Gaspillage alimentaire: la bêtise contre-attaque

Il ne se passe pas un jour où je peux regarder, même brièvement, la télé sans regretter l’absence de Philippe Muray. Prenez par exemple l’émission de ce soir sur M6: Gaspillage alimentaire: les grands chefs contre-attaquent.

Le gaspillage alimentaire a tout du « first world problem »: puisque évidemment pour pouvoir gâcher de la nourriture il faut commencer par ne pas en manquer. Mais derrière ce truisme il y a une mécompréhension si totale du fonctionnement de l’économie qu’elle transforme l’exercice en auto-parodie de sa propre cause. C’est un corollaire de la Loi de Poe: maintenant que Festivus Festivus a exterminé toute opposition qui pourrait risquer de lui signifier qu’il dépasse les bornes, il n’existe plus aucun élément de comparaison pour distinguer ses revendications de leur caricature.

Il y a du gaspillage quand la production ne peut pas s’ajuster, par le haut, exactement et instantanément à la demande. C’est-à-dire que, tant que les coûts de transaction existeront (c’est-à-dire jusqu’à l’invention du voyage dans le temps gratuit et illimité) il y aura en chaque domaine économique une somme de pénurie et de gaspillage supérieure à zéro.

Pour le dire autrement: nous ne parvenons à nourrir tout le monde ici qu’au prix d’un gaspillage de nourriture. Et donc, combattre ce gaspillage de quelque autre façon qu’en se battant contre les coûts de transaction, c’est soit les exacerber soit réintroduire les pénuries à la place… voire les deux à la fois.

Le « défi des grands chefs » d’organiser un banquet à partir de déchets alimentaires est l’illustration parfaite de ce qu’il ne faut pas faire: en invitant 5000 personnes à manger, cet évènement désorganise toute la chaîne de production et distribution qui aurait nourri, ce soir-là, tous ces gens. Des restaurants seront un peu moins fréquentés, et donc une partie plus grande que d’habitude des provisions qu’ils avaient stockés pour ces jours-ci partira à la benne. Idem pour les commerces, épiceries et autres supermarchés qui paieront cette incertitude artificielle, imposée, sur leurs flux, si tendus soient-ils. Il faut aussi ajouter les oscillations qui suivront, quand tous ces gens essaieront d’ajuster ces flux d’abord à la baisse puis à la hausse, là encore au prix d’un gaspillage accru. Mais l’important pour la génération festive c’est de s’agiter: le spectacle compte plus que le résultat, qu’importe les dégâts pourvu qu’on ait bonne conscience. Les participants pourront fièrement proclamer « j’y étais ».

Ainsi, les coûts de transaction auront brièvement augmenté, et avec eux le gaspillage global de nourriture. Plus que jamais, il y a ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas.

La demi-France de mi-Hollande

Monsieur François Hollande, dans sa récente conférence environnementale, a prophétisé une diminution de moitié de la consommation d’énergie en France. Si, pour quiconque est familier des échecs répétés du malthusianisme et des prédictions fatalistes à la Club de Rome des 70s, cette déclaration peut prêter à rire, je la vois au contraire comme une sinistre promesse auto-réalisante.

Car il y a tout lieu de penser que cet objectif, notre gouvernement socialiste est bel et bien capable de l’atteindre, pour notre plus grand malheur.
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Manger-Bouger: 12 ans d’échec constant des politiques publiques de prévention

« Pour votre santé, évitez de grignoter entre les repas »

– Manger-Bouger, saison 2

Depuis une grosse trentaine d’années, le surpoids et l’obésité sont en progression nette dans les populations des pays industrialisés, y compris en France. Sur cette période, le diabète de type 2 a pris des proportions épidémiques: sa fréquence a été multipliée par près de 4 et aujourd’hui en France cette seule maladie représente 10% des dépenses de la sécurité sociale – elle est aussi la première cause d’amputation, de cécité, de mise sous dialyse et d’invalidité complète. Au niveau mondial, cette maladie tue désormais plus que le SIDA. De la même manière, les maladies cardiovasculaires sont devenues la première cause de mortalité en France, comme dans de nombreux pays développés. L’hypertension artérielle est considérée comme une de leurs causes principales.

Ces trois affections: obésité, diabète et hypertension, sont regroupées sous l’appellation « troubles du métabolisme », car en fait de maladies, ce sont des ensembles de symptômes qui trouvent leur source dans un dérèglement plus ou moins généralisé du métabolisme humain – nos biomécanismes de régulation de l’énergie.

De 1990 à 2000, en France, l’obésité a augmenté en passant de 2 à 9% de prévalence, le diabète de 2 à 3%, l’hypertension de 9 à 13%. Les projections d’évolution pour l’avenir n’étaient pas bonnes du tout. Les Français étaient malades.

