Qu’est-ce que l’utilitarisme de Rawls ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, démolissons ensemble… la théorie de la justice de Rawls !

La théorie de la justice de Rawls ou utilitarisme de Rawls est un ensemble de principes intelligents mais inutiles et dangereux, inventé par John Rawls pour distinguer ce qui est juste de ce qui est injuste dans une situation donnée.

Voyons pourquoi c’est une idée intelligente:

L’utilitarisme de Rawls classe une situation comme « juste » si dans cette situation tout le monde est égal en droit et en liberté, avec le maximum possible de liberté pour tous. C’est intelligent car cela permet d’admettre que les inégalités peuvent être justes, et c’est compatible avec l’idée du maximum de liberté (principe démocratique de la liberté universelle). Ainsi il doit être, pour John Rawls, toujours possible à n’importe qui d’atteindre n’importe quelle situation sociale ou économique envisagée dans la situation jugée… et ce quelque soit ses capacités et les faits incidents*.

Voyons pourquoi c’est une idée inutile:

L’utilitarisme de Rawls tient pour juste une situation si, dans cette situation, tout le monde est égal en droit et dispose du maximum possible de liberté. Mais John Rawls définit ce maximum de liberté d’une manière particulière: pour lui les libertés sont équitablement réparties si personne ne préfère la situation d’un autre à la sienne. C’est une idée inutile pour décider le juste car elle ne s’applique pas au monde réel: les individus ont des priorités différentes, des envies différentes, donc des utilités différentes, et il est impossible dans la pratique de connaître et d’anticiper en totalité ces différences d’utilité tout comme il est impossible de les comparer entre chaque personne pour en tirer une valeur utile à quoi que ce soit: il est impossible de comparer le bonheur d’Alain d’avoir sa bicyclette avec celui d’Arthur d’avoir son échelle de peintre, et encore moins de dire combien « vaut » la différence entre les deux bonheurs en dehors d’une négociation d’échange de bicyclette contre échelle de peintre entre les deux.

En fait John Rawls généralise de manière absolue la solution du « je coupe, tu choisis ta part » du problème de partage de gâteau. Pour lui la société n’est juste que si chacun, ignorant quelle place il aura dans cette société (il appelle cette situation la position d’origine, où les gens sont impartiaux car leur position personnelle est masquée par un voile d’ignorance), estime que chaque place se vaut: en s’assurant que personne ne sera lésé, il ne fait que répartir équitablement l’insatisfaction, donc sans vraiment satisfaire personne; c’est simplement la politique du moins pire.

Exemple:
Vous et moi, nous nous partageons une pizza. J’aime beaucoup la garniture, un peu moins la pâte et beaucoup moins la croûte, alors que vous aimez la croûte, un peu moins la garniture et beaucoup moins la pâte.

Dans la théorie de Rawls, un partage égal en deux de la pâte, de la garniture et de la croûte est juste: globalement, nous aimerons autant l’un que l’autre une partie de la pizza et détesterons autant l’un que l’autre le reste… mais franchement, ce n’est pas ce que vous et moi cherchons vraiment à obtenir: nous sommes également insatisfaits, c’est peut-être juste mais pas génial.

Si nous échangeons nos informations (« je préfère surtout la garniture », « je l’aime bien aussi mais je préfère la croûte », « ah bon, ça tombe bien je l’aime pas, la croûte », « moi c’est la pâte que j’aime pas », etc.) nous pouvons engager une transaction et établir librement une situation qui est tout aussi « juste » mais que les règles de Rawls ne permettent pas d’obtenir directement: un partage où nous nous échangeons librement un peu de pâte par ci et un peu de croûte par là contre de la garniture en négociant, etc… jusqu’à arriver à un partage inégal des morceaux de la pizza qui nous convient tous les deux, au mieux de nos préférences respectives.

John Rawls dira « puisque ça vous convient tous les deux au mieux, c’est une situation juste! » mais en vérité, il ne fait que raisonner à l’envers et confondre cause et conséquence: c’est parce que nous avons établi ensemble librement ce partage qu’il nous convient au mieux, et pas l’inverse; et ce n’est pas non plus parce que la situation ne favorise pas l’un sur l’autre – ce que pourtant personne ne peut déterminer en dehors de notre négociation.

