Votons utile !

On nous rabâche depuis des semaines qu’il faut « voter utile ». Soit. Mais c’est quoi voter utile ? Et utile pour qui ?

Je ne vois pas en quoi glisser un des 12 bulletins proposés parmi ceux des 44500000 autres électeurs serait utile à ma petite personne. Outre le fait que ce petit bulletin n’aurait aucun impact sur le résultat final, je ne suis d’accord avec aucun des candidats. Ils ont tous obtenu une note éliminatoire. Voter pour l’un d’eux tiendrait du masochisme. Or, je ne suis pas maso…

Si le vote pour l’un des 12 candidats n’est pas utile à l’individu que je suis, il ne l’est pas pour la société, puisque, est il nécessaire de le rappeler, la société est composée essentiellement de tout un tas d’individus. Alors je vous l’accorde, certains de ces individus sont adeptes du masochisme mais pour ne pas indisposer les autres je leur conseille de se rabattre sur des valeurs sûres telles le fouet, la planche à clou, ou encore (pour les plus accrochés) le dernier (espérons-le) film d’Al Gore – que son zizi rabougrisse.

La seule utilité est donc pour les partis politiques : en totalisant des votes, ils accumulent des fonds et du pouvoir. Si je leur donnais mon suffrage, je les encouragerais à continuer leur sordides affaires. Inconcevable !

Voter pour l’un des 12 serait alors tout sauf un vote utile, puisque je ne suis pas un parti politique et que la seule utilité est l’intérêt de chaque individu, à commencer par le mien en ce qui me concerne.

Le vote utile serait-il donc le non-vote ? Et bien non. Car le non-vote est comptabilisé uniquement pour faire beau et à titre d’information, mais tous ces suffrages ne sont absolument pas pris en compte dans le calcul du résultat final et tous les non-votants sont considérés comme inexistants. Ne pas voter, voter blanc ou voter nul n’est pas considéré comme un choix, ou comme l’expression d’un choix, d’un avis. Ce n’est pas considéré du tout.
Lors des dernières érections pestilentielles, 30,82% des électeurs avaient choisi de ne voter pour aucun des 16 candidats. Soit en ne votant pas, soit en votant blanc ou en votant « nul ». Si le non-vote avait été pris en compte, on aurait eu un deuxième tour Personne-Chirac. Je vous laisse deviner qui aurait perdu.

En fait après mûre réflexion, j’en suis arrivée à la conclusion que le seul vote vraiment utile, c’est le vote « nul ». Nul : drôle de nom pour parler du besoin irrépressible d’expression d’un individu, don’t you think ? Oui, le seul vote utile est le vote nul, car même s’il n’est pas comptabilisé, ce vote passe entre les mains de deux personnes (au moins) lors du dépouillage (oui, j’appelle ça comme ça, pas vous ?). Deux scrutateurs vont le voir, et le lire (à condition qu’il ne soit pas trop long). Et l’utilité est là : faire réfléchir deux personnes sur l’utilité, la moralité et la légitimité de ce à quoi elles participent : le vote. Ils réfléchiront d’autant qu’il leur faudra discerner si ce vote est insultant, s’il correspond à un bulletin non-officiel, s’il contient une marque distinctive, etc… pour le répertorier dans la bonne des 8 catégories de leur joli tableau)

Une fois n’est pas coutume, j’ai donc décidé d’écouter les conseils de mes ainés. On m’a dit, « il FAUT voter », « il FAUT voter UTILE ». Je voterai utile. Mais je ne vous cache pas que j’hésite encore entre plusieurs bulletins. Je vous les soumets, si vous aussi vous voulez voter utile, servez-vous ! Pour ma part, je chanterai très probablement « Am Stram Gram, Pic et Pic et Colégram… » à tue-tête dans l’urinoir (vous n’appelez pas ça comme ça, vous ?) pour faire mon choix entre les cinq premiers chefs-d’oeuvres ci-dessous, et pourquoi pas y coller quelques-uns à l’aide de scotch double face pour moquette ?

Et pour les puristes, j’ai même fait un bulletin Jesrad. 😉

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11 Responses to Votons utile !

  1. pan says:

    Pierre Bessard dit (pour faire écho à Jesrad) : « il n’y a pas de vertu contrainte ».

    C’est assez élégant, je trouve.

  2. jesrad says:

    Effectivement c’est encore plus compact, et un peu plus précis (vertu / bien).

  3. Vous avez oublié qu’il reste un candidat qui incarne réellement le vote utile: Bidou le candidat tout doux et sa proposition de droit à l’orgasme opposable.

