Confusion et hypocrisie

Une photo en noir et blanc, teintée de rouge, d’un enfant manifestement africain, unijambiste et appuyé sur des béquilles. En fond, en rouge encore: « Tu rembourseras ta dette avant d’avoir un hôpital ».

C’est la dernière affiche du CCFD, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, pour son annuelle campagne du Carême, qui avait déjà commis l’aberrant « tu mangeras quand tu seras compétitif » dont certains se souviennent encore (alors que l’agriculture du tiers-monde est tellement compétitive que nos états maintiennent la PAC pour « protéger » nos agriculteurs…).

L’enfant représenté sur cette affiche, qui est-il ? Pourquoi a-t’il une dette: qu’a-t’il emprunté, à qui, combien, et pourquoi ? Est-ce que l’argent de cette dette n’est pas justement l’argent qui aurait déjà dû construire l’hôpital en question ? Pourquoi doit-il forcément « rembourser » avant ? Et rembourser qui ? Qui est supposé lui « donner » un hôpital, après ?

On a dépassé depuis longtemps les frontières de l’absurde… C’est la confusion habituelle des bien-pensants-mais-mal-agissants: confondre la victime et les exploiteurs qui prennent des engagements en son nom et contre son intérêt. C’est l’hypocrisie omniprésente de notre époque: essayer de faire culpabiliser le spectateur pour lui faire cracher des biftons, au lieu de s’attaquer aux vraies causes du problème.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

9 Responses to Confusion et hypocrisie

  1. nicolas says:

    Ils devraient plutot relire leur catechisme.
    Le socialisme produit vraiment beaucoup de phrases idiotes.

  2. A.B. says:

    Ca depend. Si la phrase est prononcee par le gouvernement Africain, elle prend tout son sens. Elle illustre le chantage qu’exerce un gouvernement s’arrogeant le monopole du service public (construction d’un hopital) mais exigeant que les habitants payent une dette qu’ils n’ont pas contracte.

  3. h16 says:

    Dans la catégorie des affiches CCFD, il y en a toute une panoplie avec des slogans tous plus irritants et aggressivement stupides les uns que les autres… Au bout d’un moment, on n’y fait même plus attention. La cause défendue est noyée dans le préchi-précha altermondialeux boiteux. Tout le monde y perd.

  4. Corwin says:

    Il y a une raison pour laquelle on cherche à nous faire porter le poids de la misère du monde, je me permets de copier ici un texte qui m’était venu sur le sujet…

    Les péchés capitaux

    Paresse, orgueil, gourmandise, avarice, luxure, colère, envie. Pourquoi ces sept là ? Pourquoi pas des péchés plus graves, comme le meurtre, le vol, le viol ?
    Précisément parce qu’il fallait des péchés que tout le monde commet, des péchés de tout les jours. Pour créer une culpabilité de tous les jours.
    Une dette qui ne s’efface jamais, puisque chacun de ces penchants est une inclinaison naturelle de l’être humain, un attribut purement atavique.
    Voilà un des mécanismes les plus efficaces grâce auxquels une église, et je prends le terme dans le sens le plus large, bâtit sa puissance : en créant par endoctrinement un dette morale illusoire qui ne s’effacera jamais, et en se la faisant rembourser indéfiniment. Au prix fort.
    Car si le crédit est spirituel, les traites et les intérêts sont généralement bien matériels. Il arrive même qu’on vous demande de payer avec du sang.
    Les partis politiques et les loges médiatiques, qui sont des sectes comme les autres (l’ésotérisme en moins – quoique…), l’ont bien compris. Grâce à eux, nous avons donc tous aujourd’hui une dette morale par rapport aux peuples génocidés et exploités des décennies voire des siècles avant notre propre existence. Peu importe alors que, personnellement, vous n’ayez jamais nui à personne et que vous vous leviez chaque matin pour aller trimer dans une usine, un bureau, et que vous rentriez le corps épuisé mais surtout le cerveau broyé. Vous ne pourrez JAMAIS rembourser. On vous trouvera toujours une paire de grands yeux malheureux embués de larmes accusatrices.
    L’essentiel dans la démarche n’est pas tant de donner de l’argent à ces malheureux. Il se « perd » généralement en route.
    Le vrai but est d’appauvrir financièrement et intellectuellement ceux qui représentent depuis toujours le premier facteur d’instabilité politique : la petite bourgeoisie. Ceux qui ont assez d’argent pour se payer des bouquins et l’éducation nécessaire pour les lire, mais qui n’ont pas assez de pouvoir pour assurer leur sécurité à moyen terme, à la merci du premier revers de fortune qui les enverra droit à la misère. C’est cette petite bourgeoisie qui, lorsqu’elle parvient à réveiller la plèbe amorphe et la ranger temporairement à son côté en lui mettant sous le nez une poignée d’intérêts communs des plus triviaux, est la plus à l’aise dans l’exercice d’assainissement républicain consistant à faire rouler des têtes tranchées sur le sol.
    Il est ainsi fort approprié de faire passer pour des monstres égoïstes et cruels les personnes sensées qui brandissent cet intérêt général, afin d’éviter ce fâcheux effet d’entraînement qu’est la révolution.

