Qu’est-ce que le droit ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons essayer de comprendre ce qu’est… le droit !

Le droit, c’est l’ensemble des règles qui définissent l’éthique régissant les actions inter-individuelles: c’est un domaine scientifique d’étude, d’observation et de compréhension du fonctionnement réel de l’action et de l’interaction humaine.

Attention, il ne faut pas confondre la loi et le droit: la loi est un instrument normalement destiné à connaître le droit (mais plus généralement utilisé par l’autorité pour maintenir la sujétion). La méthode de conception de la loi dans nos états actuels est tout sauf rationnelle, ce qui en fait un piètre instrument pour connaître le droit: tout comme un thermomètre conçu par un fabricant de systèmes de chauffages risque de donner (en l’absence de compétiteurs fabriquant d’autres thermomètres) une mesure contenant tous les biais qui favoriseront ce fabricant, la loi conçue dans des états autoritaires est généralement très différente du droit réellement voulu par leurs sujets.

La loi est la carte, et pas le territoire, du droit.

Comme chaque être humain a ses propres priorités et valeurs morales, le droit est différent pour chacun, dans des proportions très variables. Au delà des considérations de « qui a raison et qui a tort » ou « qu’est-ce qui est juste ou injuste », la simple existence de ces différences, en tant que fait réel, doit guider notre étude du droit.

Voyons ce qu’est le droit dans une hiérarchie d’autorité: dans ce système d’organisation de l’action humaine, le droit est l’ensemble des règles décidées par l’autorité, appliqué sous menace de mort vers le bas de la pyramide de sujétion. En clair, la conception du droit des hommes de l’état est imposée partout: soit on se soumet à cette conception (on accepte le système de droit de l’autorité), soit on est exécuté (et la conception variante du droit disparaît), soit on échappe à la sujétion entièrement (on est en dehors de la pyramide), dans tous les cas il ne persiste qu’une seule version du droit dans toute la pyramide. Chaque fois que l’on s’écrie « Il faut une loi pour… » ou « Il faut que l’état fasse… », ce que cela signifie vraiment, dans les faits, c’est « Il faut que des types armés forcent des types désarmés à faire… ».

C’est un système très connu, dont les résultats peu reluisants peuvent être analysés par n’importe qui étant donné la masse écrasante de données recueillies sur le sujet. Voyons maintenant ce que donne le droit dans l’autre forme émergente d’organisation de l’action humaine:

Dans une anarchie, chacun construit et applique sa version du droit, mais l’interaction libre entre les gens provoque des conflits partout où ces versions du droit diffèrent en s’empiétant: en l’absence d’autorité et donc d’asservissement forcé de l’un par l’autre, les conflits se résolvent de trois façons différentes: l’évitement (les conceptions du droit coexistent en dehors du domaine où elles sont en conflit), la négociation (les conceptions du droit sont modifiées pour atteindre un compromis satisfaisant les parties en conflit, partant du principe que ni l’un ni l’autre ne doit prévaloir de façon contraignante sur l’autre pour quelque raison arbitraire que ce soit), et l’application double (la solution commune aux deux systèmes est appliquée).

Voyons de plus près cette dernière méthode de résolution des conflits:
Micheline est propriétaire d’un champ dans lequel elle fait pousser des patates particulièrement délicieuses, et elle croit à une conception libertarienne du droit. Robert est entrepreneur indépendant des systèmes de communication sans fil, et croit à une forme de droit permettant à quiconque de prendre possession des terres d’un autre pour en faire ce que l’on veut (c’est une variante de droit libertarienne connue sous le nom de géolibertarianisme).

Note: je prends volontairement deux formes très proches du droit pour que la solution de double application soit très simple, mais ça marche dans toutes les situations pour toute conception du droit appliqué de manière universelle.

Le coeur de cette méthode c’est que la liberté est le fait de n’obéir qu’aux règles extérieures consenties, ce qui signifie que toute violation de la liberté est également une permission de réaction égale: l’agression est aussi une permission de contre-agression.

Robert entre dans le champ de Micheline et commence à y creuser un trou pour y planter les fondations d’une tour-antenne de téléphonie sans-fil, conformément à sa volonté et sa conception du droit. Micheline applique alors sa volonté et sa conception du droit ainsi que la conception du droit de Robert: elle reprend possession de son bout de terre et le remet dans l’état initial alors que Robert a dans les mains une poutrelle de métal qu’il allait planter dans le trou qu’il venait de faire. L’un fait, l’autre défait juste derrière. L’éthique géolibertarienne de Robert lui interdit de frapper Micheline (ce qui en passant serait une tentative de créer un mini-état de deux personnes: une sortie de l’anarchie), et l’éthique libertarienne de Micheline lui interdit de faire plus que l’agression initiale (telle qu’elle est perçue) pour obtenir restitution. La situation (cocasse) continue comme ça jusqu’à ce qu’ils décident d’appliquer mutuellement une des deux autres méthodes de résolution des conflits vues ci-dessus (très probablement, l’évitement: Robert ira voir ailleurs s’il ne peut pas plutôt aller emm… un autre géolibertarien). Les droits de l’un et de l’autre ne sont pas violés.

