Déééprimant

Si je n’écris plus très souvent, c’est que, d’une part, j’ai mieux à faire en ce moment, et surtout que l’actualité du moment est particulièrement déprimante. Jugez plutôt:

« Je me demande si on n’a pas intérêt à créer un fonds national de réindustrialisation », a avancé le chef de l’Etat lors d’un dialogue avec des ouvriers de l’entreprise Suez, qui a réinvesti sur le site abandonné par Metaleurop en 2003. Ce fonds, financé par les entreprises et « éventuellement abondé par l’Etat », « mettrait le paquet dans les endroits où il y en a vraiment besoin ».

Mais bien sûr, il suffit de le vouloir et hop, des industries poussent, généreusement arrosées de l’argent que l’on n’a pas et dont le manque se fait de plus en plus rudement sentir dans toutes les classes sociales du pays. Dépensons donc des miyiards de brouzoufs à développer des activités dans lesquelles nous sommes moins bons qu’à peu près tous ceux qui s’en chargent déjà partout ailleurs, gaspillons à foison !

Pensez donc, il suffit de dépouiller une famille de quatre personnes de l’équivalent d’un loyer entier pour presque payer le salaire d’un ouvrier métallurgiste – dont le travail aura une rentabilité nulle aussi sûrement que couper des arbres avec une hache émoussée (exprès pour prendre plus du temps à les couper et ainsi justifier plus d’embauches) est une perte nette de temps. En clair: il vivra sur leur dos par la magie de l’état. Et les pauvres victimes spoliées se demanderont probablement pourquoi le gouvernement ne fait rien pour leur pouvoir d’achat déclinant…

Nicolas « se demande », mais il ne réalise pas que si ça en valait réellement, ou même juste probablement, la peine, il y aurait déjà quinze fonds d’investissement sur le coup. Dans ce foutu pays tout le monde a l’air complètement décervelé, le Président le premier, au point de croire que rien ne puisse se faire sans qu’un élu (ou à défaut un candidat à quelque élection, à la vue des programmes des municipales que vous avez dû déjà apercevoir) ne décide d’ordonner que cela soit fait – car tel est leur bon plaisir.

Mine de rien ils sont en train d’envahir jusqu’au rôle social de l’entrepreneur. C’est n’importe quoi. Ah non, pardon, ce n’est pas vraiment n’importe quoi: c’est du stalinisme.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

12 Responses to Déééprimant

  1. Satn says:

    Le temps est une ressource rare, mais ça fait toujours autant plaisir de te lire. Même moins souvent.

    Personnellement je pense de plus en plus que Sarko est completement fou. Et l’ivresse du pouvoir n’arrange rien à sa pathologie.

  2. Julito says:

    Je trouve aussi déprimant la chasse aux sorcières qui a lieu actuellement en Allemagne, et qui menace de se propager à l’Europe, concernant les « fraudeurs » qui ont eu le malheur de vouloir protéger leur économies des griffes du fisc allemand.

    Chasse vantée et reprise en coeur par l’ensemble de nos médias, qui se font plaisir à critiquer ces salauds de riches, ou nos politiques qui en rajoutent pour dénoncer «l’égoïsme fiscal du Luxembourg» dont la TVA très basse (15%) prive la France de plusieurs centaines de millions d’euros de recettes fiscales » (dixit le président de la commission des Finances du Sénat). Bouh snif.

    À les entendre, le fruit de nos efforts durement acquis ne nous appartient vraiment pas, puisqu’on devient un criminel dès lors qu’on veut le préserver de leurs sales griffes en le planquant là où on peut. Et vu ce que la Commission Européenne prépare pour mettre la pression sur les derniers paradis fiscaux européens afin de les forcer à rentrer dans le rang des pays dispendieux et hautement fiscalisés, on se demande qui va pouvoir prendre soins de nos économies. Il est vraiment temps de se barrer de notre Vieux Continent, décidément trop vieux.

    Ça me déprime encore plus que les âneries de Sarko…

    PS : Je ne suis clairement pas un nanti, vu mes revenus et mon patrimoine, et donc je n’ai rien à gagner à l’évasion fiscale. Mais c’est par principe, car la mentalité esclavagiste de nos gouvernants et de leurs sous-fifres me révolte.