    Alors mes amis, prenez une grande respiration, et effacez maintenant celles de vos dettes morales qui ne sont pas liées directement à vos actes d’individu doué de libre arbitre. Vous allez vous sentir plus léger, et surtout plus à même de prendre des décisions qui hier encore vous trouvaient pétri de réticences et d’incertitudes.

    Tiens tant que j’y suis:

    De l’acceptabilité morale d’un choix

    Lorsque vous devez choisir entre plusieurs voies, et que vous suivez en pensée la chaîne d’évènements conséquents à chacune de ces possibilités, ne pensez pas être tombé sur une impasse dès que vous rencontrez un obstacle moral sur une des voies, et ne vous détournez pas encore de celle-ci. Détaillez chaque chaîne jusqu’à son dernier maillon, et alors seulement, vous pourrez comparer les prix à payer.
    Sinon, vous pourriez sans même vous en rendre compte en arriver à sacrifier une planète pour sauver une vie.

  5. Ego says:

    Ils ont un problème au CCFD…

  6. Comprendre le problème de la Dette says:

    L’affiche du CCFD vous fait réagir, c’est au moins ça de gagné. Le problème de la Dette des pays du Sud est en effet très mal compris et connu au sein de la population Française.

    L’enfant représenté sur cette affiche, qui est-il ?

    Un habitant d’un des Pays pauvres très endettés.
    La moitié de ces Pays dépensent plus pour rembourser leur dette que dans le domaine de la santé.
    Par exemple, en 2004, la Zambie a dépensé 150 millions de dollars de plus pour le service de sa dette que ce qu’elle a dépensé pour l’éducation.

    (Pays pauvres très endettés :
    Ce terme désigne les pays satisfaisant à des critères (ou conditionnalités) définis par la Banque Mondiale et le FMI les qualifiant à l’initiative du même nom, destinée à faire bénéficier ces pays de mesures d’allègements de dette exceptionnels (Initiative PPTE). Les PPTE sont aujourd’hui au nombre de 42, dont 38 bénéficient de l’initiative. L’initiative PPTE, lancée par la Banque mondiale et le FMI en 1996 a pour but initial de ramener la dette des pays pauvres à un niveau dit « viable ». Elle a été renforcée en 1999 puis 2001.)

    Pourquoi a-t’il une dette: qu’a-t’il emprunté, à qui, combien…

    En 1980, la dette totale extérieure des pays en développement s’élevait à 603 milliards de $
    En 1990, soit seulement 10 ans plus tard, les chiffres avaient plus que doublé : la dette atteignait 1473 milliards de $.
    En 1997, ce montant s’élève à 2317 milliards de $.
    Aujourd’hui, la dette totale extérieure dépasse le chiffre faramineux… de 2500 milliards $.
    La dette extérieure de l’Afrique est de 300 milliards $.
    Pour 1 dollar dû en 1980, les pays en développement ont remboursé 8 dollars mais en doivent encore 4.

