance habitations était gérée comme la sécu…

  1. Naufrage says:

    Dernier exemple en date, une amie à ma tante qui nous annonçait tout fièrement tantôt:
    « Demain je suis pas là, je vais me faire une thalassothérapie à Thonons-les-Bains. C’est remboursé par la Sécu alors je vais en profiter 😀 »

    Et ma tante: « Ha, c’est bien ça! »…

  2. jesrad says:

    Eh oui… mais le truc que ne comprennent même pas la plupart des gens, c’est que les habitations sont moins bien entretenues dans un système comme celui décrit ici. Et donc que thalassothérapies et autres cures de bien-être seraient bien plus démocratisées dans un régime de libre marché avec assurance privée, sans dégradation de la qualité des soins accessibles à tous.

  3. Bretzelman says:

    Fais très attention avec ce genre de billets. tu risque encore de leur donner des idées.

  4. vincent says:

    Dans la même série: si la restauration était gérée comme la santé
    http://www.objectifliberte.fr/2007/02/si-la-restaurat.html

    j’avais également trouvé un excellent « si la prostitution était gérée comme une assurance santé publique », en anglais, mais j’ai paumé le lien. Si qqn l’a en mémoire…

  5. jesrad says:

    J’ai eu l’idée en lisant un commentaire d’un médecin américain sur leur sécu fédérale, Médicaid. Il faisait état de sa consternation du fait que Medicaid et de manière générale les assurances de santé couvraient des tas de chose qui tenaient de l’entretien ou du bien-être au lieu de couvrir simplement les risques.

  6. Bertrand Monvoisin says:

    On ne réforme pas un système intrinsèquement mauvais, on l’abat. L’assurance maladie est profondément injuste, on rembourse les frais de thalasso alors que les soins dentaires et optiques ne sont pratiquement pas remboursés. Mais comme le système d’escroquerie dit par répartition est fort il faut que chacun en profite un maximum. Si les profiteurs sont assez nombreux et gourmands ils couleront le dit système.

  7. jesrad says:

    Le problème vient de ce que celui qui paie n’est pas celui qui peut décider d’acheter ou pas. De là, impossible pour le citoyen dépassé d’empêcher l’inexorable montée des prix et de la surconsommation.

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