Mythologie socialiste: la « reproduction sociale »

Cette semaine, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons étudier divers mythes et légendes d’origine socialiste. Aujourd’hui, voyons le délire de la « reproduction sociale ».

D’après un socialiste qui me l’affirmait récemment, les riches d’aujourd’hui seraient simplement les descendants des riches d’hier, et plus fort encore, si on remontait dans le temps en observant qui est « bourgeois » et qui ne l’est pas, on pourrait retrouver à l’origine de tous les riches d’aujourd’hui la noblesse du temps de l’Ancien Régime.

Sérieusement !

Dans l’intérêt de cette démonstration, faisons abstraction des objections immédiates que tout esprit sain sera en mesure de faire (quid des mariages « socialement mixtes » ? Des riches qui ont fait faillite et des pauvres qui ont fait fortune ? Des orphelins ou des déshérités ?). Ce mythe particulier est vaguement renforcé par quelques observations sur la société française – qui est loin de constituer un exemple de société libre puisque c’est un des pays les plus antilibéraux du monde après Cuba, la Corée du Nord, la Chine, le Zimbabwe et le Vénézuéla.

Par exemple, il est courant de faire remarquer que les enfants d’ouvriers vont bien plus rarement en école d’ingénieur que les enfants de cadres.

C’est vrai, mais c’est un phénomène récent, et plutôt limité à la France (étonnant, non ? dirait le regretté Desproges). En plus, quand on sait de première main, comme c’est mon cas, que le métier d’ingénieur, aujourd’hui en France, n’est trop souvent qu’une forme glorifiée (et souvent moins bien payée*) d’ouvrier spécialisé, ce n’est pas si surprenant. Pourquoi s’embêter à perdre son temps en études longues quand on gagne plus, bien plus, à être plombier ou boulanger ?

La réponse est très simple: on le fait parce qu’on peut et que c’est amusant pendant les quelques années que ça dure.

Ce que je vais dire ici risque d’en choquer plus d’un (et, j’espère, fera sourire mes propres parents): les enfants de cadres supérieurs font souvent des études longues, en France, pour la simple et bonne raison que leurs parents ont plus tendance à croire à l’importance du diplôme, et que même si ça ne fait pas une très grande différence au final (vous pouvez vérifier, nous finirons bientôt tous au SMIC de toute façon, à ce rythme), au moins cela permet de passer quelques années de plus à s’amuser. En clair: les études longues sont une façon pour les enfants de soutirer un peu plus à leurs propres parents, même si beaucoup n’en ont pas conscience ou ne s’en rendent compte qu’après coup.

Une des marques les plus évidentes du fait que ce phénomène de diplômés qui font eux-mêmes des enfants diplômés n’a rien à voir avec leur état de richesse final, c’est que les plus riches sont rarement les plus diplômés. Et en plus, double confirmation, les plus pauvres sont eux-même de plus en plus diplômés.

Autrement dit, cet argument de la « reproduction sociale » par l’accès aux études, c’est de la merde en barre. Tout ce que ça montre, c’est qu’en France les études ne paient plus, même si elles coûtent toujours plus cher. Et que les parents qui ont sué pour avoir des diplômes sont plus facile à convaincre, par leurs propres enfants, de financer des études longues à leur tour – alors que ceux qui n’ont pas de diplômes et s’en sortent bien quand même sont tout de suite plus dubitatifs. J’en viens même à me demander si cet argument n’est pas un mythe inventé de toute pièce pour justifier la mainmise de l’état dans l’instruction des enfants, pour détourner l’attention de ses échecs cinglants en la matière.

Mais là, je chipote. Passons plutôt au plat de résistance, histoire d’enfoncer une bonne fois pour toutes le mythe de la « reproduction sociale ».

En effet, observez la composition « sociale » des 100 (ou si vous avez le temps, des 500) plus riches individus au monde. Vous y trouverez déjà une grande quantité d’américains, mais surtout une majorité de descendants de familles pauvres et d’immigrés. Plus fort encore, vous n’y trouverez aucun héritier de plus de trois générations de suite, à quelques exceptions près.

pourquoi ?

C’est très simple, il s’agit là d’un phénomène de brassage des différences de revenus et de richesse déjà observé par Jean-François Revel:

Les inégalités libérales des sociétés de production sont agitées d’un brassage permanent et elles sont modifiables à tout instant. Dans les sociétés de redistribution étatique, les inégalités sont au contraire figées et structurelles : quels que soient les efforts et les talents déployés par un actif du secteur privé français, il n’aura jamais les avantages « acquis » (c’est-à-dire octroyés et intouchables) d’un agent d’Électricité de France.

Ce brassage permanent dans les sociétés relativement libres a même fait l’étude d’une enquête de Rodney Zeeb: elle montre que la fortune familiale dure en général trois générations, suivant un cycle quasiment immuable:
– la première génération, d’origine très modeste, s’enrichit fortement par son travail
– la seconde génération, ayant vue l’enrichissement de ses parents, gère et entretient cette fortune
– la troisième génération, née riche et n’ayant pas vu le travail à l’origine de cette fortune, la dilapide

Et la boucle est bouclée. C’est un phénomène tellement visible que l’on a hérité de dictons sur le sujet dans le monde entier, qui remontent parfois au Moyen-Age: « Des bras de chemise aux bras de chemis en trois générations » (proverbe américain), « Des loques aux richesses, puis des richesses aux loques » (proverbe hollandais), « La fortune ne survit pas plus de trois générations » (proverbe chinois)…

Pendant ce temps, dans les sociétés antilibérales, il se crée de véritables dynasties durables. Ainsi, en Corée du Nord, on hérite souvent de son emploi (et du logement et des conditions de vie qui vont avec), et ce du plus haut au plus bas de la hiérarchie d’état. Pareil à Cuba, où le pouvoir absolu reste en famille, et les sinécures sont distribuées au gré des relations. Pareil au Zimbabwe. Pareil en Chine.

