Qu’est-ce que la concurrence ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons étudier… la concurrence !

La concurrence consiste à disposer d’une alternative pour une demande donnée, ce qui au final revient à être libre de réaliser sa propre offre soi-même. Le contraire de la concurrence est la réglementation car celle-ci ne sert qu’à empêcher les gens de faire ce qu’ils veulent eux-même.

Dans la pratique, la liberté de faire sa propre solution à un besoin n’a d’intérêt que si cette offre est meilleure, de l’avis de ceux à qui elle est destinée, sans quoi l’exercice de cette liberté est une perte de temps pour celui qui l’envisage: par conséquent la concurrence est tout simplement la liberté de mieux faire, ce qui a pour effet de systématiquement créer plus de valeur que l’absence de cette liberté, dans des conditions données. Démonstration:

Alphonse voudrait un X mais seul Monsieur de-X-maker fournit des X, et à cause de la réglementation Alphonse n’a pas le droit de faire son propre X. De-X-maker n’ayant pas de concurrent, il peut dépenser n’importe quelle quantité d’efforts pour faire ses X puisqu’il pourra à peu près toujours (sauf dans les cas extrêmes) vendre son X super-gaspilleur encore plus cher. Et tant pis pour ceux qui n’ont pas les moyens.

Alphonse, à force de baver devant le X qu’il rêve d’avoir, a fini par découvrir un moyen de fabriquer un X pour moins cher que ce que M. de-X-maker dépense par X. Illégalement, il se fabrique son propre X: ce faisant il crée autant de valeur que X-maker, mais en dépense moins au passage. Avec ce qu’il économise, il se paie un Y (ça vient de sortir).

Des tas de gens qui veulent des X moins chers font alors pression pour supprimer la réglementation sur les X, et (soyons optimistes) y parviennent. Alphonse devient marchand de X et prend la place de M. de-X-maker (et M. Pujadas fait alors un sujet larmoyant sur la fermeture de l’usine de-X-maker, en oubliant de signaler l’usine d’Alphonse qui s’est créée à sa place, et l’usine de Y qui se développe en bonus).

Cette liberté de faire soi-même n’a même pas besoin d’être exercée pour faire son effet: la seule possibilité d’essayer de faire mieux suffit. Ainsi, dès que la réglementation sur la production d’électricité sera enfin tombée, il sera légal de faire mieux qu’EDF. A cause de cela EDF sera incité, à cause de la pression de chaque personne qui pourrait envisager de faire son propre courant, à continuer de bien faire ou même de faire mieux que maintenant.

Les conséquences de cette liberté sont multiples:
– les demandeurs sont plus satisfaits (en nombre et/ou en qualité)
– l’investissement est plus rapidement mobilisé vers les méthodes les plus efficaces (ce qui rend la recherche et le développement rentable)
– les gâchis diminuent (pollution, pauvreté, pantouflage, etc.)

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

11 Responses to Qu’est-ce que la concurrence ?

  1. Ceci me plaît au 100%, 5/5 et 24/7.
    Felicitations car il n’y a plus des cerveaux vivants.
    Filipe Alves Ferreira (1942) Economy 4G3W, webcashfish

  2. llana says:

    Oui, mais la frontière est subtile entre la réglementation qui bloque la concurrence et celle qui définit avec précision les caractéristiques d’un produit donné pour éviter aux consommateurs de se faire flouer en achetant un produit X’, soi-disant clône du X, mais en fait moins solide, ou plus dangereux, ou de moins bonne qualité, etc. Comment résoudre cette question ?

  3. jesrad says:

    La frontière en question n’a rien de subtil ni de mince: c’est la différence qu’il y a entre intervention et droit. Affirmer que telle chose remplit des conditions précises, c’est ce qu’on appelle une garantie: c’est un problème de responsabilité individuelle. Ce qui est présenté comme remplissant des critères X, Y et Z doit effectivement répondre à ces critères, sinon il y a fraude, ce qui est un cas particulier de vol (ce qui a été acheté n’a pas été fourni, mais remplacé illégitimement par autre chose à l’insu de l’acheteur). C’est un problème qui se résoud exactement comme n’importe quelle autre violation du droit. On est là face à une question de Justice plutôt que de Législation.