  3. Corwin says:

    Jesrad, nous ne sommes pas « moins bons » en métallurgie que par exemple, les Indiens de Mittal. Leur productivité par tête et par unité de temps ne doit pas être tellement supérieure à la notre à qualité équivalente. Simplement le prix du pain est beaucoup, beaucoup plus bas en Inde lorsqu’on l’achète avec des euros, et les ouvriers sont beaucoup, beaucoup plus nombreux à vouloir sortir de la misère et prêts à accepter un salaire minable (même ramené en terme de biens achetables en échange d’une même quantité de travail).
    En fait nous payons l’essentiel des produits manufacturés en provenance de ces pays en dessous de leur valeur réelle, en tant que fonction de la compétence et de la quantité de travail requise, et ce uniquement pour des raisons de surabondance de main d’oeuvre peu qualifiée chez eux . A court terme c’est évidemment un excellent deal pour nous, un enrichissement net.
    Maintenant posons nous la question : qu’est ce qui caractérisera une économie viable quand tous les pays capables d’industrie se seront développés. Les rapports de force seront alors fonction de deux choses seulement : ce que certains pays seront réellement capables ou incapables de produire sur leur sol (répartition inégale des matières premières et des sols et zones climatiques propices à l’agriculture, les seules constantes ou « variables indépendantes » du système); et leur capacité militaire à conserver ou conquérir du sol et des matières premières. Entre temps, tout notre savoir faire industriel se sera évaporé, notre puissance militaire sera sous développée, et on pourra expérimenter les bienfaits de la catallaxie dans les bidonvilles que les chinois voudront bien nous laisser.

  4. Bobbine says:

    Quel beau raisonnement nationaliste. Vous préconisez l’autarcie?

    « notre », c’est quoi ça? Après réquisition totale? Je n’aurai que faire de ce pays d’esclavagiste.

    Et puisque vous faites des certitudes que « nous » finirons dans un bidonville, quand les « bienfaits » supposés de l’industrialisation ce fera sentir, ça voudra dire que nous sommes dans un pays fermé (aidé par le plan d’industrialisation) ou que tous les pays du monde sont entièrement fermés (aidé par le même type de plan d’industrialisation sans doute) et là pouf! J’imagine déjà comment tout le monde se foutrait sur la gueule.

  5. jesrad says:

    Eh, pas de bagarres, SVP.

    « Jesrad, nous ne sommes pas “moins bons” en métallurgie que par exemple, les Indiens de Mittal. Leur productivité par tête et par unité de temps ne doit pas être tellement supérieure à la notre à qualité équivalente. »
    En fait, si, de beaucoup, puisque eux n’ont pas à gaspiller une (aussi) grande partie de la richesse qu’ils produisent à engraisser leurs propres esclavagistes. C’est ça qui plombe le plus, de très loin, notre productivité si vantée. Depuis la révolution industrielle, effectivement, notre productivité a énormément progressé, et continue encore aujourd’hui, mais malheureusement « l’excédent » de richesse qu’elle entraîne a été proportionnellement plus « épongée » avec le temps, elle aussi, jusqu’à ce qu’une sorte d’équilibre précaire se forme entre les pays… équilibre remis en question depuis quelques décennies (d’où les charges don-quichottesques du monde politique contre la mondialisation).

    « Simplement le prix du pain est beaucoup, beaucoup plus bas en Inde lorsqu’on l’achète avec des euros »
    Et pour cause, puisque là encore le prix ne comprend pas la même quantité de richesse gaspillée, incluse dans notre contrée. Difficile dans ces conditions de comparer.

    « En fait nous payons l’essentiel des produits manufacturés en provenance de ces pays en dessous de leur valeur réelle, en tant que fonction de la compétence et de la quantité de travail requis »
    Ouh là, attention, là on tombe carrément dans le marxisme et la valeur-travail ! C’est une théorie qui ne tient pas debout une seule seconde, je l’ai déjà montré précédemment: toute théorie de la valeur qui s’affranchit du libre-arbitre humain est dénuée de toute pertinence. La valeur n’est pas une fonction de caractéristiques physiques – elle n’en dépend que dans la mesure où ces caractéristiques physiques influencent, indirectement, le libre-arbitre humain ; qui, lui, détermine alors seul la valeur.

