Un cauchemar familier

Un matin de Printemps en France, au nom de la lutte contre la faim en France, de la justice sociale et de la solidarité nationale, la classe politique décida que les Restos du Coeur disposeraient du pouvoir de prendre des contributions financières par la force à n’importe qui, comme les institutions de l’état à travers le Fisc.

Au début, les dirigeants des Restos du Coeur décidèrent d’un montant modeste à prendre à tout le monde, dans un souci d’égalitarisme, pour enfin financer une bonne fois pour toute « la fin de la faim ». Puis ce montant fut progressivement augmenté, et devint proportionnel à la richesse perçue par « l’assujetti-contributeur ». Pendant ce temps, des tas de gens, au lieu d’aller manger à la cantine de leur employeur ou dans un établissement spécialisé (fast-food, sandwicherie, restaurant, etc…) commencèrent à aller à la place, de plus en plus nombreux, aux distributions gratuites afin d’économiser leurs sous.

En parallèle, la direction de l’association se croyait enfin capable de mettre un terme à la faim en France, puisqu’ils disposaient désormais de moyens apparemment illimités pour mener leur combat: le budget explosa, les achats de nourriture furent beaucoup plus massifs, au point que les contributions volontaires ne pesèrent vite plus grand chose face aux ponctions forcées.

Le nombre de bénévoles, lui, diminuait (ils se disaient que désormais les Restos du Coeur avaient tous les moyens nécessaires, et donc plus besoin de leur aide), ou en tout cas ne fut plus suffisant pour suivre cette augmentation de l’activité: il fallut alors embaucher des suppléants payés le SMIC ou plus.

Très vite, la plupart des bénévoles exigèrent le même traitement, ou au moins quelque compensation, par « solidarité » ou par « égalité » avec les embauchés. De même, tous ceux qui donnaient jusque là volontairement aux Restos du Coeur arrêtèrent rapidement, puisqu’ils donnaient déjà plus à travers les ponctions obligatoires.

De même, les gros revendeurs de nourriture industrielle et les grosses centrales d’achat auprès de qui l’association se fournissait se rendirent compte qu’ils pouvaient gagner beaucoup en augmentant leurs prix. Bien sûr, ils perdirent des clients en à côté, mais plusieurs de ceux-là devaient alors passer par l’association pour manger, et la boucle était bouclée, les profits démultipliés à travers les ponctions obligatoires. L’association était bien obligée de continuer à lutter contre la faim, après tout, et donc de prendre aux gens l’argent nécessaire pour compenser.

Les employés des Restos du Coeur se mirent alors à exiger des « conditions de travail plus humaines » (c’est à dire des horaires moins chargés et des primes) sous peine de laisser mourir de faim tous les gens dépendants de l’association pour vivre. Ainsi fut fait.

Les dirigeants des Restos du Coeur qui avaient des scrupules à augmenter les contributions, le nombre de repas servis et le nombre de « bénévoles » grassement rémunérés furent vite évincés par des individus moins hésitants. Le rythme accélérait encore sous leur direction. Abandonner le système paraîssait déjà impossible à quiconque: tous ceux qui osaient déclarer ouvertement vouloir en finir avec les Restos du Coeur étaient alors fustigés, harcelés, et même poursuivis en justice pour « méchanceté ». Une loi interdisant « l’incitation à la non-entraide » fut vite passée afin de punir sévèrement toute remise en question des pouvoirs des Restos du Coeur.

A partir de là, tout le monde payait de grosses contributions obligatoires pour la lutte contre la faim, et donc tout le monde se trouvait justifié d’aller lui-même aux Restos du Coeur. De toute façon les restaurants privés, les fast-food, les sandwicheries étaient ruinées par cette concurrence incroyable, leurs emplois perdus, leur diversité anéantie. Il ne restait que les grosses centrales d’achat, les grands industriels de la nourriture toute faite choisis par les dirigeants des Restos du Coeur (suivant leurs relations personnelles plus que la qualité de leurs produits, d’ailleurs), et donc plus personne n’avait le choix de ce qu’il mangeait: Restos du Coeur pour tous.

Tout le monde était enfin égal face à la faim: on mangeait tous la même merde, et au même prix démesuré, pour le plus grand profit des mêmes quelques guignols arrivistes et esclavagistes. Un exode massif, un flot d’émigrants en nombre démesuré jamais vu depuis la Révolution se mit à quitter le « pays où tout le monde mange à sa faim » pour aller retrouver le souvenir des pizzas artisanales, cuisines traditionnelles ou exotiques, mets raffinés, tous ces luxes bourgeois bannis du pays qui en avaient pourtant fait naître tant…

Et quelques temps plus tard, après avoir passé sous silence diverses famines sensées être « impossibles » depuis à la collectivisation forcée, le gouvernement s’attaquait enfin au problème du logement, avec les mêmes méthodes…

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

3 Responses to Un cauchemar familier

  1. wyler says:

    Génial ! en plein dans l’actuel.
    bonne année et continue

  2. Mateo says:

    Ça me rappelle très fortement le billet de Vincent Bénard écrit peu après le tien et intitulé « Si la restauration était gérée comme la santé »: http://www.objectifliberte.fr/2007/02/si-la-restaurat.html

    Se serait-il inspiré du tien?

  3. jesrad says:

    Non, ça m’étonnerait, surtout qu’à l’époque je n’avais vraiment pas beaucoup de lecteurs.

    D’ailleurs je n’en ai pas beaucoup aujourd’hui non plus 😀

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