Grisaille sur la Belgique aussi

Ce 13 Décembre, une grande partie de la Belgique a démontré avoir perdu son sens de l’humour et de la dérision: à 20h21 sur la chaîne RTBF, en plein débat de Questions à la Une sur l’histoire et l’avenir de la Belgique, un hilarant reportage-canular déguisé en édition spéciale du journal vient annoncer l’indépendance de la Flandre, le blocage de la frontière interne, le gouvernement de Bruxelles se barricadant dans une boule de l’Atomium, et la fuite du roi Albert II à Kinshasa.

Tout y est: logo de la dame au cochon (symbôle du surréalisme belge), bandeau « Ceci est une fiction » passant en boucle, sous-titres et commentaires « ceci n’est peut-être pas la réalité », numéro de téléphone « pour débattre » ne faisant que diffuser un message expliquant que le document est un canular, et bien sûr le reportage se termine sur l’effondrement de la tour de la RTBF, pour faire bonne mesure. Et pourtant…

… pourtant des milliers de gens y ont cru dur comme fer, et les politiciens belges, pour l’essentiel, râlent d’un air renfrogné en disant qu’on de doit pas blaguer sur ce genre de sujet et en accusant l’émission d’être « dangereuse pour la sérénité des débats démocratiques ». L’administrateur de la chaîne a même été obligé de présenter des excuses….

Bref, mieux vaut en rire, même si ce mal français de la Sériosite aigüe pourrait aussi infecter d’autres régions francophones, comme la Suisse, le Québec et plusieurs pays d’Afrique.

Message aux auteurs de cette farce: continuez, c’est marrant !

Grisaille zo var ma Bro

Avez-vous remarqué la différence frappante qu’il y a entre les séries américaines à succès et leurs imitations françaises ?

Dans les premières, les personnages restent toujours un minimum détachés, ils ne sont jamais prisonniers de leur quotidien, et balancent quelques vannes ou discutent famille pendant qu’ils rangent le dernier cadavre à la morgue, draguouillent tout en épongeant un peu de sang sur une scène de crime, ou tentent un calembour maladroit tout en détaillant la prochaine catastrophe à endiguer. Leurs convictions n’en sont pas moins inébranlables, et il n’y a jamais aucun doute que chacun fait ce qu’il a à faire. Les sujets s’étalant sur plusieurs épisodes sont rares et restent du même type que ceux qui n’en dépassent pas. Ca détend.

Dans les secondes, il y a un temps pour discuter et rigoler, généralement en tout début et toute fin d’épisode, et un temps pour le Sérieux(tm). Chaque série a son thème sous-jacent propre, qui s’incruste dans les épisodes de plus en plus, et c’est systématiquement très très grave et très très sérieux par rapport au reste. Tout le monde prend une mine constipée, se balance des répliques hargneuses en se regardant droit dans les yeux. C’est déprimant.

Le même phénomène touche les « humoristes français ». Vous avez remarqué comme les uns après les autres ils sont devenus sérieux dès qu’il s’agit de s’exprimer ? Le pire exemple de cette sériosite aigüe est certainement Dieudonné, atteint depuis plus longtemps. Résultat: ils ne sont plus drôles. Il en reste qui font de la résistance tout de même, mais ils sont progressivement évincés des médias au profit de « ceux qui s’engagent » sous prétexte que ces derniers auraient un « message » (qui n’est qu’une redite plate et creuse de la pensée unique molle ambiante). Il est loin le temps de Desproges se déclarant artiste dégagé et expliquant pourquoi on peut rire de tout, absolument tout.

La Grisaille est sur mon pays. Je vais finir par zapper.