    « A court terme c’est évidemment un excellent deal pour nous, un enrichissement net. »
    A long terme aussi, puisque cette étape est indispensable pour libérer nos propres ressources et les dédier à la résolution de nos besoins qui restent encore à satisfaire. Sans cette étape, nous allons tout droit dans un cul-de-sac. C’est le principe de la création destructrice chère à Schumpeter: pour se consacrer à des activités qui en valent la peine, il faut commencer par arrêter de se consacrer à celles qui n’en valent pas la peine 😉

    Pour débrouiller tout ça, je pense qu’il faut revenir au plus simple pour bien comprendre de quoi on parle. On ne parle pas ici de pays. Un « pays », c’est une entité fictive qui n’existe que dans l’imagination collective – en plus, de manière fort différente suivant à qui on demande. Les « pays » n’ont pas d’activité économique, seuls les individus (qui peuvent se considérer, ou non, comme faisant partie d’un pays ou d’un autre) en ont une. C’est pour ça que les « inégalités de ressources » n’ont pas de sens rapportées à des pays: seules comptent les différences qui existent entre ce que chacun peut offrir aux autres.

    L’autre point à retenir, c’est que l’enrichissement légitime de l’un n’appauvrit pas l’autre, au contraire. J’ai déjà essayé d’évoquer cette idée de manière simpliste.

    Les hommes seuls agissent sur ce monde. Puisqu’ils naissent, changent d’avis sans arrêt puis meurent, la situation changera toujours tout le temps, c’est inévitable. D’ailleurs, les hommes bougent. Si l’activité migre, ils migreront aussi.

  6. Corwin says:

    @ Jesrad

    – point 1 – Le fait que nous décidons de gaspiller une partie de la richesse produite, en la remettant à un état hypertrophié sans aucun sens de la performance dans ses dépenses, ne signifie pas que nous produisons moins de richesse. Rien à voir avec la productivité de l’industrie en question.

    – point 2 – Non, ce qui change vraiment c’est qu’ici un boulanger peut rouler en BM et avoir un écran plasma chez lui. C’est le niveau de vie minimum acceptable pour un boulanger (et les membres des autres corps de métiers impliqués en amont) qui détermine le prix du pain. Bref, est-ce qu’il est prêt à se casser le cul à faire plusieurs centaines de baguettes par jour pour vivre dans un cabanon ? Non. Qu’est ce qui lui permet d’être exigeant ? D’abord le fait que la plupart des gens ne veulent pas se passer de pain, ensuite le fait que de moins en moins de gens font ce métier qu’ils jugent dévalorisant et pénible, et enfin le fait qu’il y ait des pays sous-développés où des écran plasma sont fabriqués à pas cher. A partir du moment où le niveau de vie moyen et la qualification moyenne dans ces pays va augmenter, ça va devenir plus dur pour un coiffeur ou chauffeur de bus ici d’exiger tout le confort moderne.

