Le Droit Naturel, c’est toi

Imaginez une seconde que le gouvernement, la Police, la gendarmerie et les tribunaux ainsi que les prisons et tout l’appareil répressif de l’état s’évanouissent dans l’instant. Est-ce que pour autant vous vous précipiteriez pour assassiner des inconnus gratuitement, pour torturer et violer gaiement ? "Non" ? Eh bien le Droit Naturel, c’est ce Non.

Le Droit Naturel est la forme spontanée du Droit quand il n’est pas écartelé, enfermé et déformé par la loi. C’est l’application libre des principes de justice qui existent objectivement, que nous suivons spontanément et que nous pouvons révéler par la raison.

Des principes de justice objectifs ? Je croyais que les droits n’étaient que des conventions sociales parfaitement arbitraires ?

Tout le monde partage des notions universelles de ce qui est bon et de ce qui est mal. Par exemple personne ne considère que souffrir soit une bonne chose: même les masochistes les plus forcenés ont pleinement conscience que souffrir n’est pas quelque chose qu’on peut infliger à l’autre contre son gré (c’est d’ailleurs pour cette raison qu’est apparue la pratique du "safeword" parmi eux: il s’agit là d’un exemple rarement soupçonné de droit naturel en action). De même pour le mensonge, l’assassinat, l’agression physique et encore d’autres actions dont le caractère injuste est si manifeste (il suffit de constater les faits) qu’elles sont universellement reconnues par tous comme mauvaises. Il n’y a d’arbitraire dans le droit que dans la mesure où nous percevons mal ou interprétons de manière erronée les faits qui se présentent à nous ; pour le reste le droit est une conséquence de ce que nous sommes.

C’est d’ailleurs pour cela que toutes les cultures humaines, aussi disparates soient-elles, ont des notions communes de droit qui "tendent" toutes dans la même direction – une direction qui n’a rien d’arbitraire. Plusieurs anthropologues et historiens du droit ont noté et rapporté l’existence de ces notions universelles de droit (C. Renfrew, J. Haudry, P. Simonnot, G. Berthu et L. Lévy-Bruhl sont cités par Patrick Simon dans "Le droit naturel: ses amis et ses ennemis", et j’y rajouterais T. Anderson et P. Hill).

Pour parler plus clairement, il y a de nombreuses choses que l’on ne peut pas prétendre faire – et surtout faire faire par d’autres – en bonne conscience, des choses qui sont les mêmes pour tous à cause des faits incontestables et objectifs de notre propre nature et de la nature de ces choses. Celui qui vole en prétendant s’affranchir de respecter la propriété prouve sa mauvaise foi en tentant de garder son butin. Celui qui tue en prétendant l’inexistence d’un droit obligeant à respecter la vie et l’intégrité de l’autre prouve sa mauvaise conscience en essayant de dissimuler son acte ou en fuyant ceux qui voudraient le juger et/ou le mettre à mort à son tour.

Le jusnaturalisme, doctrine du droit naturel, s’oppose dans la pratique comme dans les principes au positivisme juridique, la doctrine du droit positif.

Ah. Et c’est quoi le droit positif ?

Le droit positif part du principe que ce qui est juste est déterminé par la puissance du souverain: le bien et le mal dépendent alors des rapports de force, et c’est le plus fort qui peut prétendre que ce qu’il fait (par exemple la guerre) est justifié et respectable, tandis que ce que vous faites, vous, (par exemple manger de la viande un Vendredi) c’est mal, ignoble et punissable, en dépit de toute autre objection ou considération. Ce type de droit nécessite pour s’exercer une autorité distincte du sujet auquel il s’applique (avec toutes les complications que cela entraîne: abus, négligence, inflation réglementaire, totalitarisme systémique, etc.) car l’existence d’un souverain exerçant son autorité implique l’existence d’un sujet subordonné à cette autorité.

Le droit positif se place en programme de ce qui est juste, comme un logiciel réglant le changement d’un état à un autre d’un processeur informatique. L’emprise du programmeur-souverain est nécessairement absolue, l’exécution d’autres opérations que celles décrites est impensable et réprimée. Et, bien sûr, le moindre bug entraîne des catastrophes: une seule contradiction, une seule imprécision, une seule lacune, suffisent pour obliger une société toute entière à violer la loi, sans recours. Plus ce droit est éloigné de ce que ses sujets considèrent eux-même comme juste, plus il leur cause du tort en les forçant à agir en mauvaise conscience, en subissant des punitions qu’ils savent être indûes, et en limitant leurs choix d’action au champ prédéfini par la loi. En fin de compte, dans ce modèle, la justice est escamotée, remplacée par la seule capacité à punir: le "droit" positif est une usurpation – la puissance se prenant pour la légitimité.

Et le droit naturel, c’est le contraire ?

Le droit naturel marche dans l’autre sens: partant du principe que ce qui est juste n’a pas besoin d’être imposé par la force pour qu’on ait envie de le faire quand même (en dehors d’une envie spécifique et consciente de mal agir dépendant des circonstances particulières, évidemment, mais c’est hors-sujet), il établit ce qui est juste comme une conséquence rationnelle de la somme des actions et des jugements libres de tout le monde. Etant exercé par choix, il ne nécessite pas d’autorité pour s’appliquer, l’usage de la force n’étant requis que contre celui qui choisit de faire ce qu’il sait pertinemment être injuste (et qui requiert l’usage de la force ou la tromperie, de toute façon).

Voyons cela avec des exemples pour bien saisir:

Dans le domaine du commerce maritime, comme les gens qui font affaire évoluent à peu de choses près "en dehors de toute législation commune" ils sont en pratique presque entièrement exempts de droit positif quand ils établissent des contrats entre eux. C’est pour cela que, dans ce domaine, c’est principalement le droit naturel qui s’applique (et en cas de litige, son compagnon l’arbitrage privé qui tranche). On trouve alors des choses comme la responsabilité de l’affréteur envers l’armateur si son chargement endommage le navire, la créance au pro-rata du temps de retard sur une course, et des tas d’autres petites choses que les gens font parce qu’ils savent que c’est ce qu’il est juste de faire.