Autre chose: bien qu’il compare les situations des gens entre eux, à aucun moment Rawls ne prend la peine de faire des comparaisons entre les positions de ces gens et celles des « arbitres impartiaux ». Autrement dit, il juge de la valeur de tout… sauf celle de sa propre théorie, qui est utilisée comme absolu moral, puisque les « juges » n’ont pas le droit d’appliquer la théorie à elle-même.

Voyons maintenant pourquoi c’est une idée dangereuse:

Ainsi, pour Rawls il est juste que je possède la seule fusée spatiale permettant d’aller sur Mars à la condition que je paie tous les autres pour cette liberté (en fait c’est un bien et pas une liberté, mais bon, admettons) à travers, par exemple, des impôts dont le montant serait réparti entre tous les autres gens proportionnellement à l’envie que ma fusée leur procure à chacun.

En fait, Rawls est parti d’une idée simpl(ist)e: celle qui dit que le monde entier, et tout ce qui s’y trouve y compris vos biens, votre corps et aussi votre vie, constitue un « gâteau » appartenant à tout le monde et que tout le monde doit se partager équitablement, de force. Vous avez bien lu: il dit que votre vie ne vous appartient pas, mais doit être répartie équitablement entre tout le monde.

Illustrons ça encore un peu:

Rawls explicite ses critères de « juste/injuste » de la manière suivante:
– la situation doit maximiser l’utilité pour tous (donc il reconnaît que le partage inégal et libre de pizza est « plus juste » que le partage égal)
– la situation ne doit pas diminuer l’utilité de l’un plus que celle de l’autre

Situation: Gudrun marche dans la rue. Rastal, qui a simplement envie de tuer quelqu’un, surgit armé d’un couteau et essaie d’assassiner Gudrun. Gudrun réagit en bondissant en arrière, et plante sa propre dague dans le coeur de Rastal qui s’effondre raide mort.

Pour Rawls, la situation est juste parce que si les rôles étaient inversés, on aurait la même quantité d’utilité (un mort et un vivant, en supposant que chacun aimait autant la vie !), mais à condition que la perte d’utilité de Rastal soit compensée équitablement par Gudrun: celui-ci devra donc payer aux héritiers de Rastal quelque chose ressemblant à la moitié de la valeur moyenne que Rastal et Gudrun accordent à leur propre vie.

C’est encore plus dément si on considère que Rastal détestait Gudrun: en tuant Gudrun, il aurait augmenté son utilité, donc Gudrun doit aussi compenser cette « perte ». Et ça devient carrément invraisemblable si en plus Gudrun a apprécié de tuer Rastal (il avait secrétement une dent contre lui et n’attendait que l’occasion de le faire impunément, ou bien c’est un psychopate qui n’ose pas passer à l’acte sans y être contraint) ou s’il a détesté ça: dans ce cas il faut aussi mesurer l’appréciation ou la dépréciation de Gudrun pour ajuster la compensation à la famille de Rastal…

En fait, pour Rawls, il serait même juste que Rastal tue Gudrun si Rastal y prend plus de plaisir que Gudrun n’a de plaisir à vivre (et que le reste de la société s’en fiche quelque soit le résultat), mais alors ce serait à Rastal de compenser les héritiers de Gudrun de la moitié de la différence de « plaisir ». C’est comme si Rastal achetait la vie de Gudrun après coup, contre son gré**.

On voit clairement, dans cet exemple, que Rawls tente l’impossible: comparer le bonheur de l’un avec le bonheur de l’autre, et mettre un prix dessus. En fin de compte il tente d’inventer des principes théoriques qui devraient remplacer absolument le libre arbitre: toute destruction pouvant mener à une situation « juste » selon Rawls est légitimée même contre l’avis de ceux qui sont lésés, seule leur insatisfaction finale est « également répartie ». A aucun moment cette théorie ne tient compte de la volonté de chacun en dehors des comparaisons d’utilités entre les gens.

