Qu’est-ce qu’une banque centrale ?

Aujourd’hui dans notre cours d’économie politique aléatomadaire, je vais vous expliquer ce qu’est … une banque centrale !

Commençons par le commencement: avez-vous appliqué entre vous le secret de la richesse (voir ci-dessous) appris précédemment pour gagner de quoi payer le droit d’entrée de ce cours ? Oui ? Parfait !

Est-ce que vous avez les brouzoufs correspondants ? Non ? Ah, ça c’est embêtant, hein ? Oui, Théodore ?

« Professeur, il n’y a pas assez de brouzoufs pour tout le monde: il faudrait en importer contre des marchandises de valeur à ceux qui ont des brouzoufs. »

Bien vu, mon grand. Mais je ne vois personne ici qui ait des brouzoufs en quantité suffisante: il n’y a tout simplement pas assez de brouzoufs existants pour payer le droit d’entrée à ce cours ! Sacré problème, s’pas ? Mais pourtant vous avez tous appliqué le secret de la richesse, votre vie a été améliorée par les échanges libres car vous disposez de plus de choses de grande valeur (subjective). D’où ma question: est-ce que vous vous êtes enrichis avec le secret de la richesse, ou est-ce que la richesse dépend uniquement du nombre de brouzoufs ? Personne n’a de réponse ?

Bon, je m’y attendais un peu… En fait les brouzoufs servent uniquement à représenter la valeur que chacun de vous accorde à chaque chose ou service. Une chose ou un service n’a de valeur qu’à partir du moment où vous en faites usage ou l’échangez contre autre chose dont vous voulez faire usage.

« Mais alors les brouzoufs ont de la valeur tant qu’on peut les échanger contre quelque chose d’utile, non ? »

Ah, merci Firmin, j’en vois au moins un qui suit ! Effectivement, et c’est pourquoi la valeur de la monnaie vient d’une garantie de contre-valeur, c’est à dire qu’on sait qu’on pourra toujours l’échanger contre quelque chose d’utile.

Les banques centrales sont des usines à brouzoufs d’un genre un peu spécial, elles disposent d’un juteux monopole: celui d’être les seules à avoir le droit de faire de la fausse monaie. Les autres, vous, moi, le mec un peu louche avec son air honnête dans le bureau d’en face, finissent dans une petite cellule surpeuplée quand ils essaient, eux aussi, de faire de la monnaie (vraie ou fausse, ça n’a pas d’importance, d’ailleurs).

La fausse monnaie fabriquée par les banques centrales (FED ou BCE sont les plus connues, elles fabriquent des brouzoufs appelés dollars et euros) est la seule que l’on ait le droit d’utiliser pour acheter quoi que ce soit à l’intérieur du territoire sous esclavage de l’état qui a attribué le privilège de faux monnayage à ces banques.

Ces brouzoufs ont une valeur très faible: ils font un très mauvais papier toilette, brûlent mal et trop vite en polluant beaucoup, et il en faut beaucoup pour obtenir très peu de fibres résistantes (pour faire des cordes, par exemple). En fait, leur valeur en tant qu’oeuvre d’art est parfois même plus élevée que leur valeur en tant que matériau, quoique je leur donne une très bonne note en tant que papier à origami (note toutefois nuancée par leur faible taille et leur format non-carré). Ils ne sont échangeables contre rien auprès des banques centrales ou des états, ce qui explique leur faible valeur. On peut tout de même échanger de la fausse monnaie contre une autre fausse monnaie (euros contre dollars par exemple) mais l’intérêt ne me paraît vraiment pas évident.

Si on revient à la définition de Firmin, on voit que les banques centrales ne garantissent pas du tout la valeur de leur monnaie: c’est pour ça que c’est de la fausse monnaie sans valeur. C’est seulement parce que l’état oblige tous les autres à garantir cette valeur à la place des banques centrales qu’on peut considérer que les euros et dollars ont une valeur. Autrement dit, voilà encore un boulot, un service essentiel à la bonne marche de l’économie, que l’état force les uns à faire à la place des autres: un esclavage de plus.

