Victoires, défaites, et autres mythes persistants

Aujourd’hui, il paraît que nous fêtons la suspension de la première guerre mondiale. Y a-t-il vraiment de quoi se réjouir, quand on sait que cet armistice a été le point de départ de la seconde guerre mondiale ? Pour ma part je m’efforcerai de penser à autre chose, ce jour. Alors je divague.

D’autres choses auxquelles penser, il y en a, d’ailleurs. Par exemple, il paraît qu’il y a dans ce pays, et dans les pays voisins, des gens qui croient que nous avons gagné la seconde guerre mondiale. En ce qui me concerne je vois ça comme ça: entre les trois camps de ce conflit – le monde libre, les socialistes nationalistes et les socialistes soviétiques – qui se sont entre-massacrés à l’époque, le seul qui a véritablement vaincu (en s’arrogeant une grosse moitié de l’Europe par la force et en éradiquant son principal rival idéologique) c’est le camp soviétique, tandis que le camp socialiste nationaliste subissait une défaite totale et que le monde libre négociait le gel de sa défaite auprès des soviétiques en échange de son aide pour « finir » les nazis.

Et si… ?

Et si le monde libre ne s’était pas contenté de minimiser ses pertes en se couchant devant les soviétiques par un armistice non-écrit, mais avait poursuivi ses efforts de libération dans le reste de l’Europe puis en Russie ? Essayons d’imaginer le monde d’aujourd’hui, si après les Procès de Nuremberg il y avait eu des Procès de Petrograd pour juger les ex-dirigeants soviétiques ? Tout comme on avait emmené des Allemands voir, sur place, l’horreur des camps d’extermination nazis, on aurait emmené des Russes constater de leurs yeux l’horreur des goulags, et le communisme aurait rejoint le nazisme dans les poubelles de l’histoire. On aurait fusillé Staline, Molotov, et peut-être aussi Brejnev et Khrouchtchev dans la foulée, à l’entrée dans les années 50. Le contrecoup aurait figé les ambitions des USA, aussi. Dans les pays industrialisés, on se serait concentré sur les vraies questions humaines au lieu de stupidement se focaliser sur une fantaisie pseudo-économique. Au lieu de chercher « la révolution » dans la destruction inepte de l’économie, on aurait poursuivi de vraies évolutions.

Nulle révolte de Prague écrasée par des tanks n’eût été nécessaire. Cuba aurait terminé son industrialisation et serait aujourd’hui à mi-chemin entre le Costa Rica et le Japon, en terme de développement et de prospérité. C’est là qu’Intel aurait ses fabriques de processeurs. La Chine serait restée confucéenne, absorbant à pas mesurés les progrès techniques et adoptant avec circonspection les nouvelles conditions d’échange avec le reste du monde. La Corée aurait pu suivre sans division le chemin de la modernité et de la prospérité, et sans forcément passer par la case militaire. Pareil pour le Vietnam. Le Cambodge serait tellement différent, mais aussi tellement plus authentique. Et l’Afrique, aussi: elle aurait pu s’inventer son modèle au lieu de suivre tant de mauvais exemples – il y aurait toujours eu des dictatures populistes, mais sans la possibilité de se légitimer auprès d’une superpuissance ou l’autre, auraient-elles persisté aussi longtemps ? Les pays d’Afrique équatoriale en serait là où sont, ajourd’huis, les pays d’amérique latine. Bien des dictateurs auraient été évités ; Allende eût été employé de bureau, Pinochet simple flic.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

8 Responses to Victoires, défaites, et autres mythes persistants

  1. Polydamas says:

    Bon, sur l’armistice, c’est plus le traité de Versailles sur lequel on peut discuter, comme l’avaient dit Keynes et Bainville. Car la guerre trouve ses sources aisèment dans les guerres qui l’ont précédées.