    Etre sûr de ce que l’on achète fait bien partie du droit, là dessus on est d’accord. Ce qui ne devrait pas en faire partie, c’est de pouvoir décider à la place de l’autre de ce qu’il désire. Il est de la responsabilité de chacun de savoir ce qu’il veut, et de la responsabilité du fournisseur d’assurer les garanties de ce qu’il propose… et là, c’est avant tout l’usage qui détermine ce qu’il est raisonnable d’attendre d’un produit donné ; que cet usage soit formalisé dans des normes ou dans des labels, ou qu’il soit simplement un élément de la tradition culturelle.

    Ce que je veux dire, c’est qu’en dehors des spécifications précises de l’acheteur, le fournisseur est quand même tenu de présenter de manière objective son produit car tout manquement constitue une violation du droit de propriété de l’acheteur. Les critères « non-dits » qui s’appliquent sont déterminés par l’usage courant: ce qu’on appelle « nourriture », par exemple, satisfait usuellement à des critères sanitaires communément admis: ça ne doit pas rendre malade si on en mange, sinon ce n’est pas de la nourriture et l’acheteur a été volé en plus d’être agressé.

  4. llana says:

    OK, ce qui est gênant, c’est que le terme « réglementation » est aussi utilisé pour définir le cahier des charges de certains produits; prenons l’exemple du transport aérien, qui est un monde relativement libéral: la réglementation aérienne des transports fixe les critères de qualité/sécurité des transporteurs/candidats transporteurs. C’est en fait le cahier des charges à remplir pour l’obtention d’un CTA (Certificat de Transporteur Aérien) (on peut le juger trop ou pas assez contraignant, c’est un autre débat…).
    Dans le langage courant, on appelle ça « réglementation des transports aériens » ou RTA.
    Pour l’instant, ça fonctionne plutôt pas mal, si l’on en juge par les stats de sécurité aérienne et de croissance du trafic aérien.
    Cette réglementation-là est-elle pernicieuse ? cela n’a rien à voir avec le maintien d’un monopole comme celui d’EDF.
    Peut-être n’est-ce qu’une question de sémantique: ne faudrait-il pas trouver une appellation différente ?

  5. jesrad says:

    Ah, ça, le vocabulaire peut être trompeur… J’aurais plutôt tendance à appeler ça une norme qu’une réglementation ? Le problème se pose quand celui qui désire être transporté par les airs se fiche d’avoir une haute garantie de sécurité et sûreté: dans ce cas-là il est obligé de payer pour un service qu’il ne veut pas, et celui qui pourrait lui fournir ce service, conforme à ses exigences, pour moins cher n’en a pas la possibilité.

    Bon, quand il s’agit de transport, c’est plutôt rare ou en tout cas cela n’introduit pas de grandes distortions. Je ne vois qu’un seul grand business assassiné dans ce domaine: l’offre d’un transport aérien civil national aux USA, qui autoriserait les passagers à voyager armés (voire leur confierait un flingue systématiquement pour la durée du vol). Beaucoup de gens dans ce pays sont prêts à assumer leur propre sécurité contre les détournements et attentats si ça peut leur éviter les longs examens avant embarquement. Est-ce que ce genre de « réglementation » serait possible aujourd’hui ?

  6. Llana says:

    Houlà ! impossible d’envisager des armes à feu dans les avions, a fortiori dans les mains de John Doe: une balle perdue ne sera pas toujours perdue pour un hublot (dépressurisation explosive), pour une connexion électrique (court-circuit/feu), pour une canalisation carburant, voire pour une commande de vol (électrique ou biellette ou téléflex).
    bref, le remède risque d’être pire que le mal. Surtout avec les doses de whisky qu’on sert à bord, sans compter ce qui est ingurgité avant le vol au bar ou au salon Business ;o))
    Les israéliens ont à bord des gardes armés (armes spéciales avec projectiles à faible vitesse n’abimant pas l’avion), anonymes en civil, tireurs d’élite, formés à réagir à ce genre de situation. Ils n’ont jamais eu de détournement depuis.

