Pour trouver des solutions, simplifions le problème
Posté par jesrad le Mardi 13 mai 2008
Si l’on simplifie la France pour arriver à un modèle facile à comprendre et à visualiser, il se pourrait bien que ce soit tout de suite plus facile de comprendre ce qui ne va pas. Alors aujourd’hui, dans notre cours de praxéologie aléatomadaire, essayons de faire ça…
La France simplifiée est composée:
- d’un médecin
- d’un fonctionnaire (syndiqué)
- d’un ouvrier d’une industrie en déclin (pas syndiqué)
- d’un employé de bureau (pas syndiqué)
- d’un patron (pas syndiqué)
- d’un syndicaliste
- d’un élu
- d’un grand patron (copain de classe du précédent et syndiqué)
- d’un parlementaire
- d’un retraité
Voici une journée typique de la France simplifiée:
Qu’observe-t-on ?
0) Le médecin est malheureux: il n’a aucun moyen ou presque de contrôler ses conditions d’existence, sinon en s’exilant à l’étranger ou en faisant grève. Ce qu’il s’empresse assez souvent de faire, donc. Chaque fois qu’il fait grève ou s’exile, le retraité est le premier à en souffrir (puis l’ouvrier, l’employé et le patron).
1) Le fonctionnaire se voit incité à aider le syndicaliste à garder sa place, car il aide à remplir le Trou qui paie son propre salaire. Sans le syndicaliste, il sait que ceux qui alimentent le Trou ne paieraient jamais assez pour justifier son emploi qui semble plus nuire que servir. Il est tiraillé et dort mal.
2) L’ouvrier ne sait plus bien pourquoi il continue de travailler, tandis que tout semble s’effondrer autour de lui. Il est déçu et désabusé, et n’a plus d’autre issue que de réclamer sa part de la subvention touchée par son industrie, ce qui fait indirectement le jeu du syndicaliste.
3) L’employé est contraint par le remplissage du trou de forcer la main, pour obtenir au moins le double de la valeur de son travail de la part du patron. Plus le temps passe et plus il est difficile d’y parvenir: les fins de mois deviennent dures. Il est isolé et ne peut rien changer seul.
4) Le patron est contraint par le remplissage du trou de forcer la main, de calculer au plus juste, pour obtenir au moins le double de la valeur de son travail (et du travail de ceux qu’il emploie) et de son investissement de départ. Plus le temps passe et plus il est difficile d’y parvenir: les fins de mois deviennent dures et il devient impossible d’embaucher ou même de continuer de faire des affaires en France. Il est isolé et ne peut rien changer seul.
5) Le syndicaliste est tranquille: tant que le Trou est bien alimenté, il n’a rien à craindre, puisque cela garantit qu’il garde son poste (puisque le fonctionnaire reste alors de son côté) et qu’il vive bien (puisque l’argent coule à flots). Il se chamaille et s’arrange avec le grand patron pour se partager l’argent du Trou une fois que l’élu et le parlementaire ont pris leurs parts.
6) L’élu se sent comme le roi du monde: rien ne se fait sans lui, ou presque. Il est courtisé par le grand patron et le syndicaliste qui tous deux l’enjoignent de faire alimenter toujours plus le Trou, ce qui l’arrange: ça lui assure de garder sa place, et lui permet de toucher plus encore.
7) Le grand patron est tranquille: tant que l’élu a besoin de lui pour se faire élire ou satisfaire ses envies et que le Trou est alimenté, il vit bien. Il se chamaille et s’arrange avec le syndicaliste pour se partager l’argent du Trou une fois que l’élu et le parlementaire ont pris leurs parts.
Le parlementaire bulle sans être inquiété. Il a besoin de l’élu pour continuer de pousser à remplir le Trou qui paie son salaire et garantit sa fantastique retraite, mais comme c’est aussi dans l’intérêt de l’élu, il sait qu’il peut dormir tranquille.
9) Le retraité est malheureux: il n’a aucun moyen de contrôler ses conditions d’existence. Isolé, il ne peut rien changer seul. Le syndicaliste, l’élu et le parlementaire se servent de lui tour à tour pour justifier de remplir toujours plus le Trou.
Un petit schéma éclaire la situation en montrant les flux qui entrent et sortent du Trou. Voici, en une simple image explicative, toute la beauté insolente du modèle social français, révélée et à la portée de tous:

Le véritable coeur des problèmes de la France, c’est ce grand Trou.