Voyons maintenant comment l’état profite honteusement de cette situation d’esclavage à travers la banque centrale. Pour le restant de ce cours, on considère les banques centrales pour ce qu’elles sont vraiment: des agences gouvernementales.

« Mais, mais, la FED et la BCE sont des institutions privées indépendantes de l’état, non ? C’est M. Trichet qui me l’a dit ! »

Depuis quand tu crois tout ce que l’état raconte ? Surtout avec un nom pareil ! Qui est-ce qui t’oblige à commercer en fausse monnaie ? L’état. Qui est-ce qui t’interdit de faire ta propre monnaie, même vraie ? L’état. Qui est-ce qui exige des tributs payables uniquement dans la fausse monnaie de son choix ? L’état. Alors maintenant, ta gueule.

Donc, je disais, la banque centrale, c’est l’état déguisé.

Et là où il fait très fort, c’est que la fausse monnaie appartient en même temps à celui qui l’a dans la main, et à la banque centrale. Ca vous épate, hein ? Bah oui, en fait la fausse monnaie est louée à la banque centrale par l’état, avec un taux d’intérêt sur la fausse valeur qu’elle est supposée représenter, intérêt qui est payé par les mêmes gogos que d’habitude: ceux qui s’en servent pour essayer de vivre, vous, moi, le boulanger, etc.

OK, ramassez vos mâchoires, ceux qui suivent.

Quand vous avez échangé un truc contre un machin, ou fabriqué un bidule, vous avez gagné une certaine valeur: une richesse donnée a été créée par cet acte. Pour pouvoir continuer à commercer en vous servant de cette valeur, l’état vous oblige à représenter cette valeur par des brouzoufs. MAIS pour représenter le gain de valeur, il faut fabriquer de nouveaux brouzoufs. Et BING, vous vous mangez un intérêt à payer sur la valeur QUE VOUS AVEZ VOUS-MÊME CRÉÉE. Exactement comme si vous aviez emprunté à la banque centrale la richesse que vous avez fabriquée par votre propre travail !

En Français courant, on appelle ça du servage: on vous prend votre propriété légitime (la richesse créée par votre échange ou votre travail), et on vous la prête avec intérêt, exactement comme ces paysans du Moyen-Age qui se faisaient voler leur terre par le brigand en chef du coin, qui leur prêtait ensuite la terre en échange d’une part de la récolte. Et voilà comment l’état utilise la banque centrale pour vous piquer 4% (c’est le taux, en ce moment) de tout ce que vous faites.

Voilà, ce cours est terminé, vous trouverez … sacs à vomi … siège
… com’d’hab.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

3 Responses to Qu’est-ce qu’une banque centrale ?

  1. Mateo dit :

    Jesrad, il y a également ce qui me paraît être un autre monopole aux mains des banques centrales: celui de la fixation des taux directeurs.

    Si j’ai bien compris, les banques centrales, de pas leur pouvoir régulateur sur les taux directeurs, sont également, selon l’analyse monétariste de l’école autrichienne, responsables des cycles bulles-récessions.

    Concrètement quelle est l’influence des banques centrales sur ces cycles économiques?
    Ce sont les responsables des banques centrales qui sont chargés de fixer les taux directeurs « idéaux ».
    On laisse ici aux mains d’hommes, qui, même s’ils sont considérés comme des experts, sont des humains, donc faillibles, l’énormes responsabilité d’ouvrir et de fermer les vannes du crédit.

    Si ceux-ci les ouvrent trop, l’excès de liquidité provoque des bulles spéculatives dans le domaine qui paraît opportun aux investisseurs. Ce fut les technologies de l’information il y a quelques années et plus récemment les marché immobilier avec la crise du subprime. A chaque fois, les financiers, qui ne sont ni des spécialistes des technologies de l’information, ni de l’immobilier, ont mal évolué le produit dans lequel ils investissaient.