  4. Nico says:

    je n’ai pas voté pour les mêmes raisons que vous évoquez, mais l’idée de vos bulletins est très bonne: avec votre permission, je vais peut être en imprimer quelques-uns pour les prochaines (et ça m’évitera de me faire insulter quand je dis que je ne vote pas !)

  5. Franck says:

    Bof… Je n’imagine même pas que les préposés au dépouillement — zélés serviteurs de l’état, voire membres actifs d’un parti — puissent être touchés par ce genre de billet, mais on peut toujours rêver.

  6. laurett says:

    Il y a des dépouilleurs qui ne sont ni l’un ni l’autre, pris au hasard… En tout cas, c’était la seule façon de « peser » sur une personne, même un toup-toup-tipeu…

  7. BastOoN says:

    Il est peut-être encore plus intéressant de coller une reproduction de ces petits billets (aigre-)doux, à l’intérieur de l’urinoir, afin d’offrir cette saine lecture à un maximum de personne votantes, qui plus est à un moment de vulnérabilité en lequel consiste ce cérémonial d’isolement, rituel codifié de la soumission ordinaire. (le mieux étant de ne pas laisser d’empreintes sur lesdits documents sous peine d’être percés à jour par des collaborateurs, dévoués zélotes de la fluidité bureaucratique du fonctionnariat, prompts à vous soumettre au bûcher pour incivisme).

    PS : cela n’a rien à voir, mais je me pose une question d’application théorique de l’agorisme :
    > Je m’appelle JE : brillant spécimen de chimpanzé évolué adhérent à la constitution minimale garantissant ma propriété naturelle (de même que tout un chacun naturellement), décide de me balader à poil dans la rue, conformément à ma liberté individuelle de jouissance de ma personne.
    Au même moment, ELLE, spécimen analogue, m’aperçoit et s’offusque eût égard à sa pudeur, arguant qu’elle ne peut jouir de sa liberté individuelle (se promener sans être agressée visuellement).
    Sa réaction est-elle fondée légitimement d’un point de vue libertarien ?

    Par extension du même problème : suis-je fondé légitimement d’un point de vue libertarien à chier devant cette même personne (sans la toucher d’aucune manière), ou à laisser faire mon cher animal à quatre jambes, Pupuce de son prénom, à en faire de même.

    Avec 4 variantes pour ces 2 propositions et demie :
    – dans un lieu qui m’appartient (au moins en partie),
    – dans un lieu qui lui appartient (au moins en partie),
    – dans un lieu qui nous appartient simultanément (au moins en partie),
    – dans un lieu qui ne nous appartient ni à l’un, ni à l’autre (voire à personne encore).

    En plus synthétique et théorique : où commence la nuisance envers la propriété d’autrui ?

    La subtilité semble être que la propriété la plus « immédiate », son propre corps, ne se limite pas à sa propre enveloppe physique, et se prolonge dans les perceptions que celle-ci engendre (exemples : nuisance sonores, odorantes pour en revenir à mon étron, ou visuelles – mais dans ce cas il reste possible théoriquement de fermer les yeux ou de détourner le regard. / sans parler des cas spécifiques : aveugles, sourds et autres handicapés dont des personnes sournoises peuvent profiter en faisant jouer leur ascendant).

    Est-ce aux gens d’une communauté circonscrites géographiquement (ou autrement) de s’accorder sur une jurisprudence « locale » (faite respectée au moyen d’un ou des tribunaux et milice(s) afférante(s), le tout fonctionnant de manière privée) ?

    J’assimile beaucoup d’idées agoristes de manière assez concentrée. Veuillez m’excuser si mes propos vous paraissent confus.

    Merci encore pour votre « oeuvre »

  8. Corwin says:

    Si j’ai bien compris le principe du homesteading (voir l’onglet « Justice propriétarienne » en haut de la page) j’analyserais les cas comme suit pour le problème de la nudité :
    – vous vous trouvez dans le lieu dont le propriétaire principal est un tiers. Dans ce cas, ce tiers décide s’il souhaite ou non autoriser les gens à se balader à poil sur son terrain
    – vous êtes le propriétaire majoritaire, vive le nudisme, si c’est elle, vous êtes bon pour le caleçon
    – vous vous trouvez dans un lieu sans propriétaire : le premier arrivé acquiert l’usage de l’espace considéré et peut s’y comporter comme bon lui semble. Le suivant s’accommode de son comportement, ou bien va voir ailleurs si c’est mieux !
    Tiens Jesrad, je ne rappelle plus si on a le droit de décapiter l’indélicat qui viole votre propriété privée, rafraîchis-moi la mémoire s’il te plait.

