Qu’est-ce que l’état ?

Aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, nous allons nous pencher sur la nature et les origines de… l’état !

L’état est le nom donné au groupe d’hommes qui s’arrogent le monopole de la violence à l’intérieur d’un territoire géographique arbitraire: les actions de l’état peuvent toutes être ramenées, fondamentalement, à une agression, qui prend généralement la forme de la coercition sous menace de mort.

Par exemple, s’il sied à un homme de l’état d’empêcher quiconque de fabriquer des cages à oiseaux dont les barreaux sont d’une épaisseur inférieure ou supérieure à ce qu’il décide, la hiérarchie de l’état s’empressera d’exécuter sa volonté par la violence: si quelqu’un fabrique des cages à oiseaux ne respectant pas la volonté de l’homme de l’état, des lettres de menace lui seront envoyées pour lui intimer d’arrêter. La teneur de ces menaces reste vague: séquestration, pillage et vandalisme sont évoqués. Si il n’obtempère pas, les hommes armés de la hiérarchie d’état se présenteront chez lui pour le menacer plus directement. S’il refuse encore de se soumettre, ces hommes armés tenteront de l’enlever pour le séquestrer, pour ensuite piller et vandaliser ses biens. Et s’il essaie de se défendre contre cette tentative d’enlèvement et de cambriolage, il sera exécuté sur place. C’est ainsi que l’état régule l’épaisseur des barreaux de cages à oiseaux, ou tout autre chose que les hommes de l’état désirent contrôler.

Ce système est bien rôdé, il fonctionne sur la peur, la propagande de masse (les systèmes éducatifs sont toujours sous le contrôle de l’état, qui décide du contenu de cet enseignement même quand les écoles sont privées; les systèmes d’information sont régulés par l’état, qui décide du type d’information pouvant être diffusées, et dans quelles conditions – l’Internet pose toutefois des problèmes insolubles à ce contrôle) et le monopole des armes (quel que soit le pays, l’état dispose toujours de plus d’armes, plus destructrices et plus efficaces que ce dont il permet aux autres de disposer), ainsi les victimes obéissent presque toujours car elles n’ont ni la volonté ni les moyens de se défendre, évitant aux hommes de l’état de devoir en arriver à la dernière situation évoquée.

Voyons maintenant comment est apparu ce système.

Comme expliqué précédemment, la société humaine est un système dynamique chaotique (système dissipatif). L’état est une forme d’organisation de ce système: c’est une méthode d’organisation des actions humaines.

A la base, l’ordre intérieur de ce système est imposé consciemment par un individu ou un petit groupe d’individus, à l’aide de règles plus ou moins arbitraires et contradictoires, ou basée sur une interprétation fausse de la réalité. Mais le système lui-même est émergent car il apparaît spontanément par l’interaction des individus dans la société humaine: au départ, un individu essaie d’appliquer le principe d’autorité en menaçant de violence un autre individu pour faire ce qu’il juge bien (il essaie de faire le bien pour lui tout seul, s’il est égoïste, ou le bien en général s’il est collectiviste ou individualiste). Cette sujétion initiale se propage par imitation comme moyen d’organiser les actions des individus, car elle est, pour celui qui l’utilise, un chemin de plus faible énergie entre lui et ses objectifs, que s’il devait tout faire tout seul.

Rapidement, la part de la société qui n’était pas encore organisée tombe dans ce mode d’organisation et constitue un grand nombre de petits états composés de 2 ou plusieurs individus où l’un domine par la violence.

Comme ce système est un chemin de plus grande énergie entre l’individu victime et ses objectifs, les victimes sont tentées d’appliquer elles aussi ce mode d’organisation pour obtenir plus facilement ce qu’elles veulent: la hiérarchie apparaît alors spontanément, sous la forme d’une pyramide de sujétion, les uns dominant par la violence d’autres, qui en dominent par la violence d’autres encore, etc…

Les règles d’organisation, et l’ordre régnant à l’intérieur, de cette hiérarchie sont arbitraires, mais la hiérarchie elle-même est donc émergente. Par conséquent les mini-états se mettent à interagir entre eux pour s’assembler, au gré des affrontements violents et de l’asservissement des états plus faibles par les victimes d’états plus forts, finissant par composer des états plus gros et hiérarchisés: un état ne fait donc que croître ou être assimilé dans un autre état plus violent. Nous pouvons en déduire que l’étape ultime de développement de ce mode d’organisation de la société humaine est un état unique imposant une hiérarchie arbitraire à l’humanité toute entière. C’est le projet de gouvernement mondial désiré par tous les esclavagistes du monde (ils espèrent, le jour de l’avènement de cet état global, être placés assez haut dans la pyramide de sujétion afin de ne pas avoir trop d’énergie à dépenser pour obtenir ce qu’ils veulent).

