Pourquoi les libertariens ont raison et tous les autres ont tort ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie et philosophie amusante aléatomadaire, nous allons tâcher de comprendre… pourquoi les libertariens ont raison contre tout le monde !

Que le libertarianisme puisse avoir raison et que tous les autres systèmes de règles morales puissent être faux est certainement une affirmation incroyable… pour ceux qui ne connaissent rien au libertarianisme. J’irais même jusqu’à dire que d’ordinaire, c’est sacrément prétentieux de prétendre qu’on connaît la Vérité, avec un grand V, et que tous les autres ont tort !

Seulement voilà: les libertariens ne prétendent justement pas connaître la Verité-avec-un-grand-V, pas plus que les scientifiques ne prétendent connaître les Lois de l’Univers (avec un grand L et un grand U). Ils prétendent seulement mieux les comprendre que n’importe lequel de leurs contradicteurs, preuves à l’appui. La démarche est d’ailleurs passablement la même entre les deux: les scientifiques utilisent des observations empiriques et des raisonnements logiques pour construire un modèle utile (car pouvant fournir des réponses aux problèmes) du monde par induction et déduction, en s’appuyant sur l’axiome de causalité de l’Univers ; les libertariens utilisent des observations empiriques et surtout des raisonnements logiques pour construire un modèle utile (car pouvant fournir des réponses aux problèmes) du Juste par induction et déduction, en s’appuyant sur l’axiome d’existence de l’Univers.

Autrement dit:

Si l’Univers dans lequel nous vivons est effectivement causal, les scientifiques ont raison dans la limite de leurs théories ; si l’Univers dans lequel nous vivons existe objectivement, les libertariens ont raison dans la limite de leurs théories.

De la même manière que les scientifiques cherchent une définition du fonctionnement de tout l’Univers, les libertariens cherchent une définition de tout ce qui est juste. J’aurais donc tendance à appeler les libertariens des scientifiques du Droit.

Si l’Univers existe, il existe aussi une et une seule morale vraie pour tout l’Univers:
S’il n’y a pas de morale vraie pour tout l’Univers, alors cela constitue déjà une morale vraie pour tout l’Univers (la morale qu’il n’y a pas de morale)… ce qui serait contradictoire, donc faux. Donc, une morale vraie pour tout l’Univers existe. Il n’y en a qu’une et une seule, puisque s’il y en avait plus d’une, celles-ci seraient soit identiques (ce seraient la même morale unique), soient contradictoires dans les mêmes conditions, ce qui serait aussi contradictoire.

Nous avons donc une certitude absolue: il y a une règle morale absolue, aussi vrai que l’Univers existe. Mais ça ne constitue pas un modèle utile à quoi que ce soit pour l’instant: il faut découvrir les règles pour pouvoir les appliquer. De même que les scientifiques, sachant qu’il y a une vérité scientifique à poursuivre, s’acharnent à en découvrir le maximum par l’observation, le raisonnement logique, etc… ; les libertariens, sachant qu’il y a une vérité morale, s’acharnent à en découvrir le maximum par la même pratique de l’observation, du raisonnement logique, etc… (C’est ce que l’on appelle la méthode scientifique)

Par exemple, certains libertariens qu’on appelle objectivistes s’appuient sur l’existence, observable, de la conscience individuelle. D’autres utilisent des observations sur l’action des individus, sur l’autonomie, etc… Les conséquentialistes s’intéressent avant tout aux résultats des actions humaines, les jusnaturalistes à la concordance entre nature objective des êtres agissant et leurs actions, les déontologistes aux conditions d’action, les téléologues à la concordance entre les actions et les buts intrinsèques des êtres, etc… Il y a plein de façons différentes de construire un modèle du Droit.

Cette pluralité de chemins pour parvenir au même but impossible à atteindre (la connaissance pure et parfaite de toute morale, qui est aussi inatteignable que la connaissance pure et parfaite de l’Univers l’est pour les scientifiques) génère une pluralité de modèles tous plus ou moins utiles suivant les situations, de même qu’en physique on peut alterner entre cinématique de Newton ou relativité restreinte suivant les conditions.

