Les Fins sont les Moyens

Puisqu’il paraît que le temps se prête à la réflexion sur nous-mêmes, je propose une piste de réflexion que j’espère constructive: et si les libéraux étaient aussi mal vus au moins un peu parce que personne ou presque ne voit de libéral agir autour de lui en tant que tel ?

Ce que j’entends par là, c’est que si les collectivistes prêtent si spontanément et si systématiquement des intentions maléfiques et destructrices aux libéraux au lieu d’écouter le message de paix, de liberté et de prospérité qu’ils essaient tant bien que mal de faire connaître, c’est peut-être aussi un peu de la faute des libéraux, et pas uniquement parce que les ultra-antilibéraux seraient des millénaristes fanatiques, des paranoïaques irrationnels focalisés par une doctrine si creuse qu’elle ne sait se définir qu’en tant que contraire d’un repoussoir imaginaire, ou des néo-puritains effrayés et dégoûtés par leur propre libre-arbitre.

Ma première interrogation porte sur le discours libéral courant. Je pense qu’il tombe parfois dans un travers un peu semblable: il tient trop souvent de la dénonciation de ce qui est antilibéral, sans donner vraiment de piste de réflexion. Il faut admettre que le manque cruel d’imagination des gens qui nous entourent joue un peu là dedans, mais quand on propose abruptement de supprimer les gros monopoles socialisants de la « solidarité » forcée, nos interlocuteurs, mêmes sans être particulièrement statolâtres, ont peut-être raison d’assimiler ça directement à la disparition de toute aide équivalente. On ne les aide pas beaucoup à comprendre ce que saurait être une société libre en s’attaquant simplement aux cancers collectivistes d’aujourd’hui. Présenté comme ça, le libéralisme est loin de faire rêver, et cette façon de s’y prendre a le tort de fournir, indirectement, des munitions aux esclavagistes: ils sont trop contents de sauter sur la personne à qui on vient d’asséner que, par exemple, la Sécu doit disparaître, pour le coincer dans sa propre ignorance de toute alternative et le convaincre qu’il faut un maître pour l’obliger à aider ou être aidé.

Ne disons plus: « l’état doit arrêter de financer les aides aux chômeurs, l’instruction, les soins, etc.. »
Mais disons plutôt: « il est urgent, pour le salut de nos systèmes d’entraide et de solidarité, de se débarrasser de cet intermédiaire monopoliste et fort coûteux qu’on nomme ‘la classe politique’. »

Ça a le mérite d’être plus informatif et plus vrai.

Ma seconde interrogation porterait plutôt sur les actes. Si très peu de gens parviennent à se figurer comment les uns aident les autres dans une société libre, ce n’est peut-être pas seulement parce que la soviétie française déploie des efforts considérables pour les en empêcher en s’arrogeant par la force le monopole de l’aide aux chômeurs (avec le succès que l’on sait), de l’assistance aux entrepreneurs (une sinistre farce), de l’aide aux minorités « visibles » (dont on sait depuis Novembre 2005 ce que lesdites minorités en pensent) et d’encore trop de domaines tenant ordinairement de la simple charité naturelle. Il y a un peu plus que ça, je crois: peut-être aussi que nous autres libéraux ne donnons pas assez le bon exemple que nous devrions, ou que nous ne le faisons pas assez savoir.

Tant qu’une écrasante majorité de gens croiront que seul un gouvernement peut prétendre aider les gens dans le besoin, nous ne pourrons pas être libres.

Pour attaquer cette croyance idiote et contradictoire, il n’y a rien de mieux à mon avis que l’exemple par les actes. Il faudrait donc aussi souvent que possible signaler toute initiative privée d’aide et expliquer comment ces initiatives s’inscrivent précisément dans la logique libérale, et proposer spontanément une assistance contournant l’état à ceux qui sont dans le besoin: faire concurrence directe à l’état sur les domaines qu’il a envahi.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

9 Responses to Les Fins sont les Moyens

  1. Mateo says:

    Bon ben je commence alors, bien que je ne soit pas sûr que ce soit du 100% libéral.

    Ma copine veut/doit faire des études. Bien qu’elle ait peu de moyens, elle a choisi une école privée, car l’offre de l’état ne collait pas avec sa demande en terme de formation. (Dans l’éducation comme dans d’autres domaines, l’état ne peut PAS être réactif face à l’évolution constante des demandes et ne peut pas couvrir l’ensemble de la demande.)
    Elle doit donc faire un emprunt. Cependant, hors de question pour ses parents, ni un autre membre de sa famille, de se porter caution, la somme étant énorme pour eux. Que faire alors? Croyez-vous que c’est l’état qui l’a aidé?

    Non. Elle est allée voir une banque privée, qui propose que les étudiants adhérents à la LMDE (mutuelle étudiante) que celle-ci se porte caution. Le secteur privé s’est donc chargé de la « solidarité », du « social ».

    A noter que je ne sois pas sûr du statut 100% privé de la LMDE. En revanche, je sais qu’elle est placée en situation de concurrence.

    PS: Jesrad, mon commentaire sur « Le retour du duel et des jeux du cirque » n’est pas passé, c’est normal?
        Il était tombé dans le piège à spam.

  2. Summer says:

    L’état francais ne comble pas un de mes besoins.
    J’ai envie de me taper une pute pour assouvir ma libido, et décompresser en fin de journée quand je suis en déplacement.

    Pourquoi interdire bêtement les maisons closes?
    Si certaines femmes ont envie de faire le plus vieux métier du monde, je ne vois pas pourquoi l’état devrait les en empêcher.
    De plus les maisons closes privées seraient mises en concurrence, et pourraient se différencier les unes des autres par exemple avec un label ‘hygiène controlée’.
    En plus de louper une lutte efficace contre le viol, l’état oblige donc les prostituées à effectuer leur métier infiniment plus dangereusement.