  9. jesrad says:

    « Si j’ai bien compris le principe du homesteading »

    C’est presque ça. En fait la première personne arrivée n’acquiert l’usage véritable que du sol juste en dessous de ses pieds et de l’air qui l’entoure immédiatement et qu’elle respire, rien de plus, à moins qu’elle ne se mette à transformer l’endroit plus avant. La seule présence n’est pas un travail digne de ce nom, le homesteading s’appuie sur l’aspect manifeste et tangible (donc mesurable, et reconnaissable) de l’action de l’homme sur les choses qui l’entourent. Quelque chose est acquise par quelqu’un à partir du moment où il la transforme en premier: il en fait un instrument de sa volonté distincte, et ce caractère d’instrument peut se constater objectivement. Sinon, cela ne reste qu’un élément naturel de plus, ouvert à tout autre usage. Pour faire simple: si je vois un arbre couché en travers d’un ravin, je ne peux pas en déduire que cet arbre appartient à quelqu’un qui l’a mis là, vu que cela arrive naturellement (tempête, glissement de terrain…). Par contre, s’il est élagué et fixé par des pierres, je peux constater en toute objectivité une marque du travail d’autrui (et accessoirement je peux constater que ce pont est ouvert à tout le monde, et m’y engager en espérant que ça tienne).

    C’est une simple question de bon sens, pour vraiment comprendre le homesteading il suffit de se poser la question: est-ce que je contreviens au travail déjà effectué par quelqu’un sur cet objet si j’agis dessus ?

    « Tiens Jesrad, je ne rappelle plus si on a le droit de décapiter l’indélicat qui viole votre propriété privée, rafraîchis-moi la mémoire s’il te plait. »

    Non, puisque son corps lui appartient, mais tu peux le jeter dehors avec autant de force et de moyens qu’il n’a mis à entrer. Remarque, s’il a une arme à la main, tu peux raisonnablement penser que c’est dans le but de s’en servir, et donc lui retourner la faveur en premier.

    Mais je ne crois pas que ce soit à ce niveau-là – celui du homesteading – que la question du nudisme se règle. Quand on arrive à ce niveau de civilisation (= respect mutuel du droit naturel dans une mesure suffisante pour permettre aux gens de vivre ensemble en paix), les règles spontanées qui dépassent du cadre simple du « c’est à moi, et je vous emmerde » comme l’usage des voies ouvertes à tous, la gestion des nuisances sonores, et bien d’autres cas, se mettent en place d’elles-même.

    Je vous propose un exemple frappant: dans notre pays, on roule à droite. C’est une règle qui s’applique d’elle-même, puisque celui qui, tel le nudiste sortant à poil pour faire bisquer son voisin, décide de rouler à gauche au nom de la contrariété se fera rapidement coincer sur la route par d’autres véhicules, voire immobilisé par un crash, et dans le pire des cas aplati par le tank de Michel, un fana d’histoire militaire se rendant à la 14ème convention de reconstitution historique des grandes guerres mondiales.

    Bref: c’est dans l’intérêt de chacun de s’y conformer, donc on s’y conforme (massivement, même si pas totalement). Dans le cas d’un nudiste invétéré, ça n’a strictement aucun intérêt d’être à poil tout le temps pour sortir si, une fois dehors, on n’a nulle-part où aller ni rien à faire parce que pratiquement personne ne veut adresser la parole à quelqu’un dont la bite pendouille à l’air. Autrement dit il peut se constituer des communautés spécifiques de nudistes (ça existe d’ailleurs déjà), mais les règles tacites de ce genre qui s’appliquent déjà aujourd’hui resteraient très certainement les mêmes.

  10. BastOoN says:

    Merci pour ces réponses, que j’avais à peu près déduites par moi-même.

