Lu: Et si ça arrivait ? – La révolte des TPE

Ce livre de Thibault Guérin était présenté par l’auteur hier à la Fête de la Liberté. Et, oui, j’ai déjà fini d’en lire les 332 pages, parce qu’il se lit d’une seule traite.

Le récit est simple: raconter la révolution du Lümpen-patronat, terme détourné par l’auteur pour désigner les innombrables dirigeants-propriétaires de TPE et PME français, sacrifiés et laminés en permanence par une législation absolument inique, biaisée et totalitaire, qui leur fait porter tout entier le risque du travail et de l’initiative entrepreneuriale et fait d’eux rien de moins que la classe sociale exploitée par tout le reste du pays. Chaque exemple donné dans le livre, chaque situation effarante de dirigeant passé au presse-purée Prud’hommal, harcelé ou menacé par un employé malhonnête, suicidé sous la pression sociale, économique et juridique combinée, ou simplement épuisé, est tiré de cas réels qu’a pu connaître personnellement l’auteur dans sa propre expérience de petit patron et les rencontres qu’il a faites.

Tout commence par l’assignation aux Prud’hommes de Mickael Mauduit, patron de Xarmit, une société de maintenance informatique de 5 personnes, par l’ex-commerciale Christine Charlety qui devait partir en congé maternité/parental pour un an (et est donc remplacée par un CDD), puis change d’avis pour trois ans (le CDD est transformé en CDI puisque Mickael ne peut pas se permettre de perdre les clients que son nouveau commercial a amené), puis change encore d’avis pour un an seulement et donc vient faire double-emploi, puis finalement démissionne, refuse de faire son préavis de trois mois (mais touche bien les salaires correspondants), et enfin attaque son ex-employeur pour avoir… unilatéralement redéfini son poste à son retour de maternité: il avait divisé le travail de commercial en deux activités – puisqu’il avait deux commerciaux par la force des choses.

Mickael et ses onze amis, eux aussi petits patrons, ou ex-patrons vivotant de petits boulots (pas d’Assedic pour eux si leur entreprise coule), refusent de laisser cette Christine Charlety (C.C., comme « casse-couilles ») anéantir Xarmit, détruire les 4 emplois restants et le résultat de toute une vie de travail pour Mickael, dans le seul petit intérêt égoïste de cette dame au nom d’une loi qui exploite les patrons au bénéfice des salariés les plus malhonnêtes… et au détriment final de tous les chômeurs. Ils font serment de ne s’arrêter que lorsqu’ils ne seront plus bâillonnés, ce qui va les emmener bien plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé…

Il y a des accents agoristes dans le récit, comme cette idée que des centaines de milliers de gens au bout du rouleau n’auraient plus assez à perdre pour agir ensemble et mettre K.O. le gouvernement français et réécrire eux-même leur propre code du travail, se détachant d’emblée de l’état pour défendre leurs droits naturels. Il y a aussi des choses peu réalistes (ce que l’auteur reconnaît spontanément) comme une absence de violences organisées en représailles de la part des mafias syndicales du pays, ou la progression fulgurante du mouvement des petits patrons excédés. Le récit déroule les évènements comme une chronique, une chose en entraînant une autre, par volonté de se lire comme on regarderait une fiction à la télé. Il y a aussi de l’humour, parfois grinçant, avec quelques formules mémorables (d’un chef de syndicat: même en phase terminale d’Alzheimer il se souviendrait que le salarié a toujours raison) et des calembours sur les noms des protagonistes. Bref, on sent que l’auteur s’est fait plaisir en écrivant, et que l’inspiration était là.

À lire un jour de grève, pour se distraire dans les bouchons ou en attendant Madeleine un train qui ne vient pas, mais aussi pour réaliser à quel point entreprendre, en France, revient trop souvent à se jeter tout entier, famille comprise, dans une immense et impitoyable machine à broyer qui utilise comme carburant l’envie, la jalousie et surtout les superstitions démentes ou antédiluviennes entretenues au sujet des patrons par les marxistes de tout poil de ce pays.