    Pourquoi ?

    Dans les années 60, pour financer leur développement, les nouveaux États indépendants d’Afrique empruntent aux pays riches. Il s’agit alors d’une dette publique bilatérale, avec des taux d’intérêt bas, remboursable à long terme.

    Dans les années 70, le financement du déficit budgétaire américain par un recours à la création monétaire, conduit à l’abandon de la parité dollar/or. Les taux d’intérêt fixes deviennent flottants, au même titre que l’ensemble des monnaies, et tendent à augmenter.

    En 1973, c’est le premier choc pétrolier, les prix de l’or noir sont multipliés par 4. Les énormes bénéfices réalisés par les pays de l’OPEP (les pétrodollars) sont placés dans des banques internationales privées qui font fructifier cet argent en offrant aux pays du Sud des prêts colossaux. La Banque mondiale suit cette tendance. De 1968 à 1973, elle multiplie ses prêts par 10 et plus encore pendant les 5 années suivantes. Face à la crise dans les économies du Nord, les pays riches poussent les pays du Sud “à la consommation” : en prêtant aux pays en développement, ils espèrent trouver de nouveaux débouchés pour leurs produits. Les pays du Sud s’endettent massivement et leur dette est multipliée par 12 entre 1970 et 1980.

    Très peu de contrôle s’exerce alors sur ces prêts, d’autant que, dans le contexte de guerre froide, les pays du Nord poursuivent leurs propres intérêts économiques et politiques. Dans le même temps, les prix des matières premières agricoles (café, thé, cacao…) exportées par les pays du Sud baissent, tandis que le coût du emboursement des prêts, libellé en devises occidentales, augmente. Cette chute des termes de l’échange conduit à une diminution de la solvabilité de ces pays.

    Dans les années 80, les États-Unis inaugurent une politique monétariste et relèvent très fortement leurs taux d’intérêt. Pour les pays emprunteurs qui sont mis devant le fait accompli, la charge des intérêts est multipliée par 3. Ils sont ainsi contraints d’emprunter pour rembourser. C’est le début d’une spirale infernale qui débouchera sur la crise de la dette.

    En 1982, le Mexique annonce qu’il ne peut plus honorer sa dette. Les banques commerciales vont s’efforcer de diminuer leur engagement notamment grâce au système des dotations aux provisions qui permet une baisse d’imposition fiscale. Depuis cette crise, les dettes bilatérales et multilatérales, augmentent tandis que les dettes privées* diminuent. En réponse, la Banque mondiale et le FMI conçoivent des programmes d’ajustement structurel* ayant pour but d’assainir les finances publiques des pays endettés et tenter de rétablir leur solvabilité. La bonne réalisation de ces plans devient une condition sine qua non à l’octroi de nouvelles aides.

    Est-ce que l’argent de cette dette n’est pas justement l’argent qui aurait déjà dû construire l’hôpital en question ?

    Financer des infrastructures, de l’armement, payer la solde de mercenaires ou les fonctionnaires, rembourser d’autres dettes, l’argent emprunté n’a pas toujours eu la destination initialement prévue. Dans certains pays, des dictateurs ou des gouvernements corrompus ont même empruntés de l’argent qui a ensuite été détourné ou qui a servi à contrôler la population. On parle à ce moment-là de Dette odieuse.

    Pourquoi doit-il forcément “rembourser” avant ?

    Les pays riches n’ont pas encore annuler complétement la Dette.

    Obliger ces États à rembourser, signifie réduire leur budget utile, donc accroître la pauvreté et déstabiliser la démocratie en suscitant le mécontentement populaire.