    – Autres points, et j’en profite pour répondre à Bobbine – nous ne pourront continuer à acheter à l’extérieur que si nous avons quelque chose à vendre. Les Chinois, Indiens ou Brésiliens n’auront bientôt plus besoin de personne pour la haute technologie ou les services financiers. Ils pourront acheter de vastes terrains dans nos régions les plus agréables et monter leurs propres infrastructures ce qui diminuera nos recettes touristiques. Ils investiront chez eux, parce que les retours seront au moins aussi bons et que cela améliorera l’environnement dans lequel ils vivent. Et ils ne vont pas nous envoyer des tonnes de cuivre, d’aluminium, d’or d’argent, de pétrole ou quoi que ce soit d’autre non disponible sous nos latitudes si rien ne leur arrive en contrepartie de nos champs, de nos usines, ou de nos cerveaux. Seulement des champs, des usines ou des cerveaux, ça ils en auront aussi.
    Pour vous faire comprendre ce qu’est un pays, je vous renvoie à ce qu’est un peuple, une communauté qui partage des caractéristiques qui assurent sa cohésion sociale et sa faculté de vivre en bonne intelligence et permet donc aux individus de se livrer auxdites activités économiques.
    La nature humaine est ainsi faite, que les faits ethniques, religieux, culturels, aussi irrationnels qu’ils puissent vous paraitre, sont aussi importants sinon plus que l’efficience économique. Lorsque un peuple occupe un territoire, et a fait plusieurs guerres pour le conserver, on appelle ça un pays.
    Puisque nous vivons dans un système limité en matière et en énergie disponibles et extractibles (en tous cas de façon rentable), les phénomènes de pénurie qui progressent exponentiellement avec la population prendront évidemment le pas sur les phénomènes d’amélioration et d’innovation moins rapides qui pourraient permettre d’acheter la matière et l’énergie qu’on ne possède pas. L’autre mode d’acquisition est moins pacifique.
    Le monde tel que nous le connaissons fonctionne déjà sur ce principe : les pays riches en matières premières sont contraints par la force ou au moins la menace implicite à les redistribuer à des prix acceptables, parce que les peuples qui ont la force ont choisi de l’exercer pour le contrôle et pas pour l’extermination. Un choix purement culturel, si vous m’en croyez. Si à un instant t, la force et les ressources se trouvent être du côté d’un peuple plus enclin à la brutalité, nous pouvont très bien être anéantis.

    Je plains les descendants des naïfs qui s’imaginent pouvoir négliger ces facteurs. Le peuple, l’effet de masse, c’est la seule chose qui nous protège de l’exil, des persécutions basées sur notre race, notre religion, notre mode de vie. Ironiquement, c’est aussi ce qui entretient toutes ces différences irrationnelles… Ca ne me plait pas plus qu’à vous dans le principe, mais je crois que nous sommes bloqués dans ce système et qu’il faut raisonner en fonction de ça si on accorde un peu de prix à la survie.

  7. Corwin says:

    J’allais oublier, l’histoire de libre arbitre pour la valeur. Bien sûr que cela influence, mais je pense que cette influence représente un écart type, et n’empêche pas une détermination d’une perception moyenne de la valeur par une population. Plus ils s’agit de biens de consommation fondamentaux, ou plus les gens disposent d’informations complètes sur l’offre et plus la distribution sera gaussienne et étroite pour un produit donné. Sinon les entreprises du monde entier ne jetteraient pas l’argent par les fenêtres à faire des études de marché et des études de prix (qui existent depuis bien plus longtemps que le marxisme ou le keynésianisme).

  8. jesrad says:

    Points 1 et 2: Bien sûr que si, ça compte, puisque justement le niveau de vie que chacun atteint dépend de la richesse qui ressort, en final et net de tout racket, préalable comme subséquent, de nos propres efforts.

    Il ne faut pas oublier que l’échange commercial, c’est ce qui permet à un boulanger de fabriquer sa BMW et son écran plasma en heures de boulangerie plutôt qu’en siècles de sidérurgie, extraction de minerai, gravure de composants et micro-programmation. La pauvreté, le niveau de vie, peu importe comment on l’appelle, cela se ramène toujours fondamentalement à une seule chose, un seul choix: je peux obtenir telle richesse en dépensant tant d’efforts, est-ce que je le fais – Oui / Non ?

    « A partir du moment où le niveau de vie moyen et la qualification moyenne dans ces pays va augmenter, ça va devenir plus dur pour un coiffeur ou chauffeur de bus ici d’exiger tout le confort moderne. »

    Mais non, pas du tout ! On sera simplement ramené à une situation où notre niveau de vie est étendu à plus de monde qu’à présent. Même à l’intérieur d’un seul « pays » il y a des riches et des pauvres, et quand les pauvres s’enrichissent les riches ne prennent pas leur place que je sache. Regarde en dehors de la France par exemple, partout ailleurs le niveau de vie continue d’augmenter, quand bien même il augmente plus vite encore en Inde ou en Chine. J’ai déjà évoqué cette idée, mais je vais la replacer ici: une courbe qui augmente perpétuellement tout en restant inférieure à une valeur donnée, c’est tout à fait possible (exemple: N – 1/x). Pareil avec notre niveau de vie, dans une économie qui fonctionne bien, il augmente perpétuellement même s’il est limité par la réalité à une valeur donnée indépassable, à mesure que l’efficacité de nos méthodes augmente en tendant vers l’inatteignable 100% (d’où le parallèle que j’ai déjà évoqué entre économie et thermodynamique: le progrès industriel est, à la base, une amélioration d’efficience du travail, au sens physique).