Même si le principe de base de l’histoire (la grève de ceux qui tirent l’économie pour faire cesser leur asservissement par la majorité) rappelle « Atlas Shrugged », ce livre est certainement à des années-lumières d’Ayn Rand: pas de philosophie du droit, mais des revendications ; pas de long monologues justificatifs, mais de brefs et vifs échanges sur un plateau télé ; pas de plan complexe, mais un mouvement spontané qui déborde et rue ; pas de personnages idéalisés, mais des types simples qui expriment leur ras-le-bol. Et une fois commencé de lire, on le termine.

« Et si ça arrivait ? – La révolte des TPE », de Thibault Guérin, est édité (manifestement à compte d’auteur) chez les éditions Manuscrit.

Notes sur l’aspect du droit et de la liberté furtivement aperçus dans le livre:

– Presque toutes les « Décisions Economiques » prises par le syndicat libre des petits patrons formé dans l’histoire sont libertariennes, sauf une (l’interdiction faite aux banques et aux propriétaires immobiliers d’accepter une caution de tiers pour un crédit ou une location), ce qui m’a laissé perplexe. Mais bon, si tout avait été parfait, ça n’aurait pas été aussi vivant.
– Autre chose: il n’est aucunement fait mention d’arbitrage privé pour régler, à la place des Prud’hommes complètement court-circuités par les protagonistes, les différents entre employeur et employés. C’était pourtant la solution évidente pour rétablir les droits naturels de chaque camp à travers le droit contractuel (dans le cadre des droits fondamentaux de l’individu), en plus d’ouvrir un nouveau champ d’activités pour créer des emplois, et d’émanciper un peu plus les mouvement de l’état. Ça aurait parachevé la séparation de l’économie et de l’état évoquée dans le livre.
– L’assurance-exploitation est un très bon concept: la mutualisation des risques qui impactent la vie des petites entreprises (accidents touchant les dirigeants, qui mettent en danger la survie de l’entreprise). J’espère qu’il sera repris dans le monde réel.
– L’instauration de principes de justice compensatoire plutôt que punitive, glissée dans la réforme des Prud’hommes, est une excellente initiative mais qui n’est pas développée plus avant, et dont l’impact est entièrement sous-évalué. C’est dommage, mais bon, après tout il n’était pas vraiment question de diagnostiquer les problèmes de la « mentalité française » et ses cancers socialiste et conservateur.
– La distinction entre les multinationales/grandes entreprises et les PME/TPE aurait mérité une base plus formelle: pour un libertarien, la grande entreprise, avec son statut garanti et réglé par l’état, ses (ir)responsabilités collectives et son anonymat bureaucratique, est une motte de socialisme qui encombre le marché libre (dixit David Friedman) tandis que l’entreprise en nom propre est l’expression la plus pure de l’entrepreunariat. Il y a une raison fondamentale qui explique pourquoi les grands patrons du CAC40 sont cul-et-chemise avec les membres des gouvernements, pourquoi le MEDEF est anti-libéral, pourquoi l’exécutif français s’arroge le droit de statuer sur (voire d’initer) des fusions-acquisitions, et pourquoi des énarques siègent régulièrement dans les grands « fleurons industriels » nationaux tandis que d’ex-grands patrons se font pantoufler dans des « machins » administratifs. Cette raison n’est pas le fric (qui n’est qu’un effet secondaire) mais le Pouvoir. Le plus tôt le peuple comprendra cette raison, le plus vite il pourra s’émanciper.

Bonus: je n’ai pas relevé la moindre faute de grammaire ou de syntaxe de tout le livre. Je pense que ça méritait d’être mentionné.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

5 Responses to Lu: Et si ça arrivait ? – La révolte des TPE

  1. pankkake says:

    Ça à l’air intéressant, je m’attendais juste à un Atlas Shrugged version française.

  2. jesrad says:

    Je pense que l’auteur est un libéral « intuitif », c’est-à-dire qu’il suit ce qu’il estime juste sans s’appuyer sur de complexes théories philosophiques. Il n’y a quasiment aucune justification avancée dans le livre pour les actions entreprises par les personnages, sinon un ras-le-bol, une mise en évidence des incroyables « deux poids, deux mesures » qui s’appliquent, et des exemples concrets d’abus manifestes. C’est inattaquable et ça garde le récit fluide et vivant.