Autant vous dire qu’il sort de tout ça des débats qui sont passionnants pour n’importe quel amateur de « hard science ». Et puis, débattre rationnellement du droit à l’avortement, ça change des batailles entre tenants de la théorie des cordes et ceux de la théorie de la boucle quantique gravitationnelle. Ou des débats « Babylon 5 V.S. Star Trek V.S. StarGate ». En plus, c’est bien plus utile au quotidien: ça donne des principes, des repères moraux, et une forme très saine de certitude mêlée de doute quant à la justice, bref toutes sortes de choses qui manquent cruellement aux citoyens de ce pays depuis au moins l’an 1968.

L’autre intérêt, c’est de disposer de méthodes et d’une base de connaissances solides sur lesquelles s’appuyer pour repousser les charlatans du Droit. De même qu’une connaissance scientifique de base permet d’éviter certaines arnaques, une connaissance de base du Droit permet d’éviter bien des injustices. Tout un monde de découvertes fascinantes, applicables directement, dès aujourd’hui, dans votre quotidien, et qui peuvent améliorer votre existence au delà de ce que vous pourriez soupçonner, vous attend !

Alors, à l’instar du « Devenez sorciers, devenez savants » du respecté Dr Georges Charpak, je dirai: « Devenez justes et droits, devenez libertariens » !

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

7 Responses to Pourquoi les libertariens ont raison et tous les autres ont tort ?

  1. jesrad says:

    Et mort au positivisme !

    En passant, je vais clarifier un truc qui n’est pas dit ci-dessus: la recherche du Droit n’est pas la même chose que la recherche de la Morale. Ce qui est moral est nécessairement Juste, donc Morale ∈ Justice, mais ce qui est juste n’est pas toujours moral (par exemple, le capitalisme est juste mais amoral, l’acte de serrer un boulon est juste mais pas particulièrement moral, etc…). Donc, définir un modèle utile du Droit permet d’avoir un cadre pour tout ce qui est moral, et donc appliquer le Droit permet d’éviter tout acte immoral. Après, agir moralement, c’est l’affaire de chacun: tout individu peut construire sa propre règle morale (se sacrifier pour les autres, jouir de la vie, aider à établir l’espèce humaine dans l’espace, préserver la Terre, etc…) et la suivre dans le cadre du Droit.

  2. PAC says:

    Je suis pas vraiment convaincu par ton billet. Pour ma part, si je reconnais aux libertariens une construction de l’esprit cohérente et claire, j’avoue n’avoir jamais trouvé cela très intuitif. Il me semble que le principal problème de cette théorie normative, c’est qu’elle est tellement loin de ce qu’on observe, qu’on ne peut pas croire que c’est une bonne théorie. En tous cas, ce n’est pas une théorie qui a fait ses preuves dans l’histoire ou dans les faits. Je la voit plutôt comme une sorte de Benchmark, intéressant à garder à l’esprit pour raisonner, mais peu intuitif et donc peu convaincant au final.

  3. Franck says:

    Bertrand Lemennicier, dans son livre « La morale face à l’économie », ne parle pas de morale unique. Il énonce quelques « écoles » de morale, notamment conséquentialiste, jusnaturaliste et téléologique (il me semble, je ne l’ai pas sous la main…), montre leurs limites en les appliquant à certains exemples, et réconcilie tout ce petit monde par la pierre angulaire du Libéralisme: le Droit de Propriété, et particulièrement le droit de propriété sur soi-même.
    N’est-ce pas suffisant?

  4. jesrad says:

    @PAC:

    Je ne vois pas comment on peut dire que la démarche libertarienne est « éloignée » de quoi que ce soit, alors que depuis que je m’y suis mis, bien au contraire, je baigne en pleine réalité. Pour dire, j’ai même pris en pleine tronche des tas de choses qui étaient là, sous mes yeux, mais que je refusais de voir. Je jette un coup d’œil à une rue, et je vois aussitôt les droits et les propriétés des uns et des autres, comment leurs actions suivent les rails de la praxéologie, et je peux aussi voir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

    Autre chose: un modèle libertarien du Droit, ce n’est pas une construction de l’esprit, enfin pas plus que la théorie de la gravité n’est une construction de l’esprit ou un « benchmark peu intuitif ou peu convaincant » 😉 Bien sûr, il faut toujours garder son doute raisonnable à l’égard du modèle (la carte n’est pas le territoire), mais il ne faut pas non plus verser dans l’excès inverse. J’avoue qu’être Discordien me donne une souplesse appréciable de ce côté 😀

    Sinon, quelle autre approche que la raison préconisez-vous pour déterminer le Droit ? En passant, c’est l’approche libertarienne qui a bel et bien fait ses preuves de la manière la plus monumentale dans l’Histoire: philosophie grecque, droit romain, révolution américaine, état libre islandais, déclaration des droits de l’homme, magna carta, enseignements des scolastiques et économie moderne, démocraties libérales, humanisme européen, que vous faut-il de plus ? Bien au contraire, comprendre le Droit comme une conséquence naturelle et non comme un « fait du Prince » (que ce Prince soit le roi, l’empereur, le grand manitou ou la majorité qualifiée, d’ailleurs) c’est ce qui a bouleversé la face de cette planète.

