Qu’est-ce que le Keynésianisme ?

Aujourd’hui, dans notre cours d’économie politique aléatomadaire, je vais vous faire découvrir… le Keynésianisme !

Le Keynésianisme, comme son nom l’indique, est une doctrine àpeuprèconomique inventée par le super-héros Bizarro-Keynes au début du XXème siècle. Elle est composée d’idées récupérées chez des économistes précédant Keynes, et de raisonnements illogiques basés sur des prémisses fausses de son invention dont les conclusions ne s’appliquent qu’au monde étrange (le monde de Bizarro-Keynes) qui n’existe que dans son imagination.


    Bizarro-Keynes, portrait

Comment vous expliquer… les idées de Bizarro-Keynes, c’est un poême surréaliste, au delà des mots. C’est une vision fantastique (dans le sens de fantaisie), un univers nouveau libéré du sens commun, loin de toute réalité, où de nouvelles possibilités jamais imaginées ici-bas peuvent enfin gambader dans les champs de lait concentré, sur leurs 5 pattes amovibles.

Dans le monde réel, les gens achètent ce qui est en vente, dont ils ont envie, et qu’ils peuvent se payer; dans le monde de Bizarro-Keynes, les gens vont bosser pour avoir de l’argent dans une quantité qui correspond à ce qu’ils aimeraient pouvoir dépenser.

Dans le monde réel, l’inflation touche chaque prix différemment, et chaque personne différemment, car tout le monde n’achète pas les mêmes choses, ni au même moment, ni ne réagit pareil à une baisse ou une hausse de prix; dans le monde de Bizarro-Keynes l’inflation touche tout le monde pareil, il appelle ça la macroéconomie.

Dans le monde réel, plusieurs chômeurs essaient tous d’obtenir le même poste en même temps, et plusieurs patrons essaient tous d’embaucher le même chômeur en même temps, et plusieurs acheteurs essaient tous d’acheter la même chose en même temps; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, les patrons et les employés et les acheteurs ne se font jamais concurrence entre eux.

Dans le monde réel, il y a chômage chaque fois que les chômeurs refusent, ou sont empêchés, de bosser pour moins cher alors que leur productivité diminue (par exemple, lors d’une surproduction); dans le monde de Bizarro-Keynes, il y a chômage parce que les gens ne consomment pas assez pour justifier de créer assez de valeur pour acheter cette même valeur. Il appelle ça l’équilibre de sous-emploi.

Dans le monde réel, les patrons montent une entreprise à partir du capital qu’ils peuvent investir, et leurs bénéfices dépendent en grande partie des prix d’achat et de ventes des matières premières et du produit fini; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, les patrons montent une entreprise à partir du nombre de salariés qu’ils veulent employer, et leurs bénéfices dépendent de s’ils les paient au dessus ou en dessous du « niveau global des salaires » par rapport au chômage (ce niveau global étant calculé l’année suivante par des statisticiens). C’est le business selon Bizarro-Keynes.


Dans le monde réel, quand les revenus augmentent d’autant que les prix, par exemple si je gagne 20 au lieu de 10 et que tous les prix doublent, les dépenses augmentent d’un montant absolu moindre car la proportion des dépenses par rapport à l’épargne reste à peu près la même: je gagne 10, j’en dépense 7 et épargne 3, et si j’en gagne 20, j’en dépense 14 et épargne 6 (puisque tout coûte le double): mes dépenses ont augmenté de 7, ce qui est moins que 10 (qui est l’augmentation totale de revenu). Dans le monde de Bizarro-Keynes, cette différence de 3 entre l’augmentation absolue du revenu et celle des dépenses sert à calculer la propension à consommer, qui est appelée « loi pyschologique » alors que c’est une simple conséquence mathématique, et sert à accuser les économistes réalistes d’être idiots.

Dans le monde réel, la valeur d’une heure de travail d’un violoniste n’a jamais la même valeur pour tout le monde qu’une heure de travail d’un souffleur de verre, pas plus qu’on peut additionner des patates et des carottes en mathématiques (c’est toutefois possible, et savoureux, en cuisine); alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, on peut additionner les heures de travail de n’importe qui en un agrégat pour faire des calculs avec.