Ce mode d’organisation n’est pas idéal car l’énergie qui est économisée par le sommet de la pyramide de sujétion est nécessairement limitée par l’énergie que peut déployer la base de cette même pyramide, d’autre part l’énergie est employée de manière moins efficace dans ce système car chaque hiérarchie en dépense pour se maintenir en position et éviter d’être remplacée par une autre hiérarchie qui pourrait être plus efficace, et aussi parce que l’échange contraint détruit de la valeur aussi souvent qu’il en crée (alors qu’en limitant les échanges aux seuls échanges libres, on se limite à la création de valeur seule, menant à un développement plus rapide et donc à un emploi plus efficace de l’énergie des individus). Au final l’état est une escroquerie en pyramide, ou « cavalerie »: en partant du principe qu’il y aura toujours quelqu’un d’autre pour faire le travail à sa place, l’individu qui opte pour cette tactique se heurte inévitablement au fait que la population totale est limitée, et non infinie; il court le risque, bien plus élevé qu’il ne l’anticipe, de faire partie de la base des victimes.

Le résultat de la compétition entre les différents états dépend donc en grande partie de l’efficacité relative des uns et des autres à employer leur énergie: les pyramides larges et peu élevées sont avantagées par rapport aux pyramides étroites et hautes car leur base est plus grande (extrême permissif de l’état), et les états qui arrivent à extraire le maximum d’énergie de la part de la même quantité de victimes sont aussi avantagées par rapport à ceux qui en extraient moins (extrême répressif de l’état): c’est ce qui explique l’apparition inévitable du travail obligatoire lors des guerres, et des impôts et subventions associées lors des compétitions entre états. Ces deux tendances sont contradictoires: plus la pyramide est aplatie, moins la hiérarchie parvient à extraire de force de l’énergie à la base, et réciproquement: il existe une zone d’équilibre dynamiquement stable entre les deux extrêmes, fournissant le maximum d’énergie. Dans la pratique, les états oscillent donc entre les deux naturellement, passant chaotiquement du répressif au permissif puis revenant au répressif, etc…

Les états sont aussi en permanence en compétition contre l’autre forme d’organisation spontanée, l’anarchie. L’ordre spontané de l’anarchie, la catallaxie, peut apparaître spontanément à l’intérieur d’un état parce qu’elle constitue un chemin de moindre énergie, pour les victimes, entre eux-même et leurs objectifs: c’est ce qui explique l’apparition inévitable des marchés noirs, de la fraude fiscale et de la contrebande dans chaque état. Les états combattent la propagation par imitation de la catallaxie à l’intérieur de leur pyramide de sujétion en dissimulant au maximum ce chemin de moindre énergie (par la censure d’information) ou en le masquant (par la propagande, en prétendant qu’il constituerait en fait un chemin de plus grande énergie) ou en le détruisant (en ajoutant un coût d’énergie élevé au chemin catallactique par la punition systématique, ce qui est en fait complètement vain puisque cette punition coûte trop à appliquer par rapport au gain obtenu par le maintien de l’état – c’est ce qu’on appelle la dissipation répressive).

L’anarchie peut elle aussi être envahie par l’état, car l’organisation de type étatique constitue un chemin apparemment de moindre énergie entre l’individu tenté et ses objectifs (c’est peut-être vrai à court terme, mais c’est toujours faux à long terme): c’est pourquoi, pour se maintenir, l’anarchie requiert soit de dissimuler ce chemin (par la censure), soit de masquer le chemin étatique (par l’exposition de son véritable coût) soit en le détruisant (par la défense des droits naturels de chaque individu, qui ajoute au chemin étatique un coût égal au gain qu’il entraînerait – un coût plus élevé que cela mènerait à une dissipation répressive).

