Les cuistres volent en escadrille

Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés.

La différence, c’est le nom politiquement correct que nos tartuffes professionnels donnent à l’inégalité quand elle les arrange.

On peut aimer ou pas Gérard Depardieu (full disclosure: sa présence à l’affiche d’une oeuvre tend à me la faire fuir), il faut reconnaître qu’il vise juste et avec dignité quand il affirme, dans sa lettre ouverte au premier z’ayrault de France, qu’il n’a pas à justifier son choix de partir de France.

Cette lettre a d’ailleurs agi comme un irrésistible aimant à cuistres, à commencer par ce nullâtre de Dupont-Aignan qui, en comparant les exilés fiscaux aux « collabos de 1940″ ferait bien de retourner en cours d’Histoire: en 1940, ceux qui fuyaient la France étaient justement les non-collabos déterminés, tandis que les vrais collabos qui taxaient sans vergogne (et faisaient, par exemple, main basse sur les économies de toute une vie des travailleurs français) étaient, eux, au pouvoir ou à tout le moins bien introduits politiquement…

Le suit d’un poil pour morpion cramponné à son siège parlementaire le député Yann Galut, qui se verrait bien « déchoir Depardieu de sa nationalité » tel un Hortefeux à la petite semaine… à croire qu’ils se sont passés le mot, car le seul gouvernement à avoir jamais déchu des Français de leur nationalité en quantité non-anecdotique, c’était justement celui de Vichy – où se retrouvaient déjà alors ceux, de gauche comme de droite, se posant en distributeurs de certificats de Bons ou Mauvais Français.

Et quant à parler cuistrerie, Mélenchon n’est pas évidemment pas en reste car il assure que, lui président (air connu, et rires enregistrés de rigueur) il aurait fait « rendre à Depardieu ce qu’il doit »… ce qui est assez fort quand on considère que non seulement Gérard est déjà taxé à 85% de ses revenus (on voit mal comment il pourrait devoir plus encore ! Mais les communistes osent tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît), et qu’il a aussi certainement apporté bien plus à l’état français que l’inverse – comme tous les autres français qui créent des richesses, soit dit en passant (Gérard précise même dans sa lettre: « j’ai payé 145 millions d’euros d’impôts en quarante-cinq ans », une paille…) Mais comment s’étonner de tels propos haineux quand on réalise qu’ils viennent d’un parasite expert en manipulation, habitué à jouir de son train de vie indû de sénateur sur le dos de tous ceux qui font (sur)vivre ce pays: il défend sa sinécure…

L’opposition, du moins les miettes qu’il en reste, peine à ne pas se laisser distancer, avec une Nadine Morano en petite forme qui essaie de récupérer un peu du buzz de l’acteur en accusant le « matraquage fiscal » du gouvernement actuel… comme si l’exode fiscal massif de tous les talents de France avait commencé en Mai 2012 !

Et le microcosme consanguin de la culture parisienne, jamais dernier pour prouver bruyamment son conformisme républicain, s’y met aussi avec entre autres Siné (si si, il existe encore) qui ne peut s’empêcher d’attaquer Depardieu sur son physique, faute d’avoir d’autres arguments que celui de confondre l’état français (endetté, mal géré, violent, dogmatique et repaire de brigands et de prédateurs sexuels) avec la France (le pays qui en souffre). Si Depardieu doit tout à la France, il ne doit en revanche rien du tout à l’état français !

Un manque cruel d’arguments et une confusion état/pays qu’on retrouve, aussi entre autres, dans Marianne sous la plume de Szafran, bien en peine pour étayer son jugement de « lamentable » pour qualifier le désaveu cinglant que Depardieu assène au gouvernement français. En passant, et loin de moi l’idée d’élever Depardieu au rang des grands hommes… mais bien avant lui, il y en a un autre qui s’est exilé en Belgique faute de pouvoir s’entendre avec le gouvernement français: Victor Hugo.

Refuser de cautionner, par sa présence et l’argent qu’on lui vole, la destruction, le pillage et l’hypocrisie de compétition infligés par l’équipe de cancres las et d’illuminés médiocres qui monopolise (principalement par copinage) tous les pouvoirs dans ce pays foutu, cela demande décidément de plus en plus de courage – surtout quand les cuistres vous tombent dessus à bras raccourcis. Devoir quitter son public et ses relations professionnelles est un prix lourd à payer pour échapper à leur bêtise, et cela aussi transparaît dans la fameuse lettre.

Alors: chapeau bas, M. Depardieu.

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À propos jesrad
Semi-esclave de la République Soviétique Socialiste Populaire de France.

3 Responses to Les cuistres volent en escadrille

  1. Bast dit :

    Depardiou est un esprit relativement libre dans notre France constipée. Moi qui le prenait pour un lourdaud franchouille, il m’avait beaucoup surpris dans un entretien au long cours qu’il donnait pour une émission, avec notamment son amitié très touchante pour Jean Carmet.
    Ce type sensible a une culture et un sens de la déduction foutraques, mais un solide instinct doublé de bon sens.

    Bref, c’est vrai qu’il y a beaucoup à jeter de lui au cinéma, mais son interprétation dans « Les temps qui changent » de Téchiné par exemple, ou même certains passages de Cyrano, m’ont profondément touché.

    Bref, c’est pas un Hugo (lequel n’a d’ailleurs passé pas même 8 mois exilé en Belgique, avant d’émigrer 18 ans à Jersey puis Guernesey), mais le personnage vaut le détour.

    Enfin, il a mis dans le mille sur cette missive que tu as fort bien commentée, et c’est écoeurant de voir les flots de jalousie et de réflexes fascistoïdes qui se déploient en réaction.

    Mon Gégé, les Français d’aujourd’hui ne te méritent pas !

  2. Jesrad dit :

    On a un gagnant: Jérôme Lambert veut carrément exproprier Depardieu.

    Non mais WTF, quoi.

    • Bast dit :

      On avait le sozialisme, on y branche le nazionalizme (« …lui qui mord la main de la patrie qui l’a nourri et fait prospérer »). Interdits de quitter le pays, bientôt il vont construire un mur tout autour, pour notre bien.

      Mon Dieu, faites qu’ils lisent Boulgakov !

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