Dans le monde réel, quand la valeur des bidules baisse de moitié, on dit que la productivité des gens fabriquant des bidules baisse d’autant puisque la richesse qu’ils créent perd la moitié de sa valeur; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, c’est l’argent qui perd la moitié de sa valeur quand on s’en sert pour payer des gens à fabriquer des bidules, tandis que les bidules ont toujours autant de valeur. Ainsi, pour bizarro-Keynes, l’argent vaut plus cher quand les prix baissent, et vaut moins cher quand les prix augmentent. C’est sa théorie monétaire (que j’appelle la monnaie élastique).

Dans le monde réel, la richesse réelle des gens augmente avec leur productivité, puisqu’ils peuvent créer plus de valeur dans la même durée et avec les mêmes ressources et les mêmes efforts; dans le monde de Bizarro-Keynes, la richesse réelle des gens diminue quand ils font plus avec moins, mais c’est pas grave parce qu’on les paie plus avec de la monnaie moins chère (encore un coup de la monnaie élastique).

Dans le monde réel, quand on force les patrons à payer plus cher leurs employés, ils augmentent simplement leurs prix pour compenser; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, ils se mettent à embaucher plus parce que l’argent qu’ils gagnent en vendant vaut plus cher (monnaie élastique, je vous dis).


Dans le monde réel, quand l’état annonce qu’il va dépenser plus en Machins pour « relancer l’économie », les fabricants de Machins augmentent leur prix aussi sec; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, les prix des Machins ne bougent pas car les gens ne savent pas réagir. De même, dans le monde réel, quand l’état annonce qu’il va imprimer plein de fausse monnaie pour s’offrir des tas de choses, les gens vendent leur fausse monnaie; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, ils ne réagissent pas parce qu’ils sont trop incertains.

Dans le monde réel, les gens veulent que leurs revenus réels ne baissent pas, notamment face à l’inflation; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, les gens sont trop ignorants de l’avenir proche pour pouvoir vouloir une chose pareille (trop incertains, encore une fois).

Dans le monde réel, la demande est la quantité de choses réelles que les gens achètent vraiment contre de l’argent qu’ils ont vraiment; alors que dans le monde de bizarro-Keynes, la demande effective est la quantité de choses que les gens aimeraient bien avoir pour une certaine somme d’argent qu’ils auront peut-être s’ils travaillent, et cette quantité sert à faire des prédictions àpeuprèconomiques. Il la mesure comment ? Avec ses yeux à rayons effectifs.

Dans le monde réel, l’argent a moins de valeur quand il y en a beaucoup et que tous les prix sont élevés, et inversement; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, quand les gens ont très peu d’argent à se partager, ils le prêtent plus facilement que s’ils en avaient beaucoup !

Dans le monde réel, quand quelqu’un passe son temps à creuser des trous puis à les reboucher, il perd son temps; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes il rend l’argent moins cher. D’ailleurs Bizarro-Keynes recommande de faire creuser puis reboucher des trous par les chômeurs, quand il y a du chômage, au lieu de leur proposer de faire des trucs utiles à d’autres gens.

Dans le monde réel, on peut consommer parce qu’on a un revenu important; alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, c’est parce qu’on consomme beaucoup que, forcément, on fait le nécessaire pour avoir un gros revenu, un peu comme le fait d’avoir des pieds est utile car ça permet de porter des chaussures.

Dans le monde réel, l’argent que l’on épargne rapporte un peu, et plus on en épargne plus il rapporte (moyenne mondiale: 7,2% par an); alors que dans le monde de Bizarro-Keynes, moins on épargne par rapport à ce qu’on dépense, et plus cet argent rapporte proportionnellement, et donc quand on épargne zéro argent, il rapporte à l’infini ! Il appelle ça le multiplicateur de l’investissement.

Dans le monde de Bizarro-Keynes, investir et épargner, c’est exactement la même chose, sauf qu’épargner fait baisser la consommation alors c’est mal, tandis qu’investir fait augmenter la consommation alors c’est bien !

Voilà, j’espère que vous en savez un peu plus sur le monde enchanté où vit ce super-héros de l’àpeuprèconomie. Il y a encore beaucoup de gens, de nos jours, qui rêvent de vivre dans ce monde merveilleux où il suffit d’imprimer de la fausse monnaie et de la donner aux gens pour qu’ils se mettent à bosser plus et mieux. Pour l’occasion, j’ai mis des cachets d’aspirine sous vos sièges.