Quant aux crânes épais qui continueraient, arrivés ici, à croire aux bourdieuseries, qu’ils apprennent donc que 65% des Français atteignent une place sociale différente de celle de leurs parents.


* Ce n’est pas une blague. Je peux confirmer que le salaire de bien des ingénieurs débutants n’est pas loin du salaire des enseignants débutants au collège ou au lycée, et parfois inférieur aux salaires qui étaient pratiqués pour de bons ouvriers spécialisés.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

11 Responses to Mythologie socialiste: la « reproduction sociale »

  1. Illustration intéressante de ton propos, parmi les 946 milliardaires, 2/3 sont partis de rien (Chiffres Fortune)

    http://www.lefigaro.fr/pratique-patrimoine/20070628.WWW000000396_les_milliardaires_qui_sont_passes_de_la_misere_a_la_richesse.html

  2. Leepose says:

    C’est sur… Le fait de « voir » son enfant faire ceci ou cela doit etre déterminant. Comme quand on dit « je te verrais bien ingénieur ».

    Moi-meme j’ai fais la fac, et mes parents ont fait la fac. Nul doute que ca a joué lourdement. S’ils avaient pensé a autre chose pour moi, j’aurai peut-etre fait autre chose.

    Cela dit, j’ai bien aimé la fac!

    La fac est un bon endroit pour « développer son intelligence », on s’en rend compte quand on en sort (!!!) et au final, c’est bien de cela qu’on besoin les entreprises, de gens intelligents.

    (contrairement a ce que disent certains experts comme celui qui a écrit « la fabrique du crétin », qui prétendait que le monde des entreprises avaient besoin de crétins)

  3. jesrad says:

    Ah, oui, le « besoin en crétins », c’est comme le « besoin d’acheter plus cher pour maintenir les emplois » des protectionnistes, très très fort, ça. Je vais finir par croire que ces gens-là viennent d’une autre planète, et qu’ils se déguisent en humains juste pour voir jusqu’où ils vont pouvoir faire gober leurs salades.

  4. jesrad says:

    Merci pour le lien BT, c’est effectivement une trouvaille très intéressante, surtout en français (les articles de Fortune étant toujours en anglais, c’est moins accessible). En fait le mythe de la reproduction sociale rejoint un autre mythe proche: celui de la richesse « distribuée », alors que la richesse est toujours presque exclusivement créée, et ce même dans les pays où l’état se mêle le plus de la prospérité des gens.

  5. Corwin says:

    Entièrement d’accord avec tes conclusions. Quid de la reproduction idéologique ? Je pense que là la relation est beaucoup plus forte.

  6. jesrad says:

    Il paraît que l’orientation idéologique est d’origine… génétique ! Je n’ai pas de lien sous la main, par contre.

  7. Bertrand Monvoisin says:

    Les familles fortunées qui conservent leur patrimoine ne sont pas aussi rares que cela mais cela exige une bonne dose d’autodiscipline. Ernest-Antoine Seillière l’expliquait dans une interview donnée à l’Expansion (en 1987 je crois). Après être passé par le quai d’Orsay il a voulu travailler dans le groupe familial (De Wendel) et a été mis en concurrence avec des cadres étrangers au clan sans aucun favoritisme.

    Chez les Mulliez (Phildar, Auchan, Flunch, Décathlon…) on encourage les membres de la famille à créer une enseigne nouvelle et à la développer. Aucun héritier ne demande d’argent pour s’acheter un yacht ou une écurie de course !

    Dans la famille Partouche (qui atteint la troisième génération) on peut laisser la direction d’un établissement à un membre de la famille mais si la gestion est mauvaise il est viré sans aucun état d’âme.

    Concernant spécifiquement la « fabrique du crétin » il faut remarquer que ce ne sont pas les entreprises qui sont responsables de l’enseignement scolaire. La sélection ne se fait pas seulement par l’argent mais aussi par l’entregent et le savoir.

  8. Pierre says:

    Et vos papounets, ils font/faisaient quoi ?

  9. jesrad says:

    Mon père faisait un travail très différent du mien, dans un domaine différent, et s’est hissé tout seul à un niveau social bien plus élevé que celui que j’espère atteindre de mon côté (plus encore que celui où je stagne en ce moment, et bien plus encore que celui de ses propres parents). Bref, je juge que je fais partie (comme lui) des deux tiers qui atterrissent à une position sociale différente de leurs parents.

    C’est pareil pour Laurett, en un peu plus prononcé peut-être. Quant à Martini, c’est un pingouin en peluche donc il n’est pas concerné.

  10. laurett says:

    Heum, on parle de moi ???

    Je trouve personnellement que j’ai mieux réussi que ma mère. C’est vrai : je n’ai pas à faire cours à des ados qui s’en foutent… je prends des pauses café quand je veux et je ne corrige pas des copies jusqu’à minuit…

    De toute manière, je pense que si mes parents n’avaient pas été aussi à cheval sur la bonne réussite des études, j’aurai sûrement été plus loin. Alors c’est leur faute si j’ai moins bien réussi qu’eux : je me suis soustraite à la compétition dès le départ, et j’ai gardé une grande aversion pour l’école 😉

  11. Martini says:

    Tant qu’on cause de « reproduction sociale », parlons génétique: l’environnement compte pour à peu près zéro dans le comportement, mais la génétique compte pour moins que le total restant de différences. Y a donc une part non-génétique mais aussi non-acquise qui entre en jeu.

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