  3. L’auteur répond…
    Merci d’abord de votre intérêt et de vos commentaires que je valide tout à fait.
    Pour tout vous dire, ce livre est parti d’une idée simple : le prudhomme que je subissais pour des raisons de pure forme m’occupait tellement l’esprit que j’ai partagé mon temps entre écrire pour me défouler, et travailler librement ensuite, l’esprit détendu. (j’ai quand même été condamné pour ne pas avoir entrepris suffisamment d’efforts de reclassement avant licenciement économique d’un de mes salariés, alors que j’avais en tout et pour tout deux salariés, et plus de quoi lui payer son salaire, et pour avoir oublié dans la lettre de mentionner la suppression du poste ! Bref, on recherche l’erreur imputable au patron, on ne juge pas sur la réalité économique).
    Mon esprit et mon sens de l’humour me poussaient donc à traiter ce sujet de manière drôle, adepte en cela de Figaro (« je m’empresse d’en rire, de peur d’être obliger d’en pleurer »). Et, comme je l’écris d’ailleurs dans le livre, j’ai pris le parti de respecter les normes des téléfilm de TF1, mais à l’envers : le patron a simplement toujours raison, le salarié finit par avoir tort. Simpliste, excessif bien sûr, mais tellement plus simple !
    Il me faut aussi vous dire que, si l’ossature du livre a été très vite organisée et n’a que très peu variée, l’auteur a modifié sa position. J’étais parti pour raconter l’horreur économique qui arriverait si le code du travail continuait dans son sens actuel, et au fil de l’écriture, je dois avouer m’être senti de mieux en mieux dans cette horreur économique. Les témoignages que je reçois valident d’ailleurs cet axe et ce sentiment.
    C’est finalement un livre écrit pour les patrons : défoulez-vous, vivez le temps d’un livre ce dont vous rêvez quand vous avez un problème salarial. Je n’avais effectivement aucune envie de faire une thèse pontifiante sur le sujet, d’autres le font mieux que moi, et je n’aurais jamais eu le temps d’étayer suffisamment mon livre.
    Quant aux décisions économiques, celle qui vous surprend était là pour montrer que je ne suis pas un tueur et qu’au fond, si les lois étaient équilibrées, on pourrait aussi faire des efforts pour faciliter la vie des salariés. Je vous renvoie aussi à une idée qui m’est chère : celle de la couverture totale du coût de la maternité, ce qui favoriserait employeurs et employées. Je vous renvoie pour plus d’explication à mon blog (bientot http://www.tguerin.com, provisoirement http://t-guerin.over-blog.com/), où je prépare un article là-dessus).
    Enfin, je partage tout à fait l’avis de JESRAD, qui me qualifie de libéral intuitif.

    Puisque vous me faites l’honneur de votre compliment sur le français, je voudrais ici remercier ma femme et mon ami François A. pour leur effort de relecture.

    Et, pour terminer, je vous signale que le livre n’est pas édité à compte d’auteur, mais chez un éditeur numérique. Cette technique, en réduisant le nombre d’exemplaires à éditer dès le début, réduit les risques et permet donc à l’éditeur de prendre… plus de risques. Après, je perçois mes droits d’auteur comme un autre. Si j’étais à la fête de Liberté chérie, c’est plus parce qu’il me faut le faire connaître. C’est pour ce même but que je serai mardi 30 octobre invité de Radio Courtoisie (95.6 en région parisienne), de 19h30 à 21h. Que ceux qui ont besoin d’en savoir plus sur les avantages et inconvénients de l’édition numérique n’hésitent pas à me contacter sur mon blog, je les aiderais bien volontiers.
    Bien cordialement
    Thibault GUERIN

  4. Pour des problèmes de batterie, j’ai du publier avant d’avoir relu.
    Donc, pour ne pas faillir après la mention bien en orthographe, je confirme qu’il y a plusieurs téléfilms, ce qui vaudrait un s, et qu’il n’y a pas de conditions à mon aide, donc c’est un futur, donc c’est aiderai.
    Comme quoi, si on me traite en patron, on me dira que mon billet contenait deux fautes, et que je suis condamné pour ceci ; et si on me traite en salarié, on me dira qu’il n’y a pas lieu à sanction, puisque le S était bien là, même s’il n’est pas au bon endroit !

    Thibault GUERIN

  5. jesrad says:

    Bah, ne soyez pas trop perfectionniste. À l’impossible nul n’est tenu, sauf le chef d’entreprise ?

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