    
Adeptes de Bizarro-Keynes marchant sur la tête pour se rendre à une réunion du bizarro-fan-club, le « G8 »

Résumé de « l’échec des nouvelles théories économiques », de Henry Hazlitt, une critique implacable, inexorable et irrésistible de la théorie générale de John Maynard Keynes. Mais bon, c’est pas dur.

[P.S.]
Pour tous ceux qui ne comprennent pas la référence à Bizarro, c’est par ici.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

16 Responses to Qu’est-ce que le Keynésianisme ?

  1. Namu says:

    Pour ceux que ça intéresse:

    Je me suis lancé dans l’étude du Keynésianisme par défi, et parce que partout on entend dire que Keynes était « un génie », que sa Théorie Générale est « l’œuvre économique la plus influente », etc… Je m’attendais à un livre complet, fouillé, ordonné et convaincant. J’anticipais un travail long et dur, de devoir aller chercher au fond des choses pour déterminer quelles situations, quelles hpothèses pourraient changer l’interprétation des choses…

    Et à la place, qu’est-ce qu’on trouve ? Un ramassis confus de théories soient pompées chez d’autres, soient absurdes ou ne s’appliquant que dans des situations irréalistes. Le travail de Keynes varie de médiocre à très nul, niveau science. Il introduit des tas de nouveaux termes (alors que dans bien des cas, il existe déjà des termes bien connus pour cet usage) et il ne prend même pas la peine de les définir de manière consistente: ses définitions changent d’un chapitre à l’autre, et il utilise parfois aussi le même terme pour plusieurs choses différentes ! Ensuite, il assène beaucoup de truismes, sans arguments. Il dit « me semble », il dit aussi « pas vraisemblable », ou encore « pas un homme sur un million ne peut comprendre ceci », et c’est tout, fin de la discussion; il parsème sa théorie de contes à dormir debout qui sont sans intérêt, il donne deux noms à la même chose pour pouvoir l’interpréter de manière contradictoire. Et autre chose: il passe son temps à expliquer les choses en partant des conséquences pour remonter aux causes, et le résultat, c’est qu’il confond les deux, et le lecteur avec lui, s’il n’est pas habitué.

    Et enfin, il raconte pas mal de conneries sur la « théorie classique de l’économie », âneries dont il se sert ensuite pour l’attaquer, alors qu’elles sont son invention ! Même à son époque, il n’avait aucune excuse pour ne pas savoir précisément de quoi il causait. En plus on dirait qu’il confond les théories de l’école de Cambridge avec la totalité de la science économique de l’époque. Pas de Böhm-Bawerk, c’est à se demander s’il savait qu’il existait.

    Bref, je suis très très déçu. C’est ça, le meilleur de l’économie interventionniste ?

  2. Lionel D. says:

    Vous n’avez manifestement pas compris Keynes, et faites probablement preuve de mauvaise foi pour faire des bons mots.
    Les prémisses des écoles libérales/néoclassiques sont -elles aussi, irai-je jusqu’à dire- fausses.
    Mais bon, apparemment, vous autres économistes n’êtes pas de grands amateurs de Popper.
    Parfois, ça sert, pourtant.

    Cordialement

  3. jesrad says:

    « Vous n’avez manifestement pas compris Keynes »

    Prouvez-le, alors. Mais je doute que vous le puissiez 😛

    « Les prémisses des écoles libérales/néoclassiques sont -elles aussi, irai-je jusqu’à dire- fausses. »

    Je sais bien. Et alors ? Je ne suis pas néoclassique.

    « Mais bon, apparemment, vous autres économistes n’êtes pas de grands amateurs de Popper. »

    Je suis tout seul, donc le pluriel est de trop. Je ne suis pas non plus économiste, mais praxéologiste amateur, ce qui n’a que peu à voir. Et puis, il y a des choses qui sont absolument vraies dans cet Univers, ne vous en déplaise et n’en déplaise à Popper.

  4. libéral says:

    Fabuleux, enfin quelqu’un dans ce pays qui a compris que keynes étais un gros naze, et que c’est pas en surtaxant les entreprises qu’on va avoir de la croissance !