Mais la théorie de Rawls a encore un autre problème:

En effet, dans le monde réel, les gens changent d’avis sans arrêt. Si demain les gens deviennent plus envieux de ma situation qu’avant, la théorie de Rawls soutient qu’il faut augmenter mes impôts vers les autres pour compenser cette envie: je suis alors puni sans rien avoir fait.

Ca veut aussi dire qu’il faudrait continuellement réévaluer la « valeur » de chaque chose pour tout le monde, sans arrêt, pour « équilibrer les comptes » entre tout le monde en permanence, ce qui est tout simplement impossible dans le monde réel. C’est donc un modèle de droit dont les règles changent en permanence de manière imprévisible. Drôle de justice !

Allez, le dernier clou dans le cercueil de cette théorie:

Si ma situation devient soudain plus enviable par les autres, alors que je n’ai pas les moyens de compenser les autres pour leur regain d’envie, ma situation m’est prise de force et donnée à celui qui pourra payer, s’il existe… ce qui n’est pas garanti, et la théorie mène à l’impasse dans ce cas.

Exemple: persuadé que la Terre va être détruite par un déluge dans un avenir proche, Monsieur Noé Lampion bâtit une Arche pour sauver sa famille et ses troupeaux. Tout le monde se moque de lui, une Arche à l’intérieur des terres, sur une colline, n’a aucune valeur pour tous les autres. Le système de Rawls fait que c’est M. Lampion qui est payé par les autres – car leurs vies sont plus intéressantes et donc plus enviables que celle de Noé qui trime et sue pour rien. Le déluge arrive, tout d’un coup l’Arche prend une grande valeur pour tout le monde, et donc le système de Rawls dit qu’il faut la répartir équitablement entre tout le monde de manière à ce que chacun soit également satisfait de sa situation, sans avantager personne… Il n’y a pas assez de place pour tout le monde, et personne n’est disposé à accepter même tout l’or du monde en échange d’une mort certaine. Conclusion: pour Rawls, la seule issue juste est de découper l’Arche en parts égales pour les distribuer comme « primes » (afin de maximiser l’utilité de chacun, aussi futile que ce soit), et laisser tout le monde mourir, comme ça personne ne sera plus avantagé qu’un autre.

Et dire que John Rawls appelle ça « justice »… Tous morts, tous équitables.

Comme on le voit ici, assumer que la situation « juste » est celle où les positions de chacun seraient interchangeables sans gêner personne est totalement irréaliste: elle ne tient aucun compte de l’assymétrie d’information qui peut exister entre les gens. Noé sait que le déluge arrive, les autres ne le savent pas, et donc ni Noé ni personne ne peut se placer dans la situation impartiale où il saurait et ignorerait un fait déterminant, simultanément.

En fait, en voulant compenser les inégalités naturelles (celles qui sont le fait de la nature et non de la volonté humaine) Rawls se prend pour Dieu: il imagine qu’il est possible de garantir ce qui ne l’est pas (il part du principe qu’il y aura toujours assez de richesse pour compenser toute inégalité, or il n’y a qu’une seule Arche dans l’exemple de Noé). De ce point de vue, sa théorie de la justice n’est rien de plus qu’une révolte absurde contre « l’injustice » perçue de l’Univers, c’est une confusion grave entre ce qui relève du domaine de l’éthique (les actions humaines) et ce qui n’en relève pas (les faits naturels). Et pourtant cette théorie est aujourd’hui la fondation de la « justice sociale » que défendent et imposent sous menace de mort nos étatistes festifs, citoyens et solidaires. En réalité tout ça n’a rien à voir avec la justice proprement dite, ni même avec la réalité, c’est seulement l’expression d’une envie d’égalitarisme irrationnel, un mouvement de frustration vain et haineux lancé contre l’Univers.

Ce cours est terminé, vous trouverez les sacs à vomi sous vos sièges, comme d’habitude.


* pour Rawls, il est juste que les aveugles soient payés par tous les autres uniquement parce qu’ils ne pourront jamais être typographes ni profiter du cinéma autant que les autres. Le fait qu’on puisse les aider librement par charité lui est étranger, il ne conçoit que la « solidarité » comptable et obligatoire.
** la vie de Gudrun est « répartie équitablement » entre lui et Rastal contre compensation…

À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

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