De même, dans le champ du marché noir les acteurs étant hors la loi, il ne reste entre eux que le droit naturel pour régir leurs interactions. On y trouve pourtant des garanties, des engagements sur les délais, et toutes sortes d’autres notions de bon droit. On peut même y voir des banques complètes y fonctionner de manière tout à fait normale, en dehors de toute législation et de l’appareil exécutif de l’état.

Comment est-ce que le droit naturel se "fabrique" ?

Il ne se fabrique pas tant qu’il se pratique. Réaliser qu’il est plus juste de respecter ses engagements et promesses que de les renier, par exemple, ça vient par simple raisonnement: réalisant qu’on s’est engagé pour une bonne raison au départ et qu’on trouverait soi-même injuste qu’un autre ne tienne pas ses engagements envers soi, on conclut qu’il est plus juste de faire ce qu’on a dit qu’on ferait. Là dessus émergent toutes sortes de notions et de pratiques sur lesquelles on peut compter.

Note: Immanuel Kant a formalisé le premier, dans "critique de la raison pure", ce critère absolu de droit naturel qu’est l’isonomie (l’idée que les seules règles justes sont forcément universelles et applicables dans les deux sens – ou en d’autres termes, que le principe de base de toute justice c’est de ne rien faire à l’autre qu’on ne voudrait subir soi-même). Ce principe est une conséquence du fait qu’une interaction suppose deux parties au moins, qui doivent pouvoir être interchangeables, d’où une nécessaire égalité de chaque partie vis-à-vis des règles de cette interaction. Cette notion était déjà connue longtemps avant, et son universalité est tellement manifeste qu’on la retrouve dans toutes les religions et sur tous les continents – voir l’introduction de cet article.

Et pour ceux qui ne le font pas, qui violent le droit naturel ?

Fondamentalement, ceux qui n’ont pas fait la démarche et réalisé l’injustice de leurs actes commettent une erreur. Dans le cas où celle-ci serait une erreur de perception ou d’interprétation des faits, si ils pensent à tort être dans leur bon droit, le plus logique est de mettre en question leur interprétation et expliquer (par raisonnement, là encore) pourquoi il est juste de ne pas s’y prendre ainsi: il s’agit là de la fonction de base du juge, qui en examinant les faits et en écoutant les avis et les raisonnements tranche en pointant ce qui tient le mieux la route (dans la situation la plus simple, ce sont les seules personnes concernées qui réalisent cette démarche – on parle d’arrangement amiable – et dans les cas plus complexes ou s’il y a risque de partialité, on fait appel à quelqu’un qui est considéré unanimement comme suffisamment impartial pour arbitrer) ; les actes ayant été poursuivis de bonne foi, il n’y a aucune raison de douter que la personne les ayant commis saura comprendre son erreur et volontairement corriger ses choix à la lumière des faits et explications fournis.

Maintenant, si cette personne avait conscience de commettre un acte injuste, elle se tient hors du droit et soit elle fait preuve d’une volonté d’arrêter de faire des choses injustes en réparant les torts qu’elle a commis, soit elle ne le fait pas, refuse jusqu’à la protection que lui apporte ce droit et doit s’attendre à subir les conséquences de ce bannissement délibéré.

Il n’existe à aucun moment de "loi" en droit naturel, il n’y a pas d’autre contrainte que celle des faits et de la raison: la notion même de "vide juridique" n’a ici aucun sens car toutes les situations sont uniques et il convient simplement de révéler pour cette situation le droit naturel tel qu’il préexiste et s’impose à nous par les faits. Par ailleurs dans ce modèle la jurisprudence n’a de valeur qu’en tant que guide de raisonnement. C’est comme cela que le droit naturel peut évoluer continuellement, sans cesser de se raffiner et de s’améliorer ; toujours dans la même direction déterminée par la réalité: les mêmes observations conduisant aux mêmes conclusions, celles-ci s’imposent également à tous.

De toute façon, il est impossible de codifier formellement le droit naturel sous forme de loi, dans le sens de "règlement qu’on applique par autorité": les prescriptions du droit naturel ne sont pas impératives, et ne sont pas sujettes à punition si on ne les suit pas pour soi-même, et de toute façon comme c’est un droit universel il ne saurait justifier aucune différence d’autorité entre celui qui refuse et celui qui oblige. Je ne suis personnellement contraint à rien par le droit naturel, mes relations aux autres ne sont couvertes que par la part du droit naturel que nous acceptons en commun.

Fais-le si tu juges que c’est juste, ne le fais pas sinon ; de même ne fais quelque chose à quelqu’un que si toi et lui jugez unanimement que c’est juste ; et dans le doute de toute façon tu peux toujours demander un avis extérieur !

Au contraire du droit positif, le droit naturel se pose en construction vivante et fondamentalement humaine, composée des contributions de chacun selon ses meilleures volontés, et consolidée continuellement par chacun de nos actes. Loin d’être un programme contraignant a priori nos choix et nos jugements, il est le recueil de nos décisions libres accumulées et des jugements de chacun, guidant par leur justesse manifeste les choix de ceux qui nous suivront, sans les contraindre.

24 Responses to Le Droit Naturel, c’est toi

  1. LMAE dit :

    j’avais lu "justice prolétarienne". Ca fait bizarre sur un site libertarien.
    Bon et si maintenant je lisais ton texte ?