  5. YoungDigga says:

    Reprocher à Keynes de ne pas être assez précis et de livrer des « raisonnements illogiques basés sur des prémisses fausses de son invention dont les conclusions ne s’appliquent qu’au monde étrange qui n’existe que dans son imagination »… un tel reproche de la part d’un libéral il y a vraiment de quoi se fendre la poire 😀
    Là je m’adresse à ce Mr « libéral », qui vient acclamer le général une fois la bataille passée, et j’espère que Namu, auteur de ce billet n’est pas de ce bord sinon c’est vraiment le monde à l’envers !!
    Sinon, j’ai bien peur que vos amis Hayek, Hanian & Cie ne puissent pas être d’accord avec vous ^^

  6. jesrad says:

    Je n’ai jamais rien lu d’Hayek sinon quelques paragraphes, et j’ai jamais entendu parler de Hanian&Cie.

    « Reprocher à Keynes de ne pas être assez précis et de livrer des “raisonnements illogiques basés sur des prémisses fausses de son invention dont les conclusions ne s’appliquent qu’au monde étrange qui n’existe que dans son imagination”… un tel reproche de la part d’un libéral il y a vraiment de quoi se fendre la poire 😀 »

    Je vous en prie, faites-nous partager votre hilarité, développez donc.

  7. Martini says:

    Chic chic chic, un Romain.

    Allez, vazy YoungDigga, étale ton ignorance. Mélange quelques principes idiots de l’école néo-classique d’économie en les confondant avec cette doctrine du droit qu’est le libéralisme, et dont tu ne sais rien à part les principes que tu défends instinctivement sous un autre nom sans savoir que c’est du libéralisme. Aligne les poncifs répétés et jamais prouvés que t’ont enseignés par matraquage tes maîtres, en bon serf (post-)moderne.

  8. « Sinon, j’ai bien peur que vos amis Hayek »
    J’ai lu trois bouquins de Hayek, et comme Jesrad, je suis impatient de vous voir développer.

    « Hanian & Cie ne puissent pas être d’accord avec vous ^^ »
    Qui est-ce ?
    Jamais entendu parlé de lui.

  9. Le Français says:

    Comment peut-on connaître la productivité d’une personne qui ne travaille pas ?

  10. Donkey says:

    Je n’ai rien trouvé à dire.

    Cordialement,
    Donkey.

  11. Winsor says:

    Hello Jesrad !

    Je viens d’achever la lecture du billet.
    Formidable,comme d’habitude !
    J’ai cependant une remarque à faire. Car effectivement, tu n’as pas parlé du concours de beauté de Keynes (alias « spécularité », « auroréférence » ou processus autoréférentielle, « prophétie autoréalisatrice »).
    C’est pourtant ce que nombre d’économiste croit être la cause des formations de bulles, plutôt que l’intervention dans la monnaie.

    Qu’est-ce que le concours de beauté keynésien ?
    Voici deux exercices de pensée :

    Dans le monde imaginaire de Keynes (Concours de Beauté), avec au choix Vivianne et Anne, candidat A pense ce que candidat B pense. A pense que B choisira Anne. Ce qui l’amènera à penser : « qu’est-ce que B doit penser ? Que B pense ce que A va choisir ? ». Il s’ensuit que chaque candidat dispose de la même information, que chacun croit que l’autre pense la même chose que lui. Supposons donc que chacun pense que chacun va choisir Anne, il s’ensuit que de cette logique, chacun va penser qu’aucun ne choisira Anne, et qu’il faille donc choisir Vivianne. Et rebelote.

    Un autre exemple peut-être plus parlant.
    On suppose que je vous présente 2 bougies, une courte, et une longue.
    Le jeu est simple : le premier qui fera consumer entièrement sa bougie a perdu.
    « la longue est piégée » est une réaction prévisible et attendue, en cela elle est normale, et donc rationnelle. Vous pensez aussi que je sais que vous pensez que la longue est piégée, et que je devine que vous alliez choisir la courte.
    Mais… compte tenu de cette rationalité, il s’avère tout aussi logique de penser que « non ! ce n’est plus la courte qu’il faut choisir, mais la longue ! », parce que vous pensez que moi aussi je devine votre petit jeu. Il devient donc difficile de choisir entre la longue et la courte, puisqu’en essayant de me doubler, vous penserez aussi que je pense de façon à vous doublez, si bien qu’on repousse la question toujours au plus loin, sans peut-être même décider de la bougie à prendre (ou alors au pif)
    Bien entendu, de mon côté, je suis conscient que vous êtes en train de cogiter. Et sans (aucun) doute je cogite aussi à l’idée de votre choix.