    @Franck:
    Je ne cherche pas à définir ici la morale unique – c’est le rôle de la religion. Je montre seulement comment les libertariens appliquent la raison pour déterminer le Droit et ainsi découvrir les règles qui encadrent toute morale. Ça permet de tailler dans le vif.

    Une conséquence intéressante, c’est qu’à partir du moment où on approche de manière rationnelle le problème du Droit, on devient libertarien. Ceux qui parviennent à des conclusions antilibérales sont toujours ceux qui introduisent l’irrationnel (je pense ici aux positivistes, constructivistes et autres déterministes sociaux ou historiques). C’est d’ailleurs bon signe: à partir des mêmes principes de logique et d’observations comparables faites dans le même Univers, on arrive à peu près tous au même résultat. Les différences ne font qu’indiquer les insuffisances de nos observations (comme l’incertitude des mesures en physique), et les limites inévitables de nos systèmes formels de raisonnement (comme les indéterminables en mathématique).

    Quant aux règles du Droit elles-même, j’en parle dans le reste du cours 😉

  5. silvente says:

    Comme je n’ai ni le temps ni le courage d’analyser toute cette conversation je vais quand même me permettre une petite intervention. Ce n’est pas d’employer des mots compliqués et faire de la périphrase et du néologisme à tour de bras qui rend un texte intelligent, vos phrases sont des ronds dans l‘eau.
    Vos affirmations vont pouvoir vous persuader longtemps tellement vous vous confondez.
    Et la cerise sur le gâteau c’est votre culture cadeau Bonux, certainement, faites vous relire par votre maman entre les non-sens, les aberrations et les bêtises que vous dîtes nous sommes vraiment servi.
    Vous mélanger la religion et la raison et vous le dénoncez comment étant le fait de vos adversaires, qui seraient antilibéraux ?
    Bon j’arrête car vous êtes vraiment qu’un …, je ne serais que trop vous conseillez le sudoku pour votre gymnastique intellectuelle cela devrait être largement suffisant.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Discordianisme

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Libertarianisme

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Libertarisme_%28libertaire%29

  6. jesrad says:

    « Comme je n’ai ni le temps ni le courage d’analyser toute cette conversation »

    C’est plutôt, à lire le reste de votre commentaire, un manque de capacité intellectuelle. Ne le prenez pas mal, lisez la suite.

    « Ce n’est pas d’employer des mots compliqués et faire de la périphrase et du néologisme à tour de bras qui rend un texte intelligent »

    Je ne fais pas de périphrases, au contraire j’essaie d’aller au plus court. Et je n’ai pas commis le moindre néologisme dans ce texte, peut-être votre dictionnaire n’est-il pas aussi exhaustif qu’il devrait ?

    « les non-sens, les aberrations et les bêtises que vous dîtes nous sommes vraiment servi. »

    Non-sens, aberrations et bêtises que vous êtes bien en peine de citer 😀 Les insultes et attaques personnelles sont la marque de celui qui n’a pas d’arguments.

    « Vous mélanger la religion et la raison et vous le dénoncez comment étant le fait de vos adversaires, qui seraient antilibéraux ? »

    Je « mélange » raison et religion pour la simple raison que c’est ainsi qu’on philosophe. Par exemple, Saint-Augustin, Thomas d’Aquin, Hugo Grotius et les scolastiques de l’école de Salamanque « mélangeaient » raison et religion catholique. D’ailleurs un certain M. Ratzinger, docteur en philosophie et Pape, a récemment défrayé les chroniques pour avoir rappelé ce message de bon sens: que religion sans raison n’est que barbarie.

    Je m’étonne que vous soyez ignorant de tout cela. Mais tout le monde n’a pas les capacités d’avoir une « culture Bonux », j’imagine.

  7. Martini says:

    faites vous relire par votre maman

    Pourquoi pas par la vôtre, plutôt ? Elle suce bien mieux.

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