  2. jesrad dit :

    Héhéhé, il n’y a vraiment encore qu’en France qu’on peut faire cette confusion ;)

  3. Benjamin dit :

    Bonjour,

    Après lecture de ce très intéressant texte rappelant les fondamentaux de la justice propriétarienne, je me pose cependant la question du libre arbitre. Avec la découverte récente de substance chimique pouvant entamer sérieusement le libre arbitre (pour faire simple) on peut se demander ce que devient la justice propriétarienne lorsque :

    - une personne sous l’influence d’un tel psychotrope de manière involontaire, effectue une action qui lui porte atteinte (typiquement qualifiée d’esclavage chez les libertariens)

    - une personne sous l’influence d’un tel psychotrope de mannière volontaire (donc typiquement en connaissance de cause préalable à l’ingestion), effectue une action qui lui porte atteinte (esclavage)

    Bref, votre texte aborde le thème de la définition et des usages de la propriété, mais pas celui du libre arbitre, qui reste, apparemment "le dogme qui sert d’axiome à vos règles" …

  4. jesrad dit :

    Tout le monde agit suivant sa nature: ce n’est pas un dogme, c’est un fait observable, mesurable, vérifiable objectivement (voir la seconde question).

    L’utilisation d’un psychotrope contre quelqu’un dans le but spécifique (volontaire ou pas) de réduire sa volonté démontre l’intention manifeste de vouloir s’emparer du corps de sa victime contre sa volonté (sinon il n’y aurait pas besoin d’utiliser ce psychotrope, logique. La suppression de la volonté peut très bien n’être qu’un effet parmi d’autres sans rien changer à ce fait: l’effet est quand même là): c’est un crime.

    Même dans le cas où une personne se trouve en état de dépendance volontairement ou sans intervention extérieure (petite enfance, sénilité, accident, etc…) on peut déduire des règles précises.

    Autre chose: réaliser une action qui nous porte atteinte n’est pas en soi synonyme d’esclavage. L’esclavage consiste à utiliser des contraintes artificielles pour amener quelqu’un à faire ce qu’il ne veut pas, ou à ne pas faire ce qu’il pourrait.

  5. françois dit :

    J’aimerais comprendre comment vous pouvez vous opposer à la spoliation du fruit du travail d’autrui, sans vous opposer au capitalisme. Ça me parrait contradictoire. Ceci dit je suis entieremet d’accord avec votre analyse de l’État en tant qu’instrument de domination d’une partie de la population sur une autre. Mais vous ne semblez pas identifier cette classe dominante comme étant les capitalistes, alors que c’est manifestement le cas, à moins d’avoir loupper 200 ans d’histoire…

  6. jesrad dit :

    Le capitalisme ne spolie rien du tout. Il me semble que vous ne savez pas vraiment ce qu’est le capitalisme, si vous le comprenez comme "la collusion entre l’argent et le Pouvoir".

    Autre chose: relisez plus attentivement l’histoire, vous verrez que ceux que vous appelez des "capitalistes" sont en fait tous des hommes de Pouvoir antilibéraux, qui se sont opposés violemment à de vrais capitalistes. En bref: tous les riches industriels ne sont pas tous capitalistes, loin de là, car ils sont nombreux ceux qui cherchent à protéger leur situation avantageuse à l’aide du pouvoir de l’état. En faisant cela ils ne valent pas mieux que n’importe quel tyran.

    Dites-vous bien que la corruption existe uniquement parce que le Pouvoir existe: l’argent qui l’achète, tout seul, ne peut rien obtenir qui ne soit volontairement proposé à vendre sinon.

  7. Mateo dit :

    Selon Marx, les êtres humains sont divisés en deux catégories (déjà, ça commence mal), qu’il appelait "classes": la classe "capitaliste", possédant le capital des entreprises, et la classe "prolétarienne", possédant la force de travail.
    Or, aujourd’hui tout le monde ou presque fait partie de la classe "capitaliste", car tout le monde possède directement ou indirectement une partie du capital de son entreprise ou de celle des autres. Un simple compte en banque suffit pour être "capitaliste". Et même en prenant une définition plus stricte de la "classe capitaliste", en ne considérant que la possession directe de capital, la (grande?) majorité des employés font tout de même partie de cette "classe capitaliste".

    Petite digression: certains divisent les êtres humains en "races", d’autres en fonction de leur religion, d’autres en fonction de leur pays d’origine, d’autres encore en fonction de leur "classe".… Quelles idéologies abjectes! Elles ont toutes un point en commun, hormis leur "nauséabonditude": elle font fi de l’individu et ne le considère qu’en fonction du groupe dont elles ont elles-mêmes arbitrairement dessiné les contours.

    Pour revenir au capitalisme, celui-ci est fondé sur la liberté d’entreprendre et le droit à la propriété privée. C’est justement les systèmes anti-capitalistes qui sont spoliation(s) du fruit du travail, car ils constituent une négation de ce droit naturel qu’est la propriété privée et de fait de la liberté.
    Le plus grand spoliateur aujourd’hui, c’est l’État!

  8. Eric E dit :

    Or, aujourd’hui tout le monde ou presque fait partie de la classe “capitaliste”, car tout le monde possède directement ou indirectement une partie du capital de son entreprise ou de celle des autres

    Ah bon ?

  9. Mateo dit :

    Oui. "Indirectement" car tout le monde ou presque a un compte en banque. Or, le système monétaire actuel fait que les banques ont la possibilité de ne garder en réserve qu’une partie de ce que l’on dépose sur son compte. Le reste est investi, d’une façon ou d’une autre. On délègue donc la gestion de son capital à sa banque.

    Et comme je le disais, même en prenant une définition plus stricte du terme "capitaliste" selon la terminologie de Marx, une grande partie des employés possèdent directement une partie du capital de leur entreprise ou d’autres, que ce soit par le biais d’actions de l’entreprise dans lesquels ils travaillent, par le biais de participations, par le biais de placements qu’ils gèrent eux-mêmes ou qu’ils laissent gérer par d’autres (en sachant que l’argent confié est placé sur des marchés boursiers) etc.

  10. mathieu dit :

    Tres Interessant blog! Je suis plutot en adequation avec l’esprit general des articles mais pas toujours avec les idees proposees.