    Dans le modèle de Keynes, les agents sont définitivement « certains ». De par cette certitude, ils vont pouvoir choisir de faire gonfler les cours, s’enclenche alors le processus auto-référentiel, ce que certains économistes estiment être la cause des bulles et éventuellement des krachs.

    Je doute cependant que ce genre de raisonnement, de penser ce que l’autre pense doit aboutir au final à une décision définitivement arrêtée. Au contraire, s’ils sont définitivement incertains (je penche pour cette hypothèse); je ne vois aucune raison pour que ces anticipations débouchent sur un processus de croyance cumulée et simultanée, menant à la formation de bulles, expansion monétaire ou pas…

    Qu’en penses-tu ?
    Est-ce que les marchés financiers, comme le pensent les keynésiens ont un caractère intrinsèquement moutonnier ?
    C’est une question cruciale, car si cela est vrai, elle prendrait à contre-pied la théorie autrichienne du cycle économique, justifiant ainsi l’intervention gouvernementale…

  12. jesrad says:

    Le moutonnisme lui-même ne crée pas de richesse ni ne change les prix, puisqu’à chaque vendeur correspond un acheteur, et réciproquement. C’est pour cette simple raison que cette histoire de « coucours de beauté » est creuse et sans intérêt. Des agents qui pensent la même chose exactement évaluent au même prix la même chose: il n’y a pas d’échange entre eux, donc, et ils n’ont aucun impact sur le marché.

    Keynes aimait bien jouer des tours et canulars, y compris embrouiller les autres dans des raisonnements à la mords-moi-l’nœud de ce genre. En fait il y a même des universitaires qui pensent sérieusement que son magnum opus sur l’économie était un tel canular, un genre de précurseur de l’affaire Sokal.

    Par ailleurs, je ne vois pas en quoi tout ça contredirait ou infirmerait les positions de l’école autrichienne ?

  13. jesrad says:

    Je la refais en plus simple pour que tout le monde puisse comprendre:

    De par cette certitude, ils vont pouvoir choisir de faire gonfler les cours

    Non, ils ne peuvent pas, puisqu’il faut nécessairement une dissymétrie dans l’estimation de la valeur que chacun apporte à la chose échangée, pour qu’un échange se fasse du tout. Et dès que l’un est l’acheteur et l’autre le vendeur, nécessairement les objectifs diffèrent pour l’un et pour l’autre. Comme en plus la quantité reçue est toujours nécessairement la quantité fournie, le bilan final de ce soit-disant effet « concours de beauté » est très exactement et systématiquement nul.

    Ce que vous pensez que je pense, ou ce que vous pensez que je pense de ce que vous pensez, ne peut pas affecter les prix. Ça ne marche pas comme ça.

  14. Winsor says:

    Disons que lorsque les investisseurs sont rendus confiants par l’augmentation passée des prix, ceux-ci achètent les actifs à un cours croissant, ce qui affecte les autres candidats qui vont eux aussi faire de même et ainsi de suite : c’est ainsi un phénomène qui s’entretient et s’auto-alimente. Un peu comme pour les mouvements de Bank Run, mimétisme collectif où plus on se précipite, plus ça incite à s’y précipiter, pour au final faire sauter la banque.
    C’est l’archétype même de la théorie des « cascades informationnelles » c’est-à-dire une situation où les agents accordent plus d’importance à l’information publique qu’à leur propre information.
    Avec ça, disent-ils, plus besoin d’intervention sur la monnaie pour faire apparaître des bulles, comme le prétendent les autrichiens.

    Exemple :
    On suppose une innovation dans le domaine des transports. Tiens, prenons l’exemple des chemins de fer. On considère que sa dimension est telle que la demande est en forte croissance, ce qui attire massivement des capitaux. Mais c’est cette masse de capitaux qui va justement entretenir la confiance des investisseurs, qui croient que ça va encore monter, notamment parce qu’ils croient que tout le monde croient que ça va monter, et conséquemment, que tout le monde va alimenter le secteur en capitaux. Ainsi, pour profiter de cette tendance haussière, ils vont contribuer à former des bulles, expansion monétaire ou pas. Selon eux, il n’y aurait pas de limite (potentiellement) à ce phénomène qui s’auto-entretient.