  3. jesrad says:

    @Summer: je ne vois pas le rapport avec l’article… Ou alors vous vouliez poster dans celui sur le travail non-déclaré ?

  4. Summer says:

    Oui, desole

  5. Eric E says:

    @Mateo

    La LMDE est une mutuelle… Dans le libéral il y a mieux il me semble non ?

    « Les mutuelles sont des personnes morales de droit privé à but non lucratif. Elles acquièrent la qualité de mutuelle et sont soumises aux dispositions du présent code à dater de leur immatriculation au registre National des mutuelles. Elles mènent notamment au moyen de cotisations versées par leurs membres, et dans l’intérêt de ces derniers et de leurs ayant droit, une action de prévoyance, de solidarité et d’entraide, dans les conditions prévues par leurs statuts afin de contribuer au développement culturel, moral, intellectuel et physique de leurs membres et à l’amélioration de leurs conditions de vie »

    La philosophie mutualiste, que l’on retrouve dans le terme, consiste en la mise en commun des moyens de chacun, dans le but de faire face aux aléas de santé. Cela sous-tend un système de collecte financier qui est indépendant du risque individuel à couvrir, même si l’équilibre financier reste nécessaire.

    Pour continuer es-tu certain que l’état n’aide pas cette école par un joli financement ponctionné sur nos impôts ?
    En 2006, 58 établissements privés d’enseignement supérieur sont subventionnés par le ministère chargé de l’enseignement supérieur, dont 13 établissements d’enseignement supérieur libre, 32 écoles privées d’ingénieurs et 13 écoles privées d’enseignement supérieur de gestion.

    Elle s’est adressée à quelle banque exactement ? Parce que là aussi, il y a privé et privé…

    Je suppose aussi qu’elle s’est interdit de circuler sur du goudron payé par les impôts, qu’elle ferme les yeux lorsqu’elle se promène en ville le soir pour ne pas consommer la lumière de l’éclairage public, etc….

  6. jesrad says:

    Ne confondez pas le mutualisme, doctrine anarchiste d’inspiration Proudhonnienne, avec l’assurance mutuelle, qui est un outil financier, même si ce dernier peut parfois (c’est le cas dans la citation que vous donnez) être inspiré par le premier. Renseignez-vous d’ailleurs, vous verrez que bien des entités supposées mutualistes (sans but lucratif) s’adonnent en fait joyeusement au capitalisme depuis des années, en rachetant d’autres entités financières avec leurs… profits.

    Les assurances mutuelles (y compris dans le sens non-mutualiste) entre salariés ont existé depuis longtemps en France, jusqu’à ce que Philippe Pétain nationalise celles couvrant les retraites pendant l’Occupation, en 1941, et que les communistes invités au pouvoir par Charles de Gaulle finissent de tout collectiviser en 1945-1946. Elles ont à l’origine deux pères: Proudhon… et son contemporain Bastiat, le fameux pamphlétaire et député libéral.

    « Je suppose aussi qu’elle s’est interdit de circuler sur du goudron payé par les impôts, qu’elle ferme les yeux lorsqu’elle se promène en ville le soir pour ne pas consommer la lumière de l’éclairage public, etc… »

    Et pourquoi donc ? On récupère le maximum de ses impôts comme on peut, c’est parfaitement légitime. Jusqu’à ce qu’il ne reste rien dans les mains de l’état.

  7. Mateo says:

    Eric E>
    Je ne vois pas du tout ce qu’il y a d’anti-libéral dans ta description… Ça me paraît tout à fait libéral au contraire, puisqu’apparemment (je dis bien apparemment, il faudrait que je creuse un peu plus) ça n’appartient pas à l’état, on est libre d’y adhérer ou non etc. Pas compris ta « démonstration »…

    A ma connaissance, son école est strictement privée, mais je t’avouerai ne pas avoir épluché sa compta ;).

    La banque en question est la Banque Populaire, je ne pense pas qu’elle soit publique 😉

    De plus, pourquoi tu me parles des routes etc.? En fait pourquoi tu « t’excites »?

  8. Summer says:

    Jesrad, dites moi, en France quel partie ressemble le plus a vos aspirations liberales?
    En gros, que faire a mon echelle pour essayer de faire avancer les choses en France?
    (Desole si je ne met pas d’accent, je n’ai qu’un clavier qwerty)

  9. jesrad says:

    Il n’y a aucun parti qui puisse jamais ressembler à mes convictions, puisque par définition un parti cherche à obtenir et utiliser le Pouvoir, tandis que je veux l’abolition du Pouvoir. Les moins éloignés sont les gens de Liberté Chérie (l’association). Sinon, tout candidat qui affaiblirait l’état significativement pourrait obtenir une forme de soutien de ma part.

    Pour faire avancer les choses ? Il suffit d’apporter aux gens ce qu’ils désirent dans le respect du droit naturel. Proposez d’acheter pour eux au duty-free si vous voyagez, enseignez ce qu’ils veulent à leurs enfants, aidez-les à obtenir des dérogations aux réglementations illégitimes (si vous êtes médecin, juge, policier, que sais-je), offrez-leur de petits (ou gros) emplois non-déclarés dans la mesure de vos capacités, proposez-vous comme façade officielle s’ils ont besoin d’acheter un service surveillé comme des soins ou des pensions de retraite ou des moyens de se défendre contre les agressions, logez des clandestins, établissez des sociétés de service offshore pour faire des contrats d’expatriés hors-sécu mieux rémunérés aux employés du coin, etc… La liste des possibilités est sans fin.

    Tout ça avec ou sans rémunération, au choix. L’objectif est de rendre l’état inutile en tout, petits bouts par petits bouts.

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