- Sans lui, le syndicaliste, l’élu et le grand patron ne pourraient pas se mettre d’accord entre eux, sur le dos de l’ouvrier, de l’employé, du patron, du fonctionnaire et du retraité.
- Sans lui, l’élu serait obligé d’écouter tout le monde et de se justifier auprès du parlementaire.
- Sans lui, le parlementaire serait obligé de défendre tout le monde et de garder un oeil sur l’élu, le syndicaliste et le grand patron.
- Sans lui, le fonctionnaire ne serait plus tiraillé. Il pourrait vivre en sachant qu’il mérite pleinement son salaire et qu’il rend vraiment service.
- Sans lui, l’employé comme le patron comme l’ouvrier comme le médecin seraient plus heureux, gagneraient bien plus et pourraient vivre dignement, embaucher, améliorer leurs conditions de vie et surtout offrir au retraité une existence décente, directement.
Eric a dit
Et le chomeur ?
jesrad a dit
Comme le RMIste: un ersatz de retraité.
jesrad a dit
Et de temps en temps, quand l’élu écoute un peu trop le grand patron, le syndicaliste le court-circuite et s’adresse directement au parlementaire, ce qui donne des cafouillages comme avec la loi OGM. Cafouillage qui sera très rapidement maîtrisé, bien évidemment.
Corwin a dit
Chouette, moi aussi je veux jouer ! Je rajoute le journaliste, le prof, le magistrat et le policier, sous-types de fonctionnaires.
- le prof, syndiqué et payé grâce au Trou, à pour rôle d’enseigner aux enfants que le plus beau métier du monde c’est d’être fonctionnaire (et si possible prof). Il répond sans faille à l’appel du syndicaliste. L’élu et le parlementaire lui imposent tous les deux ans une réforme des programmes encore plus absurde que la précédente et diminuent l’effectif pour s’assurer qu’il n’ait pas la possibilité d’enseigner quoi que ce soit d’utile.
- le policier, méprisé par tous et privé du droit de grève, payé misérablement grâce au Trou, est là en effectif juste suffisant pour dissuader quiconque de s’en prendre physiquement à l’élu, au parlementaire, au syndicaliste ou au magistrat. Par contre ses émoluments ne justifient pas qu’il prenne des risques inconsidérés pour protéger vraiment les autres, qu’il convient de maintenir dans un état de crainte. Il n’a pas le droit d’arrêter les syndicalistes, les élus ou les parlementaires.
- le magistrat est là pour remettre en liberté les crapules que les policiers ont arrêtées par erreur, c’est à dire celles qui n’ont fait du mal qu’à un ouvrier ou un employé par exemple. Il remet également en liberté les élus, les parlementaires et les grands patrons. Il (elle, le plus souvent) condamne sévèrement les patrons.
- le journaliste, qui s’engraisse grâce au Trou (redevance télé et subventions), a pour tâche de distraire l’ouvrier, l’employé, le retraité et le fonctionnaire avec la montée des marches du festival de Cannes, de glorifier le rôle du syndicaliste et dénigrer celui du patron et du policier dans l’imaginaire collectif sans oublier bien sur de permettre à l’élu de conserver son mandat. Il dort plutôt bien, sauf quand il a fait un gueuleton un peu trop lourd avec le parlementaire.
A l’arrivée, deux constatations simples :
- tout ceux qui touchent du trou bien plus qu’ils n’y mettent sont ceux qui sont influents sur maintien de l’élu et des parlementaires
- tous ceux qui touchent du trou au moins un peu plus qu’ils n’y mettent votent à gauche
Conclusion 1 : tous ceux qui sont influents sur le maintien de l’élu vont peser en faveur d’un élu de gauche
Conclusion 2 : Si un élu de gauche arrive à la tête d’un pays, c’est donc le signe infaillible que le trou se vide et va se vider plus encore (jusqu’à provoquer une guerre civile).
Conclusion 3 : nos ennemis les plus immédiats sont les syndicalistes, les journalistes, les profs et les magistrats. Nos alliés potentiels sont les policiers, les ouvriers, les employés et les retraités. Si on arrive a convaincre les seconds de briser l’emprise des premiers, le système tombe.
jesrad a dit
…ou si le Trou perce de l’autre côté.