Fondamentalement, la compétition entre catallaxie et état constitue un dilemme itératif du prisonnier car chaque participant doit choisir entre deux modes d’organisation dont l’un donne un gain immédiat aux dépens des autres participants pour un faible effort, et l’autre donne un gain qui dépend de l’effort fourni. Dans un dilemme du prisonnier qui se rejoue continuellement au cours du temps, la stratégie généralement choisie par des sujets d’expérience est d’abord « état », puis la stratégie « catallaxie » est préférée car amenant, au final, des gains plus élevés (puisqu’elle mobilise de manière créative la totalité des participants au lieu d’une partie seulement). Mais ce choix ne se fait qu’en punissant ceux qui ont préféré l’autre stratégie, en introduisant un coût plus élevé pour les participants, à chaque punition: il y a de la casse. A l’échelle de l’humanité, cela veut dire que la compétition entre les états, en aplatissant les pyramides de sujétion et en faisant apparaître le chemin catallactique grâce à des systèmes d’information libre, et la volonté de se venger des agressions exprimée par les individus victimes du système, font basculer tôt ou tard les individus d’un mode à l’autre. Par contre la disparition des compétitions entre états lors de l’avènement du gouvernement mondial ferait disparaître le plus gros moteur de ce progrès…

Il reste donc à éviter les gaspillages d’énergie, comme la dissipation répressive, la casse liée à la punition des agresseurs, et la destruction de valeur, et pour cela l’information doit circuler au maximum pour permettre à chaque individu de faire son choix. Il n’y a que la vérité qui peut nous libérer.

Voilà. Vous trouverez les sacs à vomi sous vos sièges, comme d’habitude, et en prime un guide d’action politique agoriste à colorier.

Publicités

À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

14 Responses to Qu’est-ce que l’état ?

  1. mumken says:

    Je ne crois pas que l’on puisse dire « assujétion »: il y a sujétion ou assujétissement. Au choix ;o)

  2. jesrad says:

    Merci, c’est corrigé 🙂

  3. llana says:

    Bien; mais si l’état n’utilise son pouvoir que pour récupérer du fric, alors où passe ce fric ? Bien sûr, je ne parle pas des potentats exotiques de certains pays à mouches qui pillent leur pays pour leur enrichissement personnel, mais dans une démocratie européenne ? cet argent perçu sur le dos des gens est bien redistribué quelque part ? On peut bien sûr critiquer le mode de redistribution ou le fait que ce système de perception/redistribution d’argent est très lourd et engraisse trop de fonctionnaires, mais en quoi cela est-il préférable à une absence totale d’état et de règles ? Peut-on même imaginer que, la nature ayant horreur du vide, il ne va pas y avoir une autre force/entité quelconque qui va prendre le pouvoir par la violence ? Prenons le cas de la Somalie, où il n’y a plus d’état ni de loi, si ce n’est celle du plus fort. Là-bas, pour circuler, par exemple, il faut payer des (bandits de grand chemin) mercenaires qui moyennant (racket) finances, vont accepter de nous accompagner (sans garantie aucune sur le résultat). Est-ce mieux qu’un état qui impose ses lois (sa loi) ?
    Ton système marcherait peut-être dans un monde où tous seraient honnêtes et responsables, sans volonté de recourir à la violence, mais dans le monde réel ???

  4. jesrad says:

    L’exemple de la Somalie est judicieux: en l’absence d’un état, on observe qu’effectivement, au départ, des tas de gens essaient de remplir le « vide », et donc il y a des clans de chefs de guerre qui se forment et s’empressent d’aller racketter tout le monde. Et qu’est-ce qu’on observe ensuite ? => la catallaxie se met à reprendre le dessus lentement, mais sûrement: par exemple, dans cette étude de la Banque Mondiale on peut voir comment le marché libre a repris en main les institutions étatiques somaliennes (distribution d’électricité et d’eau, réparations des routes, transport maritime, gestion urbaine, etc…)