Fort heureusement, les autorités publiques veillaient, et une mission parlementaire a été créée fin 2000 pour étudier ces phénomènes et prendre les mesures de prévention nécessaires pour enrayer cette progression. Ces actions furent organisées lors des Etats-Généraux de l’Alimentation, le 13 décembre 2000, et commencèrent en 2001 avec un ambitieux programme lancé en grande pompe par Lionel Jospin, Premier Ministre d’alors.

Ce Programme National Nutrition et Santé (PNNS) est dès le départ soumis à une évaluation régulière et conditionné à des objectifs précis, avec en particulier celui de stopper l’augmentation de la prévalence de l’obésité adulte, du surpoids infantile, du diabète et de l’hypertension. Il inspire des plans similaires dans plusieurs autres pays, par exemple la Belgique, et fait référence au niveau de l’Europe. Mais 12 ans après, quel bilan peut-on concrètement faire de ces actions de prévention engagées par l’état au nom de la santé publique du public ?
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La Thaïlande, ex-pays du riz

Qu’arriverait-il si le communisme était instauré dans le Sahara ? Pendant cinquante ans, rien. Après cinquante ans: pénurie de sable.
— Georges Courteline, meilleur économiste que tous les politiciens français après lui.

Il y a quelques années, la politique socialiste des Kirchner avait réussi l’impensable: faire de l’Argentine un pays importateur de viande.

Il y a quelques années aussi, la politique socialiste de Chavez avait réussi un autre exploit: faire du Vénézuéla un pays importateur d’essence.

Aujourd’hui, c’est au tour de la politique socialiste du parti Pheu Thai d’être en passe de faire encore plus fort: faire de la Thaïlande un pays importateur de riz.

De l’importance d’avoir une tribu

Se préparer à une catastrophe naturelle ou sociale, ce n’est pas seulement avoir des réserves de nourriture, d’eau potable et d’antibiotiques, ainsi que des armes en état de marche. Trop de survivalistes amateurs fantasment à coup de cabanes perdues dans les bois, de bunker anti-atomique, d’arsenal à domicile ou pourquoi pas de forteresse protégées par des pièges à ours ou des fosses à requins.

Cette attitude pèche par excès de pessimisme: non seulement ils anticipent le pire pour les infrastructures de la société, mais ils anticipent également le pire de la part de ceux qui les entourent. Bien sûr c’est important d’être autosuffisant dans ces conditions, mais jusqu’à quel point est-ce possible ? Si un arbre tombe devant la maison et bloque la seule sortie, vous allez le dégager tout seul ? Vous pouvez vous sortir seul des décombres de votre logement après un tremblement de terre ? Vous faire vous-même une attelle au bras d’une seule main ? Et qui aujourd’hui pourrait prétendre cumuler tout à la fois les talents de pisteur, chasseur, électricien, plombier, médecin-urgentiste, maçon et charpentier en même temps ?

Si la réponse est « personne », mieux vaut alors penser à faire dès aujourd’hui le plein d’une ressource qu’on ne peut ni acheter ni entreposer dans une cave en attendant le jour fatidique: des amis.

Avec quelques amis, on peut tout à la fois chasser, cueillir, surveiller, soigner, cultiver, et plus encore. Dix paires de mains peuvent tenir dix fusils, couper dix fois plus de bois, construire des choses bien plus grandes et/ou lourdes, dix paires de jambes couvrent bien plus de terrain qu’une seule et peuvent rassembler bien plus de survivants, dix cerveaux peuvent trouver de meilleures solutions d’assainissement d’eau, et dix consciences peuvent se relayer continûment.

A notre époque de Twitter, Facebook et autres communications électroniques nos amis vivent presque toujours loin de nous, physiquement. Pour s’être mutuellement utiles dans l’urgence, des amis doivent être à portée l’un de l’autre. Pourtant, nos propres voisins n’ont jamais été si détachés de nous qu’aujourd’hui, habituellement c’est à peine si on se dit bonjour en se croisant.

Quand tout va bien, quand l’ordre règne paisiblement, de parfaits étrangers peuvent tout à fait rester polis et civilisés entre eux. Parce que c’est facile et ordinaire. Mais quand tout s’écroule autour de soi, c’est une toute autre histoire. Quand il s’agit d’urgence, on agit pour protéger les siens en priorité. C’est naturel.

Etendre ce cercle des siens, c’est augmenter exponentiellement la capacité de chaque membre de veiller sur les autres et d’être secouru. Chacun y gagne. C’est la base de la cohésion d’une tribu.

