Go West, suite

Je reviens sur un excellent dossier sur le sujet de l’Exode Français, les 200000 expatriés volontaires qui quittent la France chaque année, que Time Europe avait publié il y a deux mois. La moitié des émigrants ont moins de 35 ans, 93% d’entre eux sont ravis de leur nouvelle vie ailleurs et seuls 45% envisagent, peut-être, de revenir une fois l’heure de la retraite venue.

Quelles sont les raisons de cette fuite massive, la plus importante depuis la Révolution, plus massive encore que la fuite à l’étranger lors de la Seconde Guerre Mondiale ?

« France is like a restaurant where the food is fantastic, the best of everything, but the comfort and the service are zero, zero, zero — and the bill is exorbitant, » says Deguest, 37. « I love France, but in small doses. »

Pourquié left France out of frustration with the rigid state-funded scientific establishment — and because the American lab where he now works, the Stowers Institute for Medical Research, offered him a package of pay and perks that was four times what he was receiving back home.

« France is frightened of this monster called liberalism, but in Ireland you can’t be fired overnight, and if you lose your job you find another one, » [Girard-Claudon] says. « here young people are accepted and welcomed, » he says. Even though he was just 23 and lacked experience when he started the company, « I wasn’t laughed at, either by the bank or by the authorities, » Girard-Claudon says. Ask him if he would have been able to set up his firm in France rather than Ireland and his answer is categorical: « In France I would have been too young. »

« people in France are terrified of making mistakes. But in Ireland, people who don’t work out go on to other things. »

« A lot of young people have dreams, » [Lavaud] says, « but in France we’ve lost the energy to turn them into reality. »

« I had to get out because I felt claustrophobic. I had so many friends in the same situation: qualified but unemployed, » [Zemoura] says. One experience in particular stands out for him: the day he went to see about a job at McDonald’s in London and was told by the recruiting manager: « If you don’t understand everything, don’t worry. I’ll repeat it. » That tolerance and willingness to give tongue-tied outsiders a chance « is unimaginable in France, » he says.

En réalité, cette France en Exil pourrait bien devenir une nouvelle nation à part, un peu à la façon des Juifs. Ceux qui sont partis partagent certaines valeurs, poursuivent un idéal qu’ils ne reconnaissent plus dans leur pays. Ils sont aussi tous porteurs d’une même énergie, la volonté de se prendre en main.

Troublant parallèle entre cet exode, et celui d’il y a 67 ans: aujourd’hui, nous assistons bien à une fuite lente face à une occupation qui ne dit pas son nom.

À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

10 Responses to Go West, suite

  1. Bretzelman dit :

    C’est amusant les méandres de l’histoire. Il y a un peu plus de 100 ans, la Suisse était une terre de très forte émigration. Maintenant c’est plutôt l’inverse.

    La France, semble-t-il c’était un peu l’inverse. Autre fois riche puissante et influente, on rit maintenant à la qualifier de pays du tiers monde. Son émigration c’est un espoir non seulement pour ses habitants mais aussi pour le pays tout entier, notamment ceux qui restent.

    L’idée d’une diaspora française émerge déjà pas mal. Genre à la silicon valley, tu dois certainement trouver des quartiers voire des entreprises entièrement français. L’idée de pouvoir reprendre une culture et juste remplacer le carcan judiciaire et étatique pour la rendre plus fertile, c’est assez génial quand on y pense.

    Tu songes toujours à partir?

  2. jesrad dit :

    J’y pense, j’y pense… Ça nous poserait des problèmes d’immobilier, et d’éloignement de nos familles, mais si la fin de la dépression est à ce prix, je ne vois pas pourquoi on hésiterait. Et, effectivement, la perspective de retrouver un cadre français « en exil » moins les tracasseries, c’est comme mettre le pied dans un univers parallèle où la France du tout début du XXème siècle, qui était aussi libérale que les USA de l’époque, aurait traversé les âges sans faillir.