    Les fermiers et entrepreneurs somaliens, lassés du piratage et du pillage, se sont regroupés et ont mis en fuite les chefs de guerre dans le Sud de la Somalie en finançant les Cours Islamiques (ils doivent maintenant faire attention à éviter d’être coincés avec), ils ont engagé des mercenaires pour protéger leurs bateaux et ont rapidement défait les pirates autour de la Somalie, permettant d’une part aux Somaliens de circuler plus librement entre les villes et aussi à développer l’import/export (les docks sont devenus privés, et le commerce explose). Tout ça pour la simple raison que les Somaliens en ont assez d’être soumis, et qu’ils ont compris qu’ils n’avaient pas besoin de payer des impôts par la force, qu’à la place ils pouvaient très bien choisir de financer ceux qui les protègeront le mieux ou le faire eux-mêmes, tant qu’ils conserveront la possibilité de changer d’avis (c’est pourquoi ils sont 70% à avoir des armes et refusent encore aujourd’hui de payer des impôts ou des tributs, ce qui est la même chose).

    La sécurité est un service comme un autre, et coûte de l’argent (et celle qu’on nous vend de force en France a vraiment un faible rapport qualité-prix, je trouve, quand on voit la police se défausser si souvent de leurs échecs et erreurs sur les assureurs privés), donc il ne faut pas s’étonner d’avoir soit à former soi-même des gardes, soit payer des mercenaires, quand on fait des affaires dans un pays qui sort tout juste de la guerre, qui est menacé par ses voisins, où la vie n’a pas encore atteint une grande valeur, et qui n’a pas notre culture du droit et de la justice.

    Je pense qu’avec le temps la situation en Somalie va continuer à se calmer, à mesure que le développement progresse, d’une part les gens s’habituent à ce que la sécurité et la justice soient privées (ils ont rejeté le système judiciaire public financé par impôts qui s’était monté à Mogadiscio), d’autre part la compétition entre fournisseurs se fait de plus en plus sur l’innovation et la qualité (si ils essaient simplement de supprimer leurs compétiteurs, ils y perdent énormément en « capital productif », ce qui leur revient bien plus cher, et à mesure que le marché se développe – forcément plus le PIB par habitant est élevé plus la perte d’un employé revient cher – il faut toujours plus de capital pour rester compétitif: matériel et équipement, employés, moyens de communication, etc… je pense même qu’ils essaieront d’aller prendre des parts de marché dans les pays voisins, à terme, faisant concurrence aux gouvernements corrompus d’à côté).

    Ce genre de situation (absence prolongée d’état) existait déjà dans le Far West: quand on s’intéresse aux faits et non aux mythes on découvre que le Far West était plus calme et mieux organisé que les villes développées et « civilisées » de l’époque. L’application privée des droits et de la justice fonctionnne dans la pratique, comme l’avait déjà théorisé Gustave de Molinari. Elle fonctionne même mieux que le même service fourni par un monopole d’état, si on en croit des chiffres réels de la criminalité rapportés par les historiens Terry Anderson et Peter Hill dans « The not so wild, wild west« .

    Bref, les Somaliens partent de très très bas sur l’échelle du développement, après tout leur pays a été ravagé par des années de guerre et en plus ils n’étaient déjà pas très riches avant, donc je ne crois pas que l’état actuel de leur pays soit un critère valable pour juger l’anarchie en tant qu’organisation de la société, par contre leur capacité à se développer, elle, est un critère valable: par exemple, après la guerre civile il n’y avait qu’un avion pour assurer les transports aériens, maintenant il y a 15 compagnies aériennes qui ont 60 avions. Les lignes de téléphone sont plus nombreuses et moins chères que partout ailleurs en Afrique subsaharienne. L’hawala a remplacé le système bancaire central et transfère des milliards de dollars plus sûrement et plus efficacement. Mais beaucoup de Somaliens sont maintenant conscients qu’ils ont intérêt à continuer sur la voie de l’autonomie politique et du commerce libre, il suffit de lire leurs témoignages pour s’en convaincre.