    En ce qui concerne cette idee de loi naturelle, l’objection que j’ai c’est que le bien et le mal sont le resultat d’une education de l’esprit a la raison et qu’ils sont tres loin d’etre universels, c’est presque je dirais la source universelle de conflits!
    Les religions fournissent des kits tout pret pour definir ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Ce qui est bien pratique mais plutot arbitraire. L’individu libre disposant de suffisament d’information et de ressources pour survivre peut se forger sa propre morale, mais c’est pas un luxe donne a tout le monde. Quand on creve la faim, quand on est desespere on se fout un peu de la morale.
    Donc pour moi le droit naturel n’est pas concevable universellement, je verrais plus un droit direct, comme un wiki de lois qui seraient elaguees pour former un ensemble le plus universalisable possible.

    Sinon bonne continuation pour ton blog! Je me retrouve un peu dedans, et pas toujours.
    Viens jeter un coup d’oeil sur mon blog a l’occasion.

  11. jesrad dit :

    "l’objection que j’ai c’est que le bien et le mal sont le resultat d’une education de l’esprit a la raison et qu’ils sont tres loin d’etre universels, c’est presque je dirais la source universelle de conflits!"

    Je sais que ça va vous paraître obscur, déprimant ou peut-être même inacceptable (c’est déjà arrivé…), mais cette idée que le bien et le mal seraient des questions purement subjectives est un mythe moderne, récent, fondé sur une confusion entretenue à dessein entre deux ordres de réflexion.

    La source universelle de conflit n’est pas dans la conception que chacun se fait du bien et du mal, elle est dans le mode d’action dans la poursuite de ces conceptions. La question de "quelles sont ces conceptions" est entièrement subvertie par la question, d’un niveau différent et d’un ordre de pensée distinct, du cadre et du mode d’atteinte de ces buts moraux.

    Pour vous présenter les choses autrement: l’impact culturel et/ou éducatif et/ou inné (on n’est pas vraiment sûr, même aujourd’hui, qu’on n’hérite pas de certaines valeurs de manière biologique), quel qu’il soit et quelles que soient ses conséquences en matière de morale personnelle, est sans importance parce que le monde dans lequel se réalise la totalité de cet impact reste et demeure à jamais la réalité objective. Ce fait absolu et indépassable que nous existons dans le monde réel conditionne nécessairement l’idée que l’on se fait du bien et du mal parce qu’il a le pouvoir de nous donner tort, et non l’inverse parce que nous n’avons pas la possibilité de changer le fonctionnement de la réalité simplement en décidant qu’elle fonctionne "méchamment" ou "mal".

    Cela établi, l’objection traditionnelle qui suit est que "l’Univers étant indifférent d’un point de vue moral, de simples faits indépendants de la conscience humaine ne peuvent avoir de valeur éthique et donc la réalité objective ne saurait avoir de conséquences morale". On peut appeler cela "l’objection de la séparation science-wertfrei/humain-normatif".

    Et la réponse (tout aussi traditionnelle) à cette objection est qu’en réalité la totalité de la morale est une conséquence objective du fonctionnement spécifique de la réalité, avec démonstration à base de Théorie des Jeux: le test du dilemme du prisonnier itératif, par simple ajout de joueurs, suffit pour engendrer, d’une base de départ wertfrei, toute la gamme morale connue (honnêteté et mensonge, loyauté et trahison, altruisme et égoïsme, justice et apathie, etc.) comme des conséquences de l’hypothèse de départ qu’il y ait plusieurs joueurs et de tous les choix qu’ils peuvent faire.

    Pour résumer: le fait de l’existence de multiples consciences dans la même réalité, pouvant chacune définir des valeurs morales (et ce quelles que soient ces morales: toutes les possibilités de déroulement du jeu sont déroulées), est la véritable "source" de la morale, puisqu’elle engendre le domaine tout entier de l’interaction consciente: s’il n’y avait qu’une seule conscience dans l’Univers, la morale n’existerait pas et serait absolument sans objet.

    Les jugements de valeur n’existent qu’à l’intérieur des consciences, mais les consciences n’existent qu’à l’intérieur de la réalité.

    Dans l’article ci-dessus, je dis peut-être un peu vite que "Il n’y a d’arbitraire dans le droit que dans la mesure où nous percevons mal ou interprétons de manière erronée les faits qui se présentent à nous", c’est inexact: il y a bien de l’arbitraire ("morale en kits" des religions ?) mais celle-ci est circonscrite à l’intérieur de chaque conscience. Pour paraphraser je ne sais plus qui, la liberté de pensée est totale puisqu’à l’intérieur de la tête de quelqu’un il n’y a que les règles qu’il se choisit. Mais sitôt que des jugements de valeur s’inscrivent dans une action se déroulant dans la réalité objective, c’est cette dernière qui impose ses règles.

    Si c’est encore flou, je peux vous proposer une autre façon de poser le problème: mettons que A et B aient des conceptions différentes du bien et du mal. L’interaction tangible, donc dans cet espace commun qui existe entre les consciences de A et de B qu’est la réalité, se fera nécessairement d’une manière qui va soit:
    - ne violer ni les jugements de A ni ceux de B
    - violer ceux de A sans violer ceux de B
    - violer ceux de B sans violer ceux de A
    - violer ceux des deux

    Donc, quels que soient ces jugements, la nature fondamentale de l’interaction (action tangible qui dépasse la seule pensée) tombera nécessairement dans l’un de ces quatre domaines, et donc on peut établir une catégorisation ABSOLUE de toute action, avec pour seules "bonnes" actions celles qui ne violent pas les jugements de A ni de B, et "mauvaises" celles qui violent ceux de l’un et/ou de l’autre. Et dans tout ça, on n’a pas eu le moindre besoin d’examiner ces jugements eux-mêmes !

    Et si les valeurs sont totalement incompatibles, me demandez-vous ? On peut établir alors que toute catégorie de paires ou n-uplets de valeurs qui engendrent un ensemble nul de "bonne" action, sont eux-même "mauvais" puisqu’ils débouchent inévitablement sur de "mauvaises" actions. Et en prenant simplement le même jeu de valeurs pour A comme pour B, on peut déterminer si ce jeu est "bon" lorsqu’il ne débouche que vers des actions du premier type, et "mauvais" dans les autres cas. Voilà comment on passe du wertfrei au normatif.