    On est donc bien d’accord sur le fait que cette extension de niveau de vie à d’autres est limitée par des contraintes de ressources naturelles, ce qui nous amène au point suivant…

    « les pays riches en matières premières sont contraints par la force ou au moins la menace implicite à les redistribuer à des prix acceptables, parce que les peuples qui ont la force ont choisi de l’exercer pour le contrôle et pas pour l’extermination. Un choix purement culturel, si vous m’en croyez. »

    Je ne crois pas, non. Les peuples plus pauvres, ou moins riches (puisque riche ou pauvre ne peut se concevoir que de façon relative), n’ont à présent aucun (meilleur) usage de ces ressources en dehors d’un échange avec ceux qui en ont l’utilité. C’est pourquoi l’usage de la force que tu évoques n’existe pas dans le domaine économique, mais uniquement dans le domaine politique. La mode des ressources nationalisées a pris fin avec l’Union Soviétique, et curieusement c’est depuis ce changement que les niveaux de vie dans ces pays (à l’exception de ceux qui sont restés attachés à ce modèle) a subitement entrepris de grimper. Etrange, non ? Penses-y 😉

    Je vais tenter une autre approche: le boulanger chinois, aujourd’hui, n’a pas de BMW et d’écran plasma alors que le boulanger français les a, mais il suffit de placer le boulanger chinois dans les mêmes conditions pour qu’il puisse les obtenir de la même façon – c’est-à-dire en éliminant les coûts de transaction qui expliquent leur différence de situation de départ.

    « La nature humaine est ainsi faite, que les faits ethniques, religieux, culturels, aussi irrationnels qu’ils puissent vous paraitre, sont aussi importants sinon plus que l’efficience économique. Lorsque un peuple occupe un territoire, et a fait plusieurs guerres pour le conserver, on appelle ça un pays. »

    Allez, je me permets une petite pique: le marché a survécu à toutes les civilisations, et ce n’est pas prêt de changer 😛

    Je sais ce qu’est un peuple, mais un pays n’a qu’autant d’existence que les nouveaux vêtements de l’Empereur – c’est un peu une hallucination collective. Il est évident qu’une hallucination collective peut avoir un effet concret, profond et durable sur les hommes, l’Histoire est remplie d’exemples parlants de ce genre de fait. Il n’empêche que les critères objectifs définissant un pays n’existent pas, c’est au mieux une convention humaine qui varie suivant les endroits et les cultures.

    « Plus ils s’agit de biens de consommation fondamentaux, ou plus les gens disposent d’informations complètes sur l’offre et plus la distribution sera gaussienne et étroite pour un produit donné. »

    En fait ça dépend des coûts de transaction (qui déterminent la distribution de l’information, et l’efficience des processus de prises de décision qui s’ensuivent), je renvoie encore une fois aux travaux de Ronald Coase. Le fait que le marché parvient à établir des prix déterminés, c’est ce qu’on appelle le marginalisme. Fondamentalement, il s’agit simplement d’un type qui en recontre un autre, et qui se rendent mutuellement service à des coûts d’efforts respectifs qui conviennent à l’un comme à l’autre.

    Bref, contrairement à toi je fais confiance au marché parce que mes réflexions m’ont amené à comprendre au moins en partie sa sagesse de foule, et ses capacités dépassant celles de l’humain grâce à l’émergence. Mais je ne suis pas un baba mystique pour autant: je ne dis pas du tout que nous sommes certains de nous en sortir grâce à cette émergence, je ne fais que redire ce que d’autres (Mises, Arrow, Hayek, Coase) ont démontré le plus rigoureusement du monde depuis longtemps: qu’aucun de nous n’est de toute façon capable de faire mieux, quelle que soit l’issue finale. Le véritable fanatisme, en somme, serait de croire au surhomme providentiel…