Imaginons cette même situation, avec Micheline ayant cette fois une conception plus Tolstoïenne du droit: elle accepterait simplement l’intrusion dans son champ sans rien dire, au mieux elle dresserait une barrière autour de son champ. Là encore, les droits, tels qu’ils sont perçus par l’un et par l’autre, ne sont pas violés.

Imaginons maintenant un Robert irrationnel, ayant une conception du droit qui justifie l’usage de la force pour prendre possession de choses ou d’autres. Micheline peut alors, dans le respect de sa conception du droit et celle de Robert, aller jusqu’à assommer Robert d’un coup de bâton et le jeter dehors. Les droits de l’un et de l’autre ne sont pas violés.

Bon, c’est une approche très simplifiée ici, ces exemples servent juste à illustrer la méthode. Mais elle est parfaitement applicable dans la réalité (je rappelle qu’elle a été appliquée avec succès pendant des siècles dans plusieurs pays, comme l’Irlande et l’Islande – encore une fois).

Si Micheline avait été objectiviste, par exemple, elle aurait sorti son tromblon (ou fait appel à son assureur contre le crime) et poussé Robert dehors du bout du canon. En faisant cela elle aurait aussi volontairement misé sa propre vie sur sa conception du droit dans une éventuelle double application, et Robert pourrait tenter lui aussi de miser la sienne. Dans le monde réel, Robert prendrait alors la fuite (évitement), ou alors il serait tenté de sortir lui aussi une pétoire pour répondre à ce qui serait, dans sa conception du droit, une agression (et là, ils seraient bien obligés de négocier, ou à défaut d’en venir à la double application homicide)… non ?

En fait, dans le monde réel, peuplé de gens réels comme vous et moi, ce genre de situation (qui constitue, c’est malheureux mais c’est ainsi, la double application de leur conception du droit: au final, c’est ce qu’ils veulent, c’est le résultat ultime de leurs règles choisies volontairement s’ils refusent obstinément la négociation ou l’évitement) est très très rare, puisque l’un et l’autre, tout comme l’écrasante majorité des gens des pays développés, ont mieux à faire que de se balader avec des armes à feu chargées et de les brandir à tout bout de champ (de patates) dès le moindre problème. Bien plus probablement, ils contacteraient chacun leurs assureurs privés contre le crime, qui se mettraient d’accord par l’évitement ou la négociation (plus certainement, ils auraient déjà un accord préalable pour ce genre de conflit), décision qui serait appliquée par les deux zozos comme ils s’y sont engagés contractuellement auprès de ces assureurs.

Voilà comment marche le respect mutuel de conceptions différentes et conflictuelles du droit, coexistant dans une anarchie. On appelle cela le désordre juste 😉

Le droit dans l’anarchie ne s’arrête pas là, l’interaction libre des individus agit sur le droit: chacun oberve, et constate autour de lui, les conceptions du droit qui marchent, et celles qui ne marchent pas, et fait ses choix en conséquence. C’est comme ça que chacun participe, par ses choix et ses actes, à la conception et l’application décentralisée de la loi en anarchie: la société toute entière est alors le reflet des volontés de chacun, en permanence, et tout le monde peut y prendre part volontairement.

Comme l’existence détermine la vérité (ce qui est faux c’est qui ne peut exister, et pas seulement dans l’instant présent), ultimement, le droit de chacun évolue par ces différentes méthodes (notamment la négociation), du fait des lois de l’Univers qui s’y appliquent tout le temps et en tout lieu, jusqu’à ce qu’il ne reste en pratique que des versions du droit plus ou moins différentes mais pouvant coexister avec le minimum de casse (la dissipation répressive tend vers un minimum), correspondant aux volontés et aux valeurs morales de chacun à la fois.

La forme de droit qui délimite très précisément et très simplement la liberté de chacun sans jamais empiéter sur la liberté de quiconque (jamais contradictoire, donc toujours cohérente), elle est connue depuis très longtemps: c’est le Droit Naturel. Plusieurs formes différentes de ce droit ont émergé empiriquement de la manière décrite plus haut (évolution sur la durée, en l’absence d’une autorité législative et judiciaire centrale, de la Common Law dans divers pays) ou par « génération spontanée », c’est-à-dire par conception théorique logique basée sur l’axiome d’existence, méthode utilisée depuis Lao Tseu jusqu’à nos jours, en passant par Socrate, Aristote, Cicéron, Saint-Augustin, Thomas d’Aquin, Baruch Spinoza, John Locke, Benjamin Franklin, Immanuel Kant, Lysander Spooner, Frédéric Bastiat, Gustave de Molinari, Ayn Rand, Murray Rothbard, etc…). On connaît plusieurs versions un peu différentes mais pas plus absolues l’une que l’autre de ce Droit Naturel, exprimées dans la Magna Carta britannique, le Bill of Rights américain (préambule de la Contitution des USA) et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Pour terminer ce cours, encore une chose: le simple fait de coexister pacifiquement sans être tous d’accord sur les actions des uns et des autres est la preuve irréfutable que la croyance en une vérité unique du bien et du mal, ou du juste et de l’injuste, n’est jamais en soi une justification que nous jugeons, pour la quasi-totalité d’entre nous, ainsi que le démontre nos propres actes quotidiens, suffisante pour exécuter ceux qui ne sont pas d’accord avec nous. On ne voit quasiment jamais un citoyen de pays civilisé, même sympathisant communiste, se servir de force, arme à la main, dans l’étal du boulanger (alors qu’il ne tient pas la propriété privée comme juste et que sa conception du droit justifie l’usage de la force contre cette propriété privée), et je n’imagine pas qu’un seul de mes lecteurs, en désaccord avec une de mes âneries quotidiennes pour une raison ou une autre, ne croie justifié de venir chez moi pour m’enlever sous menace de mort et de me séquestrer dans une cage jusqu’à ce que je change d’avis.