    Bref: vous pouvez vous choisir vos valeurs (en kit ou pas), ça ne changera pas le fait que chacun se les choisit et qu’elles peuvent différer entre nous. C’est bien là le fondement de votre objection de départ, non ? Eh bien l’implication de cette hypothèse de départ, dans une réalité objective commune à des consciences multiples, est l’émergence du cadre de droit décrit dans l’article, indépendamment du contenu de ces valeurs.

  12. serge du 21 dit :

    Questions:"l’ordre social est elle conforme à l’ordre naturel des choses ?

    Le droit naturel n’est il pas individualiste ? L’homme, de par sa nature, ne rapporte-t-il pas tout à sa personne?

    Ce n’est que mon avis,mais je pense cependant que c’est l’ordre social qui a la primauté car il assure la cohésion d’un peuple et la stabilité des relations sociales, il représente le "minimum d’existence d’un peuple".( "modus vivendi" ).

  13. jesrad dit :

    "Le droit naturel n’est il pas individualiste ? L’homme, de par sa nature, ne rapporte-t-il pas tout à sa personne?"

    C’est plutôt la réalité elle-même qui est individualiste, puisqu’il n’existe pas de conscience autre qu’individuelle. Le droit naturel ne fait que découler de cet état de fait.

    "je pense cependant que c’est l’ordre social qui a la primauté"

    Pourriez-vous développer ce que cela signifie concrètement ? Un peuple n’est jamais que la somme des individus qui le composent, et voir l’existence d’une entité donnée dans les phénomènes émergents qui peuvent y apparaître n’est que superstition.

  14. serge du 21 dit :

    Et bien l’ordre social c’est l’exigence du bien commun sur le plan national(je suis pour le communisme): donner un emploi durable et payé décemment à tous ou du moins au plus grand nombre possible de personnes sans distinction de race ou de sexe; éviter la formation de catégories privilégiées; maintenir une proportion équitable entre salaires et prix; adapter, dans la mesure du possible, les structures de production aux progrès des sciences et des techniques;il faut tempérer le niveau de vie des plus favorisés qui permettra de préparer un avenir meilleur aux générations futures.
    On considère à juste titre que le bien commun consiste surtout dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine, dès lors il faut que nos dirigeants qui veillent à la chose publique s’occupent à garantir la reconnaissance et le respect de ces droits, leur conciliation mutuelle, leur défense et leur promotion, de sorte que chacun puisse accomplir plus facilement ses devoirs.La principale mission de tout pouvoir est de protéger les droits inviolables qui sont propres à l’homme, et chacun pourra s’acquitter plus aisément de ses tâches…

  15. jesrad dit :

    Comment détermine-t-on le "bien commun" ?

    Si vous le définissez uniquement comme la sauvegarde des droits de chacun, alors ce bien commun n’est rien de plus que la justice au sens du droit naturel, et il n’y a nulle contradiction entre nous.

    Qui "donne un emploi" ? Quelle est la différence objective entre un emploi "durable et payé décemment" et un emploi pas durable ou payé indécemment ? Comment détermine-t-on la "proportion équitable entre salaires et prix" ? Qu’est-ce qu’une catégorie sociale et à partir de quel moment ou critère est-elle "privilégiée" ? Par quel moyen va-t-on adapter les structures de production aux progrès, inconnaissables a priori, de la science et des techniques ? A quel niveau et par quel moyen définissez-vous que le niveau de vie des générations présentes est suffisamment tempéré ?

    Je vous ai demandé du concret, pas une liste de pieuses intentions.

  16. serge du 21 dit :

    [Procès d'intention]

    Bon,je ne répondrais qu’en présence de mon avocat.

    [Ad hominem]

  17. Martini dit :

    Et voilà, dès qu’on aborde la question du "Comment ?" au lieu du "pourquoi ?" y a plus personne.

  18. Mateo dit :

    L’erreur systématiquement commise par les constructivistes et collectivistes de droite et de gauche est de penser parvenir à définir à la place des gens ce qui est bon pour eux (un salaire "décent", un échange "équitable" etc.). Cette attitude paternaliste ne peut qu’aboutir à l’autoritarisme, partiel ou total, selon les freins qu’ils s’imposent ou qu’on leur impose, lorsque certains d’entre eux arrivent au pouvoir.

    Le plus étrange, c’est que la plupart d’entre eux disent (pensent) défendre les droits de chacun, leur liberté en tête, alors que leurs propositions reposent toutes (ou presque?) sur un viol de ces droits. Mais qu’importe, ils violent avec plaisir les droits de ceux qu’ils définissent comme les "méchants" au profit ce ceux définis comme les "gentils". Les différences entre les constructivistes et collectivistes de droite, de gauche, d’extrême droite, d’extrême gauche, les révolutionnaires et autres alter comprenants ne reposent que sur la définition des groupes à défendre et à combattre et sur les modalités d’application de ces buts à atteindre. Ces groupes peuvent être "les riches", "les pauvres", "les étrangers", "les spéculateurs", "les bourgeois", "les Maghrébins", "les financiers" etc. Il s’agit donc d’une vision belliciste des rapports sociaux.

    Les libéraux, et c’est peut-être leur tort, ne combattent ni ne défendent aucun groupe d’individus (et du reste se refusent à catégoriser les individus). Leur seul "ennemi" est celui qui cherche à violer le droit naturel d’autrui. Sur le plan politique, ils s’opposent donc aux hommes politiques de droite et de gauche qui imposent des lois contraire au droit au naturel (même s’ils ont les meilleures intentions du monde)… c’est-à-dire quasiment tous…

    Et même s’il était possible de définir de façon universelle à la place des gens ce qui est bon pour eux, ce que proposent les constructivistes et collectivistes de droite de gauche va finalement à l’encontre du but recherché, car ils voient le monde comme une sorte de tableau statique, sans vraiment intégrer sa dynamicité, sans comprendre que leurs actions provoqueront des réactions de la part des individus bien différentes de celles escomptées.