  3. Stan dit :

    Un pavé dans la mare, pourquoi pas. Comme je l’ai déjà écrit ailleurs (Et par expérience)vouloir « partir » est un choix qui appartient à chacun, mais encore faut-il savoir que la « fuite » ne sert à rien dans la mesure où l’appel des sirènes annonce toujours l’herbe comme étant plus verte ailleurs.

    Si quitter son pays n’est pas fait avec un vrai projet… Le réveil peut être dur à devoir constater qu’on a beau rejoindre l’autre bout du monde, son mental… On l’emporte toujours avec soi!

  4. Bertrand Monvoisin dit :

    Selon l’historien et démographe Jacques Dupâquier (membre de l’Institut) : « La France exporte des bac + 5 et importe des bac – 5 ».

    Beaucoup de post doctorants vivent dans des conditions misérables, méprisés, mal-payés, sous-employés. Mais lorsqu’ils quittent l’ingrate patrie ils sont conspués, traités de vendus. Que nos chers gouvernants fassent tourner les labos de biologie molléculaire, de génie rétroviral, de physique quantique et de mathématiques fractales… avec les membres de la Tare Academy.

  5. jim16 dit :

    « jesrad a dit:
    Lundi 4 juin 2007 à 19:21

    J’y pense, j’y pense… Ça nous poserait des problèmes d’immobilier, et d’éloignement de nos familles, mais si la fin de la dépression est à ce prix, je ne vois pas pourquoi on hésiterait. Et, effectivement, la perspective de retrouver un cadre français “en exil” moins les tracasseries, c’est comme mettre le pied dans un univers parallèle  »

    Bonjour,
    personnellement je ne fréquente pas les autres français exiles, ils me font chier, les plus neufs sont les plus horripilants de frenchitude 🙂

    « Stan a dit:
    Mardi 5 juin 2007 à 1:56

    Si quitter son pays n’est pas fait avec un vrai projet… Le réveil peut être dur à devoir constater qu’on a beau rejoindre l’autre bout du monde, son mental… On l’emporte toujours avec soi! »

    Exactement. Les français exilés gardent leur existentialisme ultracritique et se regroupent en communautés peureuses qui perpétuent à l’identique la société française.
    C’est tout simple en fait, ceux qui s’intègrent à leur environnement étranger sont heureux, les autres restent français. Bien souvent d’ailleurs ils jaunissent, se fânent et retournent au pays (j’en ai connu moult).

    Bonne journée 🙂

    jim

  6. jesrad dit :

    On sent le connaisseur 🙂

  7. jim16 dit :

    c’est mon sujet favori 🙂

  8. julito dit :

    Je suis d’accord avec Jim16.

    Je vis à l’étranger, et j’évite la communauté française comme la peste. Pas les français en tant que tels car il y a toujours des individus adorables, et j’ai d’ailleurs de très bons amis français là où je vis.

    Mais les quelques (rares) événements autour de la communauté française (Alliance Française, rassemblements d’expat…) auxquels j’ai pu participer m’ont rapidement rafraîchi la mémoire quant aux raisons qui m’avaient poussé à quitter la France !

  9. jesrad dit :

    Ouille… donc pas de « diaspora »-truc-chose. Y a vraiment zéro esprit de liberté dans tout ce qui est français, de près ou de loin ?

  10. julito dit :

    Ne t’inquiète pas Jesrad, il y en a des (individus) français épris de liberté et qui partagent nos valeurs de liberté – j’en fait partie 🙂 – mais on ne les retrouve pas dans les rassemblements organisés sous les ors en exil de la République (Alliance Française pour ne citer qu’elle)

    Quant aux expats, il y a ceux qui sont là parce qu’ils avaient une opportunité de carrière, en général associée à une rémunération avantageuse et des conditions de vie hors pair – et ceux qui, comme moi et plein d’autres, ont choisi de partir pour trouver un endroit où ils se sentent mieux. Ce sont les premiers qui perpétuent un esprit frenchouillard et « gardent leur existentialisme ultracritique et se regroupent en communautés peureuses qui perpétuent à l’identique la société française » comme le signale Jim16. Les autres sont différents, mais ils ne ressentent pas non plus le même besoins que les premiers de se retrouver entre « concitoyens ».

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