    Les pays riches sont souvent réticents à annuler purement et simplement la dette des pays du Sud, car celle-ci est un instrument de domination sur ces pays. Les pays créanciers peuvent s’en servir pour faire pression sur les gouvernements débiteurs pour des marchés publics ou pour obtenir leur soutien au niveau régional ou international. Le contrôle des pays du Sud par le Nord est ainsi renforcé.

    Et rembourser qui ?

    Les pays riches, en particulier les pays représentés par le Club de Paris.
    Groupe informel des États créanciers les plus riches faisant partie de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Le Club de Paris se rencontre de manière ad hoc, pour négocier la dette contractée ou garantie de manière bilatérale par des débiteurs publics (Etats) auprès de créanciers publics. Crée en 1956, il compte actuellement 19 pays membres permanents, auxquels peuvent se joindre ponctuellement, en fonction du cas (du pays) traité, d’autres créanciers.

  7. jesrad says:

    « Pourquoi a-t’il une dette: qu’a-t’il emprunté, à qui, combien…

    En 1980, la dette totale extérieure des pays »

    « La moitié de ces Pays dépensent »

    « la Zambie a dépensé »

    « le Mexique annonce qu’il ne peut plus honorer sa dette »

    Arg.

    Un « pays » n’a pas de dette, et n’a rien emprunté, pas plus que le lac Victoria n’a d’avis sur la grâce de la mouette en vol, ou que le Mont Everest n’a de préférence pour la glace au chocolat plutôt qu’à la vanille.

    Il faut voir les arbres, pas la forêt dans laquelle ils se cachent. Le gamin de l’affiche n’a pas souscrit de prêt, il ne doit donc rien à personne. Celui qui a emprunté, ce n’est pas « le pays », c’est l’homme de l’état qui a signé le papelard. C’est lui qui doit le fric, au nom du Droit Naturel, et pas le gamin vivotant dans le bidonville.

    Il est urgent d’arrêter les fous qui font endosser leurs propres dettes au reste du peuple. Voilà ce que j’essaie de faire comprendre avec mon texte. L’affiche du CCFD, et votre commentaire, montrent que le combat est loin d’être gagné 😦

  8. Comprendre le problème de la Dette says:

    Le gamin de l’affiche n’a pas souscrit de prêt, il ne doit donc rien à personne.

    Je suis bien d’accord avec vous sur ce point là, mais le système financier international ne l’est pas.

    Lorsqu’un homme d’état, légitime ou nom, emprunte au nom de son pays, les dates contractées doivent être remboursées par le pays, même si l’homme d’état est mort ou a été remplacé par un gouvernement démocratique depuis.

    L’affiche du CCFD visait à choquer pour montrer ce type d’incohérence. Le slogan “Tu rembourseras ta dette avant d’avoir un hôpital” est bien évidemment à prendre au second degré, puisque c’est quelque part le discours des pays riches.

  9. jesrad says:

    Bien sûr, le slogan de l’affiche est à prendre au second degré. Mais comme il est d’habitude chez les bienpensants, elle se trompe d’exploiteurs et conforte le lecteur dans ses réflexes collectivistes. Alors, oui, il y a des dettes qui ne méritent pas d’être remboursées (tant pis pour le prêteur, il n’avait qu’à pas financer un criminel en échange d’une promesse que celui-ci volerait un peu plus à son peuple pour le rembourser – ce qui revient au final à se servir du Pouvoir de l’état), mais regrouper tout l’ensemble sous le nom de « système financier international » c’est un abus. Ce sont souvent des états qui prêtent à d’autres (des voleurs prêtant à d’autres voleurs), quand ils ne se servent pas carrément par la force ou la fraude (exemple: la caisse des dépôts et assignations, les livrets A, la pratique courante du « crédit fournisseurs » par l’administration, etc.) Et là la finance n’y est pour rien. En bref, la corruption n’existe que parce que le Pouvoir existe.

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