Vu: The invasion

Satan débarque sur Terre sous la forme d’une maladie extraterrestre !

Je suis allé voir ce remake de « The invasion of the body-snatchers » sans trop savoir à quoi m’attendre. Nicole Kidman m’avait laissé une bonne impression dans « The others », tout comme Daniel Craig dans « Casino Royale ». Même si c’était fait, au départ, par le même réalisateur (Oliver Hirschbiegel) que « La chute », aidé pour quelques scènes du metteur en scène de « V for Vendetta », puis réécrit et modifié par les frères Wachowski. Et les critiques de spectateurs me semblaient surtout confuses et peu convaincantes, ni dans un sens ni dans l’autre.

Après l’explosion en vol de la navette Patriot pendant une réentrée atmosphérique d’urgence, des débris, contaminés par une étrange substance vivante d’origine extraterrestre, sont étalés sur une bande de 300 kilomètres allant de Dallas à Washington. Rapidement, les gens qui sont entrés en contact avec… changent. Le psychiatre Carol Benell se retrouve confrontée directement, en l’espace de quelques jours, au comportement désincarné et glacé des contaminés à travers ses patients (« Mon mari n’est plus mon mari ! ») et son ex-mari, directeur de l’agence nationale de lutte contre les épidémies, qui est en fait infecté et travaille à la propagation massive, industrielle et organisée administrativement du mal. Les circonstances l’amènent a devoir sauver son fils de l’emprise de ces êtres effrayants qui n’ont plus d’humain que l’apparence…

Et si une maladie venue d’ailleurs pouvait, en quelques jours, mettre fin à toutes les guerres, tous les crimes, toutes les souffrances infligées entre humains, vous laisseriez-vous infecter ? Et si ce « miracle » se faisait au prix du libre-arbitre ? Si ce monde sans souffrance était aussi sans paroles, sans conte ni chanson, sans progrès, sans imagination, sans émotion, sans âme, totalement arbitraire et exigeait l’exécution implacable de toute personne ne pouvant être changée ? C’est le monde dont on a un aperçu dans « Invasion »: un monde sans Eris, sans libre-arbitre… l’expression pure du Monde de Satan.

Si l’exécution tient plus du film d’horreur de type « zombie » – mais sans gore, sans gerbes de sang, sans trucages complexes ni le moindre tape-à-l’œil, simplement par ces présences hagardes et vides, partout, tout le temps ; et cette impression d’impuissance, d’inexorabilité (qui, soit-dit en passant, affaiblit considérablement, par contraste, le deus-ex-machina final) – au moins le thème est bien modernisé. Là où, si je me souviens bien, le roman et le film originaux montraient des allégories de la menace communiste, le film de 2007 débarrasse les envahisseurs de toute idéologie pour ne laisser que l’essentiel: un autoritarisme pur, hégémonique, vaguement justifié de manière utilitariste (« Our world is a better world. »). Pour le spectateur du XXIème siècle, le communisme ne peut plus vraiment représenter un « monde possiblement meilleur », donc cette façade a été troquée pour celle de « l’extrême-centre » – cette fusion des extrêmes politiques qui, faute de s’accorder sur le fond, la tendance de leur autoritarisme, s’accorde sur la forme, le principe autoritaire lui-même. C’est d’ailleurs à mon avis ce qui explique le peu de succès du film: les gens ne sont pas prêts à admettre que l’idéal de social-démocratie, si prévalent et populaire aujourd’hui, devient un enfer une fois poussé à sa conclusion logique.

Ce film repose donc sur une réflexion sur la nature même du Mal. Le mal existe dans ce monde parce que nous sommes libres de choisir de faire le mal… et donc l’abolition de toute liberté d’agir est la solution simpliste (et donc fausse) pour en finir avec le mal: c’est là une reformulation du Mensonge de Satan, une réponse fallacieuse, car on ne peut pas résoudre un problème simplement en l’escamotant, pas plus qu’on ne peut retrouver le bonheur de vivre en se suicidant.

C’est là que je trouve le film trop faible: la logique et les intentions qui motivent l’envahisseur ne sont pas assez bien expliquées pour le spectateur lambda, à priori pas au fait de toutes ces considérations. Les scènes où, par exemple, l’ex-mari de Carol explique ce que son nouveau monde implique pour leur famille re-dé-composée, ou celles où des citoyens libres vont volontairement se faire « vacciner », ne sont pas assez percutantes ni convaincante:, l’intrigue reste trop superficielle sur cet aspect. C’est dommage. Par contre, les motivations de Carol sont limpides et solides – biologiques, même, elles prennent aux tripes. À défaut d’être contre les méchants, on est pour la gentille, ça compense un peu. Je pense que la réécriture du film a pu faire perdre de la force au film en affaiblissant ces scènes qui dénoncent le paradoxe au cœur du raisonnement de l’envahisseur.

Pour le reste, la tension et l’angoisse sont bien amenées, l’action reste facile à suivre… et la fin est par trop abrupte. Comme un réveil après un mauvais rêve. C’est un peu faible.

Conclusion: un film bien pensé, mais étant trop ambitieux il manque de force. Ça fait un bon film de zombie, à caser entre « 28 jours plus tard » et « Land of the Dead ».

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

One Response to Vu: The invasion

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