    Si les experts des banques centrales ferment trop les vannes, cela freine l’investissement (l’argent est disponible moins facilement) et étouffe l’économie.

    Ils doivent donc en permanence avoir une connaissance parfaite de l’ensemble de l’économie et fixer de façon parfaite les taux. Impossible! Il s’agit d’une sorte de « socialisme appliqué au système monétaire », un espèce de monstre kafkaïen.

    Mes connaissances en matière financière et monétaire s’arrêtant là, je ne sais pas quelle réponse serait la plus appropriée à ces problèmes.
    Mais intuitivement, j’ai l’impression qu’il faudrait que le système s’auto-régule, l’information étant largement trop diffuse. Intuitivement, j’ai donc l’impression qu’il faille permettre plus de libertés et abolir le monopole de la décision des taux directeurs à quelques « happy few » arbitrairement sélectionnés (et peut-être également celui de la fabrication de monnaie?).

    Le retour à l’étalon-or ne me paraît pas, intuitivement encore, approprié.

    D’où mes questions: en quoi une « libéralisation » de la monnaie serait-elle bénéfique ou maléfique? Quelles en seraient les conséquences? Comment seraient fixés les taux directeurs? Y’aurait moyen que tu nous fasses un petit cours?

    Autre question: peux-tu nous expliquer le mécanisme de réserve fractionnaire, qui permet aux banques de ne garder en réserve qu’une partie de l’argent qui leur est confié (10% par exemple)? En quoi cela reviendrait-il à une création de monnaie? J’ai cru comprendre que selon l’analyse autrichienne, il faudrait revenir à un système interdisant ce genre de pratique. Ai-je bon?

    Encore une question, un peu moins dans le sujet: que penses-tu de Ron Paul? Je demande car il est « libertarian » (si je te dis que « libertarian » en anglais américain, c’est entre « libéral classique » et « lbertarien » en français, tu confirmes?) et qu’il est entre autre pour l’abolition de la FED.

    Si vous voulez en savoir plus sur la Réserve Fédérale et la position des monétaristes de l’école autrichienne sur le sujet, vous pouvez regardez cette vidéo: http://video.google.com/videoplay?docid=-466210540567002553&hl=en
    Pour des informations en français au sujet de la position de Ron Paul à propos des banques centrales, voir ici: http://ronpaulfr.blogspot.com/2007/08/pourquoi-abolir-la-rserve-fdrale.html

  2. jesrad dit :

    Disons que le système actuel fonctionne vaguement, il engendre des cycles de malinvestissement-récession et permet aux états de démultiplier leur capacité d’emprunt au delà du raisonnable (et c’est toujours les mêmes qui écopent). Ma solution c’est le crédit en réseau social, où en fin de compte chaque personne émet sa propre monnaie, donc chacun décide de son propre taux directeur, et la catallaxie fait le reste.

    Pour ce qui est du retour à l’or, Jacques Rueff avait démontré que c’était faisable, mais je n’ai plus la référence sous la main. Ce que l’on sait de l’étalon or, aussi, c’est qu’il a permis une stabilité monétaire impressionnante sur les XVIIIème et XIXème siècles. J’ai vu passer des graphiques particulièrement parlants sur le sujet, je vais essayer de remettre la main dessus.

    Quand à Ron Paul, je ne suis pas d’accord sur tout avec lui, je ne crois pas qu’on puisse résoudre les problèmes à travers l’exercice du Pouvoir (seulement par son abandon) mais s’il est élu candidat du parti réublicain je dirais qu’il y a de l’espoir pour les USA.

  3. Mateo dit :

    OK, merci Jesrad.

    Je viens de (re)lire ton article sur le crédit social. Faut que j’y réfléchisse un peu plus, mais c’est un système qui me paraît intéressant. La question est de savoir, en supposant que ce soit un système efficace, comment on passe d’un système à l’autre et comment convaincre les individus de passer à ce système…

    Le retour à l’étalon or a été abordé par Murray Rothbard dans « What Has Government Done to Our Money? » également.

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