L’expérience enseignée par Katrina, Sandy et bien d’autres désastres, c’est que l’écrasante majorité de l’aide et du soutien vital est apportée par les amis, les voisins et les proches, et certainement pas par quelque agent du gouvernement. Ce n’est pas le pompier débordé qui se trouve à 10 km qui va vous tirer des restes de votre cuisine effondrée, mais votre voisin d’en face ou votre beau-frère qui habite à côté. Un fonctionnaire ne saura pas combien de personnes chercher à telle adresse ni dans quelle pièce fouiller.

Comme le montre l’étude approfondie des conséquences de l’inondation de la Nouvelle Orléans en 2005 par le professeur Daniel Aldrich de l’Université de Purdue, les quartiers qui ont le mieux survécu à la catastrophe étaient toujours ceux connaissant les liens sociaux les plus denses – alors que l’action fédérale a été largement inefficace voire contre-productive. Le même constat peut être fait pour le tsunami de 2004 et pour le tremblement de terre à Kobe en 1995.

Les humains sont des animaux sociaux, c’est une de leurs forces majeures. Le capital social que représente les liens d’amitié et de confiance vaut toutes les assurances et garanties de l’état en cas de vraie catastrophe, et plus encore. C’est la raison pour laquelle la structure tribale a perduré pendant des centaines de millénaires là où les nations se sont succédées siècle après siècle.

Alors, pour survivre au prochain désastre, partez dès maintenant à la rencontre de votre tribu.

Mais à quoi sert vraiment la publicité ?

Cela faisait trop longtemps que l’on n’avait pas eu de cours de praxéologie aléatomadaire, il me faut donc chaudement remercier H16 d’avoir aujourd’hui écrit sur l’utilité de la publicité avec la pertinence, l’humour et le talent qui me le font (pas si) secrètement jalouser ;)

Car, cela nous fait un sujet tout trouvé: si la publicité existe, c’est donc bien qu’elle marche… mais à faire quoi exactement ?
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Paul Krugman, Nobel d’économie, veut « une bonne guerre interstellaire »

Paul Krugman, prix d’économie en mémoire d’Alfred Nobel de 2008, et régulièrement moqué sur Contrepoints, a proposé d’organiser une vaste guerre interplanétaire contre d’éventuels aliens belliqueux, dans le but d’augmenter les dépenses publiques et, pense-t-il, relancer la crise l’économie américaine voire mondiale.

Le keynésianisme, c’est vraiment grave.

Pourquoi « les taxes sur les riches » ne peuvent pas exister

Alors que la campagne électorale atteint de nouvelles abysses de médiocrité et d’inintérêt, entre petites phrases et attaques grotesques sur le mode « z’avez vu il est plus naze que moi », il peut être instructif de se pencher sur ce concept qui fit couler tant d’encre ces deux derniers jours: l’idée qu’il faille ou non « taxer les riches ». Car, en creusant un peu la question, il semble bien impossible de taxer spécifiquement les riches plus que les autres. Voyons cela d’un peu plus près…
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Economie, finance, crise, dettes… Où en sommes-nous ?

Marre de la crise ? Marre des petites phrases de campagne ? Marre du discours franchouille à sens unique ? Marre des vices du système ? C’est le moment d’éteindre la télé, de s’asseoir confortablement, de se verser un truc pas dégueu, de souffler une minute, et de faire le point sur le monde complètement barré dont nous sommes coupables.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Ne Cede Malis vous propose de revenir sur les étapes d’une route toute tracée, dévalée à fond les ballons par une « élite » politico-financière classée triple-A (pour Andouille), histoire de jauger combien de secondes il nous reste avant impact.
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Qu’est-ce qu’une agence de notation ?

Pour certains, mais depuis peu seulement, c’est le Diable en personne(s), une sorte de tribu de démons, suppôts du Grrraâand Khâpitaâl, qui « imposent leur loi » aux états et les poussent à la vilaine austérité qui fait mal aux gentils gens généreux.

La réalité est quelque peu différente, voyons ça de plus près…
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L’analyse « finance » est de retour: haro sur l’or

Ces derniers mois ont vu le prix de l’once d’or passer à 4 chiffres en dollar américain et battre son record historique plusieurs fois de suite. Ils ont aussi vu de drôles d’affaires se dérouler entre grandes banques, banques centrales nationales ou continentales et grands financiers spécialisés dans les Futures d’or et autres métaux précieux. Et c’est pas parce que je suis toujours autant une quiche en finance que ça m’arrête de donner mon avis sur le sujet, vous le savez bien. Alors voyons un peu ce qu’il se passe, et les conséquences que cela pourrait avoir…
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La relance keynésienne en images:









Etc.

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