    Sinon, bien d’accord avec toi que les Ricains auraient du terminer le boulot, en allant jusqu’à Moscou en 1945. En même temps, je me dis aussi que l’on aurait pas forcèment convaincu grand-monde, l’illusion de la doctrine communiste non appliquée aurait peut-être encore tenu. Parceque les 80 ans d’une expérience définitivement mortifère sont plus impressionnants que les 20 ans d’une idéologie « qui n’a jamais été appliquée ».

  2. PAK says:

    On peux toujours refaire l’histoire, mais l’idée de continuer la guerre après l’Allemagne et de liquider le régime soviétique a été débattue très sérieusement autour de Truman en 1945. Malheureusement les tenants de la continuation de la guerre vers l’Est ont perdu et le projet a été rejeté par le président.
    Mais dans le même ordre d’idée, faut il regretter l’attitude profondément raciste, violente et destructrice de l’armée allemande en URSS qui beaucoup plus que tout le reste a entraîné une résistance féroce et héroïque du peuple russe qui du coup s’est retrouvé faute de mieux derrière Staline plutôt que contre lui.

  3. jesrad says:

    « faut il regretter l’attitude profondement raciste, violente et destructrice de l’armée allemande en URSS qui beaucoup plus que tout le reste a entraîné une résistance féroce et héroïque du peuple russe qui du coup s’est retrouvé faute de mieux derrière Staline plutôt que contre lui ? »

    Preuve, s’il en était besoin, que le mal (la violence et le mensonge contre le droit naturel) ne mène qu’à plus de mal. En plus, de son côté l’Armée Rouge en Allemagne n’a pas fait mieux, au contraire.

  4. Polydamas says:

    @ Jesrad:

    Si les Allemands avaient été un peu stratèges, ils auraient retourné la population d’Europe de l’Est et de la Russie contre le régime soviétique. Il ne faut pas oublier que l’armée nazie a été accueillie comme des libérateurs là-bas, mais devant la haine raciale nazie, et leur interdiction, faite aux habitants, de porter les armes pour se défendre, ils ont fini par se retourner du côté soviétique.

    Sinon, effectivement, Patton militait pour finir le boulot en 1945. Son dernier objectif était Moscou, pas Berlin.

  5. JC says:

    Et si le monde libre avait continué et fini par perdre la guerre contre les soviétiques ? Un scénario bcp moins sympatique…

  6. jesrad says:

    Très improbable, surtout qu’à l’époque ils n’avaient pas de jets et de bombes atomiques. Néanmoins, il y a un roman qui envisage ce scénario: « Ce n’est pas pour cette année » de Cyril M. Kornbluth.

  7. PAK says:

    En plus, de son côté l’Armée Rouge en Allemagne n’a pas fait mieux, au contraire.

    C’est excessif, les russes une fois vainqueurs ont fait durement payer aux allemands cette victoire mais sans atteindre les horreurs commises par les allemands en URSS où les « Oradour » etaient du quotidien. Les russes ont préféré, pour la soldatesque le viol et le vol, pour Staline le pillage et la mise au pas méthodique plutôt que le massacre. Bien sûr, il est possible que la proximité de l’armée US et sa puissance atomique aie freiné les instincts meurtriers de cette charogne. Mais dans l’échelle de l’horreur, armée allemande et russe n’étaient pas à la même hauteur.

  8. Bertrand Monvoisin says:

    Ferdinand Foch disait à propos du traité de Versailles :  » Ce n’est pas une paix c’est un armistice de 20 ans ». En 1941 les populations de l’Europe de l’est étaient malheureusement victimes d’une disonnance cognitive, pour elles les Allemands était un peuple cultivé et fin, il venait les libéré de la terreur stalinien. Malheureusement pour eux Hotler avait décidé qu’ils étaient des Untermenschen. Si l’URSS n’a pas massacré les Allemands en 1945 c’est parce que les Soviétiques en avait besoin, ils ont tous de même déportés en URSS 50 000 techniciens et scientifiques Allemands.

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