Mythologie socialiste: le syndicalisme et le droit de grève, des « acquis de gauche » ?

Aujourd’hui, continuons notre (longue) série sur les mythes et légendes de cette étrange religion athée qu’est le socialisme, en soufflant sur l’épaisse poussière qui masque les origines historiques et politiques libérales du droit d’association libre des travailleurs et de cessation de l’activité.

Projetons-nous en 1800 et quelques. La Révolution industrielle bat son plein en Europe, et même en France malgré un départ très tardif. Au lieu de gentiment et discrètement avoir l’obligeance de crever de faim dans les campagnes, sabots aux pieds et côtes décharnées exposées par une mauvaise chemise de toile trouée, les descendants des paysans montent dans les villes, en masse, pour y travailler dans les usines, et ainsi survivre et fonder une famille (une vraie, avec des enfants qui vont à l’école au moins de temps en temps et qui ne meurent plus aussi souvent).

Les bienpensants urbains de l’époque sont horrifiés de cet afflux de misère, qu’ils avaient si tranquillement pu ignorer et laisser mourir dans le dénuement total lorsqu’elle se cachait dans les campagnes, mais qui, désormais, empli les rues de leurs villes, là, juste sous leur nez et leurs oreilles froncés par « le bruit et l’odeur ». Le choc est rude. Certains y perdent l’esprit, d’ailleurs: ils s’imaginent alors que c’est l’industrialisation qui a « créé » cette foule de pouilleux malodorants – un comble ! – alors même qu’elle est précisément en train de les tirer de la misère absolue en l’espace de quelques générations seulement ; alors même que le nombre d’écoles ouvertes aux plus pauvres explose ; alors même que la mortalité infantile s’écroule ; alors même que la consommation de ces denrées de luxe que sont le sucre, les chaussures et le thé s’envole.

C’est à cette époque que s’agite, à l’Assemblée Nationale, un homme de taille moyenne, à l’éloquence directe et d’une intégrité exemplaire, mais aux idées parfaitement fantaisistes de l’avis de ses opposants conservateurs ou socialistes. Il s’appelle Frédéric Bastiat, et il est député des Landes. C’est un drôle de bonhomme: il siège à côté de cet hurluberlu de Proudhon. Il écrit des pamphlets courts et incisifs dans lesquels il expose, dans un langage simple et amusant (pour séduire le peuple ignorant, diraient ses adversaires) ses idées loufoques – des idées libérales, ma bonne dame, rendez-vous compte, c’est encore un de ces idéalistes sans une once de considération pour l’état actuel des choses.

Que veut-il ? Il veut, entre autres choses, l’abrogation de la loi Le Chapelier. Il s’en va même manifester au milieu d’ouvriers pour réclamer le droit de pouvoir cesser le travail. La loi Le Chapelier (du nom du chef de file des Jacobins qui l’a inspirée) a été instaurée en 1791 et interdit toute association de travailleurs, en particulier les mouvement paysans. Pour bien des gens, c’est cette loi qui empêche le pays de mourir de faim, car si on laissait les paysans se rassembler et coordonner une cessation de travail, ce serait la famine totale, et la fin de toute civilisation dans le pays, assurément ! Du moins c’est ce que bien des gens croient, à tort, à ce moment-là.

M. Bastiat réclame donc devant l’Assemblée le droit d’association libre des travailleurs, et le droit de négocier librement et équitablement avec les employeurs, au milieu de l’opposition farouche des socialistes – qui refusent toute négociation avec les patrons et voient ces propositions comme d’intolérables compromis à la lutte des classes – et l’opposition des conservateurs – qui y voient l’introduction de dangereux déséquilibres dans l’ordre établi. Mais la maladie emporte Frédéric en 1850 et son combat est interrompu.

C’est un autre farouche libéral, Emile Ollivier, qui prendra sa relève à partir de 1857 et obtiendra enfin la reconnaissance de ce droit fondamental de libre association et de cessation volontaire du travail avec la loi portant son nom, en 1864.

En ses temps de revendications antilibérales, il est donc piquant d’entendre les descendants idéologiques des adversaires du droit de grève et du syndicalisme se servir de ces « inventions libérales »…

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

2 Responses to Mythologie socialiste: le syndicalisme et le droit de grève, des « acquis de gauche » ?

  1. Mateo says:

    Et pour en rajouter une couche, la loi autorisant les syndicats est la Loi Waldeck-Rousseau, du nom de l’homme politique… libéral à qui on la doit.

  2. Mucharaziv says:

    socialistes, semeurs professionels de confusion chez les masses !

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