Comment ne pas s’y prendre contre le chômage

La pensée constructiviste a ceci de particulier qu’elle ne recule devant rien pour « concevoir » la société humaine, partant du principe qu’elle dispose de moyens illimités et irrépressibles pour la façonner, et que le reste suivra forcément. Ces temps-ci, c’est l’état qui joue le rôle de puissance ultime chargée de rendre réelle toutes ses lubies, là où quelque divinité jouait (ou joue encore aujourd’hui) ce rôle d’expédient magique.

Chez les socialistes de droite qui peuplent majoritairement l’Elysée et le Parlement en ce moment, il convient de lutter contre le chômage pour fabriquer une France du plein emploi. Lutter est à prendre au sens littéral: il s’agit d’envoyer la troupe pour menacer et extorquer le bourgeois-vil-patron (c’est le côté socialiste), mais aussi cogner et contraindre le prolo-sale-chômeur (c’est le côté de droite).

Entre libéraux et libertariens, il y a une idée d’une grande sagesse qu’on se partage parce qu’elle a fait ses preuves pendant des millénaires en plus de s’imposer à la raison pour qui sait voir tout ce qu’on ne voit pas: on ne combat pas un abus de liberté par la privation de liberté, mais par une autre liberté.

Chez les antilibéraux c’est le principe contraire de la courte vue qui prévaut. Ainsi, lorsque Nicolas dit « qu’il n’est pas normal qu’on refuse un emploi qui correspond à votre qualification, parce que ce sont les autres qui paient », pas question de remarquer que, comme pour la sécu, le problème vient du fait que ce soient les autres qui paient contre leur gré (sous la menace, faut-il encore le rappeler). Non, non, si problème il y a, pour lui ce n’est pas avec la conception autoritaire de la collectivisation des emmerdes, mais avec le refus d’une offre d’emploi.

Monsieur le chômeur, je vais vous faire une offre que vous ne pouvez pas refuser.

C’est très grave, car le principe constructiviste qui se cache derrière ce projet n’est rien de moins qu’un vieux démon communiste: Nicolas s’imagine carrément que l’on peut remplacer le marché par je-ne-sais-quel-organe-ou-paraorgane-de-l’état (ici, les « partenaires sociaux », dans le flou le plus total) pour déterminer les niveaux de rémunération convenables suivant le domicile, les déplacements (et tous les frais qui s’ensuivent), l’expérience, les conditions de travail, le nombre de postulants potentiels, etc.

Introduire encore plus de communisme dans le système social français ! Pas mal pour un soit-disant « ultralibéral ». Quel talent ce Sarkozy !

Par définition une offre d’emploi qu’on refuse, c’est une offre qui ne convient pas.

Revenons dans le monde réel: une fois ce projet adopté, que se passera-t-il vraiment ? La praxéologie est là pour nous répondre:

  • Un patron qui cherche à embaucher ou réduire ses dépenses est confronté à des chômeurs qui ont une chance sur deux d’en être à leur seconde offre d’emploi, ce qui cause un énorme aléa moral: les offres deviennent très peu motivantes, puisque la motivation complémentaire est déjà fournie par la menace étatique.
  • Un chômeur préfère rater un entretien plutôt que se voir proposer un emploi à des conditions « acceptables » qui ne lui conviennent pas: la demande d’emploi est elle aussi démotivée, ou inadaptée. S’il se voit quand même proposer quelque chose, il sera bien forcé d’accepter quitte à négocier (au rabais) un licenciement plus tard, confortant le patron dans sa nouvelle disposition démotivante. Sinon, c’est le temps et les efforts nécessaires pour recruter qui augmentent.
  • Le type qui doit juger à votre place si l’offre d’emploi que vous avez reçue était « acceptable » pourra allégrement abuser de son pouvoir pour vous pourrir la vie, s’il est maléfique, ou vous arranger le coup sinon – mais probablement moyennant finances.
  • Bref: toute économie faite sur les allocations de chômage se fera sur le dos de toute la société civile sous forme de productivité en berne, de difficultés et de coûts supplémentaires pour recruter, de salaires plus faibles et surtout du poids d’une institution de plus à porter. Pour riposter la société civile s’organisera clandestinement pour créer, comme ce fut le cas en Union Soviétique dans des circonstances un peu similaires (système centralisé autoritaire décidant des rémunérations et conditions des emplois) un genre de Blat, ou marché noir des évaluations d’emplois, pour compenser (peu efficacement) les inévitables défaillances, démotivations et abus que ce projet entraînera.

    Une autre idée de l’emploi et du chômage est possible !

    Alors, comment bien s’y prendre dans ce cas précis ? Comment donner plus de liberté au chômeur pour combattre l’abus des allocations chômage ? Tout simplement en le laissant libre de disposer de ces allocations, qui sont en fait une prime d’assurance. Libre de choisir les modalités de cette assurance: le monopole de l’assurance chômage doit disparaître. Libéré de la servitude dûe aux cotisations obligatoires: il ne doit plus y avoir que des cotisations volontaires, il doit pouvoir choisir de ne pas être assuré.

    Quant au chômage lui-même, les causes en sont connues, il suffit de les supprimer.

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    À propos jesrad
    Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

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