    Donc, à la question « ton système marcherait-il dans le monde réel ? », je répondrai: « Il a marché dans le passé, marche aujourd’hui, et marchera encore demain. »

  5. llana says:

    Tu ne réponds pas à ma question: en France, où passe le fric ? Vu la taille des prélèvements, sûrement pas (que) dans la poche des politiques, alors où ? Il y a donc bien redistribution à certains français. Bien sûr, on peut discuter du taux de prélèvement/redistribution, ou du mode de répartition, mais il y a redistribution. il est même possible qu’il y ait plus de gens à bénéficier des aides de l’état que de gens qui alimentent le pot commun (c’est d’ailleurs là le drame, à mon sens). Ce qui me ramène à la façon dont on pourrait changer de système: pour faire un tel changement radical, il faudrait que la majorité des gens le désirent, ce qui n’est sûrement pas le cas. Donc, la révolution libérale ultime attendra.
    Quant à ceux qui se sentent aggressés par le poids du Big Brother étatique, comme en face de toute aggression, l’être humain n’a que deux solutions: l’attaque ou la fuite. Pour l’attaque, vu le petit nombre, ça risque de mal finir pour lui (surtout quand on s’attaque à un état omniprésent). Il resterait donc la fuite, oui, mais pour aller où ? A part retourner au fond de la selva amazonienne (et encore, il faudra gérer les orpailleurs, les narco-traficants, les garimpeiros, les braconniers, les révolutionnaires de tout poil, etc.) ou sur une île déserte (Clipperton, oui, mais relire « tropique du crabe » avant). Et il faudra trouver un système pour éduquer tes enfants, et prendre soin de toi durant tes vieux jours (et tout ça, ça coûte du pognon).
    Quant au cas de la Somalie, tu dis que ça s’améliore… admettons (mais je ne sais pas si l’exploitation aérienne locale est un bon exemple… quant aux routes, ça reste un gros merdier), mais passer 10 ou 15 ans en totale insécurité pour pouvoir ensuite bénéficier d’une tutelle étatique réduite (mais pour combien de temps encore ?), le prix à payer me semble un peu exagéré là-aussi.
    Pour le Far West que tu cites, tu oublies un élément majeur de l’équation: il y avait alors du terrain vierge à conquérir. Quelqu’un qui était aggressé pouvait toujours décider d’aller s’installer plus loin.
    Ton système a en outre besoin pour fonctionner de personnes majeures, fortes, responsables, intelligentes et entreprenantes. Les orphelins, les vieux, les malades, les handicapés, les blondes à petit QI, qui s’en occupe ? Si ce n’est pas l’état, c’est un autre système (qu’on finira par appeler l’état ;o)).

  6. jesrad says:

    « Tu ne réponds pas à ma question: en France, où passe le fric ? Vu la taille des prélèvements, sûrement pas (que) dans la poche des politiques, alors où ? »

    C’est vrai, j’étais pressé (bus à attrapper) donc je n’ai pas fini de répondre. En fait j’ai déjà répondu à cette question dans cet article judicieusement intitulé « où s’en va la richesse ? » 😉 A lire aussi sur le (volumineux) sujet, cet autre article sur un spécialiste du sujet: Michel de Poncins.

    « Pour le Far West que tu cites, tu oublies un élément majeur de l’équation: il y avait alors du terrain vierge à conquérir.  »

    Ca n’a aucune incidence sur la question. J’ai cité le Far West comme exemple parce qu’ils avaient des armes à feu (et parce que j’étais pressé), mais j’aurais très bien pu citer aussi l’Irlande celtique ou l’Islande médiévale, où la criminalité était faible alors que l’ordre était maintenu uniquement par quiconque voulait bien vendre ses services de gardien de la paix, sans police nationale, sans impôts, sans tribunaux financés par l’état, sans juges et avocats et procureurs, sans législateurs de carrière…

    « mais passer 10 ou 15 ans en totale insécurité pour pouvoir ensuite bénéficier d’une tutelle étatique réduite (mais pour combien de temps encore ?), le prix à payer me semble un peu exagéré là-aussi. »

    Euh, on parle bien de la Somalie, là ? C’était le second pays le plus pourri de toute la planète avant la guerre civile, alors après la guerre c’est évident que c’est bien, bien pire encore. Avec ou sans état, ils seraient dans la merde absolue pendant des années de toute façon. Un gouvernement central ne va pas miraculeusement faire apparaître, par magie, des hôpitaux, des écoles, des routes, des avions en état de marche, etc… Le prix qu’ils paient maintenant, c’est celui de leur passé, et il est lourd ! Le pays est à l’heure actuelle un mélange d’anarchie, d’anomie et d’étatisme sauvage, mais au moins les 2/3 du pays sont enfin calmes. Maintenant, il faut que le développement se fasse, et pour ça on connaît la recette, je ne peux pas dire si l’anarchie survivra longtemps à la tendance à l’étatisme, ça, ça dépendra des Somaliens, et d’eux seuls.