  9. jesrad says:

    « nous ne pourront continuer à acheter à l’extérieur que si nous avons quelque chose à vendre. Les Chinois, Indiens ou Brésiliens n’auront bientôt plus besoin de personne pour la haute technologie ou les services financiers. Ils pourront acheter de vastes terrains dans nos régions les plus agréables et monter leurs propres infrastructures ce qui diminuera nos recettes touristiques. Ils investiront chez eux, parce que les retours seront au moins aussi bons et que cela améliorera l’environnement dans lequel ils vivent. Et ils ne vont pas nous envoyer des tonnes de cuivre, d’aluminium, d’or d’argent, de pétrole ou quoi que ce soit d’autre non disponible sous nos latitudes si rien ne leur arrive en contrepartie de nos champs, de nos usines, ou de nos cerveaux. Seulement des champs, des usines ou des cerveaux, ça ils en auront aussi. »

    Pour faire simple: de même qu’à l’interieur d’un pays donné il y a des endroits où le tourisme marche, ou alors la confection de fromage au lait cru, ou la fabrication de circuits intégrés, sans que cela ne plonge dans la misère les régions d’à côté, à l’échelle du monde entier la même chose se réalise en ce moment.

    Ce n’est pas parce que l’Inde est en train de devenir pour un temps le champion mondial de la sidérurgie que nous sommes condamnés à ne plus jamais avoir d’industrie sidérurgique et à terme, ne plus avoir d’acier du tout.

    Je suis désolé, mais c’est débile. Si on ne peut plus acheter à l’extérieur, on achète à l’intérieur, point-barre. Pour vendre, il faut un acheteur et un vendeur, et pour acheter aussi. L’existence de l’un entraîne l’existence de l’autre, c’est ce qui explique l’émergence de la civilisation (voir Mises: l’action humaine).

  10. Corwin says:

    Ceci sera mon dernier message sur ce sujet, je crains que nos approches divergent beaucoup trop. Je me fonde sur l’observation de la situation actuelle et j’essaie d’anticiper les évènements les plus probables (étant donné que 99.99% de la population conçoit toujours le monde à travers le prisme des nations et que les pouvoirs en place sont relativement solides grâce à leur emprise sur l’éducation). Mon but étant la prospérité de mes semblables, ce qui tu l’auras compris n’englobe pas l’espèce humaine dans son ensemble tant je suis persuadé que toutes les cultures et tous les systèmes de valeur ne se valent pas. De ton côté tu cherches à concevoir un système de pensée cohérent et élégant et c’est tout à ton honneur. Je pense qu’il fonctionne sur le papier, mais qu’on ne l’atteindra jamais parce qu’on part de loin et qu’il est relativement facile pour un groupe de personnes avides de pouvoir de ré-établir l’ordre ancien. D’ailleurs l’établissement d’une hiérarchie sociale est le phénomène émergent et spontané par excellence, à moins de vouloir nier les millénaires de preuves qu’on a sous le nez.

    Tu penses que nonobstant la démographie galopante l’augmentation du niveau de vie dans les pays émergents peut se faire sans impact négatif sur le notre. Le fait est que nous consommons trois types de choses. Des ressources et énergies entièrement renouvelables : soleil, hydro-électricité, agriculture, bois, vent. Des ressources non renouvelables mais recyclables en partie, exemple des métaux. Et des ressources non renouvelables et non recyclables, comme les hydrocarbures fossiles. Et inversement, nous produisons des déchets, certains se dégradent, d’autres pas. Notre mode de vie implique une consommation d’un peu de chaque, et un coût net pour la planète par tête. La minimisation des coûts de transaction ne fait pas disparaitre cette perte irréversible. Par conséquent, le contrôle démographique strict est notre unique chance de survie en tant qu’espèce, du moins tant que nous n’arrivons pas au bilan nul par l’amélioration de notre technologie.

