Qu’est-ce que le contrat social ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons découvrir ce qu’est… le contrat social !

Le contrat social est la fiction juridico-fantaisiste supposée régir le fonctionnement global d’une société humaine. C’est un contrat de socialisation.

Qu’est-ce qu’un contrat ?
Un contrat est un accord volontaire entre deux personnes ou plus par lequel ces personnes s’échangent des quantités précises de leur souveraineté, autrement dit une partie des droits qu’ils ont sur leur domaine exclusif de liberté. Il peut y avoir transfert d’un élément du domaine exclusif ou permission d’usage d’un élément de ce domaine.

Exemples: échanger un demi-litre de sang frais contre quelques biscuits et la promesse que ce sang sera ensuite échangé auprès de quelqu’un qui en a besoin, échanger quelques morceaux de métal ronds et plats contre un sandwich (dont une partie ira constituer votre corps, et l’autre circulera dedans avant d’en sortir), échanger l’usage d’un appartement pendant une durée donnée contre des morceaux de papier colorés et difficiles à reproduire, échanger l’usage de votre réflexion et de vos muscles pendant une durée donnée contre encore plus de morceaux de papier colorés, etc…

Un contrat est l’expression d’une volonté commune: son application correspond à la volonté de chaque participant. Cela signifie que chaque participant a nécessairement le droit de rompre le contrat quand il le souhaite: dans ce cas l’échange en cours est interrompu, les transferts et les permissions que cet échange concerne sont annulées (on dit généralement que chacun « reprend ses billes »). En revanche un contrat terminé ne peut plus être rompu car il a déjà été exécuté en entier: dans ce monde on peut changer d’avis, mais pas revenir dans le temps. C’est ce qui arrive dans les transactions, dans lesquels il n’y a que des transferts, ou lorsque les périodes de permission d’usage échangées sont finies.

Exemples de ruptures de contrat:
0) Le locataire d’un appartement rompt son contrat de location, donc l’échange du mois en cours (usage de l’appartement ce mois-ci contre une somme d’argent donnée) est rompu. Bilan: le locataire n’a plus droit à l’usage de l’appartement et a en plus violé les droits du propriétaire sur la durée du mois, et si le loyer avait été payé en avance alors la somme versée appartient à nouveau au locataire: en la gardant le propriétaire viole les droits du locataire. Ces deux-là vont devoir faire arbitrer leur différent pour décider d’un nouvel accord, ponctuel, qui établira les compensations entre l’un et l’autre pour le bout de mois d’usage d’appartement et le loyer versé en avance.
1) M et Mme Lampion rompent leur contrat implicite de fidélité mutuelle: M. Lampion cesse de réserver à Mme Lampion, ce que j’appelerais l’usage récréatif exclusif d’une partie de son anatomie, et réciproquement. Dès lors l’un et l’autre peuvent à loisir se chamailler et demander réparation (ou compensation) pour la perte de leurs droits pendant toute la période de fidélité passée (compensations qui s’annuleront l’une contre l’autre, probablement).

Donc, un contrat peut être rompu à tout moment s’il cesse de correspondre aux désirs de celui qui l’a souscrit (mais dans ce cas, on se retrouve coupable d’avoir violé les droits de l’autre). C’est comme ça dans la vie: on a toujours le choix, mais les conséquences agréables ne sont pas garanties. D’ailleurs, si vous voulez des garanties, vous pouvez en avoir de meilleures (quoique pas parfaites) en établissant un second contrat qui stipule les conditions de rupture du premier contrat, un peu comme un arbitrage déjà tout prémâché pour régler les compensations des uns et des autres (d’ailleurs, on appelle ça une « clause compensatoire », dans l’métier).

Alors, le « contrat social » est-il vraiment un contrat ? Oui, car c’est un accord d’échange de vos biens, de divers usages exclusifs de votre propre corps et de votre temps de vie, avec les autres. Comme n’importe quel contrat, il peut être rompu dès que vous le souhaitez, d’ailleurs ceux qui insistent pour vous maintenir lié par ce contrat contre votre volonté ne sont ni plus ni moins que des esclavagistes et des menteurs: peut-on imaginer sérieusement qu’il soit juste qu’on oblige un travailleur à continuer de venir à l’usine s’il ne souhaite plus exercer ce métier ?

Mais, le contrat social interdit d’en sortir…

Et alors ? Si le contrat social est rompu, vous n’êtes plus concerné par toute clause qui interdit de le rompre: une telle clause est sans effet, par définition. Mais il faudra quand même faire face aux conséquences de la rupture: la société sera en position d’exiger compensation pour les usages que vous avez fait des domaines exclusifs des autres membres de la société à travers le contrat social, et pour les biens qu’ils vous ont fourni, de même que vous serez en position de réclamer compensation pour ce qui vous a été pris. En général, pour un citoyen ordinaire, le total est à son avantage, et au désavantage de la société – puisque la société prend plus qu’elle ne redistribue afin de faire vivre tout un tas de parasites occupés à faire des choses destructives, qu’on appelle « hommes de l’état » – tandis que pour un esclavagiste de l’état c’est le contraire (imaginez un peu la compensation, chiffrable en MILLIARDS d’euro, que devrait notre Président El Chi à nous tous…).