    « Ton système a en outre besoin pour fonctionner de personnes majeures, fortes, responsables, intelligentes et entreprenantes. Les orphelins, les vieux, les malades, les handicapés, les blondes à petit QI, qui s’en occupe ? »

    Qui s’en occupe ? Les personnes majeures, fortes, responsables, intelligentes et/ou entreprenantes, pardi. Je ne comprends pas que quiconque imagine un seul instant qu’il soit envisageable ou justifiable d’asservir quelqu’un pour s’occuper de force de ces gens. Quand je rends service à Jean-Pierre (myopathe) c’est volontairement que je le fais, et je n’ai pas besoin de me faire prier. Mais me faire payer des impôts en plus, sous la menace, pour financer je ne sais quel organisme sensé s’occuper des problèmes de Jean-Pierre à ma place, non merci, j’ai déjà vu le résultat, et il pourra t’en parler lui-même (sans devenir grossier ? Pas sûr).

    Si je regarde ma fiche de paie, que je fais le compte de ce qui m’est volé, ça fait 52%, pour un butin total par an de 15000 euros. Si je disposais de ces sous, je pourrais en financer, des associations d’aide aux handicapés / orphelins / vieux ! Pour les malades, je choisirais une mutuelle qui fait dans les soins gratuits aux personnes à faible revenu. Ca existe dans d’autres pays, et ici aussi d’ailleurs mais de façon trop souvent informelle (charité médicale).

    « Si ce n’est pas l’état, c’est un autre système (qu’on finira par appeler l’état ;o)). »

    Ce qui caractérise l’état, c’est le monopole de la violence. Je ne crois pas une seconde qu’aucune œuvre caritative ne fasse usage de violence tout en empêchant les autres de faire eux aussi usage de violence. Donc, non, mon « système » (qui inclus par exemple le Téléthon, les Restos du cœur et bien d’autres) ne constituera jamais un état. Au fait, aux USA, les aides versées par les œuvres caritatives sont trois fois plus élevées que celles de l’état.

  7. llana says:

    Parmi les oeuvres caritatives, supposées s’occuper des faibles, tu oublies le cas de Crozemarie, qui avait pillé l’ARC. Je ne crois pas, hélas, que les oeuvres caritatives aient les moyens de s’occuper non seulement de toute la misère du monde, mais aussi de l’investissement à long terme pour l’équipement d’un pays.
    Prenons l’exemple d’une rivière, où la construction d’un pont permettrait d’améliorer les déplacements, échanges commerciaux, etc. Qui va décider de l’opportunité de la construction du pont ? Qui va réunir les fonds nécessaires ? Qui va diriger les travaux ?
    Certains ne voudront pas participer au financement, mais une fois construit, seront les premiers à vouloir l’utiliser. Si tu veux alors réserver le pont à seulement ceux qui ont participé à sa construction, alors comment faire ? Un péage/octroi ? Ca va faire perdre du temps à tout le monde, et celui qui ne veut pas payer va vouloir passer de force (d’où nécessité d’une force de police, ou milice, etc.).
    Pour que ton système fonctionne, il faudrait une société où le nombre de personnes entreprenantes, travailleuses, intelligentes, honnêtes et généreuses soit largement supérieur à 50%. Je ne crois pas, hélas, que ce soit le cas. Alors, très rapidement, les gens entreprenants/travailleurs, etc. ne vont-ils pas en avoir marre de tirer le troupeau ?
    Je suis bien d’accord que, dans nos démocraties, le poids de l’état est bien trop important et le poids des prélèvements fiscaux est confiscatoire pour ceux qui bossent. Mais pour l’immense troupeau de ceux qui ne font rien et qui vivent aux crochets de la société, crois-tu que ce système les dérange ? Bien au contraire !
    Pour revenir à mon pont, que fais-tu si les employés du pont (milice, ou collecteurs de péage) s’organisent en syndicat (appelons-la Régie Autonome des Transits par le Pont, ou RATP) pour racketter les passants en augmentant le péage ?
    Comme le disait Plaute: « homo homini lupus ». C’est bien là le drame, et je serais curieux de connaître ta solution pour la France d’aujourd’hui.
    Quant aux USA que tu cites en exemple du faible poids de l’état (mais plutôt que de dire que « les aides versées par les œuvres caritatives sont trois fois plus élevées que celles de l’état », il vaudrait mieux dire que les aides versées par l’état sont trois fois plus faibles que celles versées par les oeuvres), ils font aussi de la cavalerie, en faisant financer la guerre d’Irak et autres conneries par les investissements des autres pays (jusqu’au jour où le système va se planter). Ah, bien sûr, pendant ce temps, les impôts locaux restent moins importants… Comme disait Pierre Desproges: « vivons heureux en attendant la mort ».