  15. jesrad says:

    « Disons que lorsque les investisseurs sont rendus confiants par l’augmentation passée des prix, ceux-ci achètent les actifs à un cours croissant »

    Non, ils l’achètent à un autre des leurs qui, nécessairement, est en position vendeuse, nécessairement pour des raisons différentes que celles qui le poussent, lui, à acheter et non à vendre. Donc à un cours qui, dans leur esprit, variera différemment ou dont l’évolution est parfaitement secondaire à d’autres préoccupations (au hasard… le besoin de sécuriser leur position ou de rembourser une obligation). Et comme, nécessairement encore, il y a très exactement autant de trucs vendus qu’achetés, l’effet final total de la croyance en des cours perpétuellement croissants sur les cours bien réels est NUL.

    Vraiment, c’est aussi bête que ça.

    Un exemple vraiment (mais alors vraiment) simpliste pour que vous compreniez bien:
    A et B sont les deux seuls agents du marché sur les Bidules. Ils en ont chacun dix. La dernière fois qu’ils se sont mutuellement vendus ou achetés des Bidules (de l’un à l’autre, hein, on est bien d’accord, ils ne se sont pas amusés à s’échanger un Bidule contre un autre bidule pour le plaisir d’échanger, OK ?) c’était à un prix de 10 brouzoufs pour un Bidule, très au-dessus du cours de 2 brouzoufs par Bidule de l’année précédente.

    Emporté par l’enthousiasme, B décide d’acheter encore d’autres Bidules, parce que ça monte.

    – soit A est du même avis, et ni l’un ni l’autre ne va vouloir s’en vendre (vu qu’ils vont monter, ce serait idiot d’après eux!): donc le cours ne change pas vu qu’il n’y a pas d’échange (et donc, comme je le mentionnais plus haut, le moutonnisme en lui-même ne PEUT PAS affecter les cours, et Keynes est un joyeux plaisantin)
    – soit ils ne le sont pas, et A vend à B, disons, 5 Bidules à 12 brouzoufs par Bidule. Et ensuite ? Eh bien A ne va pas racheter ses Bidules plus cher qu’il ne les a vendu et réaliser une moins-value immédiate… vu qu’au départ il l’a fait pour gagner de l’argent. (et donc, comme je le mentionnais plus haut également, le bilan final est nécessairement nul quand bien même l’échange suivant se ferait).

    Attention à ne pas confondre cet effet (sur les prix supposément croissants) avec celui du mal-investissement (sur la rentabilité supposée croisante), que vous évoquez ici:

    On suppose une innovation dans le domaine des transports. Tiens, prenons l’exemple des chemins de fer. On considère que sa dimension est telle que la demande est en forte croissance, ce qui attire massivement des capitaux. Mais c’est cette masse de capitaux qui va justement entretenir la confiance des investisseurs, qui croient que ça va encore monter, notamment parce qu’ils croient que tout le monde croient que ça va monter, et conséquemment, que tout le monde va alimenter le secteur en capitaux. Ainsi, pour profiter de cette tendance haussière, ils vont contribuer à former des bulles, expansion monétaire ou pas. Selon eux, il n’y aurait pas de limite (potentiellement) à ce phénomène qui s’auto-entretient.

    La masse de capitaux investie n’augmente pas la rentabilité par magie. Ce n’est pas parce que je fais un second placement à 5% que mon premier va se mettre à rapporter 6% (et que je pourrais donc le revendre avec plus-value imaginaire et engendrer un début de bulle). C’est même généralement le contraire qui se produit puisque les opportunités de création de richesse bien réelle s’épuisent rapidement…

    (On pourrait aussi discuter de l’origine des fonds investis, nécessairement désinvestis d’autre part OU créés ex-nihilo, mais ce serait enfoncer un peu plus Keynes et souligner davantage encore l’origine réelle des bulles: la création monétaire fiat)

    J’ai l’impression que soit vous soit Keynes joue sur la confusion entre les deux, consciemment ou pas.

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