    Par exemple, lorsqu’un tel pense défendre les intérêts des plus modestes en imposant un SMIC (universel qui plus est, sans tenir compte des différences entre les secteurs d’activité, les métiers, les situation géographiques etc.) bien au-delà du prix du marché ne fait qu’augmenter le chômage, la précarité, l’accès au premier emploi (étouffement de l’offre d’emploi) et au final diminue le niveau des salaires. Et évidemment, les plus touchés sont les plus modestes, les moins diplômés, les moins qualifiés…
    Celui qui croit lutter contre le problème de logement en imposant des réglementations abusives en faveur des locataires ne fait qu’étouffer l’offre de logement, provoque l’augmentation des prix et donc aggrave les problèmes qu’il tentait de résoudre.
    Celui qui croit défendre l’emploi en créant une prime à l’achat de telle ou telle catégorie de bien, en subventionnant telle ou telle industrie, en surtaxant tel ou tel produit "étranger" ne fait qu’appauvrir la population, crée du chômage et/ou empêche la création d’emploi dans tous les autres secteurs non aidés et/ou surtaxé.

    Mais qu’importe le résultat, l’illusion d’action leur permet de glaner les voix qu’ils désirent…

  19. Tony du 13 dit :

    Il ne faut pas rejeter tout dans le libéralisme. Son versant des "droits naturels" est progressiste, si ces droits ne se limitent pas à certains droits civiques,s’ils englobent des droits sociaux, sans lesquels les premiers ne sont qu’une coquille vide.

    Il n’y a pas de "droits sociaux" ou droits-créances comme vous l’entendez, puisqu’ils ne pourraient exister qu’en violant les droits fondamentaux de chacun. Les droits naturels sont les seuls vrais droits sociaux, car comme le dit si bien Thomas Sowell: "Both free speech rights and property rights belong legally to individuals, but their real function is social, to benefit vast numbers of people who do not themselves exercise these rights. " ("Les droits de libre expression comme ceux de propriété appartiennent légalement aux individus, mais leur vraie fonction est sociale, bénéficiant aux nombreux gens qui n’exercent pas personnellement ces droits.")

    Son opposition à la concentration du pouvoir politique est un bon précepte démocratique, mais il s’arrête en chemin, à la traditionnelle séparation des pouvoirs(en la distordant généralement dans la réalité), sans se soucier de formes de démocratie directe ou participative.

    Le libéralisme défendu sur ce blog prône l’éclatement et la distribution du pouvoir entre tous les individus. Difficile de faire une plus complète "séparation des pouvoirs" ni une plus totale démocratie.

    Il y a aussi des choses à retenir de ses arguments économiques, car on ne doit pas mépriser les considérations d’efficience économique, mais ses arguments d’une part sont toujours à sens unique (ils ne voient que le bon côté) et d’autre part se retournent contre eux, lorsqu’on examine la réalité du capitalisme

    Réalité que vous êtes bien incapable d’expliquer. Pas même un petit exemple ! Pendant ce temps, dans d’innombrables commentaires précédents on a donné de nombreux liens et plusieurs illustrations frappantes de la pertinence des arguments économiques du libéralisme.

    Sur le plan de la philosophie sociale, le libéralisme (surtout dans sa version ultra-libérale), en concevant l’individu comme un atome social, en faisant du marché du travail et du marché des capitaux des marchés comme les autres, en tendant à transformer tous les produits et toutes les activités humaines en marchandises, en gommant tous les phénomènes de domination et d’exploitation, devient un système de légitimation du capitalisme et un discours totalitaire, excluant des pans entiers de la réalité humaine et de la réalité sociale.

    Vous utilisez ce mot, "totalitaire", mais vous en ignorez manifestement le sens. Que le libéralisme pose une interprétation absolue des droits n’en fait pas un absolutisme, mais bien le contraire. Et que le libéralisme suppose qu’on peut appliquer les règles de libre échange à tout bien ou service n’en fait pas une "marchandisation" de tout, mais bien une libération de tout: la réalité humaine et la réalité sociale, c’est qu’on ne peut se procurer quoi que ce soit que de deux manières: en la prenant de force, ou en l’obtenant avec le consentement de celui qui la fournit (H.L. Mencken: les moyens politiques, et les moyens économiques). Le libéralisme veut l’extinction totale de la première manière de faire, ça n’en fait pas un totalitarisme pour autant, bien au contraire. Que vous essayez implicitement de justifier l’usage de cette méthode, en revanche, à travers votre évocation de "droits sociaux" qui ne seraient pas des droits naturels, ou par la notion (très floue puisque vous n’avez pas pensé à la définir) que certaines choses échangeable entre les humains ne devraient pas être traitées comme des marchandises, fait de vous un défenseur de la servitude, formalisée ou camouflée derrière ce mot qui revient sans cesse dans le discours anti-libéral: "social", et qui masque le but réel de tout projet politique qui s’en réclame: "autorité".

  20. Tony du 13 dit :

    Vous prétendez être des défenseurs farouches des libertés, contre toutes les formes d’oppression. Mais, dès qu’on dépasse le flou de la notion pour attirer le chaland qui peut être contre les libertés ?

    Comme on l’a déjà dit ici-même, la liberté n’est pas une fin en soi, mais simplement un pré-requis nécessaire à la poursuite de n’importe quelle fin. Pour cette raison toute simple, le libéralisme est perpendiculaire à toute autre idéologie, et je me fiche que vous vouliez vivre dans une société communiste ou capitaliste, du moment que vous laissez la même liberté à tout autre de ne pas y vivre.

    on s’aperçoit que le discours libéral d’aujourd’hui a une conception bien particulière de celles-ci,

    Non, non, ça a depuis très longtemps été comme ça, ce n’est pas spécifique à aujourd’hui. Vous verriez ce qu’écrivait au seizième siècle Francisco de Vitoria et ses collègues… de quoi faire dresser leurs cheveux sur la tête de Hugo Chavez ou de Nicolas Sarkozy.

    tout en nous demandant de les accepter le paquet en bloc, faute de quoi on sera taxé d’adversaire de la liberté.