  8. jesrad says:

    « Parmi les oeuvres caritatives, supposées s’occuper des faibles, tu oublies le cas de Crozemarie, qui avait pillé l’ARC. »

    Oui, il ne faut jamais oublier qu’on ne peut pas avoir une confiance aveugle envers n’importe qui, et M. Crozemarie a d’ailleurs très justement été condamné pour ses vols et sa fraude.

    « Qui va décider de l’opportunité de la construction du pont ? Qui va réunir les fonds nécessaires ? Qui va diriger les travaux ?
    Certains ne voudront pas participer au financement, mais une fois construit, seront les premiers à vouloir l’utiliser. Si tu veux alors réserver le pont à seulement ceux qui ont participé à sa construction, alors comment faire ? Un péage/octroi ?

    C’est à cette question précise que David Friedman a répondu dans « Vers une société sans état », chapitre 34. En réalité il y a des tas de solutions à ce problème, par exemple un entrepreneur peut faire signer un contrat de financement à ceux qui bénéficieront de l’existence du pont, ou alors il peut (avec plus de moyens) acheter le terrain tout entier sur lequel le pont sera construit, et le revendre (par exemple à une association de co-propriétaires locaux) après construction, pont compris, il y a aussi une solution dérivée du Théorême de Coase, il y a le financement privé avec péage que tu mentionnes, etc… Je note en passant que l’état installe déjà des péages sur ses ponts et autoroutes qui ont pourtant déjà été financés par les impôts 😉

     » Ca va faire perdre du temps à tout le monde, et celui qui ne veut pas payer va vouloir passer de force (d’où nécessité d’une force de police, ou milice, etc.). »

    La perte de temps fait baisser la valeur du pont, donc le propriétaire a tout intérêt, s’il veut rentrer dans ses frais plus rapidement, à le diminuer au maximum. Là encore, l’intérêt de chacun est l’intérêt de tous. Par ailleurs, je n’ai jamais dit que les polices, milices et autres agences de protection des droits devaient disparaître. Je ne crois pas non plus un seul instant que le propriétaire du pont irai jusqu’à essayer de flinguer les fraudeurs: ce ne serait ni justifié, ni rentable (que je sache, la SNCF et la RATP ne font pas fusiller les resquilleurs).

    « Pour que ton système fonctionne, il faudrait une société où le nombre de personnes entreprenantes, travailleuses, intelligentes, honnêtes et généreuses soit largement supérieur à 50%. »

    C’est tout aussi vrai de la république dite démocratique. Et pourtant l’écrasante majorité des gens désirent vivre en paix, moi compris.

    Ce que je constate, par exemple en regardant l’Australie et la Nouvelle-Zélande, c’est que quand on cesse d’obliger par la force les citoyens du pays à faire vivre tous les autres, ces fameux « autres » se mettent à vivre par eux-même. En réalité le nombre de véritables nécessiteux (dans le sens de « ne peut pas survivre par lui-même de façon décente ») est extrêmement bas dans un pays développé comme la France, et la charité naturelle (c’est à dire, celle qui n’est pas obtenue sous la menace de mort) est très suffisante pour subvenir à leurs besoins, et ce d’autant plus qu’on ne vole plus la moitié de ce que gagne tout le monde.

