La Police: serpillère de la République ?

L’actualité récente, l’agitation permanente de l’excité de Neuilly, et l’apparition de blogs de témoignage de policiers dévoilent une situation assez ahurissante quant à la condition du flic moyen en France. Caillassages, ambuscades, irrespect, sous-effectif, astreintes exténuantes, paperasse imbuvable, sous-équipement, absence de résultats en relation avec les efforts, rivalités internes, défiance de l’appareil judiciaire, déploiement en dépit des priorités réelles, réglementation frustrante, course au rendement statistique, lâcheté de la hiérarchie, récupération politique… Rien ne leur est épargné ou presque. Pour ces fonctionnaires, l’état est un employeur atroce. L’indice révélateur de la situation infernale des policiers français, c’est ce chiffre effrayant: toutes les semaines, un policier français se suicide. Le SSPO, service de soutien psychologique dédié, enregistre plus de 13000 consultations par an… et ça augmente.

La comparaison avec les pays voisins rend le malaise encore plus criant: les policiers sont deux fois mieux payés au Royaume-Uni, trois fois mieux aux USA. Le résultat ? Leurs effectifs sont plus motivés et surtout mieux sélectionnés et mieux répartis par rapport aux français. Ils sont aussi plus efficaces: à Paris il faut 18667 policiers pour arriver, à superficie et population comparables, à un résultat bien moins bon que les 4100 policiers canadiens de Montréal.

Et des effectifs moins bien choisis, c’est aussi un plus grand nombre d’erreurs, de réactions excessives et d’incompétences, quand on voit le genre d’interventions qui dégénèrent: chien lâché sur un suspect menotté et à terre, actes racistes, abus des gaz lacrymogènes en Gare du Nord, etc… Et là, la lecture des témoignages de policiers est éclairante: d’un côté la volonté ferme de faire le ménage dans la profession, de l’autre le ras-le-bol des provocations incessantes et d’être « payé comme de la merde, et utilisé comme du papier toilette ». Là encore, l’écart entre l’étranger et la France est flagrant, quand la Police est respectée là-bas, et conspuée ici.

Une des causes du problème est l’absence d’évaluation dans la Police: les dispositifs qui avaient été timidement introduits, à l’exemple du programme américain Compstat qui a fait ses preuves, ont été supprimés avec la Police de proximité par Sarkozy. Ce plan était destiné à identifier les mauvais éléments et promouvoir les bons, pour améliorer la qualité du service (public), mais voilà, en Fraâance on n’aime pas la concurrence, et surtout l’esprit de « camaraderie » – en fait, de renoncement à la justice – est imposé par la pression sociale. Le mal causé par l’ancien sinistre de l’Intérieur ne s’arrête pas là: en centralisant la Police pour en faire d’abord un outil au service de l’état plutôt qu’au service des citoyens, il a creusé le fossé entre les gens et ceux qui sont là pour les protéger. Les autres politichiens sont aussi coupables d’avoir opposé repression et prévention, et d’avoir prétendu décider par le haut d’un « réglage » entre les deux, alors que dans la pratique les deux sont tout aussi indispensables et qu’il faut impérativement laisser à l’agent la liberté de faire usage des deux.

Là dessus s’ajoute les inévitables conséquences du monopole imposé par l’état: des gaspillages à tous les étages (laxisme interne, favoritisme, détournements au profit d’intérêts particuliers, etc…), un immobilisme face aux conditions changeantes, une inadéquation permanente entre les moyens et les besoins… toutes choses qu’on a trop vite fait de mettre sur le compte des hommes plutôt que sur celui du modèle qu’ils n’ont d’autre choix que de suivre.

Dans une société libre, les méfaits de ce monopole disparaîtraient avec la multiplicité des offres vers la recherche de l’efficience réelle plutôt que de la seule apparence d’efficacité (en passant, la focalisation des hommes politiques sur certaines statistiques est éclairante), et la lutte contre les abus, les dérives et les bavures se feraient par l’information des citoyens, incités à changer de fournisseur, et par l’égalité de droit entre les individus, qu’ils soient gardiens ou gardés. Dans ce pays, trop souvent, les policiers sont instrumentalisés au service du Pouvoir, alors qu’ils devraient constituer la première ligne de la Justice: les citoyens sont leurs véritables clients et devraient seuls participer à la définition des objectifs, priorités et méthodes des policiers.

Nous avons tous été dépossédés de notre propre sécurité. Il faut que ça change. Et c’est un anarchiste qui vous le dit 😀

(Article écrit avec l’aide de textes de Harald, de Christian Mouhanna, et de témoignages de policiers accessibles sur le Web)

Et pour finir sur une note plus légère:

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

One Response to La Police: serpillère de la République ?

  1. haraldsigurdarson says:

    Je suis ravi de constater que mes contributions ont pu vous servir.

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