    Béh oui, la liberté universelle n’est pas négociable, dans aucun domaine, puisque c’est un pré-requis à l’action humaine. Voir plus haut.

    Il met certes en avant d’abord certaines libertés civiques, héritées des philosophies du droit naturel : liberté de pensée, liberté d’opinion et d’expression, liberté de réunion etc. Certes il insiste ensuite sur certaines libertés politiques : droit de vote, Etat de droit. Mais de là il passe aux libertés économiques : droit d’échanger, droit de créer une entreprise, droit d’accepter ou de refuser un travail, droit de transmettre des biens etc., et il apparaît alors que ces droits économiques tournent autour du droit de propriété, et que, sauf exceptions, seule la propriété privée est légitime et efficace.

    Vous avez tout mis dans le désordre ! C’est de la nature humaine que découle la propriété de soi, qui est aussi la liberté. Propriété et liberté sont les deux faces de la même pièce. Par ailleurs il n’y a pas que les libertés "économiques" qui sont "basées sur la propriété" (ce qui n’a pas vraiment de sens), toutes les libertés quelles qu’elles soient sont des formes d’usage libre de propriété, par nature.

    Il est alors facile pour ce libéralisme-là de désigner son adversaire : un régime politique qui prive les individus d’un certain nombre de leurs droits civiques et politiques, et un régime économique qui les prive de leur liberté économique ou l’entrave à travers des interventions de l’Etat, de la puissance publique.

    Les interventions de l’état étant toutes de la même nature, il n’y a pas lieu de distinguer celles qui se font dans l’économie et les autres.

    Donc une forme quelconque de socialisme, toujours restrictive des libertés. Cela peut se résumer de manière encore plus grossière : le marché contre l’Etat, ou encore : l’économie de marché contre l’économie administrée.Ce discours est un discours idéologique pour au moins trois raisons : il masque les profondes différences qui existent entre les libéralismes ;

    Différences qui tiennent toutes dans une seule question: quelle forme doit prendre le cadre d’application du droit ainsi défini. Néanmoins tous les libéralismes s’opposent à toute forme d’économie administrée, donc cette remarque n’a pas de pertinence.

    il tait le fait que entre les différents domaines de liberté il peut y avoir des contradictions, et que ces contradictions sont résolues en tronquant ou combattant certaines libertés ;

    Il n’existe pas de contradiction de ce genre. La liberté est définie de manière universelle. Il n’y a rien à tronquer qui ne dépasse déjà de cette définition. Encore une remarque sans objet.

    il dissimule ses fondements anthropologiques, qui, reposant sur un individualisme radical, renvoient in fine à des inégalités biologiques fondamentales entre les individus.

    Non sequitur. Je vous renvoie à ceci.

    On va voir que, sous prétexte de défendre les libertés, il instaure et légitime tout un ensemble de dominations.

    Donc, pour vous, la liberté c’est la domination. Vous venez de gagner un point Minitruth.

    C’est ce que la critique anti-libérale arrive très bien à décrypter. Mais c’est en même temps dommage, car nous devons au libéralisme classique quelques idées essentielles, que l’on ne saurait jeter avec l’eau du bain. C’est ce que je voudrais montrer en inversant la chronologie : les néo-libéraux d’aujourd’hui ont dévoyé le libéralisme classique d’hier et ses quelques héritiers fidèles.

    Je vous en prie, définissez donc ces différences entre "libéralisme d’hier" et "néo-libéralisme" en vous appuyant sur des documents fondateurs du libéralisme. En considérant les apports de la science économique des XIXème et XXème siècles (marginalisme, catallaxie, théorie de la monnaie, etc.) comme de simples améliorations, je peux faire remonter des positions tenues sur ce blog jusqu’à Lao Tseu, les philosophes athéniens, Jésus Christ et les Scolastiques.

  21. Tony du 13 dit :

    En toute rigueur on pourrait les distinguer de la sorte. Le néo-libéralisme prétend renouveler le libéralisme classique en poussant plus loin sa critique du pouvoir dans un contexte historique marqué par le totalitarisme. C’est le cas de Hayek, qui oppose à la société organisée par le commandement (taxis) la société "ouverte ", qui s’auto-organise selon des règles issues du monde des échanges (catallaxie). La démarche est donc d’abord politique et elle s’étend ensuite à l’économique. L’ultra-libéralisme, lui, part d’un modèle économique (l’autorégulation des marchés) et l’étend à toutes les autres sphères de la vie sociale, dont la sphère politique. Son représentant le plus éminent est Milton Friedmann, un économiste de Chicago, dont le livre principal, Capitalismand freedom (1963), a inspiré des légions d’économistes, dont plusieurs prix Nobel d’économie (décernés en fait par la Banque de Suède).Les deux courants visent enfin de compte à restreindre la sphère d’action de l’Etat et plus généralement celle de la démocratie, mais pas avec les mêmes arguments.

    Félicitations, vous confondez tout et n’importe quoi. Milton Friedman est un libéral classique mais du courant monétariste. Friedrich Hayek est un libertarien, minarchiste, principalement inspiré de l’école autrichienne d’économie mais il ne représente aucun "néo-libéralisme" fantasmé: le plus exact est de dire qu’il est sa propre école de pensée économique. La différence entre leurs démarches en matière d’économie ne fait que refléter la différence épistémologique fondamentale entre école de Chicago (utilitarisme) et Ecole autrichienne (normativisme en droite ligne de l’école de Salamanque).