Autrement dit, pour rompre le contrat social, il vaut mieux pouvoir faire face aux conséquences, à moins de négocier la sortie: on passe alors d’un contrat social à « durée indéterminée », à un contrat social « light » ponctuel, qui sert de « solde de tout compte ». Pour plus de détails sur cette renégociation du contrat social, lire ceci.

Pour ma part, je peux raisonnablement accepter l’idée que mes parents m’ont fait souscrire au contrat social de la société dans laquelle ils vivent lorsque j’étais trop jeune pour protester. Maintenant que je suis en mesure d’exercer tous mes droits, c’est mon problème de « solder » l’affaire, et je pense sérieusement à garder mes propres enfants en dehors de ce contrat social. Problème: dois-je rompre le contrat social avant de faire des enfants, pour leur éviter d’y tomber eux aussi ? Postez votre avis dans les commentaires !

Anselme Bellegarrigue, lui, n’avait pas ce problème: le contrat social qui pouvait prétendre le lier s’est terminé sur un « dépôt de bilan massif » en Février 1848, et il a refusé de souscrire à celui qui l’a remplacé. C’est ce qui a simplifié sa situation, comparée à la mienne:

Il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de contrat social, d’abord parce que la société n’est pas un artifice, un fait scientifique, une combinaison de la mécanique; la société est un phénomène providentiel et indestructible; les hommes, comme tous les animaux de mœurs douces, sont en société par nature. L’état de nature est déjà l’état de société; il est donc absurde, quand il n’est pas infâme, de vouloir constituer, par un contrat, ce qui est constitué de soi et à titre fatal. En second lieu, parce que mon mode d’être social, mon industrie, ma croyance, mes sentiments, mes affections, mes goûts, mes intérêts, mes habitudes échappent à l’appréhensibilité de toute stipulation; par la raison simple, mais péremptoire, que tout ce que je viens d’énumérer est variable et indéterminé; parce que mon industrie d’aujourd’hui peut n’être pas mon industrie de demain; parce que mes croyances, mes sentiments, mes affections, mes goûts, mes intérêts, mes habitudes changent, ou chaque année, ou chaque mois, ou chaque jour, ou plusieurs fois par jour, et qu’il ne me plaît pas de m’engager vis-à-vis de qui que ce soit, ni par parole, ni par écrit, à ne jamais changer ni d’industrie, ni de croyance, ni de sentiment, ni d’affection, ni de goût, ni d’intérêt, ni d’habitude; déclarant que si je prenais un pareil engagement ce ne serait que pour le rompre, et affirmant que, si on me le faisait prendre de force, ce serait la plus barbare en même temps que la plus odieuse des tyrannies.

Cependant, notre vie sociale à tous est engagée par contrat. Rousseau a inventé la chose, et depuis soixante ans le génie de Rousseau se traîne dans notre législation. C’est en vertu d’un contrat, rédigé par nos pères et renouvelé tout dernièrement par les grands citoyens de la Constituante, que le gouvernement nous enjoint de ne voir, de n’entendre, de ne parler, de n’écrire, de ne faire que ce qu’il nous permettra. Telles sont les prérogatives populaires dont l’aliénation constitue le gouvernement des hommes; ce gouvernement, je le mets en question pour ce qui me concerne, laissant d’ailleurs aux autres la faculté de le servir, de le payer, de l’aimer, et finalement de mourir pour lui. Mais quand bien même tout le peuple français consentirait à vouloir être gouverné dans son instruction, dans son culte, dans son crédit, dans son industrie, dans son art, dans son travail, dans ses affections, dans ses goûts, dans ses habitudes, dans ses mouvements, et jusque dans son alimentation, je déclare qu’en droit, son esclavage volontaire n’engage pas plus ma responsabilité que sa bêtise ne compromet mon intelligence; et si, en fait, sa servitude s’étend sur moi sans qu’il me soit possible de m’y soustraire; s’il est notoire, comme je n’en saurais douter, que la soumission de six, sept ou huit millions d’individus à un ou plusieurs hommes entraîne ma soumission propre à ce même ou à ces mêmes hommes, je défie qui que ce soit de trouver dans cet acte autre chose qu’un guet-apens, et j’affirme que, dans aucun temps, la barbarie d’aucun peuple n’a exercé sur la terre un brigandage mieux caractérisé. Voir, en effet, une coalition morale de huit millions de valets contre un homme libre est un spectacle de lâcheté contre la sauvagerie duquel on ne saurait invoquer la civilisation sans la ridiculiser ou la rendre odieuse aux yeux du monde.