    Il y a juste un point que je souhaite éclaircir :
    « Quand on arrive à ce niveau de civilisation (= respect mutuel du droit naturel dans une mesure suffisante pour permettre aux gens de vivre ensemble en paix), les règles spontanées qui dépassent du cadre simple du “c’est à moi, et je vous emmerde” comme l’usage des voies ouvertes à tous, la gestion des nuisances sonores, et bien d’autres cas, se mettent en place d’elles-même. »

    J’ai des cas concrets là où j’habite depuis quelques mois, un splendide HLM, au rez-de-chaussée :
    > chaque jour, quelques gais lurons situés aux étages au-dessus de mois, balancent l’équivalent d’un cendrier sous ma fenêtre de cuisine, dans un anciennement mignon parterre de fleur.
    J’en ai fait part à l’agence propriétaire du jardin entourant mon appartement (je ne suis locataire que de ce dernier), qui malgré les règles de respect basiques qu’elle a édictées, ne les fait pas respecter. J’en ai évidemment parlé en direct aux personnes concernées avant toutes choses, qui elle-mêmes disent oui-oui mais n’en ont rien à branlotter.
    Quel recours ai-je à part construire ou acheter mon logement et le terrain qui l’entoure (sachant qu’évidemment je n’en ai pas les moyens pour l’heure) ?

    > par extension, comment régler des problèmes plus complexes tels que les nuisances sonores, quand la « civilisation » (à savoir se concerter par anticipation où à émergence du problème potentiel et dégager le compromis le plus satisfaisant pour toutes les personnes concernées) fait défaut ? Exemples concrets :
    – une bande d’étudiants en liesse passe sous mes fenêtres tous les soirs, ne veulent rien entendre comme argumentation rationnelle. Réunir une association des personnes gênées dans le quartier, par anticipation ou a fortiori spontanément est foutrement difficile. La police d’Etat (mais serait-ce mieux avec une milice privée ?) n’est pas capable d’intervenir au moment du problème… (cas vécu par moi-même et par bien d’autres dans une multitude de ville à forte proportion d’étudiants…)
    – une association propriétaire d’un immense terrain décide de l’utiliser en y installant un aéroport. On imagine facilement les oppositions que ce projet peut engendre pour les propriétaires de terrains adjacents ou sur les voies aériennes prioritaires. Là encore, comment mettre tout le monde d’accord ou tout du moins trouver un compromis acceptable ? Est-ce qu’une personne en opposition peut bloquer un projet où le million d’autres sont partants (exemple type du « la fin justifie les moyens » ou peut-on tuer un enfant – ou même un vieillard handicapé sur le point de crevé car condamné par un cancer généralisé – pour sacrifier 2 personnes ou l’humanité entière…) ?
    – plus simplement, la notion de nuisance sonore est relative à tout un chacun. Par exemple, on m’a offert à Noël un magnifique saxophone. Pensant ne gêner personne à cette heure-là, je l’ai utilisé entre 14 et 16h (je suis actuellement au chômage). Après quelques semaines, une jeune damoiselle excédée s’est présenté chez moi. Elle habite au-dessus et, travaillant la nuit, est réveillé en sursaut à chaque fois que je m’y mets. Comme je suis civilisé, j’ai accepté un compromis et on s’est mis d’accord pour que je joue entre 16 et 18h. Mais j’aurai pu très bien l’envoyer balader et la faire chier tous les jours. Elle n’est pas « protégée » par la loi contre les nuisances sonores, et pire – mais n’est-ce pas courant avec la loi -, ne peut pas se venger au moment où ça me ferait le plus chier moi, c’est-à-dire entre 4 et 6h du mat (accessoirement, ça ferait chier bcp plus de monde et elle se retrouverait bien seule la pauvre).
    Bref, une loi forcément arbitraire favorise la majorité décidante. Pas de loi autre que la propriété individuelle, hors la civilisation (mais la barbarie n’est jamais loin), et c’est le rapport de force voire l’escalade.
    J’ai comme l’intuition que la seconde voix est la moins pire des solutions

    Merci de m’éclairer sur ces points.

  11. jesrad says:

    C’est le fameux problème des « externalités » que vous exposez ici. En tant que sujet classique en économie, on sait qu’il existe plusieurs types de solutions, dont les meilleures passent par la négociation directe: votre voisine du dessus est gênée par le saxo ? Elle vous rachète le droit de faire du bruit entre 14h et 16h (par exemple en vous offrant des cookies). Un propriétaire de terrain veut construire un aéroport ? Les voisins peuvent envisager de lui racheter ce droit, ou mieux auraient pu l’acheter auparavant pour être sûr d’être tranquilles (ce qui est plus évident qu’on ne le pense, ce type de pratique est très très courante en matière de contrats d’affaires, elle l’est moins dans d’autres domaines uniquement parce qu’on a pris l’habitude de croire que l’état se chargerait de tout).

    Ronald Coase est un spécialiste de ce sujet, peut-être même le meilleur. Son théorême démontre que ce genre de libre échange des droits sur les propriétés des uns et des autres mène toujours à la meilleure solution.

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