Alors, cessons de demander à l’état de faire précisément ça.

Je remercie Stefan Molyneux pour la dernière idée expliquée à la fin de ce cours.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

4 Responses to Qu’est-ce que le droit ?

  1. Dede says:

    tout ça pour ça… C’est en fait toujours la même litanie que tous vos blogs resasse… Ce qui m’appartient ne peut m’être enlevé et l’Etat etc…

    Vous oubliez toujours une chose importante. C’est : comment Micheline a-t-elle acquis l’argent lui permettant son foutu champ de patates ? Dans mon droit à moi, si c’est en spéculant sur des titres de l’entreprise dans laquelle j’exerçais et que cette pratique aidée de quelques autres a amené à sa fermeture et à la perte de mon job, je n’aurais aucun scrupule à venir bouffer les patates de Micheline et à lui foutre mon poing sur le nez par la même occasion…

    En résumé mon droit à moi c’est tout ce que tu as pu obtenir autrement que par ton travail en profitant d’un système totalement déconnecté de la réelle valeur économique des produits m’appartient autant qu’à toi si ce procédé m’a valu en contrepartie la perte de mon pouvoir d’achat sans que je n’aie commis de faute..

    Quand à la suggestion dont vous nous gratifiez dans votre dernier couplet, n’en faites pas trop, ça pourrait donner des idées….

  2. jesrad says:

    « comment Micheline a-t-elle acquis l’argent lui permettant son foutu champ de patates ? »

    Ca ne vous regarde pas, mais je crois savoir qu’elle l’a obtenue soit en se l’appropriant alors qu’il n’était à personne, par son travail, ou alors qu’elle l’a obtenue de son propriétaire légitime, volontairement.

    « Dans mon droit à moi, si c’est en spéculant sur des titres de l’entreprise dans laquelle j’exerçais et que cette pratique aidée de quelques autres a amené à sa fermeture et à la perte de mon job, je n’aurais aucun scrupule à venir bouffer les patates de Micheline et à lui foutre mon poing sur le nez par la même occasion… »

    La double application entre Micheline et vous risque de vous déplaire. Si vous êtes violent, vous récolterez la violence en retour chaque fois que vous agresserez un anarchiste, et c’est exactement ce que vous aurez voulu, en fin de compte. Vous n’êtes pas très civilisé, je trouve…

    « déconnecté de la réelle valeur économique »

    La « vraie valeur économique » c’est celle que chacun attribue à chaque chose. Tout le reste n’est que montage mathématico-physico-charlatanesque déconnecté de la réalité humaine, et destiné à manipuler les gens.

    « Dans mon droit à moi, si c’est en spéculant sur des titres de l’entreprise dans laquelle j’exerçais et que cette pratique aidée de quelques autres a amené à sa fermeture et à la perte de mon job, »

    Vous voulez sûrement parler de la distortion économique imposée par l’état à grands coups d’argent virtuel et de capitalisme d’état ? Si c’est bien le cas, je compatis, et vous invite à partir de ce pays pour trouver une meilleure situation. Si vous croyez sérieusement que c’est le vilain nactionnaire qui vous a mis au chômage, désolé, mais vous vous trompez d’exploiteurs. Demandez-vous plutôt pourquoi votre ex-employeur a dû vendre, pourquoi la valeur de la boîte a varié de manière si néfaste, pourquoi l’état, qui a pompé tellement d’argent sur votre dos pendant que vous bossiez, ne prend pas la moindre responsabilité dans votre licenciement (les allocs chômage, vous les avez cotisé en plus), pourquoi vous n’arrivez pas à retrouver du boulot facilement dans ce pays, et surtout pourquoi c’est vous qui avez été viré et pas un autre (au besoin, je vous prêterai un miroir).

    « Quand à la suggestion dont vous nous gratifiez dans votre dernier couplet, n’en faites pas trop, ça pourrait donner des idées… »

    Décidément, vous n’êtes pas fréquentable.

  3. Faré says:

    excellent article.
    Où est le feed pour ton blog? G pa trouvé…

  4. jesrad says:

    Oups, voilà, c’est réparé.

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