    « Quant aux USA que tu cites en exemple, […] ils font aussi de la cavalerie, en faisant financer la guerre d’Irak et autres conneries par les investissements des autres pays (jusqu’au jour où le système va se planter). »

    C’est vrai, la bande de bolchéviques inconscients qui habitait la Maison Blanche il y a encore un mois a fait beaucoup de dégâts dans un pays qui donnait au siècle dernier un bon exemple (quoiqu’imparfait, bien sûr).

    « Pour revenir à mon pont, que fais-tu si les employés du pont (milice, ou collecteurs de péage) s’organisent en syndicat (appelons-la Régie Autonome des Transits par le Pont, ou RATP) pour racketter les passants en augmentant le péage ? »

    Le propriétaire des lieux pourra faire appel à son assureur privé contre le crime, qui pourra, par exemple, bombarder de gaz soporifique les syndiqués voleurs pour ensuite les renvoyer chez eux et leur coller une amende (dont une partie ira rembourser le propriétaire du pont pour les dégâts causés). Il y a toujours plein de solutions, il suffit d’avoir un peu d’imagination.

    « je serais curieux de connaître ta solution pour la France d’aujourd’hui. »

    Ca, tu le sauras si je suis élu Président 😀 J’ai peut-être l’air idéaliste et farfelu (discordien jusqu’au bout, je ne crois pas à tout ce que j’écris), je n’ai pas moins les pieds sur terre. Une période de transition est nécessaire pour permettre d’une part d’éponger les dégâts, et d’autre part habituer progressivement les gens à vivre libres.

    « Comme le disait Plaute: “homo homini lupus”. »

    Pleaute était méchant avec les loups 😦 On a longtemps voulu se convaincre, pour se rassurer peut-être, qu’il existait des animaux plus féroces que nous…

  9. llana says:

    Merci pour ces échanges intéressants.
    Il y a un truc qui me titille: sur la blogosphère, le poids des « libéraux » n’est pas négligeable (voir: http://www.observatoire-presidentielle.fr/?pageid=3 ) or lors des élections présidentielles, le candidat déclaré « libéral » fait un score minuscule. Quand est-ce que les libéraux vont se regrouper sur un seul candidat ? même si ce n’est pas celui qu’ils auraient choisi, c’est juste histoire de se compter et de peser au deuxième tour: imaginons un candidat libéral qui ferait plus de 5% ! Ca ferait du bruit dans le Landerneau local.

  10. jesrad says:

    Beaucoup de blogs libéraux francophones sont tenus par des Belges, des Suisses, des Québécois et des expatriés/évadés. Cela fait déjà une bonne partie qui ne votent pas lors des élections en France. Madelin a fait environ 3% aux dernières présidentielles, mais c’était avant l’apparition massive de blogs politiques, donc là non plus la comparaison n’est pas facile. Combien fera Fillias en 2007 ? Franchement je n’en ai aucune idée…

    En passant: pour éviter toute interprétation erronée de mes propos, je voudrais préciser que lorsqu’un propriétaire défend ses droits (au final, sa liberté, puisque propriété et liberté sont les deux faces de la même pièce) il ne fait que traiter son agresseur de la façon dont son agresseur souhaite que le monde fonctionne: il ne viole pas la liberté de l’agresseur, il applique en tout ou partie la permission de réponse égale que constitue la violation initiale de ses droits. C’est la différence fondamentale entre le droit établi de manière centralisée par un état et le droit établi de manière décentralisée par une anarchie: dans une anarchie, les conceptions différentes du droit peuvent coexister sans empiéter les unes sur les autres (les conflits étant résolus, dans l’idéal bien sûr, de la manière qui constitue la solution commune aux systèmes de droit engagés).

  11. Ping : Qu’est-ce que la réglementation ? « Ne Cede Malis

  12. Ping : Qu’est-ce que le vote ? « Ne Cede Malis

  13. Ping : Le Gauchisme expliqué aux simplets. Par un gauchiste. « Ne Cede Malis

  14. Ping : Un dilemme du prisonnier itératif, en action: « Ne Cede Malis

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :