Liberté d’enseignement: au delà de l’école

L’école, dans beaucoup de ses aspects, nous vient de l’époque de la Révolution Industrielle. Les enfants y entrent à heure fixe, travaillent pendant des périodes prolongées de durée déterminée, tous alignés dans ce qui tient franchement de la caserne, font des pauses à heure fixe, mangent à la cantine, reprennent le travail, etc… Comme des ouvriers en usine, avec les mêmes horaires réglés par la sonnerie d’une horloge: c’est la même approche envers l’instruction que l’orientation vers de gros monopoles industriels – d’où un certain sentiment d’ironie lorsque les mêmes gugusses qui dénoncent « les profits du grand Kapitââl » défendent bec et ongles un système éducatif inspiré en droite ligne du modèle imputé à ce même « grand Kapitââl ».

Chez les libertariens, il existe plusieurs propositions pour améliorer l’enseignement. Les pistes les plus traditionnelles et faciles à faire reconnaître consistent à améliorer le système actuel, en y introduisant plus de liberté en rendant chaque établissement totalement autonome (libre de ses programmes, mais aussi aussi financièrement indépendant de l’état que possible, par exemple à travers le chèque scolaire), et en concurrence à la fois pour l’inscription des élèves et pour le recrutement des enseignants.

À côté de ces tentatives d’améliorer l’instruction « à la manière industrielle » classique, existent aussi des méthodes d’enseignement de plus en plus populaires, qui font déjà les preuves de leur efficacité. Ce sont toutes des méthodes s’adressant aux élèves qui sont trop ou trop peu doués pour le système généralisé, car celui-ci avec son programme basé sur l’âge n’est vraiment à peu près adapté qu’à un type d’élève à la fois (et ne donne de résultats acceptables que si la majorité des élèves sont de ce type là). La première est le homeschooling, qui consiste à faire suivre, à son rythme, un cursus scolaire classique par un élève, en toute autonomie. Cette méthode fait souvent appel à des précepteurs, c’est celle qui était utilisée majoritairement avant l’avènement de l’école-usine lors du XIXème siècle et nous a donné de nombreux génies (l’un des plus connus est Leibniz). Les résultats sont excellents: les élèves sont massivement mieux diplômés, et obtiennent dans 90% des cas de meilleurs résultats aux tests que les élèves du système classique. Note: il s’ouvre de plus en plus d’écoles indépendantes (écoles libres) en France, dont un nombre non-négligeable sont de petites structures qui suivent les principes du homeschooling – comme les écoles Montessori ou les écoles parentales (exemple).

Au delà du homeschooling, il y a l’unschooling, qui en est une forme non-autoritaire: à mesure que l’enfant en devient capable, il prend la responsabilité de sa propre instruction en décidant du contenu et de la durée de ses cours, jusqu’à devenir autonome. David Friedman – le fils de Milton et anarchiste / universitaire américain – a utilisé cette méthode pour élever ses enfants. Et maintenant, son fils Patri est docteur en informatique et ingénieur chez Google. Il décrit d’abord la théorie:
– Il n’existe que très peu de savoirs qui sont vraiment indispensables à tous, et ces savoirs peuvent être enseignés très tôt.
– La meilleure façon d’apprendre n’est pas de se laisser dicter un sujet d’étude par quelqu’un d’autre, au contraire.
– Quand on lui donne libre accès aux sujets d’étude qui l’intéressent (cela inclut aussi des visites à la bibliothèque ou aux musées), un enfant peut passer beaucoup plus de temps à s’instruire qu’il n’en passerait à l’école classique.
– En l’absence d’un « maître » qui décide de ce qui est vrai pour le faire ingurgiter en tant que tel aux élèves, les enfants développent très vite leur sens critique. Et réciproquement.

(J’aime bien sa formule résumant avec humour l’unschooling: « cela consiste à lancer des livres aux enfants et regarder lesquels restent accrochés » 😀 )

Il décrit ensuite la pratique: après un court passage en école Montessori puis Sudbury, pour leur apprendre à lire, écrire et compter, ses enfants ont énormément lu, dont beaucoup de livres pour adultes qu’ils ont apprécié et compris. Ils discutent aussi énormément, c’est une autre source d’instruction importante. Sa fille arrivait à suivre les cours de droit que son père donne à l’Université de Chicago (puis à l’Université de Santa Clara), et aujourd’hui, à 17 ans, elle va entrer dans une grande université américaine (parce qu’elle veut y apprendre ce qu’elle ne pourrait apprendre nulle part ailleurs).

Un trait caractéristique des gens formés par unschooling est qu’ils ne cessent jamais vraiment, toute leur vie durant, de chercher de nouvelles choses à apprendre. Bon, par contre, il y a une chose que cette méthode ne peut pas enseigner aux enfants, c’est de se soumettre à des activités arbitrairement décidées par d’autres, comme remplir une déclaration d’impôts…

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

2 Responses to Liberté d’enseignement: au delà de l’école

  1. Eric E says:

    Et le unschooling pour un jeune dont les parents sont illettrés, ne possédant donc pas de livres à jeter sur le gosse pour voir si ils adhèrent ça marche bien ?

    😉

  2. jesrad says:

    Tu as dû louper le passage mentionnant le corpus minimal commun, qui comprend la lecture, l’écriture et le calcul de base. C’est à partir de ces éléments fondamentaux (qu’on peut apprendre dès 3 ou 4 ans en l’espace de quelques mois) qu’on dispose de l’autonomie nécessaire pour l’unschooling.

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