    Quant à leurs positions politiques, comme je le précise plus haut Milton Friedman est un libéral classique, Hayek un minarchiste. Rien de nouveau sous le soleil.

    Dans ce développement je vais m’attacher surtout à l’ultra-libéralisme, parce qu’il rompt plus nettement avec le libéralisme classique et qu’il imprègne le plus fortement le libéralisme contemporain.Quelles sont ses thèses principales ?L’individu est l’élément de base de la société, et la base de toute société libre est " l’économie d’échange à entreprise privée libre ". Tout échange est volontaire.On choisit ses biens et ses occupations selon ses préférences individuelles. La seule différence entre une société archaïque et une société développée est que les échanges se sont multipliés, que les individus sont devenus ainsi de plus en plus interdépendants.Le marché réaliserait la coordination des décisions individuelles de façon" impersonnelle "et sans " autorité centrale " : c’est l’idée d’un marché auto-régulateur, qui serait complètement désencastré, pour reprendre une expression de Polanyi, des autres relations sociales (de réciprocité, de redistribution, de pouvoir).

    Des individus émancipés. Il n’y a rien de neuf là dedans, c’est toujours la même revendication depuis les Cyniques et les Stoïques d’Athènes.

    De toute façon ce que vous décrivez n’est pas la position Milton Friedman, vous avez dû le confondre avec son fils David, auteur de "Vers une société sans état".

    Friedman a trouvé son modèle dans la théorie néo-classique, qui repose sur les mêmes postulats :

    Il ne l’a pas trouvé dans la théorie néo-classique, il est l’un des fondateurs/modernisateurs de cette théorie. C’est lui qui donne son orientation monétariste au néo-clacissisme pendant la période 1945-1970. Vous raisonnez à l’envers.

    d’un côté des individus qui cherchent à maximiser leurs satisfactions, de l’autre des producteurs qui cherchent à maximiser leur profit, les uns et les autres se rencontrant sur des marchés concurrentiels, où personne ne disposerait d’un monopole et d’un revenu de rente. Rappelons d’abord une chose à ce propos : les néo-classiques ne sont pas du tout de nouveaux classiques, puisqu’ils font reposer l’économie non sur le travail, mais sur l’utilité et la rareté (ce qui leur permet d’évacuer toute perspective historique).

    Ça s’appelle la révolution marginaliste. Youhou, réveillez-vous, la valeur-travail c’est comme le phlogiston: une théorie abandonnée. Et pas seulement pas les économistes libéraux, heureusement. Il n’a jamais été question de "perspective historique" dans le choix de la théorie de formation des prix, mais des considérations d’adéquation scientifique: le marginalism explique les comportements que l’on observe dans la réalité, contrairement à la valeur-travail, donc c’est une meilleure théorie.

    Mais il se peut que pour certains qui font passer l’idéologie avant les faits observés, c’est la réalité qui a tort et la doctrine qui a raison…

    Toute leur ambition a été de montrer que le marché concurrentiel conduisait à l’optimum économique, et que,réciproquement, tout optimum économique supposait un marché concurrentiel. Mais il est bon de savoir aussi que pour eux le marché supposait un agent central : un commissaire priseur qui confrontait les enchères et décidait finalement des prix,voire un organisme de planification qui en remplirait la fonction.

    Foutaise. Vous venez de perdre toute crédibilité. Dommage, c’était relativement bien parti. J’abrège en vous rappelant que je ne suis pas monétariste ni néo-classique, et que Sarkozy est (principalement) keynésien.

  22. Tony du 13 dit :

    [Critique de certains aspects particuliers des théories économiques de Gary Becker, un économiste néo-classique de l'école de Chicago. M'en fous, ici on n'est pas néo-classique du tout.]

    [Pétitions de principe.]

  23. Mateo dit :

    Combien de fois devra-t-on dire que "l’ultra-libéralisme", ça n’existe pas puisque ça ne veut absolument RIEN DIRE? Il est aussi débile débile de parler "d’ultra-libéralisme" que "d’ultra-socialisme"!

    Quant au "néo-libéralisme", il veut en général tout dire sauf ce que les anti-libéraux lui donne comme signification. «Hayek le néo-libéral» :D Mais "LOL!!!!!" comme disent les d’jeun’z.

    Et enfin quand certains voient un monde et une France "de plus en plus néo-ultra-hyper-méga-giga-libéraux", on ne peut que rire quand on regarde les faits. Par exemple la courbe de l’évolution du poids de l’état dans l’économie: http://www.theworldeconomy.org/publications/worldeconomy/frenchpdf/Maddtab3-9.pdf

    Pour la France, voici les chiffres officiels: http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/finances-publiques/approfondissements/depenses-publiques-depuis-siecle.html
    Et pour les USA, la courbe: http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/d/d9/Us_gov_spending_history_1902_2010.png

    ST en parle mieux que moi: «En un siècle le poids de l’Etat dans l’économie américaine à plus que triplé (voilà pour le mythe de l’ultra libéralisme américain). Dans le même temps, le poids de l’Etat dans l’économie de la France à presque sextuplé … Et si pour certains pays on a connu une stabilisation voir une très légère décrue sur les 30 dernières années (résultat du soit disant libéralisme sauvage des Reagan et autres Thatcher), pour la France, la croissance du poids de l’état dans l’économie est ininterrompue sur 100 ans, et très supérieure à tous les autres depuis les années 70, fait quasi unique. Alors parler de grande marche vers l’ultra libéralisme comme on entend si souvent… Comment peut on expliquer que la privatisation, la dérégulation, le soit disant recul de l’Etat, la victoire des neo/ultra libéraux n’ait accouché d’aucune diminution sensible des dépenses publiques, et plus généralement à une contraction du marché libre au profit de la dépense publique ? Si le 20ème siècle atteste d’une chose, c’est d’un mouvement généralisé, régulier, assidu, vers le socialisme.»

    Mais bon, la réalité, les faits, pourquoi s’en soucier?

  24. alineTonyPierreLibertus du 13 dit :

    [Insulte]

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