Qu’est-ce que le marxisme ?

Aujourd’hui dans notre cours d’économie politique aléatomadaire, je vais vous expliquer ce qu’est … le marxisme !

Le marxisme est une théorie scientifique obsolète du XIXème siècle, comme la phlogistique, les épicycles améliorées ou l’éther luminifère.

Le marxisme, comme son nom ne l’indique pas, a été inventé par Georg Hegel (d’après des idées de Saint-Simon et Auguste Comte), et complété par Friedrich Engels. C’est une théorie de tout, qui tente d’unifier toutes les théories scientifiques existantes en un seul modèle scientifique de l’Univers, pour par exemple réunir enfin relativité générale et physique quantique (bien que ces deux théories soient postérieures au marxisme), à l’aide du modèle de la lutte des classes. Comme c’est une théorie de tout, elle explique également Dieu (en réfutant son existence), la morale (en établissant l’éthique normative suivante: les riches ont toujours tort, le Parti a toujours raison – en établissant une éthique normative, le marxisme obtient le statut de religion), l’Histoire (en expliquant que le passé est une vaste lutte des classes entre elles pour la possession du capital). Ainsi, le marxisme explique le fonctionnement de l’Univers, l’électromagnétisme, la thermodynamique, la victoire des Grecs à Thermopyle et toute action humaine en général par la loi suivante: « ceux qui n’ont pas de capital (argent et moyens de production, principalement) se battent contre ceux qui en ont ».

Mais en science il ne suffit pas d’expliquer les mesures préalables, il faut aussi pouvoir éventuellement falsifier une théorie en se basant sur ses prédictions: si une prédiction donnée par la théorie s’avère fausse, c’est que la théorie est fausse et on l’oublie. Sinon, on peut la considérer comme suffisamment « non-fausse » pour être utile à quelque chose.

Le marxisme faisait, dès 1856, les prédictions scientifiques suivantes:

– la révolution prolétaire (combat d’une classe sociale contre son antagoniste pour la possession du capital) aura lieu dès l’année prochaine, ou peut-être l’année d’après, mais bientôt en tout cas, inévitablement
– les salaires ne feront que baisser dans les prochaines années, de même que le niveau de vie, et le capitalisme s’effondrera sur lui-même d’ici quelques années, inévitablement
– la révolution prolétaire suivie de l’instauration du socialisme mettra fin à la lutte des classes, augmentera la croissance économique et supprimera l’oppression, inévitablement

Force est de constater que chacune de ces prédictions s’est avérée fausse, invalidant le marxisme totalement et expliquant son abandon dans le monde scientifique au profit de théories économiques un peu moins falsifiées, comme celle de John Maynard Keynes, celle d’Adam Smith, ou celle de l’Ecole de Chicago, et de théories praxéologiques comme celle de Ludwig von Mises (Ecole Autrichienne).

Une autre mesure de la validité d’une théorie est sa cohérence, autrement dit le fait qu’elle ne se contredise pas. André Glucksmann, dans La cuisinière et le mangeur d’hommes a démontré que le marxisme, interprété à la lumière du modèle de la lutte des classes, menait inévitablement à la continuation de cette lutte des classes: cette contradiction interne invalide aussi le marxisme.

Mais voyons plus en détail le côté économique du marxisme:

Le marxisme établit que chaque chose a une valeur qui dépend de la quantité de travail nécessaire à sa production, et cette valeur est le « juste prix » auquel ce bien peut être vendu. Ainsi, le même livre copié à la main doit être vendu plus cher que s’il était imprimé, et un trou rebouché vaut plus que le même bout de terrain, laissé intact. De même, une bouteille de rhum importée par bateau vaut moins cher que la même bouteille importée par chaise à porteurs (bouteille qui ne change pas de valeur en vieillissant); un verre d’eau a la même valeur dans le désert qu’ailleurs donc le vendre plus cher aux gens qui ont soif et n’ont pas accès à de l’eau ou n’ont pas pensé à en emporter avec eux c’est mal car on fait payer plus que la « vraie valeur » du verre d’eau.

Donc le marxisme établit scientifiquement que chaque profit est « volé » au travailleur qui a produit le bien vendu. Par exemple, quand un boulanger vend son pain plus cher qu’il ne lui a coûté à faire, il est sans le savoir en train d’exploiter ignominieusement le meunier qui lui a vendu la farine plus cher qu’elle lui a coûté à faire, qui lui-même exploite ignominieusement le paysan qui lui a vendu son grain plus cher qu’il lui a coûté à faire, qui lui-même exploite donc ignominieusement … euh, qui ça ?

On voit donc que le marxisme réfute le secret de la richesse: pour un marxiste, la richesse n’existe pas et ne peut pas être créée car il n’y a pas de profit, seulement un transfert de l’un à l’autre. Le marxisme est contre la richesse et pour la pauvreté, d’ailleurs un type s’appelant Marx (sacrée coincidence), et marxiste lui-même malgré ses violentes dénégations, résumait cette position dans ces termes: « Le travail lui-même est nuisible et funeste non seulement dans les conditions présentes, mais en général, dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse. »

Le marxisme s’oppose aussi au concept de la location, et de l’intérêt sur les prêts: quand un forgeron fabrique une scie et la prête à un menuisier pour qu’il puisse fabriquer des meubles et les vendre, en échange d’une fraction des bénéfices ou du prix de vente des meubles, c’est mal, il faudrait que le menuisier lui prête gratos, et que le menuisier vende ses meubles à prix coûtant. Cela pose un problème: pour vendre à prix coûtant, le menuisier doit savoir exactement son coût de la vie (en intégrant aussi les risques, d’ailleurs). Pas de problème, le marxisme justifie que, si le menuisier ne se nourrit que de nectar de fleurs et de caviar, ses meubles vaudront plus et donc il sera en droit de les vendre plus cher: ses clients devront reconnaître que ses meubles ont plus de valeur, et les payer plus chers.