    Effectivement, avoir des millions de litres de pétrole ne sert que si on les vend. Mais si on est le seul à en avoir, on fixe son prix, on dicte sa loi. SAUF si quelqu’un te tient en respect avec sa puissance militaire. Crois tu sincèrement que les pays de l’OPEP seraient aussi raisonnables sinon ? La force est un facteur économique. Elle permet de dissuader un agent d’abuser de sa position dominante. Elle permet aussi d’obtenir plus que ce que l’on donne, et c’est ainsi que fonctionne l’Etat quand il te force à payer tes impots en échange de services sous-optimaux. Un Etat investit dans sa puissance militaire ou sa police parce que cela coute souvent moins cher d’intimider que de négocier « honnêtement ».

    Pas la peine de me renvoyer à tes anciens textes, je les ai lus. On ne peut dissocier l’économie des autres aspects des sociétés humaines. L’abus, la violence, sont des tendances naturelles qui ressortent dans chaque parcelle de l’histoire de l’humanité. La liberté ne les a jamais fait disparaitre. Les hommes qui partagent certains intérêts et certaines conceptions se regroupent de plus en plus pour assurer leur suprématie au détriment des autres, c’est une fuite en avant.
    Si vis pacem, para bellum

  11. jesrad says:

    « Mais si on est le seul à en avoir, on fixe son prix, on dicte sa loi. »

    Non.

    😛

    La position concurentielle ne change pas les bornes, seulement jusqu’où on peut tendre vers elles.

    « L’abus, la violence, sont des tendances naturelles qui ressortent dans chaque parcelle de l’histoire de l’humanité. La liberté ne les a jamais fait disparaitre. »

    Je trouve au contraire qu’ils ont énormément reculé à chaque fois que l’accent était mis sur la liberté, historiquement. Mais peut-être que c’est juste moi qui me fait des idées…

    La hiérarchie est effectivement émergente, elle émerge de la violence et de l’agression entre les gens. C’est un phénomène naturel, mais aussi quelque chose de mauvais et d’intrinséquement faux (auto-contradictoire, même), donc qu’elle soit naturelle n’est pas à mes yeux une raison pour arrêter de la combattre.

  12. jesrad says:

    Comment faire passer simplement ce message…

    La quantité de matériaux de base est fixe (rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’arrangement que nous donnons à ces matériaux fait toute la différence, sans modifier cette quantité. C’est une forme d’efficience, au sens physique, c’est ce qui me fait dire que les quantités ne comptent pour rien, que l’agencement / l’ordonnancement / l’information (en un mot: la disentropie) compte pour tout.

    Figure-toi un jardin délimité, avec une quantité donnée d’éléments de base de construction. En les arrangeant d’une manière ou d’une autre, on peut construire une structure qui va plus ou moins bien s’accomoder du poids d’un enfant, de 10 enfants, ou de 100. C’est ce que nous faisons à travers le marché qui coordonne nos efforts individuels de manière distribuée: nous parvenons à un arrangement meilleur que le précédent à chaque seconde qui passe. D’aussi loin qu’on se souvienne, cet amélioration de l’arrangement – qui nous permet de faire des milliers et des milliers de fois plus que nos ancêtres avec les mêmes quantités ou presque – a toujours devancé notre progression démographique de beaucoup. On sait aussi maintenant que notre propre extension se limite d’elle-même avec les conditions: il n’y aura jamais plus de 9 milliards d’humains sur cette planète dans les conditions que nous pouvons anticiper, et tous les signes montrent que ce plateau sera atteint au cours du siècle actuel, et sera suivi d’un siècle de réduction lente de la démographie.

    Nous avons le choix, nous l’avons toujours eu, et même si aucun d’entre nous n’est capable individuellement d’anticiper avec une telle précision nos propres besoins par rapport à nos propres ressources, il me semble que collectivement, par la catallaxie, c’est ce que nous avons toujours fait, tout naturellement: Malthus a toujours eu tort jusqu’ici.

    Je reviens sur un point que j’ai déjà évoqué: même si nous étions finalement condamnés, nous savons depuis le début du XXème siècle grâce aux efforts de grands esprits dont j’ai donné quelques noms, qu’il n’y a de toute façon rien que nous puissions faire pour l’éviter. La moindre mesure autoritaire (et la limitation forcée de la démographie est peut-être la plus stupide de toutes, désolé de te le dire) ne ferait que précipiter les choses.

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