    Autre chose: concernant la capacité d’évaluation par un quidam du standard de sécurité d’un transporteur lambda: bon courage! Comment s’assurer que les composants de l’avion n’ont pas dépassé leur durée de vie limite ? comment savoir si l’équipage est à jour de ses contrôles périodiques de maintien de compétences ? comment savoir quel est la couverture d’assurance du transporteur ? etc…

  7. jesrad says:

    bref, le remède risque d’être pire que le mal.

    En fait je présente ça parce que c’est envisagé par plusieurs auteurs influents… L’un d’eux, L. Neil Smith, a imaginé des compagnies aériennes qui fourniraient des armes adaptées aux passagers de manière à ne pas risquer d’endommager l’appareil. La solution israëlienne est celle qui s’en approche le plus: après tout, tout le monde n’a pas forcément l’intention de se battre en cas de besoin, et alors la division du travail fait que des gens spécialisés sont payés pour s’en charger à leur place.

    Autre chose: concernant la capacité d’évaluation par un quidam du standard de sécurité d’un transporteur lambda: bon courage!

    Oui, un quidam lambda qui se risquerait à évaluer tout seul la sécurité de son transport aérien risque gros… mais rien ne l’empêche de se payer les services d’un expert en sécurité aérienne pour faire ça 😉 Ce genre de service peut parfaitement être mutualisé, et j’imagine qu’à terme il le sera, de la même façon que les assurances de santé mutualisent le coût de prévention des gros risques médicaux.

  8. llana says:

    oui oui, tout cela pourrait fonctionner, mais à partir d’une page blanche: une planète vierge, par exemple. Chez nous, il faut bien faire avec l’héritage du passé, les infrastructures existantes, les procédures en place, les services déjà disponibles, etc.
    Vaste programme que de libéraliser tout ça sans tout casser comme lors de la révolution d’octobre !
    c’est tout le problème de vivre avec ce qui existe déjà…

  9. jesrad says:

    Ah, ça, le problème de la transition et du rétablissement de la Justice au passage, personne n’a dit que c’était simple 🙂 J’ai déjà exploré quelques pistes de transition: l’établissement d’une Constitution panarchique, la négociation de la sécession, l’action agoriste, la sous-traitance et ouverture à la concurrence progressive de tous les services publics, et encore quelques autres un peu plus farfelues comme l’amnistie fiscale permanente.

    Ce qui existe déjà reste quand même une assez bonne base pour progresser, à commencer par les normes techniques, sanitaires et professionnelles, et une bonne partie du code de la consommation et du travail. J’imagine même sans problème que, pour beaucoup de gens, conserver ces acquis aurait une valeur non-négligeable et qu’ils seraient prêts à payer (en efforts, en temps) pour les garder.

    En fin de compte, la seule chose qu’il est nécessaire d’abolir, c’est l’asservissement, formel ou pas, des uns par les autres. Je l’ai déjà écrit plus avant, la quasi-totalité des actes quotidiens sont déjà libres, donc il n’y a pas tant de choses que ça à changer. Ca fera l’objet d’un article futur: quelles sont les mutations concrètes que le libertarianisme apporterait à la société.

  10. plok says:

    Très interessant cette définition de la concurrence comme « liberté de mieux faire ».

    Je me demande surtout si tu aurais des références canoniques à me donner parce que je voudrai creuser la question. L’idée de la concurrence entendue comme liberté de mieux faire a-t-elle été portée par un auteur en particulier ?

  11. jesrad says:

    Ben… Je n’en sais rien. Probablement, puisque jusqu’ici j’ai surtout réinventé l’eau tiède, donc il y a sûrement déjà quelques douzaines de gens plus informés et plus diplômés que moi pour avoir présenté la concurrence comme étant le droit d’essayer de faire mieux. Malheureusement je n’ai aucune référence à proposer 😮

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