Le marxisme s’oppose aussi au concept de la division du travail. Par exemple, figurons-nous un patron propriétaire d’une usine avec des machines-outils dedans, idéales pour fabriquer des Bidules. Le patron achète la matière première pour faire un bidule pour 5 euros, emploie un ouvrier pour 15 euros par bidule fabriqué, et vend les bidules 50 euros.

Pour quelqu’un de rationnel, le patron « vend » 35 euros la situation toute faite d’une usine avec une machine-outil toute prête et la matière première pour faire un bidule, tout prémâché, à l’employé, qui peut ensuite revendre le bidule 50 euros au patron, garanti, pour faire son profit de 15 euros par bidule, pendant que le patron fait son profit de 30 euros (et s’en sert pour amortir le coût de l’usine et des machines, et accessoirement se payer à manger). On voit que les deux se partagent le travail (l’un prépare la situation, prend pratiquement tous les risques, rassemble matières premières et outils nécessaires, s’occupe de la compta et de trouver des acheteurs, tandis que l’autre fait fonctionner la machine-outil) et les profits (5 euros de coût marginal, prix de vente 50 euros, bénefs de 15 et 30 euros pour l’un et l’autre).

Mais dans la vision marxiste, les 30 euros de profit du patron sont forcément volés à l’ouvrier, qui devrait donc le payer 45 euros par bidule (moins le coût de la vie, tout de même) et ne pas faire le moindre profit. On peut aussi appliquer la même vision à un médecin qui embauche une secrétaire médicale: d’une manière ou d’une autre, soit le médecin exploite ignominieusement la secrétaire, soit c’est la secrétaire qui exploite ignominieusement le médecin, mais quoi qu’il en soit, si l’un d’eux gagne de l’argent, c’est louche.

Voilà, ce cours est terminé, je vous rappelle en passant que les sacs à vomi se trouvent sous vos sièges.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

12 Responses to Qu’est-ce que le marxisme ?

  1. Ankuetas says:

    C’est triste quand même, c’est mon passé… 🙂

  2. jesrad says:

    Tiens, bonjour, je me demandais ce que tu étais devenu 😮 Note que c’était mon passé aussi, brièvement, quand j’avais une douzaine d’années.

  3. Ankuetas says:

    Si tu veux savoir mon âge, j’ai 13 ans. (eh oui..)

    Je te dois beaucoup, à toi et aux autres, vous m’avez libérez de mon communisme, maintenant je t’avoue que je suis devenu ardemment individualiste. ^^

    Merci 😉

    Et super blog! J’adore ton analyse de l’anarchisme 😉

  4. pan says:

    Clair que Jesrad est une star!

  5. Ankuetas says:

    Ca fait longtemps que je ne vous parle plus aussi, cher Pan! 😀

    Comment va? 😀

  6. jesrad says:

    Une star ? Faut pas charrier, surtout à 180 visites quotidiennes. N’oubliez pas de ne pas trop prendre au sérieux mes divagations de Discordien sous influence de son hypophyse.

  7. Ankuetas says:

    Au fait (je suis désolé de pourrir tes posts avec des questions h-s à la con mais j’ai pas d’autre moyen de communication…tu jugeras si il faut supprimer ou non), je me demande si je pourrais un jour rentrer dans le forum lib.org? ^^

  8. Ankuetas says:

    Euh…non?

    😀

  9. jesrad says:

    Je n’en ai aucune idée 😮

  10. Ankuetas says:

    Oh, ça viendra avec le temps, j’en suis sur…^^

    Pour l’instant je suis chez les Pères Fondateurs et un petit forum anar 🙂

  11. bof says:

    – le marxisme est une théorie économique et un systême politique, pas une théorie scientifique.
    – la théorie du marxisme a été formalisée, comme son nom l’indique, par Karl Marx ainsi que Engels.

    A partir de là, tu ne donnes plus envie qu’on s’intéresse à ce que tu as à dire et si être anar, pour toi, signifie dire des conneries et réinventer l’histoire tu as beaucoup à apprendre sur la liberté d’expression.

  12. jesrad says:

    C’est Marx lui-même, accompagné de Engels (main dans la main et zigounette dans le pilou-pilou), qui parle de science. J’invente rien. Mais votre réaction est compréhensible, puisque dans l’occident, après l’échec patent du « socialisme scientifique » et de la planification économique, c’est sur l’aspect philosophique seul que se sont concentrés les marxistes. Ils n’aiment pas qu’on leur rappelle cet aspect là. Moi j’en parle pour me marrer, sans aborder l’aspect philo justement parce qu’il y a des trucs valables dedans.

    Quant à la seconde remarque… l’humour, ça détend.

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