Je ne critique pas le gouvernement ; il a été fait pour gouverner, il gouverne, il use de son droit, et, quoi qu’il fasse, j’affirme qu’il fait son devoir. Le vote, en lui donnant la puissance, lui a dit : Le peuple est pervers, à vous la droiture ; il est emporté, à vous la modération ; il est stupide, à vous l’intelligence. Le vote, qui a dit cela à la majorité actuelle, au président de céans, le dira aussi (car il ne peut dire rien de plus. rien de moins) à une majorité quelconque, à un président quel qu’il soit. Donc, par le vote, et quoi qu’il retourne, le peuple se met, corps et biens, à la merci de ses élus pour qu’ils usent et abusent de sa liberté et de sa fortune ; nul n’ayant fait de réserves, l’autorité n’a pas de limites.

Mais la probité, dit-on, mais la discrétion ? mais l’honneur ? Fumée ! Vous faites du sentiment quand il faut faire des chiffres ; si vous placez vos intérêts sur les consciences, vous placez à fonds perdus: la conscience est un ustensile à soupape.

Réfléchissez un instant à ce que vous faîtes. Vous vous pressez autour d’un homme comme autour d’une relique ; vous baisez le pan de son habit ; vous l’acclamez à l’assourdir ; vous le chargez de présents ; vous bourrez ses poches d’or; vous vous dépouillez, à son profit, de toutes vos richesses ; vous lui dites: Soyez libres au-dessus des libres, opulent au-dessus des opulents, fort au-dessus des forts, juste au-dessus des justes, et vous vous avisez ensuite de contrôler l’emploi qu’il fait de vos présents ? Vous vous permettez de critiquer ceci, de désapprouver cela, de supputer ses dépenses et de lui demander des comptes? Quels comptes voulez-vous qu’il vous rende? Avez-vous dressé la facture de ce que vous lui avez remis ? Votre Comptabilité est en défaut? Eh bien ! vous êtes sans titres contre lui ; le bordereau que vous voudriez présenter n’a pas de base; on ne vous doit rien!

Maintenant criez, tempêtez, menacez, c’est peine perdue; votre obligé est votre maître: inclinez-vous et passez.

Dans les contes bibliques, il est dit qu’Esaü vendit son droit d’aînesse pour des lentilles. Les Français font mieux que cela, ils donnent leur droit d’aînesse et les lentilles avec.

Que dit l’électeur en déposant son bulletin dans l’urne? Par cet acte, l’électeur dit au candidat : je vous donne ma liberté sans restriction ni réserve; je mets à votre disposition, je livre à votre discrétion mon intelligence, mes moyens d’action, mon capital, mes revenus, mon industrie, toute ma fortune ; je vous cède mes droits et ma souveraineté. Subsidiairement, il reste entendu que la liberté, l’intelligence, les moyens d’action, le capital, les revenus, l’industrie, la fortune, les droits, la souveraineté de mes enfants, de mes proches, de mes concitoyens, tant actifs que passifs, tombent, avec tout ce que je vous transmets de mon chef propre, dans vos mains. Le tout vous est remis afin que vous en fassiez tel usage qui vous semblera bon ma garantie, c’est votre humeur.

Tel est le contrat électoral. Argumentez, controversez, discutez, interprétez, tournez, retournez, poétisez, sentimentalisez, vous ne changerez rien à cela. Tel est le contrat. Il est le même vis-à-vis de tous les candidats; républicain ou royaliste, l’homme qui se fait élire est mon maître, je suis sa chose; tous les Français sont sa chose.

Il reste donc bien compris que l’électorat consacre et l’aliénation de ce qui est à soi, et l’aliénation de ce qui appartient aux autres. Il est évident, dès lors, que le vote est, d’un côté, une duperie, et, de l’autre, une indélicatesse, tranchons le mot, une spoliation.

Le vote ne serait qu’une duperie universelle si tous les citoyens étaient électeurs, et si tous les électeurs votaient; car, dans ce cas, ils resteraient quittes, les uns envers les autres, de ce que tous auraient perdu par le fait de chacun, mais qu’un seul électeur s’abstienne ou soit empêché, et la spoliation commence. Que sur neuf à dix millions d’électeurs, trois millions s’abstiennent, – ce nombre est aujourd’hui réalisé, – et les spoliés forment déjà une minorité assez imposante pour qu’il faille en tenir compte. L’antique notion de la probité dans le pouvoir est ébréchée or, remarquez bien que la décadence du pouvoir est en proportion de la ruine de cette notion.

Sur ces bonnes paroles, je cannonise formellement ce grand génie, ce monument de bon sens et d’intégrité qu’était Anselme Bellegarrigue, au nom d’Eris Discordia.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

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