Vu: Paprika

Paprika est le dernier film de Satoshi Kon (Perfect Blue, Tokyo Godfathers), c’est aussi une petite merveille d’animation, où la forme et le fond se rejoignent totalement.

Dans un futur très proche, quelques scientifiques inventent par accident un appareil, le DC Mini, qui permet de percevoir, d’enregistrer (comme une vidéo) et d’entrer dans les rêves pendant le sommeil. La machine permet ainsi à un psychiatre d’explorer l’inconscient avec son patient, et accélère et facilite les psychothérapies. Mais alors que les premiers prototypes sont encore en phase de test, un exemplaire est volé par quelqu’un qui va, très vite, se montrer déterminé à empêcher l’équipe de poursuivre son travail. Le « terroriste » projette les membres du projet en plein dans les rêves de leurs patients, et ce même en période d’éveil: les délires s’invitent dans la réalité, les personnalités se mélangent, provoquant suicides bizarres, accidents graves et psychoses aigües.

Pour le Dr Chiba, le Dr Tokita et le Dr Shima, il devient vite nécessaire de faire appel à Paprika, une jeune femme fantasque et experte en exploration des rêves, pour démêler l’illusion et la réalité.

L’image est magnifique, vivante, les décors et personnages parfaitement équilibrés, l’animation sans faute, la musique toujours appropriée sans jamais s’imposer.

Attention, gros spoilers qui dévoilent toute l’histoire:

Quand je dis que « le fond et la forme se rejoignent », c’est que le film est extrêmement construit, contrairement à ce qui peut sembler si on le regarde distraitement. La trame de l’histoire toute entière suit pas à pas le développement psychologique des personnages: l’enquête les oblige, l’un après l’autre, à faire leur propre psychothérapie pour retrouver et arrêter le voleur du DC Mini.

Par exemple, Atsuko Chiba cache en elle un profond regret de son enfance depuis sa vie d’adulte et de responsabilités scientifiques, et rejette inconsciemment son alter ego Paprika, sa seconde personnalité fantasque, et avec elle son amour pour le Dr Tokita. C’est en s’émancipant de sa « seconde peau » en s’assumant complètement qu’elle parvient à libérer le pouvoir de Paprika et de ramener Tokita à la réalité.

Pareil pour le Capitaine Konakawa, rongé par la culpabilité inconsciente de ne jamais avoir terminé, comme il l’avait promis à son meilleur ami mort peu après, le film qu’ils avaient tourné ensemble. C’est seulement quand il parvient à résoudre son complexe grâce au chiffre 17, en prenant conscience de cette situation qui explique son échec professionnel, qu’il parvient à vaincre Osanai sur son propre terrain, sauvant Paprika du même coup.

D’autres ne parviennent pas à faire leur propre travail sur soi: Himuro reste coincé dans le coma faute d’assumer son fantasme homosexuel centré sur Osanai. Le président Inui ne parvient pas à se libérer de l’illusion du pouvoir de la machine à contrôler les rêves, rejettant une réalité qui l’a cloué dans un fauteuil roulant.

C’est apparemment cet aspect qui n’a pas été très bien compris par certains critiques, qui se sont perdus dans le mélange de rêve et de réalité (un classique de Satoshi Kon, pourtant, depuis Perfect Blue).

À voir d’un œil éclairé, donc 😉

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

2 Responses to Vu: Paprika

  1. h16 says:

    Vu la bande-annonce, le niveau graphique a l’air effectivement très bon. Ca me fait penser aux productions du studio Ghibli (Miyazaki notamment) …

  2. jesrad says:

    Graphiquement, c’est la même qualité. À mon sens seul « Ghost in the Shell – Innocence » est au-dessus. Il faut bien suivre l’histoire et surtout remarquer la multitude de petits détails parlants et de références cinématographiques qui fourmillent en marge de l’action. C’est d’ailleurs l’intérêt d’avoir le double DVD: le premier disque est tout entier consacré à la production.

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