Droit de première divulgation, érosion du copyright, et Second Life

Mes lecteurs de longue date savent probablement quelle est ma position sur la propriété intellectuelle: je défends la rémunération directe de la création en s’appuyant sur le monopole de divulgation naturel que détient l’auteur d’une œuvre, et un modèle de distribution des œuvres basé sur les profits en libre compétition, complètement séparé de la création, afin de se passer complètement de copyright et de continuer à rémunérer la création culturelle même en anarchie.

J’avançais que, du point de vue praxéologique, ce modèle pouvait être compétitif face au modèle du copyright.

Il semblerait que Second Life vienne apporter une confirmation empirique à cette idée: depuis plusieurs mois une tendance s’est installée, en particulier sur le site de commerce en ligne dédié à Second Life du nom de SLExchange. On y voit fleurir de plus en plus de « Business in a Box » (BiaB): des paquets entiers de contenu vendus libres de droits, autrement dit dénués de copyright.

Au départ, cette façon de faire était juste une méthode expéditive trouvée par des entrepreneurs de cette plateforme virtuelle pour solder au mieux leur affaire avant de quitter définitivement le jeu, en trouvant un repreneur ou plusieurs…

Et puis les acheteurs de ces BiaB se sont dits qu’ils pouvaient rattrapper leurs frais plus rapidement qu’en reprenant une affaire de façon « traditionnelle » (louer un emplacement, monter un magasin, attirer le chaland et entrer en compétition directe avec des milliers d’autres) s’ils se contentaient de… revendre le BiaB tel quel, mais un peu moins cher.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « catallaxie », de vraies petites pyramides de distribution à prix dégressif se sont montées, exactement comme je l’avais envisagé, mêlant capital-risque et grande distribution. Voilà comment ça marche en pratique, pour de vrai de vrai:
– le créateur initial, seul détenteur des modèles libres de droits de ses œuvres, vend le tout pour un énorme prix (60 000 L$ par exemple).
– un capital-risqueur (car c’est bien comme cela qu’il convient de les appeler) achète la boîte: le créateur est rémunéré au prix qu’il voulait. Et même bien plus, si le nombre d’acheteurs initiaux est plus élevé. C’est là que se forme le début d’équilibre entre offre et demande.
– ces premiers acheteurs doivent aller vite et distribuer au mieux le contenu, toujours libre de droit (sinon ils n’auront aucun espoir de faire un profit), par exemple à 10 000 L$
– D’autres capital-risqueurs de moindre envergure passent derrière, ajoutant un nouvel étage supportant le reste, et revendant de même à, disons, 1000 L$ le tout
– et ainsi de suite, jusqu’à ce que le contenu en question soit gratuit ou à 1 L$ symbolique, plaçant de facto ces œuvres dans le domaine public

Le créateur est payé un prix très correct pour son travail. Les distributeurs prennent des risques mais font des profits sur le long terme ou en diversifiant leur sélection, les « petits distributeurs » ratissent large en faisant la guerre des prix tels des supermarché en grand nombre, et au final tout le monde peut profiter des œuvres gratuitement.

Je vais observer tout ça de près, pour voir si, dans cette minarchie/anarchie où ce qui tient lieu d’état ne prend pas la peine de faire appliquer le copyright (si ce n’est contraint et forcé, à recullons, par des forces qui le dépasse), ce modèle entièrement basé sur la rareté de la disponibilité plutôt que sur une rareté artificielle de l’information elle-même marche mieux, économiquement parlant.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

7 Responses to Droit de première divulgation, érosion du copyright, et Second Life

  1. Meuh² says:

    Mais, avec de la patience, cela signifie t-il que toute oeuvre se retrouve dans le domaine publique?

  2. jesrad says:

    Seulement les œuvres qui sont divulguées au départ, mais bien plus vite qu’avec le copyright, c’est clair ! Pour ce qui est de Second Life, cela met quelques mois, si j’ai bien observé.

  3. Cyril says:

    Je trouve ce principe très intelligent… mais le grand public n’achèterait pas par exemple un simple morceau de musique à 10 euros. Or la personne (passionnée par exemple) ayant acheté le titre à ce prix risquerait de le mettre sur Internet, en accès libre. Les premiers capitaux risqueurs, l’acheteur originel de l’oeuvre feraient ainsi un bénéfice, mais le bout de la chaîne ne serait jamais rentable, non ?

  4. jesrad says:

    Tout dépend de ce qu’on entend par « rentable », sachant que le bout de la chaîne correspondrait à des gens distribuant gratuitement ou à faible prix les morceaux… exactement comme certains le font déjà à travers les réseaux de P2P. Il peut y avoir un financement par la pub, ou par abonnement, rentabilisant le procédé (comme cela se fait déjà largement) ou cette distribution peut se faire par ceux qui… acceptent tout simplement de ne pas gagner d’argent. Cela aussi se fait, massivement, à l’heure actuelle, après tout (je pense notamment au monde des animes sous-titrées par des fans). S’ils le font, c’est qu’ils y trouvent leur compte sous une forme ou une autre, non ?

  5. Cyril says:

    En effet, c’est assez logique !

  6. jesrad says:

    Hein ? Euh, en fait non, ce n’est pas logique, mais c’est humain 😮 À défaut, ceux qui vendaient à un prix donné peuvent, et dans la pratique vont, baisser leur prix à mesure que leurs propres frais ont été compensés. C’est comme ça qu’au final le contenu finit par être gratuit.

  7. Ping: En ce début de semaine dans les médias « SecondLife Observer France- SLObserver.com

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